‹ Histoire de SoissonsChapitre 5 sur 16 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

SOISSONS SOUS LES COMTES DES MAISONS DE IIAINàUT , DB CHATILLON ET DE GOUCT,

La veuve du comte de Soissons était grosse, à la mort de son mari : elle eut une fille qui fut nommée Marguerite, et donna un tuteur à cette enfant en posthume qui devait hériter du comte de son père , se remariant le plus tôt qu^elle put avec Jean de Qermont en Beauvaisis , baron de Charolais et sei-

gneur de StJust , petit-fils de St-Louis. Jeanne d'Argies s^intîtidait toujours comtesse douairière deSoîssons , et son second mari , qu'on nommait à la cour monseigneur Jehctn de Clermont , ne parait pas avoir pris le titre de comte de Soissons , si ce n'est dans quelques chartes locales , ou il re^ présentait sa pupiHe. Jean de Qermont faisait par-* tie de V étroit conseil du roi ; il accompagna en Angleterre Isabelle de France, Tan 1314, et assista au mariage de «ette princesse arec le roi Edouard II; il mourut, en 1316, lorsqu'il se préparait k entreprendre le yoyage de la Terre-Sainte , et laissa deux filles , Béatrix et Jeanne , qui contractèrent des alliances dans les maisons d'Armagnac et d'Auvergne. A cette époque , la famille de Nesle-^Sois-^ sons et celle de Nesle-Falyy étaient sur le point de s'éteindre dans leurs derniers rejetons : Jean de Nesle, cinquième du nom, n'avait qu'un fils qui devait clore la branche issue des châtelains de Bruges ; Jean de Soissons , à qui son état de cha-' noîne refusait une lignée légitime^ nepouvsût transmettre sa vicomte d'Qstel qu'a sa sœur, Marie de Soissons, dame d'Hertonges, femme d'Eugtache de Gonflans: les collatéraux se fussent donc jetés sur la succession de Marguerite, comtesse de Soissons, si cette jeune héritière eût succomîbé pendant sa minorité , sous l'influence fatale qui semblait s'attacher a la postérité du comte Ratoul. La comtesse douairière s'empressa d'assurer l'avenir du comté par le mariage de sa fille avec Jean de Hainaut , seigneur de Beaumont , frère de Guillaume , comte

de Hainaiit; ce mariage, dans lequel im douaire de deux mille livres de rente fut assigné a la nou* Telle comtesse, âgée de onze ans a peine , se conclut au mois de janvier 1317 , et , dans le même temps , Jeanne d' Argies mit promptement fin à son veuvage ^ en prenant un troisième mari , Hugues de Châtillon-sur-Marne , seigneur de Leuze et de G onde , qui n'avait pas encore été marié ^.

Cependant la misère publique était grande dsins le Soissonnais ainsi que par toute la. France ; car la confiance, ébranlée sans cesse par les variations de monnaie , ne se fortifiait point par rabaissement du prix des denrées* Dans une assemblée des États-Généraux, tenue a Paris en 1314 , où les bonnes villes avaient envoyé chacune detia ou trois des plus suffis€mtes personnes y Soissons, représenté par ses députés,.prit part à V accord qui Fut foit à la demande du roi , pour abattre certaines espèces de monnaies et pour en fabriquer d'autres. Les Etats accordèrent à Philippe-le-Bel, « pour avoir plus matière à faire monnaie, que Ton prègne le quart de la vais*

' Gall. Christ. , t. ix, p. 371. En 1308,révêqoe do Soissous 8008eriTÎt les lettres -patentes d'une convention da comte de Soissons avec quelques habitans de la ville : le second mariage de la comtesse , Jeanne , fut donc antérieur à Tannée 1308. Hist. de la maison de France, par les frères Sto-Marthe, t. ii, p. 9 et 10. Rec, des rangs des Gr, de Fr, par Dutillet. Hist, g,én, delà maison de Chdtillony par Dachosne, p. 310. Dormay; t. n, p. 304 et suiv. L^historien de Soissons dit que le troisième mariage de Jeanne d^Ârgies, se fit environ l'an 1325 ; mais Duchesne, qui avait sous les yeux les archives de la maison de Ghâtillon , le place quelque temps après la mort de Jean .de Clermont, advenue Van 1316. Nous n'avons pas balancé entre oes deux autorités contradictoires.

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sellamenie d^argent et que Ton n*en fasse nulle jusquesà onze ans* » Le roi, alléguant qu41 ne pouvait remplir son royaume de bonne monnaie^ si ses barons continuaient a ouvrer la leur , fut autorise k pourchasser par devers ses barons , qu41s s^abstinssent d^en frapper pendant onze ans. Mais les barons s'opposèrent à cette prétention du roi qui voulait les priver du droit de battre monnaie, et, Philippe-le-Bel étant mort peu de jours après V accord des bennes villes ^ Louis-le-Hutin , qui lui succéda, n'osa pas leur contester ce droit et se contenta de régler le poids , la loi et la marque de leurs monnaies. Far cette ordonnance datée de Noël 1315, les comtes de Soissons devaient faire leur monimie d'argent « a 3 deniers 12 grains ; 276 deniers au marc; les 20 deniers ne valant que 12 parrisis de ceux du roi, » D'après un compte de la dépense faite, en 1314 , dans l'abbaye de Longpont , on peut apprécier les rapports du numéraire avec les objets de consommation ordinaire : sept cents harengs coûtaient 16 sols ; quarante-sept porcs , 28 livres; dix veaux, 30 s.; soixante agneaux, 22 s., on taureau, 50 s. ; trois mille deux cents fagots , 13 s. 4 d. ; un cheval , 12 1. ; trois ânes ,81.; trois cent vingt-six aunes de toile , 131. 17 s. 3 d. ; dixhuit cents livres de chanvre, 361. 2 s. ; trois mille hait cent livres de fer, 22 1. 16 s. ; l'avoine, 56 s.; le muids, mesure d'Oulchy ; et 45 s. 5 d. , mesure de laFerté ; la canelle , 4 s. la livre ; le sucre ,3s.; le poivre, 4 s.; le gingembre, 45, etc. Le muids de

