‹ Histoire de SoissonsChapitre 4 sur 16 · SOISSONS SOUS LES COMTES DE LA MAISON DE MESLB · texte numérisé non relu

SOISSONS SOUS LES COMTES DE LA MAISON DE MESLB

SRIGNEURS DE CHIMAY.

Jean de Nesle , comte de Soissons et seigneur de Chimay I un des barons et pairs de France , parait avoir eu a la cour , de même que son père , la charge de grand-écuy er-tranchant , charge considérable en ce temps, puisqu'elle était unie a la garde deTétendard royal, et que celui qui la remplissait, devait, comme premier varlet-tranchant, marcher

a Tarmée le phis prochain du roi portant son pennon qui doit aller ça et là partout où le roi va*: le comte de Soissons ne résidait donc pas souvent dans sa terre. Les différends, qui s^y élevaient entre les laïques et le clergé^ se terminaient sans son intervention, et il ne faisait acte de suzerain que pour confirmer les aumônes faites aux couvents de son comté.

Vers Tan 1230, l'abbaye St-Crépin-le-Grand, qui avait récemment défendu ses statuts avec une grande énergie en rompant le sceau de son Chapitre et en déposant son abbé ,' Léon , usurpateur de la manse abbatiale , eut a soutenir ses droits et immunités contre Jean Dubourg , maire de la Commune de Celles sur-Âisne: ce maire avait gravement offensé Tabbé son seigneur, puisqu'il se soumit sans murmure au jigoureux jugement qu'on lui imposa. L'affaire avait fait assez de bruit pour être mise sous les yeux du roi, devant qui les parties comparurent à St-Germain-en-Laye , et qui nomma deux arbitrés, l'évéque Jacques de Basoche et Raoul, un des [^us illustres abbés de St-Jean-des-Vignes. L'arrêt ordonna que Jean Dubourg renoncerait, lui et ses descendans {jsui)^ a la mairie de sa Commune , qu'il irait a la croisade contre les Albigeois ou en Terre Sainte, au choix des arbitres, et qu'il ne re vien drait passansla permission des religieux deSt-Grépin. Jean Dubourg accepta cette pénitence et jura so-

'Etat de la Ft once, éd. de 1736, t. i, p. 150. Dormay pense aussi que cette charge était héréditaire dans la maison de Nefile-Soissous.

lennellement , dans la maison commune de Celles , de se conformer aux clause$ de V accord ratifié par le roi. Cène fut pas le seul démêle que Pahbaye eut avec les Communes de 8on domaine : le village de Jouy acheta de son seigneur, Fabbé, la permission de suivre la charte communale de Yailly, et Louis IX , à la requête de Tabbé et de ses religieux, consentit k cette transaction chèrem^nÇ payée par les vilains ; mais les rentes que ceux-ci avaient promises , eiigeiidrèreqt des contestatioais litigieuses, à la suite desquelles la Commune se jeta dans les bras de réyéque , qui était seigneur de Vailly et qui voulut le, devenir de Jouy. On voiç qu'en 1234 Tabbaye autorisait encore les gages de, batadlle , proscrits par le concile de St-Quentin te^ nu cette même année: deux hommes de Jouy, sMtyit pris de querelle en présence du maire et de^ échevins, obtinrent de Tabbé assignatipiu pour se

battre çn duel dans Tenceinte deFabbaye'; mais, coimpe ce (jLael n'eut pas liei^ et que le3 deux chainpions se réconcilièrent, ils durent payer F un e% Fautre à F abbé une grosse amende pécuniaire , comme s'ils se recpimaissaient tous les d^jm. coupables : ce paiement fi^ fait à Spisspns en présence de F officiai qui dressa un acte scellé de son sqeau, L'^bé Albuin, qiii avait permis ce* duel , se montrait fwt jalpux du bien-être d/3 ses frèjreg et de Faccroissement de l'abbaye : il y faisait construire à grands frais ( opus novœ fahricœ ecclesiœ nostrcBj dit la charte) et F on peut penser qu'il terminait alors la belle église commencée au X' siècle

par Pabbé Terbold , vaste édifice du plus noble style roman , dans lequel les nombreux piliers , composés de trois colonnes chacun, entre- croisaient leurs arceaux et leurs ogives superposés , qui remontaient jusqu^k la voûte et formaient une sorte de foret profonde et mystérieuse oit le jour n^ arrivait que par les croisées du rez-dechaussée. Comme cette église {fabrica) n^ attendait plus qu'une toiture^ Albuin demanda au roi le bois nécessaire pour la couvrir , et Louis IX accorda au monastère une coupe de bois de haute Futaie dans la forêt de Cuise, à condition que Tabbé et les religieux s^nterdimient d'employer ce bois à un autre usage qu'à la couverture de l^nouvelle fabrique* Âlbuin assembla encore son Chapitre pour lui faire décider que chaque moine aurait , tous les ans à la St-Orépin , une pelisse de peau et une tunique de soie. Ce mêtne Albuin destina , en mourant , sa vaisselle d'argent à Tomement des reliquaires de Pabbaye, et certains revenus a la distribution quotidienne d'une pitance supplémentaire de cinq sols noires , excepté durant l'Avent et le Carême *•

Le zèle , que l'abbé Albuin avait mis k parfaire ^église de St-Crépin et Crépinien, fut imité et surpassé par les abbés de St- Jean-des-Vignes , secoti-

* Hisi. deSt-Cripin-fe^Grand, p. J. Hélio, MSS. Dormay. t. u, p. 230, et de Louen , qui le copie, veulent que Jean Buboarg ait été maire de Soissons ; mais on doit plotMa^en rapporter à J. Hélie qui écrivait an milieu des archives de St-Crépin, et qui ne parle que d'un maire de Gellea-aur- Ai«ne.

lies par la piétë des fidèles qiii visitaient cette abbaye : les travaux de construction n^étaient pas interrompus depuis Tan 1200, et le vénérable abbé Raoul avait pu voir, de son vivant, le choeur de Féglise presque achevé , superbe vaisseau soutenu par de grosses colonnes d'où s'élançaient des voûtes a demi -plein-cintre , au-dessus desquelles régnaient un premier étage de fenêtres également cintrées, et un second de hautes croisées ogives atteignant presque les arêtes de la grande voûte. L'extrémité de ce chœur, au lieu d'être arrondie comme les abside^ , présentait un mur en ligne droite , percé de cinq grandes croisées au rez-de-chaussée , d'une rangée de petites au-dessus et de trois autres enclavées dans une rosace au milieu du pignon ; enfin , cette architecture différait beaucoup de celle de St-Crépin, et avait un caractère plus solennel, plus ouvert et moins sombre. Ce choeur coûta des sommes énormes , puisque la mcmse , qui réunissait les revenus abbatiaux, canonicaux et bénéficiaires dans une seule administration, ne put suffire à la dépense, et que 1§ pape, Clément IV, fit un appel aux offrandes en accordant des indulgences à ceux qui visiteraient cette église neuve le jour delaiVativitéde St-Jeanr Baptiste, son patron, et le jour de l'octave. Néanmoins , le manque d'argent se fit sentir au point que les fondemens de la nef ne furent jetés qu'en 1320; mais la suspension de ce gigantesque monument n'entraîna pas la décadence de Tabbaye, que les papes dotaient sans cesse de nouveaux privilc-

g«s , en participant avec sollicitude au gouvernement intérieur du monastère. Les bulles se succédaient pour fixer à quatre-vingt-six le nombre des chanoines mangeant au réfectoire et couchant au dortoir, pour empêcher la réception des novices au-dessous de Page de quatorze ans, etc. Cette réception offirait des usages singuliers que perpétua la tradition, appuyée sur un ancien rituel. L^ enfant, qui prétendait prendre Thabit à St-Jean-des^Yignes, subissait d^abord un examen en latin sur des points de la religion ; ensuite , il était visité nu par médecin et chirurgien, afin qu^on n^ admit point dans la communauté un ennugtie ou bien quelqu'un affligé d'un mal secret; piûs, le néophyte , amené par le sous-prieur dans la salle du Chapitre où tous les religieux étaient rassemblés, jetait sur le seuil sa ceinture et son bonnet , en signe de renonciation aux choses du siècle. Quant à la réception définitive àujoanniHe , la plus importante cérémonie qu^il eut à subir était un interrogatoire 'dans lequel Tabbé lui demandait s^il était procréé de légitime mariage, s'il n'avait pas quelque maladie incurable et contagieuse , si ses parens n'«taient point lépreux, etc. ; après avoir répondu d'une manière satisfaisante à ces questions , le nouveau chanoine prononçait ce vœu en mettant ses mains dans celles de l'abbé :'« Moi... veux; voue et promets solennellement , a partir àe ce jour^ vivre a perpétuité sous votre obédience et celle de l'ordre , chastement et en pauvreté , s^elon que les canons et les Pérès l'ont établi et transmis. » La règle

de Tabbayc s'augmentait d'une foule de décisions prises par le Chapitre assemblé, telles que défenses aux frères d'entendre les femmes en confession après avoir mangé ; de les confesser seul à seule dans l'église ; de s^ asseoir a la table des paroissiens , sauf en cas d'absolue nécessité ; de porter des habits étrcmgeSy ornés de plis et de noeuds ; de sortir du diocèse soissonnais sans permission ; de recevoir aucun dépôt particulier, si ce n'est dans le trésorabbatial; de faire ou demander aucun prêt; de souffrir que des femmes , moniales ou laïques , mangent ou couchent dans l'intérieur du couvent, etc. Cette règle très compliquée et très sévère avait été recueillie vers cette époque dans un vieux rbuleau de parchemin que l'on conservait à la bibliothèque, déj^ bien fourme de livres, qui étaient tous enchaînés , et protégés d'ailleurs par une excommunication fulminée d'avance contre quiconque les dilapiderait : dans certains cas , on pouvait toutefois emprunter ces livres sa vie durant {ad vitam). Entre les manuscrits de cette bibliothèque, on remarquait une bible fort ancienne et quelques Pères de l'Eglise , outre quantité de bulles des pajpeset de chartes des évêques, relatives a St- Jean*.

* Dortnoy, t. ii, p. 9S17. Chronic. abb. Sanct-Jean, et Hisi. de St-Jean-des-Figneê, MSS. de Cabaret. Voy. LiHir. de deuxBènéd,^X,\i, Beêcr.pUtor, de la France^ par Taveraîer. Les dessins de ce çraad ouvrage , que fera entièrement oublier celui de MM. Taylor, Nodier et àfi Gaillenx t sur la même matière, ne sont pas toujours exacts; m^is, comme on n'en a guère d'antres sur ces monumens, aujourd'hui détraUs pour la plut grande partie , on est bien forcé de les juger d'après ces imparfaites esquisses.

