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inaiidiHd ou son lieutenant ^ et ensuite devant le parieioeat^ «aalgré les fNrëtentîoi» contraires des préyots de Laon et de Sc^lis ; que le roi entretiendrait ^ pour Texercice de sa justice dans la ville 9 trois/sergens a cheval sédentaires 9 aux mêmes gages que les trois sergens a verge qui exploitaient seuls précédownent ; que le roi aurait , en outre , pov/r la g4srde du ch4iel et des putis^ns d^ieelui , un chàtelam aui^ gages de 12 livras par an , et que, s^il ordonnait un capitaine en cas urgent 9 il n'en pourrait nommer qu^un seul, pour la ville , la banlieue et le château à la fois. EiAn , ces lettres rappelaient que la Commune, comprenant mayeur, jurés et échevins, avait été rendue sans aucune for faiture au roi de France et remplacée par ua prévôt royal qui jugeait de même les causes et les débats des communiers, mais elles ne parlaient pas du rétablissement de la Commune avec ses officiers mimicipaux» Quant au titre de tTScom^ce n' était pas la première fois qu** i 1 paraissait accolé à celui de comté^ puisque ces deux désignations se trouvent déjà employées dans plusieurs chartes d'Enguerrand de Coucy , qui devint peut-être vicomte^ en acceptant tes fonctions de gouverneur pour le roi , et en les associant à son rôle de comte. On ignore quel fut le châtelain ou gouverneur nonuné dans ces circonstances difficiles: ii est présumable que la garde du château fut confiée dès4orsauprëvot royal età laCommunequi acheva ce qu^elle avait commencé pour la réparation de ses murailles.
Cependant Tarmée orléanaise s^était précipitée
sur le Vermandois et y exerçait tous les ravages et tous les désordres qui caractérisaient les guerres de ce temps-là : les habitans des campagnes se réfugiaient dans les villes ; le plat-pays et les villages ouverts étaient saccagés , incendiés ; les femmes, violées; les hommes, tués ; le commerce, anéanti : « Allez montrer votre bonne mine à votre roi fainéant etinsensé ! » disaient les ^r minas aux malheureux dontils coupaient le nez et les oreilles. Les plus grandes atrocités furent commises par cinq ' cents Gascons commandés par le comte d'Armagnac, qui donnait son nom à la faction d'Orléans. Le premier capitaine bourguignon , qui osa sortir en plaine et tenir tête aux Orléanistes , fut celui de Senlis, Enguerrand de Boumonville, vaillant écuyer^ destiné a une tragique célébrité ; mais Pavants^e qu'il remporta sur ces hordes pillardes , ne les empêcha point de faire curée de sept cents villageois qui les poursuivaient. Le duc d'Orléans , qui marchait sur Paris et avait occupé St-Denis, envoya dans le Soissonnais Clignet de Brabant, soi-disant amiral^ pour rassembler les vivres nécessaires en cas de siège. Mais le duc de Bourgogne défendait en personne la capitale, ^t ses capitaines, à la tête de plusieurs corps d'armée , allèrent chercher l'ennemi , de différens côtés à la fois. Valeran , comte de St-Pol , qui était chargé de réduire à l'obéissance du roi les villes et forteresses du Valois tenues par les Armagnacs, passa par Soissons avec ses gens de guerre pour porter le siège devant le château de Coucy : le comte de St-Pol avait conquis sur son passage
sans trouver aaciine résistance, les cliâteaux de Pierrefonds, de la Ferté-Milon et de Villers -Cotterets : la soumission de Coucy , après trois mois de blocus, termina cette brillante campagne, circonscrite dans le 8oissonnais et le Valois, mais signalée par des faits d^armes qui valurent au comte de St-Pol Fépée de connétable de France^.
Robert de Bar, qui était toujours en procès conti*e le duc d^Orléans pour le comté de Soissons, profite sans doute de Pavantage cpie lui donnait la révolte de son adversaire et pressa si vigoureusement la cmclusion de cette affaire devant le parlement , que Charles d'Otléans fut forcé d'accepter, en 1412, une transaction , par laquelle il partagea les droits et les revenus du comté avec le petit-fils d'Enguerrand de Coucy : ils portèrent donc Tun et Tautrele titre de comte de Soissons; mais ils nepos* sedèrent pas d'abord par indivis le comté encore réuni à la couronne. Lorsque , cette même année , le duc d'Orléans fut rentré en grâce auprès du roi, après avoir invoqué le secours des Anglais qui vinrent combattre sous une bannière de France contre des Français, Charles VI annula son ordohnance du mois de décembre de la précédente année, et, par une autre ordonnance , que le traité de Bieétre dut amener , il rendit le comté au duc d'Orléans , en ne retenant pour soi cpie le château dont il confia la garde à Thibault de Moreuil , issu, par les
' Ord. deêr.de Fr., t. ix, p. 664 et «ttiv. Hist, de Chariet ri, pttb. parleLab. liv. xxxi, eh. 10,14. Hkt, de Cknr- '« /^/, par Jiiv. des Ursins Monist. liv. i , chap. 88.