sel valait 24 sols , en 1319, et le Soissonnais , qui

lÔO HISTOIRE

n^ avait pas d^ salines , consommait ppurtant une grande quantité de cette<lenrëe , puisque Tabbaye de Longpont avait besoin de neuf muids pour son usage tous les ans. Le vin de Soissons^ qui était estimé entre les meilleurs yins de France, si Toiien croit le fabliau de la Batmlle des vins , compose du temps de Philippe-Auguste, n^ valait plus même 20 sols, le miidds, comme au milieu du siècle précédent^ et la terre, qui se vendait, en 1240, à raison de ISliv. 5 s. les cinq esseins (un esseîn de terre comprenait de quoi produire un esseia ou deux se tiers de blç) , n'avait pas, conservé la moitié de son prisi. Néanmoins , les mesures usitées dans le Soisssonaais , ne suivaient pas les proportions du cours des monnaies , et le Sietier de Soissons pesait toujours quatre-vingt-dix livres, en sorte qu'un seul setier en conteqait trois de la mesure de BarisS La Commune de Soisisons était tellement apauvrie, qu'elle ne suffisait plus aux frais des proeès qu'elle avait à soutenir sans cesse contre toutes les juridictions adverses et rivaleis de la viDe ; le Chapitre surtout lui faisait avec avantage une guerre ruineuse; le découragement s'emparait du mayeur et des jurés, las de lutter pour les franchises qpileur étaient confiées. En 1312, quelques çleros de l'École épiscopale ayant commis certain méfait dans une maison du Cloître, les bourgeois poussèrent

' Ord. des rois de Fr.. t. i, p. 548 et 624. MSS. de Cabaret. Traité de la Police, t. ii, p. 743, par Lamarre. Bist. de St'Crêpin, MSS. Fabliaux des xii et xui siècles , publiés par Méon.

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leur cri ordinaire de ralliement: Haros as clercs! on courut aux armes , on envahit le quartier du Chapitre, on pénétra dans la maison oii se cachaient les coupables: ils furent saisis, et conduits prisonniers au Beffroi communal. Les chanoineis , indigènes de cet attentat ^ leurs privilèges , portèrent plainte devant le parlement , qui , par arrêt du 25 janvier 1313, condamna le maire , les jurés et la Commune à payer 1600 livres d^amende au roi et 600 au Chapitre. Cet arrêt rigoureux décida la Commune a ne plus se faire justice elle-même ; mais elle ne réussit pas mieux en recourant a Fintervention dessergens royaux dans ses différends avec le Chapitre : un nouvel arrêt de 1317 lui défendit de rien entreprendre sur les terres des ehanoi* nés, sous tes peines les plus sévères. Enfin , la division s' envenimant entre les bourgeois et les chanoines, produisit un autre procès, en 1318, lequel se termina par la condamnation du maire et des jurés , a 500 liv. d'amende pour le roi et 200 pour le Chapitre. La Commune était épuisée: elle avait encore a combattre les envahissemens de pouvoir que se permettait dans le Soissonnaisle prévôt royal de Laon , qui venait d'y faire arrêter et pendre un clerc du diocèse. Le Chapitre delà cathédrale se joignit cette fois à la Commune pour obtenir répa* ration de cette usurpation, et le prévôt de Laon, par Wi arrêt de 1320, fut obligé de rendre la victime en effigie, au Keu même où ils^en était induement emparé. Mais la Commune de Soisssons , assaillie de tant d'ennemis qui semblaient d'intelligence

pour la contraindre kse jeter dans les bras du roi, comprit qu'elle ne pouvait plus échapper au sort delà Commune de Laon, supprimée , en 1317 , et remplacée par un prévôt a la nomination du roi ; les bourgeois se résignèrent à un dernier sacrifice et allèrent eux-mêmes au-devant d'une mesure qu'ils avaient long-temps repoussée de toutes leurs forces auK dépens de leurs biens : trois notables , Jean Touchet, Antoine Luisant et Thomas Potage, furent députés auprès de Charles-Ie-Bel , pour le prier de leur accorder un prévôt qui gouvernerait la ville, en son cfom, suivant les coutumes soissonnaises , et qui leur tiendrait lieu de maire et de jurés. Les bourgeois demandaient comme une grâce spéciale l'établissement de ce prévôt, à défaut duquel ils seraient obligés d'abandonner leurs maisons et de quitter le pays , pour se soustraire aux charges accablantes de leur Commune. Charles-le-Bel envoya des commissaires à Soissons pour examiner l'état des choses, et, d'après le rapport qu'on lui fit, il délivra des lettres-patentes datées du 4 novembre 1325 , par lesquelles il déclara que la ville de Soissons serait gouvernée à perpétuité au nom du roi , par un prévôt que le roi y députerait doréna-vant, et que ce prévôt, dont le siège ressortirait de la baillie de Y ermandois et non de la prévôté de Laon , ce gouvernerait les habitans , aux lois et coutumes, avec, les libertés, franchises qu'ils avaient au temps qu'ils étaient gouvernés en Commune, excepté que mayeurs et Jurés n'y seront mis ni établis. » Le roi recevait donc la Commune, (voec les

juridictions, droitures et émolumens^ à F exception de la M aison-du-Change pour laquelle les habilans payaient au comte une redevance annuelle de trente livres. Charles-le-Bel donna de nouvelles^ lettres-patentes plus explicites encore, Tannée suivante , afin de mettre cette prévôté naissante a Tabri des entreprises du prévôt de Laon ^. L'abolition de la Commune entrainait, avec la suppression des mayeurs et jurés , celle de la cloche ou tooêin ^ du scel et du trésor communal.