DE SOfSSOMS. X2Q

L^abbaye St-Mëdard , qui défendait toujojui;:Sk avec énergie ses vieux privilèges, et qui pQ$^é4s^U alors plus de deux ceuls belles fermes , ne. , pc^uvaitplus que dédbioir , par suite 4e la jalpu^ie.q^^ ses franchisées et ses richesses inspiraient. :aux évéques et à la. Commune de Soissons ; aussi, Fabbaye ne manquait pas de faire souvent con^xm.er ses possessions et ses immunises en cour de Ro;me : les huttes dlnnocent II, d'Alexandre II|, de Grégoire IX et d'Innoceat IV, fortifièrent le^ônast^rç, mieux que les tours et les remparts nouveaux.dont Tabbé Milon de Basoche l'environna en 1210. Les donations étaient plus rares , mais les «acquisilions, plus fréquentes, et chaque année ajoutai!;, gac contrat de vente ou d'écluuige , quelque portion de vignes ou de pr^sà la mame. convcntuelje. Ces biens ruraux étaietit administré^ par des clercs servons ou rendu» (rendiêi)^ tandis que des préires rendus exerçaient les fonctions cléiicales flans Feaceinte de $t-Médard», |1 y avait aussi des sœurs rendues^ pour le service de l'hôpital des pauvres ^ qui fiit reconstruit et agrandi en 1200. Une. autre fondation plus importante accrut la magntfi!cence de Tabbaye au XIIP siècle : on bâtit le grand cloître, dit de iSt^LouiSj immense galerie voûtée , for* mant un parallélogramme, long de 23 toises et large de 21 toises et 5 pieds, que soutenaient des piliers remarquâmes par leur: délicatesse et par le travail des chapiteaux ornés de feuillages. La principale jégUse de Tabbayes' enrichit vers ce temps-là d'une relique assez suspecte , mais honorée bientôt d'un con-

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cours empressé de pèlerins : c'était le pas de Dieu ^ empreinte d^un pied figurée sur une pierre qu^on prétendait avoir été apportée du Jardin des Oli* viers, comme un monument de la douloureuse station de Jésus-Christ dans ce jardin ; cependant, malgré cette opinion répandue parmi le peuple y les religieux n^attribuaient ce pa^ qu^au pied de St-Médardf sans cbercher toutefois h détruire une erreur qui leur était fort productive. Les reliques de Fabbaye ne rendaient pas la Commune de Soissons plus respectueuse a Tégard de ses voisins , qui, du reste avaient des fossés et des gens d^armes pour se défendre , outre le pouvoir d^ excommunier ceux qui nuiraient au monastère et qui ne s'amenderaient pas après deux ou trois sommations canoniques ^ pouvoir très étendu , renfermé dans une bulle de 1205. Le maire et tes échevins de Soissons avaient tenté plusieurs fois d'établir leur juridiction sur le bourg d'Aisne: en 1236, la Commune soisson^ naise {Suessionnes) fit une insulte sur les terres dé St-Médard. On ne voit pas comment cette oflFense fut réparée ou punie : les moines de St-Médard ne songeaient qu'h vivre paisiblement de leurs revenus, en bonne intelligence avec le comte, Tévé* que et le maire de Soissons; ils s'adressaient moin$ souvent au Saint-Siège pour lui demander des armes temporelles , que pour obtenir de lui des dispenses et des exemptions , entre autres celle d'assister, la tête nue , aux offices divins : ce fut pour eux une victoire que d'avoir été autorisés par le

pape à porter le bonnet à l'église, dans la saiiite appréhension des riiomes et catarrhes *•

Cependant , le comte de Soissons , qui restait presque étranger à Tadminislration de son comté^ ^ans lequel il était représenté par ses officiers , résidant au manoir des comtes , et par ses deux vicomtes, celui de Busancy et celui de Cœuvres, son frère, suivait partout le jeune roi, qui Fayaitpris en affection : il logeait sans doute au Louvre à Pa^ ris , puisque son cousin , Jean II de Nesle , seigneur de Falvy, avait donné a Louis IX et à sa mère , en 1232, le séjour de Nesle ^ vaste hôtel héréditaire , situé au bord de la Seine , vis-îi-vis la grosse tour du Louvre , et composé d^une agglomération de bâtimenS) de préaux et. de jardins entourés de fossé». Au mois de juin 1241 , lorsque le roi tint à Sanmur une courpléniére oii il créa chevalier son frère Alphonse , en Finvestissant des comtés de Poitou et d^ Auvergne , au festin splendide , servi es halles de la ville , dans lequel les grands-officiers de la couronne remplirent chacun les devoirs de leur charge , le bon comte Jehan de Soissons tranchait du coutel, devant .le roi y pen*-

' MSS. de dom Grpenier, pag. 8, n. 1 : Entr. de rancicn cartulaire deSt-Médard et fragmons de l'hbtoire de cette abbaye par dora Gaffiaux. Gailia Christ, t. ix. Chronic, Sanct. Medardù Voyag, littér. de deux Bened, t. ii. Le pas de Dieu fut complétemeiit gratté par les calvinistes , en 1507, mais on replaça néamnoina la pierre vénérée sur une colonne de nx pieds de haat , soas nne grille de fer à laquelle on parvenait par un escalier que le» pieds dçs visiteurs avaient tout usé au XYIII* siècle* A cette époque , ce pas dé Dieu était placé a la porte latérale conduisant à la chapelle de St> Sébastien.

dâiit que trois barons, Imbert deBeaujeu, Enguer^ rand de Coucy et Archambauld de Bourbon, gardaient la table et étaient gardés par trente chevaliers en cottes de drap de soie. Uannée suivante , quand Hagues-/e-J?rwn, comte de la Marche , refusa de prêter hommage au frère du roi , le comte de Soissons hil semons par lettres closes de Louis IX, de se trouver avec ses hommes armés en guerre, à Chinon,le lendemain des octaves dé Pâques, pour aller sur la comté de la Marché. Mais le nom du

comte neparattpas durant cette expédition, projetée dans un parlement auquel assistèrent les barons , prélats et seigneurs de France, et terminée par une trêve que lé roi , après avoir encore consulté ses barons , ottroya au roi d'Angleterre , allié dui comte de ta Marche, qui avait fait sa soumission à la suite de la bataille de Taillebourg. L^évéque et le comte de Soissons figuraient toujours en ces parlemenSj que Louis IX tenait d'ordinaire a Paris , plus fréquemment que n^avaient fait ses pré* âécèsseurs\ : * > . '

L'évéque de Soissons mourut en 1243 (selon d^autres en 1241) et Ton ignore ou il fiit enterré: Tobscurité de sa mort semble annoncer que son grand âge Pavait fait sortir entièrement de la vie

' Antiq. de Paris^ par Saoval , t. tu p. 4S0. JoiUvilJe , p. 21. Hût. généal. de» Gr. O/^o. t. Ji. TraU. du Baneidê Vuirr. 6an, par Laroque, éd. .in-4'' p..ô$. Gail. Guyart, danê la Branche des royaux Ligna§eê^ ne nomme paa.les Sobtfonoaia , mais collectivement 1«6 Picards, parmi le« troupes de Varmée française ii Taillebourij;: sans doute la vaillance soissonnaise ne s'y démentit pas plus qu'à Bouvines.

politique. La dernière solennité qui le mit en évidence, ne fut pas lé sacre dWroi, mais lesupplice de cent quatre-vingt-treize j^uZ^ore^ouMapichéens, qu'on brûla en 1239 à Pont-Âimé, diocèse de Châ- Ions: Jacques de Basoche assista pontifioalement à cettehorrible cérémonie, qui eutlieu en présence de Tarchevéque de Reims , de dix-sept éyêques , du comte de Champagne, des seigneurs du pays et de cent mille spectateurs. Jacques de Basoche n'était pourtant pas cruel : on voit , à ses donations , avec quelle sollicitude il veillait au bien être de son Chapitre ; non-seulement il lui donne sa propre maison dans le Cloître , des dîmes , des rentes , des vignes, des fermes; mais encore il assigne Tusage 4e ces revenus, pour faire douze semaines de pain et sept de vin aux chanoines , une distribution extraordinaire de pain et de vin le jour de St-Éloi, etc. L'abbaye de Longpont eut à se louer aussi de la libéralité de cetévêquc, qui favorisa plusspécialement Notre-Dame , gouvernée par ses nièces de Gherisy^ et le couvent dé St-Etienne, pour les empictemens duquel il soutint un procès contreV abbé de St-Médard. Enfin, Jacques de Basochie dépensa des sommes , énormes pour la reconstruction du château de Sept-Monts, qu'il ferma de murailles et dont il fit une résidence digne de recevoir )es rois de France. Louis IX y alla en 1237, après là dédicace, de Longpont , et adpiira. la magjdificence de ce château, formé d'un amas de toitrs de dififérentes grosseurs , dominé par un donjon. fort élevé,

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dont le haut est plus large que le bas , et orné intéôeurement de belles peintures k fresque*.

La famille de Cherisy était encore destinée h fournir des évéques à l'Église de Soissons ; mab on nomma d'abord à la place de Jacques de Basoche , im vieillard d'une grande maison , Raoul de Goudun, fils du seigneur Raoul de Livales, chantre et archidiacre de la cathédrale : ces deux dignités étaient les marche-pieds ordinaires de Pépiscopat. Raoul de Coudun ne vécut que deux ou trois ans, et, dans ce court intervalle, il fonda le prieure d'Elincourt au diocèse deBeauvais, et fut le bienfaiteur de Tabbaye de St'Jean-au-Bois,qu' Adélaïde, mère de Louis VII , avait instituée dans l'ancien palais mérowingien de Cuise, et oii les reliques de Ste-Euphrosine , acquises au monastère par un vé-

^Gall.Chriêi,, t. ix. Dormay, t. n, p. 279 et saiv. Dormay marque la mort de Jacqnes de Basoche» au 8 juillet 1^3 ; mais le Gallia ChrisHana la reporte à Tannée 1241, d'après une lettre de cette année la (Tris, des Ch.) écrite par le Chapitre de Soissons an roi , afin qu^il concédât les régales au nouvel évêque élu, que le pape avait confirmé , quoiqu'on eût appelé de son élection. Pour ajouter à l'embarras qui résulte de ces deux autorités contradictoires, dom Germain, qui n^est pas toujours exact , il est vrai , assure dans son Bist, de Vabb, N.-î). , qnUl a vu deux chartes de Jacques, évéque de Soissons, datées de 4244 et de 1246; mais, comme il ne les a pas inséiées dans les preuves de son histoire , on ne doit pas s^arréter à des suppositions plus ou moins vraisemblable». Le seul point incontestable , c'est que Aaoul de Coudun était évéque en 1244 , puisqu'il con* firma cette année là certaines donations faites à Téglise de Compiégne. MSS. do dom Grenier, paq. 8, n. l.MSS. de Cabaret. Tavernier, dans son Fbyags pUiar, de la France ^ a qualifié gravement d'architecture grecque la partie romane de Sept-Monts : il parle aussi d'un groupe d'escaliers ooudnisantdans une ancienne galerie, à la voûte delaqnelle étaient peints les signes du Zodiaque.