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femmes, des comtes de la maison de Nesle. Cependant Soissons n'était pas mieux dispose qi^e le reste du Vermandois pour les Armagnacs ^ qui aTSÛent commis tant de dévastations dans cette province ; les Communes s^étaient levées au cri de Boargûgne! et Lebrun de Bains , bailli de Vermandois, qui s'offrit pour les conduire au siège de pinceurs châteaux des Orléanais^ entre autres celui de Pont- Arcy , ne venait pas a bout de dominer ces bandes indis* ciplinées, qui couraient le pays et faisaient beaucoup de dégâts, en se donnant le nom dî^ En fans du roi^» La paix de Bicétre n^avait pas eu d^exécution ; les rivalités depouvoir continuaient à diviser le royaume comme la cour ; la guerre civile , dont Paris était le foyer incandescent , passait et repassait sur le territoire soissonnais en y ^semant des morts et des ruines. Les années 1412 et 1413 ne donnèrent pas de trêve à la lutte acharnée des Armagnacs et des Bourguignons, malgré plusieurs accommodemens, faussés et oubliés aussitôt que conclus , malgré les défaites et les victoires alternatives des deux factions. Néanmoins , dans le Soissonnais de même que dans les contrées voisines , la sympathie du peuple pralait toujours en faveur de Jean-Sans- Peur. Quand le duc d^Orléans et ses partisans se furent emparés de la personne du roi , que leur livrait son incurable folie , le duc de Bourgo-
' L^AUoaette , T 181. Hist, gin. de la mata. deBar. MSS. de Cabaret. L'ordoauance qui restitae le comté au duc d'Orléaue était du 18 décembre 1411 ; mais on ne la retrouve plus. Monstr. liv. i, eh. 89. Dormay t. a, p. 366.
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gne publia quHl reviendrait k Paris pour secourir le malheureux prince opprimé par les Armagnacs : vainement ceux-ci enjoignent au duc marchant sur la capitale de rebrousser chemin , sous peine d^encourir la peine du crime de lëse-majestë ; vainement Tordre est envoyé aux villes qu^il doit traverser , de lui fermer leurs portes ; il continue d^ avancer; il entre aNoyon , il est reçu en grand honneur à Soissons^ ou il laisse im gouverneur de son choix, Antoine de Craon, et une bonne garnison , pour que cette place lui serve de retraite en cas d'échec. Mais, n^ayant pu s^ introduire dans Paris par Fentremîse de ses amis , les gens des métiers et les bouchers, sur lesquels il comptait, il retourne précipitamment dans ses états , tandis que ses ennemis , victorieux sans combat , convoquent le ban et Parrière-ban contre lui^ en Taccusant de tous les crimes, et en le feisant citer k son de trompe devant les pairs du royaume , comme paijure , traître et homicide. Jean-Sans-Peur , menacé de se voir attaqué sur ses terres de Flandre , songe a fortifier Soissons pour arrêter Tarmée du roi, et envoie dans cette cite , qui s^est donnée k lui par affection , un des plus vaillans capitaines du temps , Enguerrand de Boumonville , la fleur des chevalière^.