Le Chapitre deSoissons, qui avait détruit la Commune à force de tracasseries et de procès , ne s'était pas montré plus conciliant a l'égard de l'évéque, avec lequel il fut en contestation au commencement du XIY* siècle pour fixer leur juridiction réciproque, cet éternel sujet de discorde entre eux. Quatre arbitres furent nommés , qui citèrent l'évé»^ que Guy de la Charité à comparaître devant leur tribunal, un vendredi, dans la nef de l'église cathédrale, auprès delà porte de l'Lvéché, afin d'entendre prononcer le jugement. Guy de la Charité obéit, à cette sommation et ne s'opposa pas aux termes de la transaction qui réglait ses droits et ceux du Chapitre. Cet évéque , à <|ui Philippe-le- Bel avait donné la présidence des enquêtes dans le nouveau parlement sédentaire , s'était acquitté habilement de plusieurs missions importantes qui lui furent confiées par le roi , lors des démêlés de ce prince avec Boniface YIII : dâégué plusieurs

• Dormay, t. ii, p. 298 et soi?. Ord, des rois de Fr. t. \i, p. 500 et 513.

fois en Provence et une Sois a Rome, il servit partout les intérêts dePhiUppe-le Bel, au concile de Reims, en 1302, a celui de Vien&e^ e»ld08, «t même à la gfuerre, oii il envoyait sous T oriflamme treize hommes d^ armes ^ conduits par un seigneur de ses vassaux. Son ëpiscopat ne fut mar<]ué par aucune fondation religieuse, si ce n^est que Philippe-le-fiel établit, en 1308^, six moines célestins , qu^on appelait alors ffiotiTûns , du nom de Pierre Mouron, leur fondateur, dans une maison située sui* le mont de Châtre , au milieu de la foret de Cuise ; cette maison, que le roi avait accpiise de Fabbaye St-Crépin-le-Craud moyennant la somme de 1144 liv. 6 sols , fut le berceau de ce nouyel ordre rdigieux ^ui suivait la règle de St-6enoit avec une austérité extraordinaire. Guy de la Charité, dont la dévotion particulière se partageait entre les deux protecteurs de la France, St-Maptin et St-Louis, leur consacra une chapelle àSt^Gervais, érigée entre d^ix piliers de la nef , près de la porte conduisant à rÉvéché, et affecta un revenu de vingt livres au chapelain qui la desservirait. Il mourut le 8 juin .1313, en laissant à son Église plusieurs legs en rentes et en omemens d^autel. Son successeur Gérard de Courtoime, qui était altié si la maison* de Dreux et à d'autres familles iUostres, eut quelque part aux affaires politiques du royaume : il fut envoyé à Lyon , par' le roi , en 1316 , pour favoriser l'élec* tion du pape Jean XXII ; en 1317 , il n'assista point en personne au synode provincial convoqué a Reims, par Tarchevêque, pour frapper d'excom-

muni cation quiconque envahirait les biens des églises ; mais il était au synode tenu dans la métropole, en 1326, où les immunités ecclésiastiques furent encore défendues contre les attentats des laïques, manière indirecte de blâmer les contributions levées par la couronne pour F entretien des armées. Cet ëvéque, qui s^ était employé, en qualibi de commissaire du roi , a la recherche des Juifs bannis récemment du royaume par PhiUppe-le-Bel , et surtout à la poursuite de leiurs débiteurs^ se confornia sans doute aux désirs de son prédécesseur en fondant une chapelle , construite a grands frais avec un art admirable et dédiée à St-Louis, dans le palais épiscopal de Soissons , et en y annexant plusieurs prébendes ; mais les chanoines, attachés à cette chapelle, avaient h peine de quoi vivre , avant que Bernard du Bois., devenu chanoine de St-Louis , en 1350, isttt légué à ses coUègucft une maison avec }ar« dins etpourprtSj ainsi que trois muids de champs, prés etboîs sur le territoire deRemonvoisin. Gérard de GoiAHonne, dont Tobit se célébra en cette chapelle, comme il Favait demandé dans son testament , mourut le 27 octobre 1331 , et fut remplacé par Pierre deChapes. Cet évéquepria le roi de lui envoyer un chm>aUer^ qpîi futun.de ses quatre portenr3 dans «on entrée solennelle à Soissons ; car le roi, à caus^ du domaine de Pierrefonds, était devenu un des quatre principaux casati du diocèse^.

' Gallia ChrisHana, t. ix. Dorraay , t. ii, p. 343, 31 J,34G etsoÎT. Hist. de St-Créf, AISS. Hût. eceîés, de Fleury, liv. 92 et 93. La très belle Chapelle de St-Louis, dit Cabaret, cxiëlait encore en 1789.

1^ HISTOIR^

L'évéque ne se montrait pas seul jaloux de ses droits féodaux : Pierre de Walles, abbé deSt-Crépin le-Grand, en 1321, s^indigna qu'un homme de corps de T abbaye, Gilon de Bueselin, qui(chosie étrange) était pourtant noble et officier du roi, eût fait bâtir, sans son aveu, un colombier àV enisel ; il ie somma d^abord d^ abattre son colombier qui bravait la seigneurie abbatiale, et, Comme Gilon de Bueselin refusait d'obéir , Tabbé envoya des ouvriers qui démolirent Faudacieux colombier. Gilon de Bueselin cita Tabbé devant le prévôt de Pierrefotids , et réclama des dommages considérables , en estimant le dégât à deux cents livres par isis, outre une valeur de deux cents marcs d'argent en meubles et enpapiers appartenant au roi , qu'il disait avoir perdus. Mais ces allégations furent reconnues fausses^ et Taccusateur, forcé de faire satisfaction publique à Tabbé, en fléchissant les genoux et en pliant le drap d'un certain manteau, appelé cloche^ qu'il avait alors sur les épaules. Cette forme d'amende honorable tenait aux coutumes anciennes du Soissonnais , aussi bien que deux autres usages singuliers qui furent, vers la même époque, suivis par les religieux de St-Crépin-le-Grand : en 1304 , Gobert , bourgeois de Soissons , ayant légué une somme d'argent à l'abbaye, l'abbé délivra aux exécuteurs testamentaires et à Vâme du mort quittance delà somme et de V usure vecnes en bonne monnaie ; en 1317 , deux gentilshommes , pour témoigner qu'ils remettaient l'abbaye en possession d'une redevance annuelle de 24 setiers de blé à prendre