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rîtable larcin de sa première abbesse, alliraient beaucoup de pèlerinages et d^oflFrandes. Il laissa en mourant quelques legs à la cathédrale et au Chapitre; nmis la meilleure part de ses biens, kSt- Jean-au-Bois ^ où il fut inhumë« Son successeur , en 1245 , (ut Guy de Ghâteau-Porcien , doyen de Téglise de Laon , neveu de Jacques de Basoche , dont les actes ëpîseopaux se bornent a une confirmation du droit de pâture sur les terres de la Trésorerie de Soissons, accordé aux religieux de Longpont , et à une permission donnée aux moines de St-Crépin pour porter des chapeaux (petoêos). Ce hit surtout par son voyage en Palestine et par son martyre, qu'il mérita d'occuper une place distinguée dans les obitiers de son diocèse ^

Louis IX , dans une dissenterie dont il fut atteint à Pontoise au mois de décembre 1244 , crut que sa vie n'avait été conservée que par un miracle etpritla croix au sortir d'une léthargie mortelle: l'exemple du roi fut suivi presque aussitôt par ses principaux barons , et le comte de Soissons n'hésita pas à imiter son maître, en même temps que ses amis, les comtes de Bretagne, de Bar, de St-Pol et de Dreux , en même temps qu'une foule de seigneurs, d'évéques et de clercs , à qui le roi avait comnraniqué son pieux enthousiasme. Cependant Louis IX ne partitpasimmédiatement, et il employa les années suivantes à prêcher lui-même la croisade;

' Carlier, 1. 1, p. 501. Gallia Christiana, Dormay, t. n, p. 280.

t38 HISTOIRE

qui se retiraient, malades etaffame's, sur Damîette, le comte Jean partagea la captivité du roi et de toute la noblesse toipoibëe au pouvoir des Sarrasins ; mais Tévéque de Soissons ne voulut pas survivre à la déplorable issue de cette crmsade : « Quand il vit que nos gens s^en revenaient vers Damiette , il (lui) qui avait grand désir d^aller à Dieu, ne s'en voult pas revenir en la terre où il était né ; ainçois (mais) se bâta d'aller avec Dieu et férit des éperons et assembla aux Turcs (les attaqua) tout seul , qui à (de) leurs épées Toccirent et le mitent en la compagnie Dieu au nombre des martyrs. » Tel fut la fin de Guy de Castel ou Gfaâteau-Por^ cien , qui passait pour un moult vaillant homm^ en Vost. Le prévôt et archidiacre de la cathédrale de Soissons, nonuné Pierre^ périt aussi, massacré par les Sarraàins ^

' Math. Paris, p. 463, ne nommant pas révoque de Soissons parmi les premiers prélats qui se croisèrent en même temps que le comte de Soissons, on doit présumer que Gay de Châteaa-Poroien ne se croisa qiie plus tard. Voy . La Branche âèàroyaûsp lÀgnageê^ parG. Guyart. Cesontles chevaliers qui doivent aller avec le roi, pièce insérée dans les pr. de redit, de Joinville, de Ducange. Muldrac, dans son histoire de Tabbaye de Longpont, rapporte une charte par laquelle Baonl de Gœuvres, devant partir pour Jérusalem ^ donne à Dieu et au monastère de LonQponi, en pure et perpétuelle aumâne , trois rouids d'avoine à prendre chaque année sur les revcAus'de Villers-Hollon ; mais c'est à tort que cette pièce est datée de 1239, à moins que Raoul de Gœuvres ait feitnn premier voyage à Jérusalem avant la croisade de 1248 : or, ce premier voyage, que rien ne prouve d'ailleurs, concorderait assez bien avec la tradition qui fait épouser en premières noces à Raoul la reine de Chypre. Join ville, p. dl et S2, 71 , 73, 80 et 83. Annales de St-Louis, ]^ar G. de Nangis. Dormay, t. ii, p. 281. Gallia Christiana. Dorroay conteste Tauthenticité du récit de Joinvillo, par co passage

DE SOISSONS. idB

Le comte de Soissons , son frère et son coasin , forent préserves âa même sort à cause de leurs richesses^ qui promettaient une belle rançon : pour conduire ces prisonniers k Damiette , on les mit dans des galées ( galères ) , et le comté se trouTu rëimi avec le sire de Joinville, le connétable de France, les comtes de Bretagne et de Flandre, ses amis et ses compagnons d'armes ; ils coururmt âe grands dangers en descendant le Nil , et Pon parla plusieurs fois de leur couper la tète : enferme's étroitement et garrottés à fond-dc-cale^ ils en furent tirés , plus ou moins malades , pour conférer de leur rançon et de celle du roi avec les émirs qui venaient de tuer leur soudan. Le comte Jean fut un de ceux qui seporent aidier et y allèrent. On arrêta , dans ces pourparlers, que, moyennant la remise de Damiette, avec tout ce que contenait la ville et 400,000 livres d'or , on délivrerait le corps le roi et les riches hommes qui avec U étaient. Le comte de Soissons était un de ces riches hommeSj et, le lendemain de sa délivrance qui s'effectua le samedi deva/nt l'Ascension, il vint, accompagné du comte de Flandre , de Pierre de Bretagne et de plusieurs autres, prendre congé de Louis IX, qui essaya de les retenir ; mais ils répondirent que

de TobiCier de St-Gervak : Nonit aptUiê ôhiii apud Hmnêûfkm eiciiaiem MgypH^ eum S. Ludavieo tefo eaptus a Sara* teniê si ah iisdempro fide oa^olicd eapiie tfunoaius, D. Guido de CoêUro Portuensi episcopua Jmessionnensia. Dormay Ae s'aperçoit pas que le rédactetir de Tobitier ^ qui donne le titre de Saint à Louis IX, éorivait sails doute après la canonisation qui eut lien en i297.

les galées étaient tùtâteê appareilléeê ^ et s^^nbar* quèrent pour retourner en France pii ils arrirèrent «ans accident. Raoul de Cœuyres resta auprès; du roi j qui Tavait pris en amitié , et le suivit k St- Jean-d'Acre où il tomba malade. Il était convalescent, en 1251 , lorsqu^il se rendit avec Louis IX à Gésarée , qu^on fortifiait alors ; il ne revint sans doute qu^avecle roi au milieu de Tannée 1254, et durant ce long séjour en Orient , il épousa probablement la fille d^un prince français d^ outre-mer , ce qui donna lieu à une absurde tradition, longtemps chère à r orgueil soissonnais; savoir, qu^il avait été marié a Alix de C}iampagne , veuve de Boëmond IV, prince d^Antiocbe, et séparéjC, pour cause de parenté, de son second mari, Hugues de Lusignan , roi de Chypre ^.

La comtesse de Sois^ons et dame de Chimay .était décédée vraisemblablemadt durant Tabsence de son mari^ et celui-ci, jeune encore, ne tarda pas k convoler en secondes noces. Il avait eu de Marie de Chimay cinq ou six enEans, Fainé Jean

' JoinvUle, p. 99. Dormay, t. n, p. 239. Melc. KegnauU, p« 123. Ce dernier surtout admet , sans aucune indécîsipn , ce mariage de Raoul de Cœuvres avec la reine de Chypre ; mais', ce' qui combat cette hypothèse mieux que tout raisonnement, c'est la date de la mort de cette reine , (18M), et, dans le cas où Ton supposerait que le vicomte de Gœuvres, âgé de Tingt-deux ans environ vers i2i0 , fut allé en Palestine cette année là, on n'admettrait pas davantage cette union disparate , à cause de Tâge d'Alix de Ghavipa* gne qui n'avait pas moins de quarante-quatre ans, en i240, »on père , Henri II, comte de Champagne , étant mort en 1497. Au reste, TAUouette est le premier historien. qui ait parlé de ce mariage , dans son histoire généalogique de Coucy , et l^AUouette se trompe souvent.

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qui lai succéda , Raoul , seigneur du Tour, qui eut ime femme nommée Jeanne ( sa famille est inconnue), et qui mourut peiit-élre dans la seconde croisade de Louis IX ; Paule , connue seulement par plusieurs chartes de St*Pierre-au-Parvis ; Âliënor, qui épousa Renauld de Thouars , seigneur de Vihers et de Thifauges , mort en 1200; Alix, qui fol mariée It Jean , seigneur d^Oudenarde , et Yolande , dont le premier mari porta probablement le titre de la vicomte de Fromentel , érigée , dit-'On à Toccasion de son mariage , et dont le deuxième' s'appelait Florent de Varennes. La vicomte de Froment^, que Dormay pense avoir été créée antérieurement, commençait k la porte deCrouy ,' trayersait le village de ce nom et ceux de Somy et de Neuville jusqu'au chemin de Fromentel, retournait vers Blérancourt et finissait k Vic-^Sur- Aisne. Le comte Jean se remaria vers ce temps-là avec Mahault d'Amboise, comtesse de Chartres, qui ne lui donna pas d!enfens, et, depuis son alliance avec cette riche veuve qui lui apportait en dot les seigneuries d'Amboise, de Ghaumont , de- Montricbard , il s'intitula dans ses chartes comte de Char^ très et sire ^Amhoiêe. Son frère, Raoul de Cœuvres, au retour de la croisade, veuf ou non encore marié, prit pour femme, Comtesse , fille de «fean de Hangest , et le douaire de cette dame étMt si peu satisfaisant , que Raoul vendit pièce à (nèee ses revenus et ses biens pour subvenir aux dépenses qu'il avait faites dans la guerre sainte : de ce mariage , il ne sortit qu'une fille , Yolande ,

142 HisToias

qui fat la tige materaelU d^ Soissons-More^U ^ Un nou'eel éyéque de la maîsQn.de Baftoohc^ avait été ëla, comme si cette famille, eût des droite héréditaires sur TEgUse soissomiaise* Ce fut Miyelon II de Basoche , archidiacre , qui remplaça son parent Guy de Château-Porcien , et s^assit sur le siège épiscopal de son oncle , Jacques de Base» che, et de son grand-oncle , Nivelon de Qierisy , le 18 janvier 1252. Nivelon II n^avait pas hérité de la prépondérance de. ses ancêtres auprès du Saint-Siège : Tavantage ne lui resta pas dans un différend quMl eut avec Jérôme de Coucy, abbé de StrMédard , et que le pape y Innocent IV , fit cesser par un coup d^autorité pontificale , sous lequel s^incliiia humblement Tévéque de Soissons. Le pape, par une bulle du dixième jour des Calendes de mars 1254 , manda a Tévéque d* Amiens et à Tabbé de Corbie , de signifier à Nivelon II qu^il eût II comparaître k Rome pour y repdre compte de sa conduite a Tégard de Tabbaye St-Médard , qui se plaignait de voir ses privilèges attaqués par Févéque: celui-ci s^ efforçait de soumettre à sa juridiction le monastère , en excommuniait les faomi mes , leur fermait les portes de la cathédrsde et citait les religieux devant sa justice. On a Heu de supposer que cette affaire se termina sans que Nin velon II allât se justifier à Rome ; car , en 1255 , il attesta ) de concert avec d'autres évéques, que^ Louis IX avait empêché toute vexation contre

' Melc. Regn. p. 129, 133 et 135. Dormay, t. ii,p. 237 et 240. Hiêi. gén. deê Gr. Ofio. , t. ii.