sar leurs terres , présentèrent une gerbe de blé à deux religieux de St-Crépin. Ce monastère était riche , malgré la misère du temps , et les moines y menaient une vie fort douce : tous les ans^ le lendemain de la fête de St-Grépin et St-Crépinien , au mois d^octobre , on leur distribuait b chacun deux aumusses ou chaperons de peaux d'agneau, une ceinture, une bourse , des tablettes , un couteau , un haut -de- chausses ; de plus , on leur donnait, de cinq ans en cinq ans , une couverture fourrée, et douze deniers toutes les fois qu^on les saignait pour éteindre les ardeurs de la chair : or , ils avaient neuf saignées à subir par an ! Mais, dans rassemblée capitulaire de 1330 , on remplaça les distributions en nature par une somme annuelle de 60 sols parisis payables par moitié à chaque moine , le jour de Pâques et le jour de la fête des patrons de l'abbaye. Cette fête ne fut pas toujours exempte de désordre : le Chapitre de St-Gervais se rendait processionnellement , la veille de la fête, à Tabbaye , .pour y chanter vêpres ; le prieur et les religieux devaient, en récompense , offrir des gâteaux et du vin , aux chanoines, la veille de la fête de St-Banderik; en 1313 , les moines refusèrent vin et gâteaux et maltraitèrent le grand-chantre qui était venu les leur demander* De là, procès et jugement quicon. damnaPabbaye St-Crépin-le-Grand apayer une forte amende au profit de THôtel-Dieu de Soissons et à céder au Chapitre une pièce de terre â titre de réparation. La fête des Prés ^ qui se célébrait sans doute au mois de mai, donnait lieu a des bomban-

ces plusscandaieiises, clignes de la fête des Anes et des Fous, usitée dans toutes les églises de la Chrétienté. Le jour de cette fête du printemps^ les chsif noines de St-Pierre-au-Parris et les nonnes de Notre-Dame allaient ensemble en procession li la Croix-des-Prés-St-Gré[Hn : là, ils chantaient des antiennes en rhonneur de St-Crépin et St-Crépinien , dansaient le branle de la Madeleine autour de la croix et revenaient gaiment, chaque chanoine portant sur la tête, pour imiter le voile des rehgieuse^, un grand quartier de lard , que celles-ci leur dis* tribuaient au moment où le joyeux cortège se remettait en marche. Par un jeu de mots aussi boaffon que la cérémonie , cette procession s'appelait en latin processio ad lares (procession aux Dieux lares ou au lard). Il y avait encore bien des repas faits en comimun par les abbayes d^ hommes et de femmes, qui se divertissaient dMntelligence ^.

Depuis que Jean de Hainaut avait épousé la jeune comtesse Marguerite de Soissons , le ma>hoir des Comtes était presque abandonné ; car Jean, comme seigneur de Yalenciennes , résidait dans cette ville plus voisine de son frère Guillaume , comte de Hainaut, et de ses terres de Beaumont , de Thol , de la Goude, de Schonhove et autres, situées en Artois , en Belgique et en Hollande. Le comte de Soissons se trouvait donc à Valenciennes , en 1326,

' HisL de Si-Cripin. MSS. VHisi, deVahb. H.D. se lait sur la procession du lard, que Cabaret rapporte d'après uu registre , nommé le Dagard, que ron conservait dans les archives de S t-Picrre-au -Parvis. MSS. de M. P. L. Brayer.

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lorsque la reine d* Angleterre Isabelle , fille de Philippe-le-Bel , quitta la cour de son mari avec son fils Edouard , pour venir en France chercher des de'fenseurs contre ses ennemis, qui T accusaient d'adultère ; mais elle Fut si froidement reçue par le roi son frère , qu'elle se retira en Hainaut chez le seigneur d'Aubrecicourt : à la nouvelle de son arrivée , le comte Jean , qui était moult honorable , jeune et dénra/nt d'acquérir honneur et pria ^ monta secrètement k cheval , et alla saluer la reine fugitive qui r entretint des injures qu'elle avait essuyées en Angleterre, et du peu d'empressement qu'elle avait rencontré en France ; le comte , cpii la voyait fondre en larmes , lui dit en pleurant aussi : — a Gerte» , dame , voici votre chevalier qui ne vous faudrait pour mourir , si tout le monde vous faillait ; ains ferai tout mon pouvoir de vous et monseigneur votre fils conduire , et de vous et lui remettre en votre état en Angleterre : je (moi) et tous ceux que je pourrai prier^ y mettrons les vies , et aurons gens d'armes assez, s'il plaità Dieu, sans le danger du roi de France. » La reine , touchée de ces promesses , voulait s'agenouiller devant son protecteur , mais celui-ci ne le souffrit pas , et prit la noble dame entre ses bras : — 1< Si vous me voulez fiùre ce queroosme promettez parvotre courtoisie , dit-èUe, je demeurerai votre serve et mon fils votre serf a toujours , et mettrons tout le royaume à votre abandon et à bon droit. — Ma très chère dame , répondit Jean de Hainaut , si je ne le voulais faire , je ne vous le promettrais ; mais je le vous ai pro^

mis, si ne vous en faudrai mie (n'y manquerai pas)^ pour rien qui puisse advenir : mieux aimerais mourir ! »

Jean de Hainaut amena la reine chez le comte Guillaume , et projeta dès-lors le mariag^e d^une des filles de son frère , avec le jeune Edouard d'Angleterre : il prépara sur le champ ses besognes, et fit écrire moult affectueusement aux chevaliers qu'il connaissait en Hainaut, en Brabant et en Hasbain (portion du pays de Liège) : ceux-ci rëpon* dirent à son appel pour amour de lui, et, malgré les efforts que son frère tenta pour le retenir, l'expédition mit a la voile au mois de septembre ; parmi les compagnons qui la composaient , au nombre de trois cents armures de fer, on ne cite pas un nom de noblesse soissonnaise. Us furent renforcées à leur débarquement pat les inécontens dir parti de Lancastre , et bientôt le roi anglais tomba dans leurs mains , avec ses favoris qui furent punis du dernier supplice : le jeune Edouard III fut couronné à Londres du vivant de son père , retenu prisonnier, et Jean de Hainaut^ qui avait consenti a demeurer plus long-temps que ses amis à la cour du nouveau roi, oii il fut très grandement servi et comblé de très riches joyaua, demanda son congé à la reine, lorsqu'il apprit que les principaux seigneurs de France étaient invités à un tournois donné par son frère. En reconnaissance de ses services, Edouard III lui assigna , par le conseil d^ Isabelle , mille marcs de rente a prendre sur l'impôt des farines et des cuirs dans le port de Londres , jusqu'à

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ce jqu'il pût lui assurer le même revenu en terres à perpétoitë. Jean de Hainaut retourna tournoyer a Condë, avec quinze joret^â? cheyaliers anglais. Mais Tannée suivante, le roi d'Ecosse ayant défié le roi d'Angleterre, ce dernier manda son ami Jean de Hainaut , qui repassa la mer et conduisit en sa corn-' pagnie cinq cents armures de fer bien étoffées , parmi lesquelles on ne retrouve aucun seigneur du comté de Soissons, mais plusieurs du Cambraisis et de l'Artois. Jean de Hainaut et les Hennuyers, qui avaient eu grande part a la défaite des Écossais , avaient été largement payés de leurs frais^ lorsqu'Édouard III leur permit de revenir dans leur pays. Mais , à peine de retour à Valenciennes , le comte de Soissons traversa encore la mer avec sa nièce, Philippe de Hainaut, qu'il avait mariée au roi d'Angleterre , et dans ce voyage , le gentil chevalier fut splendidement fêté par les dames et nobles pucelles, au milieu des behowrds et des banquets^.

Jean de Hainaut n'a pas pris le titre de comte de Soissons , dans la seule charte , datée de 1325 , où il figure avec sa femme , comtesse de Soissons : il reconnaît par cette charte, que son prédécesseur Hugues avait octroyé , pou/r bonnes et jf4stes causes ^ a l'évéque du diocèse , le droit d'ac-^

' Chroniq, de Froissard, éd. de Bachon, liv. i, ch. 13 et •aiv. avec les notes. Froissard, daos son premier livre, introduit si souvent Jean de Uain!iut sur la soèné , que nous n^avons pu qu'indiquer la moindre partie des gestes de ce seigneur , fort estimé entre tous les chevaliers de son temps. Le chanoine Jean Lebel, que Froissard signato comme son modèle et dont la chronique n^est pas venue juaqu^à nous, était attaché à la maison de Jean do Hainaut.

quérir pour lui et pouf l'Église, jwques à cent liwes de rente annuelle , es fiefs et arrière-fief^ de la comtés Cependant il remplissait tous les devoirs féodaux dépendant de sa qualité de comte et baron français : en 1328 , il accompagim Philippe de Valois k la guerre de Flandre ; ce furent ses tentes et celles de son frère , te x^omte de Hainaut , que les Flamands attaquèrent à la bataille de Gassel y et il courut risque d^y périr avec tous ses gens qui purent à grand* peine itre armés ; en 1331, il asâstait, sans autre désignation que monsieur Jehan de Haina/ut; au parlement tenu* dans le Louvre ''pour le [procès de Robert, comte d'Artois , qui ne trouva son salut que dans une prompte fuite en Angleterre , et qui fut le premier auteur de la grande guerre des Anglais contre la France. Jean de Hainaut copserva des rapports, de vassal à suzerain, avec Philippe de Valois ^ jusqu'en 1333 , où il fit la guerre au duc de Brabant , à Toccasion de la ville de Malines , que le comte de Flandre avait achetée, €t que le duc de Brabant voulait s'approprier par des inteU ligences avec les bourgeois : l'arbitrage du roi de France apaisa ce différend ; mais Philippe s'aliéna, peut-être dès ce temps là, Jean de Hainaut, vers qui Edouard d'Angleterre envoya des agens secrets , en 1336 , chargés de le sonder sur le projet d'une invasion que méditait ce roi anglais , pour revendiquer la couronne de France. — « Je ne faudrai mie a mon cher et amé fils le roi d'Angleterre , dit le vieux comte de Hainaut , s'il trouve en son conseil qu'il doive entreprendre cette grosse besogne : aussi fera Jean mon frère , qui autrefois

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Ta servie » E» effet , Edouard vint débarqaer sur les terres de Flandre dans Tantomne de 1337, et Jean de Haînaut fut un des premiers seigneurs qui se joignirent aux Anglais. Mais le comte de Hainaiit était mort , et son fils n^osa pas suivre Edouard au de-là de Cambray, lorsqu'il apprit Tapproche de Philippe de Valois avec une armée de cent mille hommes; il alla au contraire se réunir a VoH du roi, {ièndani que son oncle, Jean de Uainaut, ravageait la frontière du royaume , en groêw route ( troupe ) et épaiêêe de gène d'arme$ ^.

Jean de Hainaut vit tous les biens qu^il avait en France 9 saisis au nom du roi^ quoiqu'^îl eût, pour aÎBsi dire , préyu le ca» «le cette confiscation , en mariant, vers Fannée 1333, sa fille unique Jeanne à Louis de GhâtîHon, seigneur d'Avesnes, fils de Guy deCkâtillon, comté de Blois , de St-Pol,de Dunois, sire deGuise^etc., et de Marguerttede Frant:e, soeur du roi. Louis de Ckâtillon^ qui ne possédait enooire que quelques seigneuries, devait être , à la mort de S4cm père, un des plus riches héritiers de France, et Jeanne de Hainaut , qui ne- reçot d^abord en avancement d%oiriecpelarterré deChimay , s'iilti-^ tula comtesse de Soissons , dès que Jean de Hainaut se>Sat jeté, par quelque ressentiment , dans le pafrti des Anglais. Cependant ia jeune cqmtesse n'habi* taik pas*a^ec son inari le \mmneir^ des ComtM , è Soissons : ette domanrait.de^préféreiiee à' Va