Tévéque de Châlons, et, en 1256, il était à Paris , aa concile que les évéques des provinces de Sens et de Reims tinrent en faveur de TUni versitë et pour la défense de FEglise gallicane. Son épiscopat ne fut d'ailleurs signalé par rien d'important, et, avant (le mourir, en 1262, il laissa par testament au Chapitre de St*Gervais quelques rentes en blé , en avoine et en vin. Après lui , son neveu , Milon de Basoche , qui lui avait succédé comme archicKa" cre , lui succéda aussi comme évéque , et. fut le dernier prélat sorti de cette illustre maison. Milon de Basoche habitait ordinairement une maison HXtdiila ^mfo««0 (c'était sans doute celle oii se retira Âde de Grandpré , après la mort du comte son mari) située dans Tenceinte de Pabbaye de Longpont, et, comme il bénissait le St-Chréme dans Téglise abbatiale , il donna aux religieux, qu'il aimait en Jésus-'Ckrùt avec une sineére oharité de TBligion^ une charte où il déclarait ne pourcdr tirer de cette tolérance aucun droit contraire aux immunités de Longpont. Il était tellement attaché à cette résidence et aux personnes de Tabbaye , qu'il approuvait toutes les acquisitions faites par l'abbé et qu'il octroyait tantôt des terres et tantôt des rentes en argent ou en nature au monastère , dans ^uel il achetait ainsi le lieu de sa sépulture. Milon de Basoche eut la satisfaction de voir humilié l'abbé de St-Médard, qui l'avait emporté naguère sur son oncle , Nivelon II : les religieux de l'abbaye , se pl^gnant de la mauvaise administration de Jérôme deCoucy, qui avait dilapidé leurs biens, Rodolphe,

évéqiie d'Albon et légat du pape , vint réformer Le couvent, en 1269; Ja commnnautë nomma trois reli^^eux, qui en choisirent dix autres pour examiner Fëtat de ses revenus^ On força Fabbé a se démettre du temporel confié a ces commissaires , et à se contenter du spirituel , avec une pension de lOliv. parisis par mois, et sans autre train de maison qu^un chapelain, un écuyer, un cuisinier , trois valets et cinq chevaux. Le reste de ses rentes de** vait être employé à solder ses dettes , et les commissaires devaient rendre compte de leur gestion quatre fois par an devant toute la communauté^. , •

Le séjour de Milon de Basoche à Longpont effraya sans doute lesabbaycs de Soissons, qui avaient été plus ou moins soumises autrefois à cesprocurations (procurationei) ou redevances de logement et d! hébergement, que les.évéquesne se faisaient pas scrupule d^ exiger , souvent avec une rigueur excessive , dans leurs visites aux couvens de leur diocèse. En 1241^ l'abbesse de Notre-Dame, Agiles deCherisy, avait obtenu de son neveu, Jacques de Basoche , une déclaration constatant qu^il n^ était pas fondé, par sa qualité d^évéque., a réclamer le droit de loger dans la ferme. d^Aîsy , à titre de procuration ; en 1254 /. cette même, abbesse s^ adressa au pape, Alexandre IV, pour faire cesser

' Dormay, t. n, p. 2S3 et 283. Gallia Chriêtiana, t. ix. Ext. de VHiêt, de Vàbh, St-Midard , par dom Gaffiaux : MSS. de dom Grenier. Chronic, abbat, Langipont. p. 277 et 8uiv.

DK SOIS50!YS. 145

la ffiolence et T injure qae les evéques de Soissons aTaient exercées pendant trente -neuf ans, au sujet dç la servitude des procuratioftÊ , et le pape en affiranchit a jamais Tabbaye, qui , de ten^ im* mémorial , jouissait de cette liberté. Agnès de Gherisy, en soutenant ainsi les droits de son abbaye , s'occupait à la fois de la splendeur matérielle de celte espèce de ville renfermée dans P enceinte de Soissons^ et reconstruisait de fond en comble les bâtimens d^babitation, le cellier , le four^. les cui* sines, les dortoirs , le mur. de clôture et la principale porte crénelée, yis-a-vis Tbôpital qui commmûquait avec le couvent par un pont jeté audessus de la rue. Ces édifices , solidement bâtis , dWe arcbitecture imppsante , malgré sa nudité , ont disparu, à T exception de la^porte, remarquable par ses ogives ^ rinceaux anguleux en retraite. L'abbaye St-Jjean-des- Vignes, qui, depuis sa fondation, avait coutume c^e recevoir Tévéque une fois chaque année ppur qu'il se fit saigner avec les religieux (les statuts anciens prescrivaient deux ou trois saignées par an au^ moines , afin de diminuer leurs forces et de dompter la nature), demanda au pape, QéBaent IV , une exemption de l'onéreux impôt que les évéques et les archidiacres prélevaient sur le temporel de l'abbaye, par leurs visites fréquentes et prolongées y et le pape autorisa les religieux à dénier aux visiteurs tout ce qui dépasserait la simplcf procuraUen fixée dans le concile de Latran. L'abbaye St-Orépin-le-Grand n'invoqua pas la protection d'une bulle contre le grand train

de chevaux, de familiers et de valets rjiie les e'véques traînaient toujours après eux ; maïs elle eut recours h Innocent IV pour se débarrasser des 'poursuites de certains cre'anciers qui perdaient patience : Inno< cent exempta Pabbaye du paiement de ses dettes , jusqu^à ce que les créanciers eussent prouve que Fargent emprunte avait été converti au profit et utilité du monastère. Les religieux de St-Crépin étaient, au reste, dans les bonnes grâces du Saint- Siège, qui leur permettait de mettre du lard ou de la graisse dans leur potage, excepté les vendredis et pendant le carême. L'éveque Milon se vengea pefut -être de cette ligué des abbayes contre ses plus agréables prérogatives , en donnant gain de cause aux chanoines de St-Gervais dans un différend qui durait depuis long-temps entre le-Chapitre et les églises abbatiales de Soissons : celles-ci furent forcées de céder et déréconnaitrequ^ elles devaient suspendre les oflSices divins dèi^ que la cathédrale les avait suspendues ; Fabbaye St-Oépin-le-Grand, qui résista d^abord, reconnut, en 1260^ la suprématie duOiapitre en matière d^interdit^Tannéesuivante, les abbayes St-Jean-des-Vignes et ^Notre-Dame se soumirent enfin aux. ordres de Miloii de Basoche , et ccmsehtirent a fermer leur église, lorsque le Chapitre lancerait on interdit, à moins que cet interdit ne fut attentatoire à la personne ou aux intérêts de eveque\

' Çhron, ahh. St-Joan, Sues, p. 137 otsaiv. Hist. de Vab. iVVjD., p. jlW et preav. Dormay, t. u, p. 852. Hisi, de Si- Cr^nn-îe-Gr. MSS.

DE SOlSSOIfS. 147

Le Chapitre continuait d^étre en querelle avec k Commune, et la paix n^ était jamais durable len^ tre eox : en 1263, ils conclurent un accord qui ftu bientôt rompu. Selon ce traité , la Commune pouyaitNarréter un homme qui aurait commis un meurtre, sur la terre du Chapitre, pourvu qu^elie rendit cet hdtnme aux officiers du Chapitre, sur leurs première réquisition; les officiers du Chapitre pouvaient arrêter les larrons dans, le quartier de St-Gerrais; les^ jurés ne pouvaient prohiber la vente du vin d^ Auxerre sur le territoire du Cîhapitre , ni 1§ver, sucles habitans des rues sujettes a la justice ^les chanoines , plus de taille qu'il ne leur était permis par les ordonnances des rois de France. Cette convention ne fut observée pabiblement que .pendant les trois années suivantes : V appariteur ou huissier de TarcIûdËacre fut battu en pleine rue , au milieu de TeiLcrcice de ses fonctions, et les, communiers ^ qui , suivant le règlement de police, d^ I^ ^iUe , d^vaiçnt crier hayljioyl et sonner lejbeffcoi, dès qu'un cdme était ccmm^s dans la rue , ou bien quand une rixe avait Ueu ep public , ne poussèrent pas leur cri^ ne sonnèrent pas leur cloche , ne secoururent pas Tarchidiacre et n'arrêtèrent pas le coupable«. £n cùfi^éopie^ce, , le Chapitre fit un procès a la Gooimaiie , et, par un arlré t rendu au parlement de raii:12f71, le mayeur et ses jurés furent condamnés à quarante livres d'amende. La Commune semblait avoir plus a cœur^ces débats mesquins^ que les améliorations notables à introduire dans Soissons; cependant elle contribua de ses deniers, en 1265, à

DK soisaoMs. 151

artisans de Soîssons, donation bite à l'église df Longpont, par Pierre de Laon, chambellan daroi; et, le 2 avril de la même année , avant ion départ pour la Terre-Sainte, il dressa son testament, écrit en langue vdlgaire, par lequel ilfait attwoir àtous qu'il est bon chrétien et va en la Terre-Sainte (tu service de Notre - Seigneur , élit sa sépultiu-e dans l'abbaye de Longpont, (en /a9u«//ej'0pew»7^9> tir à ma mort, dit-il), lègue 60 sob de revenu annuel à cette abbaye , et laisse quelque chose 'k presque tous les lieux saints de son domaine. Louis IX, en Ptt^t, Avait confié la régence à Mathieu, abbé (lç,Pt-penis , et à Simon de Clermont-Nesle, que (JBjttttj.yemplacer. en cas de mort, Jean III de

la reconstracticn du ponl d'Aisne en pierre , et les abbayes de la banlieue , dé même que celles de la ville, payèrent leur part des frais de ce beau pont a six arches", à pLein-cintre, que commandait la tour dite le Beffroi, situe'e au coin de la Maison-de- ville, tX correspondant d'un côté à la tour de St-Pierreà4a-Chaux (ou , par corruption , à VAsscmH ), de Tautre k Ita vieille toUr du Diable ^.

On ne voit pas que le comte Jean TI ait paru dans ces démêlés delà Commune avec le Chapitre'; mais, en 1230, il fût sans doute un des barons qui fir^mt assemblée avec le roi de Navarre , le comte de Breta|;ne et motdt d'autres, et qui semblaient conspirer coifitre leroyatime^ en voulant forcer le roi de remettre en liberté Enguerrand IV , seigneur de Coucy, arrêté par les chevaliers et les seigneurs du roi , et emprisoiiné dans la grosse tour du Louvre. Enguerrand avait fait pendre , sans formé de procès, trois jeunes nobles hommes qui chassaient avec arc et flèéhes daâs la forêt de Côucy : Louis IX appela devant son Ht-de-justiee le sire de Côucy, qui se présenta entouré des comtes de Sôissons, de Bar, de Bretagne , de Blois^, de Champagne , et de presque tout le barohage du royaume* Enguerrand se consulta pour sa défense avec ces seigneurs qui supportaient avec peine une atteinte aux privilèges féodaux, dans la personne d^un de leurs pairs :

* Dormay, t. u, p. 25i et duiv. 238. Melc. Regnanlt, p. 32. AÏSS. de Cabaret. Le cri hay, hay , doit-il être rapporté à celai qni se faisait à Reims et qui eat traduit en latin par kara^ horal Voy. GalUa Christ, t. ix, p. 110.

DB SOISSOEfS. 140

racclise prétendit se justifier par gctge de bataille; mais Louis IX lui refusa le combat qu'il demandait, contre ses accu&ateurs^et ferma Toreille aux prières . des barons qui se partirent d'illec ébahie et confue. Néanmoins , pa/r le . oûneeil de ses conseillère , aa nombre desquels le comte de Soissons avait remplace son père , le roi accorda la vie a Enguerrand de Coucy, moyennant la fondation d^ne chapelle^ douze mille livres parisis d^amende ^ et le serment d'aller gagner son absolution en Terre-Sainte. Or c'était toujours la le but de tous les projets et de tous les \œux de ce pieux roi , qui entreprit une seconde croisade dans laquelle il succomba : le 25 mai 1267, dans un grand parlement assemblé a Paris , il se présenta tenant à la main la cburonne d'épines de Jésus-Christ, qu'on gardait parmi les reliques dé la Sainte-Chapelle y et il invita les assis« tans à venir arracher Jérusalem aux Infidèles ; ensuite il reçut le premier la croix , et la fit prendre à ses frères ,^ ses t];*ois fils , aux. princes et barons de France. Le comte de Soissons ^ le vicomte de Cœuvres, et le sire Jean de Mesle, se croisèrent aussi pour la seconde fois avec une i^f ouïe d'autres ^ et chacun s'en alla de son côté se préparer a partir^

* fl^ de Si'Lùuis , par le confeitseor de !a reine Marguerite, àtinsVéd. de Joinville, par Gaperonnier, p. 278. Dàtillet, p. 365, de son Recueil des rangs des grands de France , éd. de 1580, cite un antre' arrêt deeenquôteê àxi parlement des octaves de la ohandeletêr^ 1260, où figurait le comte de Soisaons. Hisi. de France, par Henri Martin. Velly, d'aprè» un registre de la chambre des comptes, donne les noms des principaux croiser.

150 HïSToinE

6es préparatifs n^^taient pas terminés au bout de deux ans : on avait mis un décime sur les biens •ecclésiastiques pcoir couvrir la dépense de Texpédition. Les sommes, que les percepteurs de cet impôt , Guillaume de Poitiers , chanoine de Nevers, et Pierre de Trochies, député de l'autorité du légat, tirèrent du diocèse de Soissons ne sont pas connues , mais on peut en avoir une idée approximative , par révalualion des revenus çle Fabbaye St-Crepin* le -Grand, lesquels montaient annuellement à 3,200 livres tournois. Le vicomte de Cœuvres, n^ayant pas Fargent nécessaire k son toyage d' outre-mer^ où il dédirait aller prochaine^ ment au service de Notrê-Seigneur^ fut obligé de vendre, pour sa nécessité et son profit, en deux parts, son bois de Sec-Annoy à St-Jean-des- Vignes eldi Notre-Dame-aïuxiNonains', avec Passentiment de son frère , le comte Jean II , et de ses neveux , fils de celui-ci , Jean et Raoul de Soissons , louant ledit royal vendags^ par lettres scellées de leurs sceaux, et datées du mois d'avril 1269 (1270)* Ce bois de 360 ai^ents fut cédé quiUement et franchement en main morte à toujours , ainsi que tous les droits de justice et de chasse qui en dépendaient, moyennant une somme de 4,000 livres tournois. Le comte Jean II était assez riche pour ne pas aliéner sa terre ; il chercha seulement par des aumône^ a se concilier la protection du ciel : au mo^ de mars 1260 ( ou plutôt 1270, le jour de Pâques tombant le 13 avril), il confirma la donation d'une rente annuelle de 9 livres 12 sols, apercevoir sur les métiers et

Ofi S0I8S0NS. 151

artisans de Soissons, donation faite à FëgUse de Longpont, par Pierre deLaon, chambellan du roi, et, le 2 avril de la même année , avant son départ pour la Terre^Sainte , il dressa son testament, écrit en langue volgaire , par lequel il fait a^woir à tous qu'il est bon chrétien et va en la Terre-Sainte au service de Notre - Seigneur , élit sa sépulture dans Tabbaye de Longpont , {en laquelle je veuil gésir à ma mort, dit-il), lègue 60 sols de revenu annuel à cette abbaye , et laisse quelque chose \ presque tous les lieux saints de son domaine. Louis IX, en partant^ avait confié la régence à Mathieu, abbé de St-Denis, et à Simon de Clermont-Nesle , que devait remplacer^ en cas de mort , Jean III de Nesle , devenu comte de Ponthieu , du chef de sa seconde feinme.

Cependant Jean III de Nesle suivit à la croisade ses cousins le comte de Soissons , Raoul , seigneur du Tour ,^ second fils de ce comte , et le vicomte de Cœuvres, qui s'embarquèrent avec le roi a Ai*^ gues-Mortes , le 1" juillet 127(K A peine les croisés eurent- ils pris terre en Afrique et emporté d^ assaut la ville de Garthage, que les maladies se mirent dans le camp, où Ton manquait d^eau, et la mort du roi fut précédée de celle de S€;$ meilleurs chevaliers , en autres Raoul de Cœuvres , quf succomba des premiers à la dissehterie. Le comte de Soissons, son frère, ne fut pas' alors atteint par Tépidémie , et^ quand Louis IX eut rendu le dernier soupir , le jour ïnéme de Tarrivée du roi de Sicile , le bon comte était toujours armé d* armes

qui H affièrentponr combattre les Sarrasins que le rot de Thunes ramenait sans cesse k la charge. Un jour, les Sarrasins se précipitèrent sur les retranchemens de Tarmée chrétienne , en poussanl des cris horribles: le roi de Sicile ,1e comte dîArtois et le roi de Navarre rangèrent leurs troupes en bataille et gardèrent là défensive ; mais deux frères , Httgués et Guy de Beaucay, qui étaient de la bataille du comte de Soissons^ s'élancèrent , malgré ses ordres, contre les ennenlîs ; le seigneur de Précighy et son fils n^ attendirent pas non plus le congé du comte, et allèrent , plutôt que vent ne mène paillé , cherchei* une mort inévitable dans la mêlée. Lès croisée, aveuglés par le sahton que le vent chassait dans leurs yeux, ne purent porter secours auxqua*tre chevaliers que la multitude des assaillans avait enveloppés : ces braves furent du moins vengés , peu de temps après , dans lé combat de Tunis oà des milliers de Sarrasins restèrent sur le champ dej balaille. Mais le comte de Soissons ne parait plus nulle part , et Ton a lieu de croire qu'il mourut d'une de ces fièvres pestilentielles qui décimaient ro*^;car, en 1271, lorsque Philippe lïl , dit le Hardi , rapporta d'Afrique , dans l'abbaye de St- Denis, lé corps embaumé de son père, le corps du comte de Soissons fut rapporté aussi à l'abbaye de Longpont et inhumé auprès du comte Raoul ^ sous un tombeau de marbre noir qui lui avait été préparé dans la salle du Chapitre. Son fils puiqé, Raoul de Soissons, était sans doute mort aussi dans cette meurtrière expédition , de laquelle revin-

rent pourtant Jean III de Nesle et ses deux fils*.

Le fils aîné du comte de Soissons, qu'on appelait sire de Chimay, du vivant de son père, lui succéda ethérita , en même tehfips , d'une partie des biens patrimoniaux de son oncle , le vicomte de Cœuvres: son premier soin fut de poursuivre le retrait du bois de Sec-Anoy , vendu aux abbayes St-Jean et Notre-Dame par Raoul de Gœuvres ; comme il avait ratifié cette vente à la requête de son oncle, il fit valoir les droits de safille Marie , âgée de deux ou trois ans; mais les abbayes n'étaient pas disposées à se désister de leur possession légitimement acquise , et elle^ prirent chacune un expédient différent pour la conserver : les religieuses , moyennant certaine indemnité pécuniaire , se firent délivrer, en présence dé Tévéque de Soissons, des lettres parlantes teyèt\ye% du sceau de damoiseUe Marie , pour la confirmation de la vente du bois ; les religieux, en présence du bailli de Yermandois, payèrent une somme de mille livres au comte pour désintéresser la mineure^et terminer le débat. Le comte Jean III parafit avoir employé le peu de

' Melcfa. Regnaalt. preuv. f. 16 et 20. MSS. Hisi. de Si- Cripin. Chronie. abb, Langip, p. 279 et 281. Dorraay, t.ii,p.278*et suîv.G. de Nangi8,t. v de la coll. de Duchesoe. Hi$i.généah des Gr, Ofjic, t. ii. Branchç des roy , lig, Hist, de Jean de Mçnim, p^ 489 et 541. Selon V Abrégé de la fondai, de Vabb . de Longp ont , impvimé dans cette histoire, il y aurait eu treize comte» et une comtesse de Soissons enterrés à Tabbaye ; mais leurs tombeauiC étaient sans épitaphe , excepté ceux de Raoul de Nesle et de sa femme Adc.

154 HISTOIKfi

temps pendant lequel il fut comte, à augmenter son bien et a soutenir des procès. La succession de son père et de son oncle lui en amena deux : . il gagna Fun, en 1280, et fut déclare ei^empt de la juridiction du bailli de Vermandois; il perdit l'autre , en 1284, et fut condamné, par arrêt.du parlement, a payer avec les arrérages, à Ta&baye Notre-Dame, la rente de six besans d'or , assurée par son aïeul ,. le comte Raoul de Nesle, à cette abbaye, tant que les Juifs habiteraient Soîssons :.ce jugement prouve que les juifs n'étaient pas encore chassés de la ville*. Le comte, qui faisait argent de tout, en tira sam doute de la confirmation des choflrHs de franchise^ que son chierpère avait données aux bourgeois et bourgeoises de Bucy , Freny ^ Margival , Crouy , Gjuffies, Pommiers, Villeneuve, Aille, et autres lietiof aût lesmaivie» et leg bourgeoisies qP H échevinage de cesvilles nomméess' étendent ; seulement ,, dans seslet~ très de 1272, ratifiées par la comtesse et par F évéque dont il était feudataire^il défenditases bourgeois dç se marier à des femmes qui ne fussent pas ses bourgeoises , «ous peine de perdre la tierce partie çle leurs biens terriens , le tiers de cette confiscation lui devant appartenir, et il reconnut qu^ aucun bourgeois ne pourrait renoncer au droit de franchise ;90ur être homme de corps du comte ^ avant d'avoir dédommagé le Commun. En 1276, il aliéna quelques revenus de la terre d'Epagny ; en 1281 , il transigea avec la Commune deVailly, au sujet des for-mariages, ainsi qu'on nommait les mariages que les mainmortables contractaient entre eux. Le

DE SOI8SOVS 155

comte. Jean III avait acheté , en 1271 y une maison à Paris pour agrandir riiôtel qu'il possédait sur le fief Gloriette , près de la boucherie du Petit-Chàtelet ; en 1275 , il acquit , ad nom de' sa femme , Mar^ruerite de Montfort , fiile d' Amaury VI, connétable de France , qui avait eu sans douté une {[rosse dot en argent plutôt qu'en domaines seignenriam^^ la belle terre^ d'Ostel , appartenant à Guillaume d'Ivry, et celle .de Buâancy ^ quoique la branche des vicomtes de ce nom' ne fut pas éteinte» Marguerite de Montfort prit dès- lors le titre de dame â'Ostel, ce qui prouve que l'achat de cette terre avait été fait de ses deniers , et composait son douaire; néanmoins, le comte de Soissons semble avoir eu ie projet d'ériger en vicomte la seigneu* rie d^Ostel i[)Our son seqohd fils Raoul , qui ne s'in« titola vicomte d^Ostel qu'après la mort de sa mère^. Cette vicomte , la quatrième du comté, par ordre de fondation, renfermsût les, villages et les chemins compris entre Fabbaye St*Etienne , Micy , Ctmdé, Celles, Vailly , Ostel , Ghavignon , Lafaux, Manteml-Lafosâe et la montagne de Crouy. Le fils

aine de Jean III se nommait de même que son

' Melo. Renault et 4'aatre8 bistorieDS ont préteqâa^que ^aoQl de Soissons, seigneur du Tour, fils de Jean II, n'était anlfe' que Raoul de Soissons, vicgmte d^Ostel, qu'on a ditfils du comte Jean III; maiail est impossible que la yicomté d'Ostel , acquise ei]^i275 jpar Jean III , ait passé par succession , de Marguerite de Montfort , comtesse douairière ^ au frère de son mari, -du vivant de sa fille , vers 4303. D'ailleurs ^ Raoul aurait^gardé le titre de seigneur du Tour en prenant celui de seigneur d'Ostel, et il n'aurait pas surtout appelé simplement son neveu, en .1289 , le €ls de Xean IV, lequel eût été son arHère-vneveu, Voy. Melch. Regn. preuv. f, 22. Hiai, gen, des Gr, Offio, t. ii, et Dormay, t. ii, p. 2S7.