' Mêle. Regoault, preuv. f..24. Froîssard, Ity. î. Afc. des

Bktiffê^ et^Mpar DaUllst. jânmfeêdèf là prà^irHfê êi toiMêâé

/^a»fuiii<, jMifVinçhffDt^Jeaa ù^ Uainaut était ordiûaimfitffit

désigné sous le titre de tire de Bcauniont,

104l aisToiitfi

lenciennes auprès de $on père ,, ou dans son okà^ teau de Chimay, comiDe on rapprend d'une.cîlalipn judiciaire, que le doyen et le Chapitre de Spissons lui envoyèroit au lieu de. sa résideji^ee, en. 1338 , pour terminer un procès qu'ils avaieni cote-* tref elle devant le parlement» La yilte était alors gouvernée par le prévôt dxL roi , presque sans eontrôle, et 1^ intérêts communs se trouvaient telle^ ment compromis, que les faabitants représentèrent Il Philippe de Valois, €fx^ ^n% Hngtdiets (isolés) et n'ayant Corps ni Commune , leurs besognes (aftôres) et grosses ôauses^llûient dejowr enjout Aperie et à destruction ,■ pm défaut de • hwfa^. ordonnttnce , attendu que nid d'entre euxne venait bien entendre, ausfdites besognes ùniverselleSé Le foi eut égfard à ces cofAptùinies^ et p^rpûi, le 1^ octobre 1335^ qi^e lèjbailli dèYermandois étai>lit olmcunanqua* tre hamniSès sufiis4MSp de bon gitsvernemeht^^ habi- 'tcms de la idile, aumqueU l'état é'ioeUé fût baillé' avec toutes les chartes et les pr-oeès de letdifè mile: il \^w enjoignit ^. à certaine peins ei sur. leur «eiv menti de s'assembla: une {ois par semaiae^ avec Vaa^g^Mier et le proeureur-générsd de la ville ; il leur dOi^ait Ift faculté d^ élire ^ par toiocord^cùm^ mfm^ tin t^iUeusr (commissaire de Timpôt), peûr^ fadfre taille^ au profit de tous, lorsque le {bailH de' Yérinandois reeomnakvait la néoessité deile^er unecontribution. Les gens! de Spissons cottrniençaient à regretter la perte de leur Commune. .

. Ils continaereojt dese plaindre au ^^oi^ en faisant valoir le dloPmmage que souffraient leurs^ b^sognes\

DE SOtSSONS« 1^

prÏTées de défenseurs zélés et intéressés à là prospecté {générale. Philippe de Valois, dans seâ guerres contre les Anglais , avait besoiû de puiser souvent dans la bourse de ses sujets ; il ne pouvait donc gtfère fermer Toreillê aux réclamations des bourgeois (jû supportaient l'augmentation et la diminntioii alternatives des monnaies d^or et d'argent : en 1341 , il accorda aux habitans de Soissonsle droit d^avoir un ou pizisieùrs procureurs potir soutenir leurs causes devaint le prévôt , en autorisant ces nouveaux délégués à faire toute espèce A^4we&rds au nom de la ville , et il consentit à remettre aux anciens commnnierslès écrtn« (coffires) servant a conserver less papier^ et chartes de la Gomtnui^', les<]uets étsrieht restés dans le Beffrois Ce n'était qu^un acheminement II d^aatres grâces, et une ordonnance , datée du bois de Vincénnes , le 2& juin 1341, reconstitua cette Commune vers laquelle se tournaient sans cesse les vœux des bourgeois: les fonctions du prévôt furent restreintes 2i là jtisticecohténtieuse,etIès habitans eurent,, comme autrefois, le privilège de choisir leurs magistrats municipaux, un maire, quatt*e échevins>un procureur et un receveur, créés pour trois ans, depuis la St-Jeah-Baptisté : des-I6i^s , ces magistrats portèrent le titre de ffouverneurs. L^année sui- >iânte, une autre ordoniiàiH^è du 24 juin compléta la restitution , en rendant k ces gouverneurs leuis assemblées hebdomadaire^ çt leut^ Beffroi \

' Hisi, gin. de la maigon é(e Ch^llok-^ rpar Duchesne, liv. 4/ch. 3 ei les preuv. Ord, dei rois de Fr. t. xii, p . 28: ce

La tranquillité , qui régnait dans la ville , avait pu motiver Férection d^une notivelle Commune , sous la surveillance immédiate du bailli de Yermandois. Ce bailli était le juge en dernier ressort dans toutes les causes : le r^i lui écrivit, en 1390 , de contraindre hâtivement les hommes de corps de Tabbaye Notre-Dame à se montrer slux députés de. cette aUbaye, qui devaient prendre les plus convenables au service militaire et les envoyer à VoH royal ; çar^ Tabbaye ayant à Fournir ,cent sergens de pied ou 200 livres tournois, lorsque le roi allait, en personne à la guerre, ses vassaux s^étaient en-, fuis 2£n dî^eschiver (esquiver) cette servitude* Notre-Dame avait profité de l'état xle calme oii reposaient les diverses juridictions de Soiasons , pour accroître sa prospérité intérieure rTabbesseEmpie-. Une de Conti a'était occupée, delSOQ à 13^, 4es travaux de construction , qui restaient à terminer dans Tenceinte du monastère et dans ses dépei]^ dances ; le logb abbatial fut son ouvrage , et eU^. prit soin aussi des granges, des moulins et des presr

précieux recueil déjà ëî volumibeux est bien loin d^étre complet, pour ce qui cohceroe le^ édiU et les çéupleoieiit locaux MSS.de Cabaret: nous D avons trouvé que làPindicatîon' de ces deux ordonnances « et elle est trop précise pour qae Ton soupçonne de quelque erreur le^cbanoine qui ies avait tirées des archives de rUôtel-de-Ville , aujourd'hui détruites. Cependant on petit douter que le niayoar ait été rétabli dans la nouvelle organisation municipale* JNous ayons crudevoir rattacher à Tordonnanco de 4341 le changement signalé par Dormay, t. ni p. 3i6, dans la durée de la charge ieé gouverneurs qui continuèrent d'être élus pour trois années jurtqu'au XVII*^siècle , et non pas pour une année seulement comme les quatre, hommes etsffisans de rurdonnance de 1335. MSS. dôqi Grenier, paq. 13, n*. 5.