père, et avait la qualité de seigneur de Cbimay : il eut un troisième frère appelé aussi Jean, qui fut mis dans les ordres et qui devint prévôt de la cathédrale de Reims et doyen de celle de Laon ; ce chanoine devait survivre long-^temps a ses deux aines et posséder la seigneurie d-Ostel qUi sortitensuite de la maison de Nesle*-Chimay« Leâ trois fils du comte Jean III héritèrent, à différens degrés, de Thumeur processive et cupide de leur autçur, qui n'^ laisse de traces que dans des chartes de vente, d^ échange et d^ achat, ejnpreiùtes en quelque sorte de son esprit défiant , tracassier et avare : u Avons vendu k Fabbé et au couvent de St-Maard ( Médard) de Soissons, dit-il dans une charte de 1276, par loyal yendage, un peu de droiture k Cuisy et en toute la poeste (seigneurie) de Cuisy , laquelle droiture est appelée Tymons... et avons fait ledit vendage.i. pour bon prix et loyal , c'est à savoiï* pour XL livres de Tours , dont nous sommes payés a plein en bçnne monnaie comptée et nombrée, et en quittons Tabbé et le couvent devantdit..* et leur promettons loyaument à garandir, pleinement et en main-morte à toujours ledit /Tymons et les appartenances contre tous voulant venir à droit et a loi, et a ce, obligeons-nous, nous et nos hoira et tous nos })iens meubles et non meubles. » Le icômte Jean III entendait parfaitement le style de la pratique et les finesses delà chicane. Enfin, les' seuls dohs qu'il fit aux églises datent de Tannée de sa ^ mort : il légua au monastère de Long^pont , en 1284, quinze livres tournois de rente perpétuelle a prendre sur les biens du comté \ et il paya de la

sorte un obit anniversaire 'et sa sëpultare auprès de son père et de son aïeule

On ne voit pas que le comte Jean III ait figuré en personne dans les parlemens du roi ; mais il se rendit avec plus de chevaliers quHl n^en devait fournir/>ot^r^(m service, à la grande convocation des barons danâ la ville de Tours, au mois de mai 1272, afin d'entrer en campagne contre le comte de Foîx. En toutes ces solennités de guerre, de justice ou de plaisir , la branche de Nesle^Soissons était éclipsée par les branches de Nesle-Falvy et de Germont- Nesle : celle-ci avait produit Simon , connétable de France; celle-là brillait d'un nouvel éclat, depuis que son chef avait épousé la comtesse de Ponthieu, et se montrait au 'premier rang dans les camps ainsi qu^à la cour. Mais la ville de Soisspns avait dans son évèque, Milon de Basoche/ un représentant qui ne perdait aucune occasion d'exercer ses droits : ce fut lui qui couronna Philippe III à Rei^, le 15 août 1271, parce que le siège métropolitain-se trouvait alors vacant:' ((Si fut la fête grand' et y furent lés barons au roi de France et grand'foison de prélats et plusieurs autres. » Milon de Basoche, qui ne sortait guère de sa retraite

' Dormay, t. n, p. 256^ 262 e| sum Melch. R^gnault, p. 135et8uiv. préuv. f. 22. Hist, gèn. des Gr. Offic, t. n. Ord.des roi$ de JPr., t/xc, p..413. CartuL deSt-Médard , MSS. Ce oartnlaire , consei^é à la Bib. roy.,nQ commence qa*à la moitié du XII« siècle ; la' première charte en français qa'on y rencontre e$t celle* de Tannée 127&, àohi non» ci^n9 an passage. Le^ anciens cartulaires do cette illu.^itrc abbaye ne se retrouvent que par extraits dans les MSS. do dom Grenier, dom Gafiiaûx et dom Gilleson. Chronie\ abb, Longip.,f.299.

favorite de Longpont , enyoya ses députés aux synodes provinciaux tenus* à St-Quentia,. à GQmpiègfie et a Rieims ; mais il présida en p/ersonne Le concile ^e S^-Quentin qu'il avait indict^ tandis que rarchevéché vaquait, çt jnaintint ses droits de doyen des suffragans de }a province, malgré le3 vives protestation^ des chanoiiies rémois» Cet évéque fut un des prélats, qui , d's^près Fe^iquét^ des miracles de St- Louis, faite dans labbaye de StTDenis^ écrivirent au pape Grégoire X, en 1275, pour le supplier de vouloir bien mettre ce pieux roi au nombre des saints. Milon de Basocbe , tout éloigné quUl fut de Soissons, ne veillait pas moins a la conservation des moindre^ privilèges de révéché : aussi , ne céda^t41 pas aux prétentions du maire et des jures, qui s'attribu^ent la.v^ite du pain ctiez les boulaiigers dans tous Les quartiers d^ layille et des faubourgs ; il soutint avec opiniâtreté que cette visitq^ ne pouvait avoir lieu dans les limites de sa juridictioiu Le bailli de Yermandois, choisi pour arbitre., rendit sa senten^^ , ^t décida queVévéque ^t la Commune enverraient chacun leur mandataire pourla visite du pain 4Ans ie q9artier de la justice épiscopale , et, qu^en cas de diflSLculté, un troisième commissaire serait élu par F évéque, le maire et les jurés, devant lesquels il prêterait serment avant d^étre adjoint aux premiers juges^ Quant au pain confisqué pour faux poids ou mauvaise qualité , il devait être doimé aux pauvres. Ce traité fut signé par les parties, lé 15 septembre 1275 ; mais U n'empêcha qVun moment les brouilleries qui se ranimaient ^ans cesse sous lés

plus frÎToles motifs. La Commune de Soissons tenait botk cependant'et défendait sa chatte avec fermeté, tanifis que la'' plupart des Communes du nord étaient menacées dans leur eiHstence ^

L'évéque de Soissons avait eu à défendre , en 1283 , son autorité', attaquée audacieusement par un inférieur , Fabbé de St-Corneilie de Compiègne : Milbn excomnuiftia, dans îin synode, cet abbé ainsi que le prévôt et les frères du .monastère, pour zvoirjeté violemment ies mains sur quelques dercê^ et il ordonna aux prêtres- de son diocèse , sous peine d^excOBdnnimcalion , de publier cet interdit en lënrs églises , tous lés jours de fêtes , chandelles allumées êtclôchessonncintes. Mais l'abbé, prétendam; que cette êicomraunîcalion était un attentat contre les privilèges de son abbaye , enjoignit au prieur de St-Médard^ à eéluiideSt-Fierre-à-la-Ghaux et a touslesfouHrés, chapelains et prêtres , de s'abstenir â'une tttUe publicatitm , s'ils ne voulaient pas élreèxeomminiiés eu|:-mêmes ; bien plus, il menaça àë sa propre eiciiiniitilitiicatîon , .s6n.évêque , en TiiiviibmtàTedFeraeUe qu'il ^vait lancée^ et il osa exécuter.samenaceqùatre semaines après« L'évêque d'Amiens dut s'interposer comme arbitre entre cette double exdomufranication y et sa sentence , rendue le<90 décembre 1284, et confirmée parle

* Daciietne, t.ii^ p. 3S3. Bisi, du Languedoc, par dom Vaissette, t. iv,-p« 7. Trait du ban et' de Varr.han^ par Laroquo : dv>c%t secum eex milites ultra seraitium euum, Cérém, franc. 1. 1, p. i4à. Gallia Christ. , t. ix. Dorinay, t. u, p. 2Ô9*el 260 «La Comoiane d« Soissons avait des sceaux ; celle de Reims n'en put jamais obtenir de Tarchevéquei

pape , Innocent III , conclut à ce que révéqae de Soissons et Tabbë de St-Corneille nomioassent alternativement chaque année un vicaire cotMnun^ a Compiègne, pour y exercer le pouvoir ëp7s-capal *• Milon de Basoche, qui fui évéque pendant vingthuit ans et ne se montra pas digkie de ses ancêtres, vieillit presque ignoré dans sa retraite, et mourut le 24 septembre 1290, en laissant son corps et unis partie de ses biens à Pabbaye de Longpont , qu^ii avait £aPvorisée avec une prédilection particulière durant son épiscopat. jyéanmoinsvilfut enterré d'abord dans la cathédrale^ à laquelle il avait légué des Vases sacrés. et des omemens, d'église d^un grand prix; mais, si]^ ans âprè»^ suivant ^es volontés suprêmes, on transféra ses restes a Longpont, à Fexception de soii bras droit que voulut conserver lé Chapitre , et on les déposa dans T église du monastère devant le maitre-autel, sous utie toml^e de cuivre, oniéede sa statue letde ses ia^rmes , avec une épitaphe latine qui rappelait la translation de son corps et qui lui donnait les titres d'^homme pru^ dent ypieua etlibér/zl. Son successeur,. Gérard de Montcorhet, ^tait fils de sa ^œur et avait déjà hérité de son archidiaconné de Brie : cet; évêque, dont ré|e'ction eutlieu quatorze mois âpres le décès de Milon de Basoche, ne se signala par aucun' acte important pendant les quatre années où il occupa le siège épiscopaL £n*l29Q, comme il revenait

* MSS. dedom Gi^niec, po<}. 20, n. 4. Cette querelle shi- ^ulière n'est pas même meotioiuiée dans l&Go^/ia Chrù-

DE SOISSOMS. 161

d'un pèlerinage qu41 avait fait a Bari dans la Fouille,, à la faveur des relations d^amitié existant alors entre la France et le royaume de Sicile , pour honorer les reliques de St-Nicolas , il mourut à Réate, et son. corps, rapporté k Soissons au mois de septembre de la même année, alla reposer dans le lom*. beau d^où Ton venait de tirer le cercueil de son prédécesseur. Gui de la Charité avait été élu évé-. que, dès qu^on apprit à Soissons la nouvelle de la mort de Gérard de Montcomet , probablen^ent sous Finfluence des abbayes de Longpont et de St-. Jean-des*yignes, qu'il protégea depuis avec une véritable prédilections

L^abbé de St-Jean-des- Vignes était en ce tempsla Mathieu de Cuisy, hamnte dévotteux^etparfaite^ ment vergé dans les hunumités et la théologie. Or , il arriva plusieurs graves scandales dans le monastère: un moine > prieur d'Oulchy , connu des seigneurs du Soissonnaispar son savoir et sa sapience , tomba dans le péché de la chair (m lubricum Garnis) et fut surpris par les frères couchés au dortoir. L'abbé le fit comparaître devant le Chapitre et le força d'avouer sa lubricité ; mais on mitigea, le châtiment a cause des services que ce prieur avait rendus à la communauté en allant à Rome défendre victorieusement les privilèges de Tabbaye contre le Chapitre de Soissons, et en faisant beaucoup de fondations dans les églises rurales du moûtier i il fut seulement discipliné pendant quelques jours et

' Gallia Christ» t. ix. Dormay, t. n, p. 284, Chrq^, abb. Longip,

162 msioms

passa six mois en chartre , après lesqaeis il mena une vie pudique. Peu d'années auparavant, un autre moine, curé ti^Acy, doué d'un esprit brillant et d'une science profonde , tellement qu'on aTSfit failli l'élire abbé , se relâcha par orgueil ^ rompit son vœu de chasteté et dissipa les revenus de son bénéfice ; on le rappela au monastère pour rendre compte de ses fautes , mais il refusa de comparaître en présence du Chapitre^ et, jetant le froc aux or^ ties , se mit à voyager en Italie et en Allemagne. L'ennui plutôt que sa conscience le ramena enfin à Soissons, et il demanda en vain la permission de rentrer dans la communauté de St-Jean-des-Vignes. L'intercession de ses amis, qui étaient des hommes puissans, décida enfin l'abbé Mathieu de Cuisy à recevoir cet enfant prodigue, résigné d'avance à toute espèce de pénitence : voici celle qu'on lui fit subir. Il vint a la première porte de l'abbaye, dans le logement du concierge , et là il quitta ses habits séculiers, ne conservant que sa chemise; les pieds nus et la tète découverte, il traversa le préau pour se rendre à la salle du Chapitre, une baguette à la main , et fléchissant les genoux devant Tabbé , en présence de tout le couvent, il confessa ses erreurs, requit la correction qu'il méritait et implora la miséricorde des assistans. Quand il fut bien fustigé, on le condamna à prendre chaque jour sa discipline et a la présenter a quelqu'un qui lui en adminiUrerait quelques bons coups ^ à être privé perpétuellement du droit de siéger au Chapitre , à occuper la dernière place au chœur et ailleurs avec les no-

DE soissons. 163

Tices, a s'abstenir de célébrer la messe , à manger au réfectoire , agenouillé devant un escabeau, et k n'avoir pour pitance que du pain noir et du vin ronge. Cette pénitence ne finit au bout de neuf ans qu'avec la vie du malheureux pécheur , qui avait obtenu , par grâce , de s^asseoir h la table des convers et de dire des messes basses. Un troisième moine , accusé de calomnie envers un de ses frères, garda le silence pendant un mois et porta Teau bénite à la procession , en punition d'un propos diffamatoire qu'il ne fut pas admis à prouver. Un quatrième moine, que son obéissance et son humilité ne corrigeait pas de boire outre mesure et de s'adonner à la gourmandise , ayant mordu dans un gâteau qu'un frère servant portait au cellier, demeura exposé au froid en plein air dans le cloître et fut sevré de vin, de viande et de poisson, sibien qu'il gagna une fièvre quarte dont il mourut. Ceux qui se querellaient et qui en venaient aux voies de fait, n'avaient pas d'autres peines que la discipline dans le Chapitre et la sellette (sella) au réfectoire, sans aucune préférence entre les deux adver-

saires *.

Le comte Jean III était mort avant Milon de Basoche , en 1284 , et reposait près de ses ayeux au monastère de Lohgpont: sa femme, Marguerite de Montfort, qui lui survécut cinq ou six ans , conserva en douaire la vicomte d'Ostel , puisqu'elle

' Ckron, abb. S. Joan, Suess, p. 143 et suîv. Legris ne fait qu'extraire un vieux manai^crit qui avait été rédigé dans Tabbaye et qui en contenait l'histoire.

passa six i une vie , auli'c ni.

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DK S013SORS. 165

■iitniscau, soit qu'il fut élevé dans la maison du roi et qu'il y apprit le métier de chevalerie , sans autre distinction de ranç que la ceinture du datnoisel; soit que ce nom sous lequel on dé^gnait les fils des j;rands et des princes lui fût attribué, même après S3 majorité. II aurait sans doute quitté ce titre, en devenant chevalier (miles), s'il était arrivé à l'âge de recevoir l'accolade et d'être armé daos une cour plénière. Ce fut sous les qualités de damoiseau, quens (comte) de Soistons et sire de Cimay, qu'il loua, agréa, approuva et confirma, au mois de mai de l'an 1297 , la vente de la vicomte de Venîsel , faite à l'abbaye St-Crépin-le-Grand par Gérard d'Arcouin, écuyer, et damoiselle Isabeau sa femme, moyennant la somme de deux cents livres. Jean, dotnciseau, comme seigneur suzerain de cette vicomte que tenait en fief le sire de Busancy , reconnut ce vendage, pour Dieu, pour pitié et pour au-

164 HISTOlKE

donna, en 1284 , a Téglise de sa ville d^Ostel uii muids de blé à prendre annuellement pour Dieu dans sa grange seigneuriale. Le fils aine de Jean HT, qui fut Jean IV, comte de Soissons, était marié depuis 1280 avec Marguerite de Rumigny , fille aînée de Hugues, seigneur de Rumigny, Fleurines, Boves, Âubenton et autres lieux, et il avait eu d'elle deux fils nommés Jean et Hugues , du vivant de Jean ni. Avant d^hériter du comté, il habitait ordinairement le château de Chimay , dit la Tour de St'Benolt^ où son premier fils était né, en 1281 : cette année là, il avait perdu un grand procès contre son beau-frère, Thibauld , seigneur de Neufchâtel, depuis duc de Lorraine , qui lai disputait Vapcmage de la terre d' Aubenton , comme ne formant pas une annexe de la terre de Chimay , et qui s^ opposait a ce que Marguerite de Rumigny fut admise à partager la succession de son père qui Favait dotée en la mariant. Ce procès et Tarrét du parlement, qui le termina en faveur du seigneur de Neufchâtel , sont à peu près les seuls documens qui fassent foi de Texistence de Jean IV. L^ époque de sa mort fut certainement antérieure à Tannée 1289, puisqu'en cette année là , Raoul , vicomte d^Ostel, fieits (fils) du comte JeanHI, était baux (bailli) et garde de la comté de Soisson^'pour noble homme Jea/n, comte de Soissons , son cher neveu subagé^ (enba^-àge), qui devait avoir huit ans. La tutelle de Raoul dura jusqu'en 1296, lorsque son pupille eut atteint sa quinzième année et put gouverner le comté par lui-même. Jean V prenait le titre A^da-

DE SOISSOIfS. 165

moiseaUy soit quMl fut élevé dans la maison du roi et qu^il y apprit le métier de chevalerie , sans autre distinction de ranç que la ceinture du damoisel ; soit que ce nom sous lequel on désignait les fils des grands et des princes lui fut attribué , même après sa majorité. II aurait sans doute quitté ce titre, en devenant chevalier {miles)^ s^il était arrivé a Tàge de recevoir l'accolade et d'être armé dans une cour plénière. Ce fut sous les qualités de damoiseau ^ quens (comte) de Soissons et sire de Cimay^ qu'il loua, agréa, approuva et confirma, au mois de mai de l'an 1297 , la vente de la vicomte de Yenisel , faite a l'abbaye St-Crépin-le-Grand par Gérard d'Àrcouin, écuyer, etdamoiselle Isabeau sa femme^ moyennant la somme de deux cents livres. Jean, damoiseau^ comme seigneur suzerain de cette vicomte que tenait en fief le sire de Busancy, reconnut cevendagOy pour Dieu^ pour pitié et pour aumône et pour le remède de nos âmes et de nos devanciers , dit^il dans sa charte, que son frère Hugues confirma quelques années après , en réglant l'étendue de la vicomte de Yenisel , qui ne mouvait plus de la vicomte de Busancy , depuis cette vente. Jean Y mourut, sans alliance , à la bataille de Gourtray, que le comte d'Artois perdit contre les Flamands^ le 11 juillet 1302, et dans laquelle maint grand gentilhomme chéitsm milieu de vingt mille Français à ta^^ à moncojaua assemblés, ainsi coinme Von assemblé blés. Le comte de Soissons périt à côté de ^eux braves chevaliers , ses parens et ses compagnons d'armes , Raoul de Nesle-Gler-

mont, connétable de France , et Guy , frère de ce capitaine , sous lequel le jeune damoiseau avait peut-être fait son apprentissage militaire dans la guerre de Guyenne *.

Hugues ou Hue9^ frère de Jean Y , lui succéda au comté de Soissons : il n^eut pas de tuteur et se qualifia damoiseau jusqu'en 13b5 , oii il fut créé chevalier. Il avait épousé Jeanne d'Argies, fille de jRenauld, seigneur d^Argies en Picardie et de Catheu, et héritière d'une de ces deux seigneuries. Hugues, qui était homme belliqiteuœ et fort aux armes^ selon l'expression d'une vieille chronique , se trouva certainement à la plupart des journées heureuses ou néfastes de la guerre de Flandre , depuis que Philippe-le-Bel envahit le pays , en 1297 , jusqu'à la victoire de Mons-en-Puelle , qui

' Melc. RegnauU se trompe grossièrement à Tégard de Jean IV qu'il confond avec Jean Y. On conçoit d'ailleurs que les noms identiques de quatre comtes de Soissons qui se suivent, aient donné lien à une foule de quiproquos; car, sur les monnaies, dans les chartes , les obi tiers, les inscriptionSy on ne trouve aucune désignation numérique qui fusse distinguer les personnages du même nom et souvent du même temps. Un passage des Mémoires manuscrits de Pabbaye de Bonne-Fontaine , cités par Dormay , établit nettement la naissance de Jean V en 1281 ;celle de son frère Hugues doit être fixée à Tannée 1383 ou 1384, puisqu'il fut fait chevalier , à Tâge de 21 ans, avant 1405. Dormay, t. n, p. 261 et suiv. 273. Melc. Regnault, preuv. f. 22, 23. Gloàsarium inf. latin, verbo Domicellu», Hist. gén. des Gr, Ofjic. t. n, Hisi. deStCrép, MSS. La plupart des historiens indiquent la mort du comte Jean Y avant Tannée 1300 ; mais il est nommé parmi les seigneurs tués à Gourtray, dans les Annales deMeyer, et cette autorité nous a paru suffisante pour préciser Tépoque de sa mort. Beilcforêt , dans ses jinnaJes de France ^ et Velly, dans son Histoire de France, mettent aussi le comte de Soissons parmi les morts de la défaite de Gourtray.

DB S0ISS0NS« 167

vengea, en 1304, le désastre de Gourtray, où avait été moissonnée toute laflorde tabarannie. Chaque année , le commun de France (le ban et l'arriéreban) était émupor aller en Flandre; le roi mandait sa chevalerie eteonberna^; il avait en sa compagnie France (Ile-de-France), Poitou, Picardie^ Champagne et lev4isselage de ses autres provinces : on s^émer veillait qu^il ne se lassât pas de tant aller ^ 'de tant venir, deretomer^ de revenir. Le comte Hugues, qui, suivant son devoir féodal, servait dans Vost ou il amena deux chevaliers et vingt -cinq écuyers a ses gages, se distingua par sa vaillantise plutôt que par le nombre de ses hommes d'armes : les milices soissonnaises , qui raccompagnaient au ban du roi^ ne se montrèrent pas dégénérées de cette intrépidité qui avait eu tant d'éclat à Bouvines. Dans un <K>mbat qui se donna près de Lens, en 1304, de Braine ot là maint soudoyer ^ si attourné qu^on Ven peut croire : les sergens d^armes passent une petite rivière qui les sépa;rait de$ Flamands, et ceux de Braine. entremêlés ien vont, tous serrés, bawnière levée: qu4»nd leu/rs ennemis les avisent , le plus hardi s'en épouvante^ et les gens de Braine^ au sortir de T eau, se précipitent a la poursuite des fuyards qu'ils élrennent d'horribles coups. Le Soissonnais , bien que fournissant force soudoyers et chevaliers por les Flamtands abattre , ne fut pas plus ménagé que le reste du royaume dans les exactions de Philippele-Bel, qui adultérait la monnaie et se créait des ressources momentanées par de continuelles atteintes

aux fortunes privées. Ainsi, après la perte totale de Vo9t du comte d'Artois à Gourtray, le comte de Soissons reçut, ainsi que les ducs, comtes, vicomtes» , seigneurs et baillis de France , un mandement du roi ordonnant que « lui et toutes autres personnes d^ église, de religion ou de siècle, quelles qu'elles soient, baillent et délivrent, en présent , la moitié de tout leur vaissellement blanc (vaisselle d'argent) ou plus que la moitié , si à moins ce peuvent faire bonnement, à ouvrer en notre monnaie, pour le prix de quatre livres quinze sols tournois pour chacun marc de Paris. » Cette mesure fiscale, motivée sur la nécessité appa/rissant ^ fut exécutée par toute la France, au ismvmxive A% toutes fnanières de gens obligés d'apporter , à la plus prochaine monnaierie , la moitié de leur vaisselle d'argent , tandis que les baillis et officiaua du roi donnaient toute la leur sans nulle retenue^.-