DS soissotis. 107

%oM ruraux. Muis d'autres temps demandèrent d^autres améliorations : quand Elisabeth de Chfttiilon, parente du comte de Soissons , fut mise k la tête de Tabbaye, elle songea d^abord ^ la protéger contre les chances malheureuses de la guerre qui gagnait du terdRn tous les jours : elle fit élever autour du monastère une haute muraille crénelée , avec des toni^ capables de résister à un assaut. L'abbaye StrJean<>des-Vignes fut fortifiée, yers la même époque, sous l'administration des abbés Jean de Villers et de Michel des Botcs , qui avaient a cœur la splendeur de leur maison : le premier )eta les londemenS' de la nef de Téglise , laquelle n'etistakpas encore, quoique le chœur fût achevé depuis un siècle, et iten-éleva le» murs hors de terre; quant au remparts flanqués de tourelles , ils fu^ reni bâtis plus rapidement avec une sorte de pierre qui se durcissait k Tair et qu^on tirait d'une carrière des environs de Presle, appartenant k Tab* baye de Longpont. Avant l'année 1350, StJeandes-Yîgne^ était fermé de toutes parts , et, grâce a la largeur des fossés , k la hauteur et & Tépaisseur des murailles , une garnison peu nombreuse eût suffi pour arrêter une armée. La ville de Soissons , moins timide, ne voyait pas encore nécessité d' augmenter ses moyens de défense.

^ Les seules fondations d^utilité publique, qui se firent dans la première moitié du XIII*^ siècle, furent deux collèges: celui deBauton,établi vers 1339,dans la rue du même nom, près des Ëtuves de St-Gervais (depuis, les Minimesses), n'était d'abord qu'un

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sémimire de elercs , composé primitivement d^e douze bourses, pour l'entireticai: desquelles Roland^ seigneur de Mesville, avait affeieté le reveimdeceiit livrées de terre au territoire de Nanteùd-la-Fosse , et qu^lques^ petites rentes, a condition cpe ee»^ bourses appartiendraient de préférence à des^enfao» de sa famille oade son aUiance, en mémoire de la pauvreté où il 3^ était trouvé 'Yéduit' avant de.deve*r nir riche et puissant. Le seigneur de Mesville-avait lègue à ses Jbéritier» le di'oit de nommer les bour* siers, ijui étaient nourris pendant six ans, pour étudier la tbé^^o^e , et qui liiceRt portés successivement à un plùfr grand nomlnre , malgré la mod^ cité des res&ources du collège ; lorsque la funille de MesvîUe serait éteinte , la nomination de» bx^uroosdevait revenk aux abbés de Y^^bery e% de Lieu-r Eestauré. On ne saurait dire si le nom de la rue de Bauton est antérieur à l'institution du collège ou sHl fut imaginéalors pour cj^primerie beau laogage des rhéteurs» Quoiqu^il en soit , les éçc^ers ^dlaient prendre leurs ébaUemens et plaisirs dans les bob qui environnaient encore Soissons, et surtout dan» nn lieu à demi-défriché, qu on appelait le Pré-atésh Clercs et qui s^ étendait jusqu^k Maupas. Le collège de Ste-Catherine avait été fondé en 1335 , sur une échelle plus vaste que celui de Bauton : cette année là , Âubert de Bignecourt acheta , des chanoines de la cathédrale, une masure siti^e roe Girondain (ce nom doit proyenir de giron d* Aisne , TÂisne, mêlée à la Crise, ay^ant autrefois baigné le fossé du mur romain qui passait par cette rue ),

aujourd'hui rue des Minimes ; il fit bâUr deux corp»de-logis et une chapelle , pour un recteur ou maître^ dix-huit écoliers et un Talet ; il acquit ensuite deux maisons de la rue St-Remy et une pièce de Tigne dont le revenu fut attribué spécialement k T entretien du culte que les religieux de St-Jean-des-Vignes se chargèrent de desservir à perpétuité. Le fondateur s*€tait réservé de diriger lûi-méme ce collège , qui reçut le titre à^ Hôpital Ste-Oukerine degEeolier s; mais, se sentant près de mourir, il remit, avec Fantorisation du Chapitre de St-Gervais , ses pleins-pouvoirs \ Tabbé de St- Jean pour administrer les biens du c(^ége, et laissa seulement au curé deSt'Remy, comme voisin spirituel de cet hôpital^ la surveillance des mœurs et des études. La chapelle, dont Térection n^ avait rencontré aucun obstacle , même dé la part de ce ctiré qui pouvait s^opposer à un pareil empiétement sur sa paroisse , fut dédiée à la fois en Thonneur de Notre-Dangie^ de Ste-Anoae et de Ste-Catherine^.

' MSS. de dom Grenier , paq. 13, n. 5. Hiêi. de Vahh. N.-D. p. 213 eismY. MtÊè. de ^oèft. Si'J.-dêêFig. p. iOS. Dormaj, t. ii, p. 294 et 295. Nou8 préférons noas conformer à Popinion de Dormay plutôt qo^à celle de Melc. Re- Ipiaalt qui rapporte à rannée 1300' la fondation da collège de Bauton, san» en fonrnir aucane preuve. Dormay parie d'une église de Prémontrés , voigine de ce collège, et Cabaret avoue qn4lne uit quelle était cette église. MSS. de Berlette. Selon cet historien du XVI* siècle « la forêt de Retz avait couvert la plaine de Maupas ou Ton trouvait , egk labourant , les Hjes d'àndens hagueiê : cette plaine de sahlon ne fut mise en ct4ture que du temps de Berlette. Melc. Regnault s*est trompé en reculant à Vépoque du comte Jean iV la fondation dv collège de Ste-Catberinç : Dormav, t. Il , p. 314*, donne les dates exactes d'après les archives do St-Jeau-des- Vignes.