L'exemple de Philippe , taillant son peuple à merci, changeant sans cesse le titre et la loi de sa monnaie , ne pouvait manquer d'imitateurs : vers l'année 1303 , Wermond , abbé de St-Crépîn-le- Grand , voulut s'approprier le bien du patron de son abbaye ; le chef de St-Crépin reposait dans un reliquaire d'br qui pesait dix marcs ; l'abbé imagina de faire fabriquer , par un orfèvre de ses amis, un nouveau reliquaire beaucoup plus grand , en façon de pyramide , qui n'était que de cuivre

' Hht. ^èn. des Gr. Ofjic. t. ii. Dormay , t. ii, p. 292. Ckr, métrique de Geoffroy de Paris. Br. desroy, lig, Ordon. des rois de Fr. 1. 1, p. 34S. Tr. du ban et de Var, ban. p. 102.

doré y émaillë et orné de figures en vermeil ; mais, quand on essaya d'introduire la tête du saint dans ce vadsgel^ cette tête refusa d'y entrer, et, pour la contraindre à obéir, Torfèvre brisa d^unemain téméraire la relique qui fut ainsi divisée en trois pièces. L'ancien vaisseau , remis à la fonte , se transformaen crosse magnifique pour Fabbé. Soudain l'orfèvre, qui l'avait faite, tomba en paralysie et mourut intestat. Wermond , frappé aussi du courroux céleste , perdit la rabon ; mais, dans un intervalle lucide de sa démence , il convoqua tout le clergé de Soissons en la salle du Chapitre de l'abbaye , et là il avoua son péché a haute voix, en le déplorant, et résigna sa dignité dont il se déclarait indigne. On mit un autre abbé a sa place et il fut envoyé au prieuré de Beaulieu pour y faire pénitence : le bras de Dieu cessa de s'étendre sur lui ; non-seulement il guérit, mais encore il édifia, par sa piété, tous ceux qu^il avait scandalisés par sa vanité et son sacrilège*.

Les abbayes possédaient encore des richesses considérables en vases d'or et d'argent; mais leurs revenus se ressentaient de la misère générale et de la rareté du numéraire : un muids de vin soissonnais était estimé vingt sols , en 1272 , selon -une charte de l'abbaye St-Grépin4e-Grand. Depuis que Philippe -le -Bel avait commencé atadllerses sujets et a mettre le trouble dans là loi monétaire, le

^ ' Oormay, t. ii, p. 205, d'après lc8 MSS. deBerletto et de VEgpaulart. Jean flélie, moins crédule, dit dan» son Hist de «&-Cr«jp. qu'il ne voit guère de vraisemblance à cette anecdote.

170 HIST01It£

comte de Soissons était forcé non-seulement de vendre des privilèges, des franchises, des chartes de confirmation^ mais encore des portions de sa terre, pour Caire faee a la diminution de ses revenus : avant quMl succédât à son frère , en 1300, il vendit à Charles de France , comte de Valois, tout ce qu'il avait de droits sur la forêt de Retz, et il changea , contre vingt livres de rente annuelle , les cinqmuidsde blé que les religieux de Prémontré prenaient sur le scsterage de Soissons; quand il fut comte, en 1302, il confirma les biens que Fabbaye St-Jean avait acquis dans sa juridiction ; en 1304, ir confirma de même Voetroide trois soh nérets de cens , octroyé en aumône .a V hôtellerie St-Gervais ; en 1305 , il permit à Fabbaye Notre- Dame de faire creuser sous les £Ufi& trois chemins conduisant hors de T enceinte de la ville; cette même année, il ratifia conjointement avec son oncle , le chanoine Jean , qui était devenu vicomte d'Ostel, et avec Tévéque de Soissons, les franchises données par son ayeul , le comte Jean III , aux bourgeois des villages de la banlieue. Mais ce fut sans doute un plus impérieux besoin d'argent qui décida Hugues à franchir et affranchir y sans aucune condition, les.bourgeois et bourgeoises du comté ; cet affranchissfement ne pouvait avoir lieu sans l'approbation de Févéque, qui, comme seigneur suzerain ]du comté que Hugues tenait en /Si^/" et hommage^ s'opposa d'abord à Texécution du traité,. et^r^Y et saisit en sa main, les villes^ bourgeois et bourgeoises de la comté de Soissons comme

à lui acquises, comme hommes et femmes de corps de ladite comté» U se désista pourtant de ses pré* tentions, à condition que le comte lui pennettrait à^accTûitre le fief de la comté mouvant de lui et arrière-fief jtisques à cent livres de terres à tournois tous amortis de lui^ et surtout, moyennant une somme de quatre cents livres que lui payèrent les nouveaux affranchis, dans la salle du Chapitre , en présence et par le confort du bailli de Soissons , noble homme Simon de Silly *•

Le coînte Hugues était bien loin d^avoir hérité de rinfluence de ses ancêtres dans les affaires du royaume t son extrême jeunesse empêchait peut-être qu^il fut admis dans le conseil du roi ; car on ne voit pas son nom parmi ceux des barons qui assistaient aux cours de justice, et lorsque Philippele -Bel, par son ordonnance de 1302, rendit le parlement sédentaire, Tévêque, et non le comte de Soissons, fut chargé de diriger les enquêtes et les Grands Jours de Troyes ; bien plus, il ne âgna pas plus que son frère, Jean V, la lettre des ducs, comtes , barons et nobles , adressée aux cardinaux ,

• Hisi, de St'Crèpin ^ MSS. Hitt, gin. des Gr, Offic, t. ir. Melc. Regn. prcav. f. 23. Orê. deê raie de Fr, t. xi, p. 4i3. Hist. de Vabb. N.-D. p. 210. MSS. de dom Grenier, paq. 13, n. 5. Cet afFranchisseraent général résulte d'une charte de l'an 1324, délivrée par le prévôt de Paris devant deux notaires-jurés du Ghâtelet, qui reçurent la déclaration et le serment de Simon de Silly, au sujet de la transaction de révéque arec son feudataire. Le comte Jean de Hainaat , en 1325, renouvela la permission accordée à Févéque d'acquérir jusqu^à cent livres de rente annuelle sur les fie& et arrière-fiefs du comté. Dormay, t. h» p. 306.

pendant le différend du roi de France avec Boniface VIII, et signée par trente seigneurs, entre lesquels figuraient les comtes de Dreux , de St-Pal, de Hainaut , le sire de Coucy et même un Nesle- Clermont, Tintrépide connétable Raoul de Nesle. Ce sont là des preuves irrécusables de la décadence de cette maison de Soissons , que les comtes Ives et Raoul avaient élevée à un si haut degré de splendeur et de prospérité. Hugues , il est vrai , ne fat comte que pendant quatre années, et, tout le temps qu'Une passa point à la guerre de Elandre^ sepetdit assez obscurément dans les détails de la police de son comté. Il fit ainsi, au mois d'octobre 1305, un traité de conciliation avec la Commune qui s'épuisait en procès intentés a toutes les juridictions rivales : suivant cet accord , le comte pouvait faire arrêter sur le territoire de la Commune les gens ressortissant de la justice du comté, et ce, sans empêchement de la part des maire et échevins ; la Commune^était autorisée à fermer de murailles la ruelle qui séparait du château T abbaye St-Léger , en y laissant deux portes , Tune du côté de la ville , l'autre du côté de la rivière , dont le comte et le maire auraient chacun la clé ; les marchands de Soissons , avant d'aller au marché de Braine ou de Vailly , feraient serment, à la Tour des Comtes , que leurs marchandises avaient été exposées sur le marché de Soissons, et, dans le cas de l'absence du comte ou de ses officiers^ ils seraient libres de partir après s'être présentés au manoir de leur seigneur ; le comte cédait à perpé-

fuite aux bourgeois, Tile située entre le château et le grand bras de F Aisne, depuis la tour de St- Pierre-^la-Ghaux jusqu^au pont, et depuis le pont jnsqu^à l'ancienne église de St-Quentin ; la Commune s'engageait à payer au comte quatre livres paHsis de cens annuel ; les officiers de la Commune auraient le droit d'arrêter les criminels , non-seulement dans cette ile , mais encore dans toute Fétendue de la Commune , sans préjudice de la justice du comte; le maire et les jurés se tiendraient à l'Hôtel du Change , appartenant au comte , qui recevrait de la Commune une rente annuelle de 30 livres ceux-ci publieraient leurs mandemens au faubourg de St*Germam et sur le chemin de Ville*neuve, y lèveraient des tailles pour les dépenses publiques et y feraient des arrestations, pourvu qu'ils amenassent les délinquans a la Tour des Comtes ; à défaut du maire et des échevins, les officiers du comte se saisiraient des coupables , qu'ils remettraient aux mains des officiers de la Commune, s'ils venaient k rencontrer ces dernier^ ; mais , en tous cas, i' amende appartiendrait au comte et serait acquittée en monnaie soissonnaise ; le bétail de la Commune aurait entrée sur les pâturages de Villeneuve , comme celui de Villeneuve dans les prés de la Commune. La concession de l'ile, voisine du château, à la Commune, avait pour objet l'établissement d'un mail : ce jeu fort goûté alors par le populaire ainsi que par les grands seigneurs, fut établi dès l'année 1305 , au milieu de belles plantations d'arbres

faites dans cette île qu^on appela le Mail ou le Promenoir^.

Ce traité avec la Commune de Soissons , fut le dernier acte de F administration du comte Hugues , qui le scella d'un nouveau scel qu^îl avait fait graver , en quittant la qualification de damoiseau pour prendre celle de chevalier : il mourut prématurément dans le cours de Tannée 1206 , en laissant la comtesse enceinte : il fut , selon toute apparence , enterré auprès de ses pères dans Tabbaye de Longpont à laquelle il avait cédé tous les droits qu'il pouvait revendiquer sur les domaines acquis par les religieux à Parcy. La libéralité des comtes diminuait en raison de leurs revenus, et tel monastère, qui n'avait reçu jusqu'alors qu'aumônes et privilèges , était taxé arbitrairement, Pliilippe>le-Bel exigea de l'abl^aye Notre-Dame, l'année même de la mqrt du comte, un subside de cent sergeos. de pied des plus convenables de leurs hommes de corps , chaque fois qu'il irait en personne à la guerre, ou bijen de deux cents livres tournois à prendre sur les s\ijets de cette abbaye, riche, mais obérée de taxes et de contributions : auparavant, Notre-Dame ne devait qu'un sommier au roi allant en guerre, tandis que les abbayes d'Orcamp et de Longpont fournissaient des charipts tout attelés et que la

' Rec, des rangs des gr, de Fr. par Datillet. Recherches de la France^ par Paequier, Hv. ir, ch. 3. Preuv, du diff» de Philip. 'le- Bel^ avec Boniface YIII, p. ôO.Donnay, t. n, p. 297 et 298. MSS. de Cabaret et de M. P. Louis Broyer. Ord, des rois de Fr, t. xr, (). 500.

DE SOISSOMS. 175

Commune de Soissons envoyait à ïost royal deax cents sergens de pied soudoyés pour quarante

jours* •

' Chronic. abh, longip, p. 311. Hiêt, de Vahh, N.-D. p. 211. MSS. de dom Grenier, charte de 4339. TV. du ban et de r«- hfwn ?). 56 et 59.

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