Cette dédicace eut lieu solenneUcmejiit'Soas Tépiscapat de Pierre de Chapes. Cet ëvéqtie seconda vigoureusement Pinstitution des conciles provinciaux, imaginéeparr archevêque de Reims, an 1331, . pour dompter les Chapitres des églises cathedra- . les, toujours révoltés contre leurs évéques et tonjours prodigues d;excommunicatiom «bitraires. Ces conciles, auxquels les cathédrales étaient tenus . d^ envoyer des procureurs sous peine de centsob parisis d'amende , eurent lieu réguJiereinent.tQcis les trois ans, jusqu^en 1415, à St^Ququtin. Ces as- . semblées se tenaient avec beaucoup de pompe: rarchevéque était assis au milieu de la salle; a sa droite f étaient représentés lea diocèses de Soissons^ Beauvais / Ainiens , Arras et Tournay ; à sa gapchet Ltion, Châlons, Seidis, Térouenne etCambray. Chaque diocèse payait une taxe proportionnelle, destinée à subvenir aux frais des procès et des affaires de T Eglise inétropolitaine : la taxe de Soissons n^ était ^ue de 15 livres. La séance s^ ouvrait par une messe du St-Esprit , et tous les décrets rédigés dans ces synodes finissaient par cette formule : Actum in prcsdnciali Capitulo apiul S^mctumrQuinUnum^ consentieniibtMnobù epigcopis et approbantibus. Les abbayes et lés paroisses ne participaient aucunement à ces conciles tri-annuels , comme si Farchevéque et ses suffragans ne voulussent plus donner occasion à des conflits d^autorité; Fabbé de St-Médard ayant protesté, au concile de 1318 convoqué à Sentis , qu^il ne prétendait pas répondre à une convocation épiscopale ,

DE saissons. 201

mais qa^il veimt bënëvolement, da son propre mouvement, sans préjudice de ses droijts, dans Tespoir que sa présence serait utile.au bien de TEglise^.

Cependant la guerre des Anglais s'enflammait davantage dans le Cambraisis, et déjà T ennemi pénétrait par grosses rotUes ou bandes enpleinpays de Fermandois. Avant que Philippe de Valois fut entré en campagne, au printemps de 1339^ Edouard d^Àngleterre s'avança sur le Laonnois oii ses troupes faisaient déjà des courses , pillant , robant^ et brûlant : la terre du sire de Coucy était cruellement ravagée ; La Fère, St-Gobain et l^arle avaient été mis à feu et à sang. Jean de Hainaut marcha contre la ville de Guise qui appartenait au père de son gendre : il y entra, avec cinq cents combattans, et la fit touJt ardoir (brûler), a Dedans la forteresse était madame Jeanne sa fille, femme au comte Louis de Blois , qui fut moult effrayée de Tarsure (incendie), et fit prier monseigneur son père que , pour Dieu, il se voulût retraire , et qu'il était trop dar conseillé contre lui , quand il ardait Théritage de son fib, le comte de Blois. Nonobstant ce , le sire de Beaumont ne s'en voulut onc déporter ni délaisser , si eiijt fait son entreprise. » Le gendre de Jean de Hainaut était , pendant ce temps là , dans Vost du roi , qui s^assemblait à Péronne. Les ^glais et les français se trouvèrent en présence à Buironfosse, mais la bataille qu^on attendait n'eut pas lieu , et seulement , le comte de Hainaut , fait

'Dormay, t. u, p. 312 et 313. HSS. de dore Grenier : ^U de l'ancien cart. de St-Médard.

prisonnier par ffes jens de son oncle ', fut renvoyé sans rançon. Le roi de France cong^édia son armée et ne la rappela sous sa bannière qae Tannée suivante: il avait a cœur de se venger de Jean de Hainaut, qui dirigeait les opérations d'Edouard ; c'est pourquoi, avant le retour de la saison des hostilités, il ordonna au sire de Coucy, au vidame de Chàlotis et a d'autres seigneurs , amis et même pàrens de ce vassal rebellé , de saccager la terre de Chimay , qui était le patrimoine de la comtesse douairière de Soissons. Ces seigneurs obéirent aveuglément ai leur suzerain, entrèrent sur cette terre avec cinq cents armures , brûlèrent les faubourgs de Chimay, dévastèrent le plat-pays et n'en sortirent que chargés de butin. Jean de Hainaut , qui passait rhiver à Mons auprès du comte son neveu, ne songea plus qu*a contre-venger Varsurede saterre de Chimay ; son ressentiment fut porté au comble par les procédés du roi à l'e'gard dû comte de Hainaut , qui lui était pourtant resté fidèle ; car Philippe de Valois donna congé a ses gens d'armes du Cambraisis d' envahir , la flamme a la main , le pays des Hennuyérs : — « Bel oiicle, dit le comte à Jean de Hainaut, votre guerre aux Français est grande* ment embellie l — Sire, répondit l'implacable Jean, Dieu en soit loué ! or , nous faut faire une chevauchée sur France \ » Le résultat de cette chevauchée fut la prise d'Aubenton où Jean de Hainaut entra tout premièrement ^ avec sa bannière, suivi d'une f oude d'armures de bonne étoffe ; ensuite ce vaillant seigneur, institué bail et gourer-

iiêwr du Hatnamt , pendant que son nereu passait ea Angleterre pour animer Edouard 2i la guerre contre la France, mit dé fortes garnisons dans les liPes du comté , sur la frontière de Flandre , xasme dansAresnes appartenante son gendre, qui tenait toujours le parti du roi , quoique le TienxGoy de Châtfllon se fût jeté dans T alliance anglaise. Jean de Hainaut fut un des Ath de Tarmée foripiidaUe que le comte , soti neveu , assembla, en 13^, pour résister k celle qnele roi de France comm^idaiten perscmne , lorsqu^Edouard d^Âni^eire vint se mettre \ la tète de la ligue des seî^iieurs du Hainaut et des Conînmnes de Flandre. Edouard assiégea d'abord Toumay , et dans son camp se trouvaient de compagnie Jean de Hainaut et Guy de CfaâtiHon , comte de Blois^ pendant que Louis de ChâtiUon, fik de Vun et gendre de l'autre , était 4€stiné à combattre dans VoA <]Qe le roi , son ^ onde , amenait au secoi|F& de Toumay.

Jean de Hainant aimait trop la guerre active et les bean^ faits d'armes pour se plaire dans Poisiveté d'un siège qui fut grand ^ long et bien tenu; il allait donc courirle pays et faire le dégât à dfx lieues à la ronde ; il assaillit Mortagne sans pouvoir y entrer ; il brâla la ville et l'abbaye de St-Amand, après jm assaut i2i^ , fier et périlleuœoh il eut son hacinet (casque) effondré et la tête tout étonnée par la cliute d'une pierre lancée du haut des murailles. Hais, pendant ces courses et ce^ escarmouches , sa bdle-sœur, Jeanne de Valois^ qui était sœur du roi

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