*H. de Ch. F/, pub. par le Lab. liv. xxxm, ch. 26. Après avoir comparé tous les historions contemporains qui ont parlé da siège de 1414, nous avons reconna que la narration la plus exacte est celle de PAnonyme de &t-Denis , qai était dans Tarmée du roi et qni raconte ce qn'il a vu par ses yeux. Le récit de Jayénal des Ursins a été puisé à cette •oarce véridique et impartiale ; on tronve seulement quelques faits nouveaux dans le Journal du Bourgeois de Paris ^
Le gouverneur , Antoine de Craon^ et son lieutenant 9 messire de Boumonville , ne partagèrent probablement pas sans jalousie réciproque le poste important que chacun d^eux eût désiré occuper seul ; ils s'entendirent toutefois pour* mettre la ville en état de défense 9 avant que le printemps (1414) eût réuni Vost royal sous Toriflamme qui devait paraître pour la dernière fois à la tête des armées. Les anciennes murailles de la ville furent réparées, et de nouveaux ouvrages de fortifications, construits avec une admirable promptitude. Le corps municipal s'associa de bon cœur aux délibérations du conseil militaire : le vieux seigneur de Menant ou Menou, capitaine du Commun (maire), homme rempli d'âge et richesses^ secondé par son fils Pierre, par Jean Tiret, avocat de la ville, ^age homme et renommé^ par Ancelin Bassiel , natif de Senlis, autre .avocat distingué , et par les principaux membres de la Commune , encouragea les habitans à servir la cause bourguignonne aux dépens des plus grands sacrifices. En effet, on démolit tou* tes les constructions voisines des remparts et capables de favoriser les approches des assiégeans : les faubourgs de St-André, de St-Remi, de St-Christophe et de St-Léger, disparurent du sol^ et la flamme aida cette destruction que commandaient les cir-
dansla Chronique de Monstrelet , daps celle de Lefêvre de St-Remi^dans rhistoire manuscrite de 6erlette,etc. Mais ce soDt seulement des détails à glaner ; le fond delà narration ne peut donc être emprunté qu^à la belle histoire de Charles Vi, traduite parle Laboureur.
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constances. Les ruines du chàleau d'Albâtre , qui existaient encore entre la ville et St-Crépin-en- Chaye^ furent rasées parcequ^elles dominaient le rempart en cet endrmt et s'avançaient jusqu^au bord di^fossë : la démolition de cet antique monument ne passa point inaperçu , puisque, deux siècles phis tard, c'était le f^ruit du oommun dire du peuple de Soisêone , que ledit château d'Albâtre fut démoli au temps des Armignacs. L'abbaye St- Jean-des*Vignes, qui , bâtie sur une hauteur a un trait d'arc des murailles de la ville, pouvait tomber aa pouvoir de Tennemi et faire beaucoup de mal dans un siège , aurait eu le sort du château romain , si les rel%ieux ne s'étaient engagés a défendre leur monastère entouré de créneaux et flanqué de tours qui en faisaient une place de guerre : Féglise de St-Jean, bien loin d'être achevée à cette époque, ne consistait que dans la partie du choeur nécessaire au culte ; la nef était a peine hors de terre et Targent manquait pour continuer les travaux. Le couvent des Cordeliers , que ces pauvres moines occupaient a peine depuis trente ans , ne fut pas épargné, car il touchait aux fortifications , et Tavocat Ancelin Bassiel , qui était sans doute du conseil de ville, demanda impérieusement qu'il fut sacrifié à la chose publique ; quatre églises, également trop voisines des fossés , St-Martin, St-André, St-Remi et St-Ghristophe, furent jetées a bas ; on remplaça <îette dernière par un terre-plein hérissé d'artillerie ; des pierres de St-Remi , on éleva un bastion casemate. Dans l'intérieur de Soissons , on fit de
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grands préparatifs de jrésistance : on dispesa lesdiaines des rues ; on remplit les greniers et les arsenaux ; on organisa la milice urbaine ; puis, Ënguerrand de BoumonTiHe , appl^nant que le roi^ le dttc d^Orlëans et les princes entraient en campagne pour venir soumettre Compiègne, Soissons, Noyon et les placés du y ermandois livrées au Bourguignon , alla lui-même dévaster les environs de la ville , brûler les fermes^ disperser les paysans, enlever les graÎHS et les troupeaux, anéantir enfin toutes les ressour^ ces queParmée des Orléanais aurait trouvées sur son passage : il n^eut aucune condescendance pour les religieux de Longpont , qu'ail chassa en saccageant leurs terres et en ne Isôssant pas dans leur moàtier le plue petit morceau de pain; TégUse et la sacristie furent pillées par ses soldats \
* MSS*deB€rletteet de Mie. Bertin. MSS.do P. Louis Braycr. Dormay, t. u, p. 371 , 372. Ckron, ahb. Longip. , p. 351. L'Anonyme de St^Denis est le seulehroniqneor qui nous apprenne qne le gouverneur de .Soi88on« était Antoine de Graon ; tou8 les autres ne le nomment pas. On se fait une idée du rôle que Tabbaye St^ean^-des-Vignes joua dans le siège, par le silence de ses historiens à ce sujet. Comme on ne parle pas des chaînes des mes avant cette époque, on est fondé à Croire que ce mode de défense fut imité de Paris, quis^en servait depuis long'temps dafis les fréquentes imofions que chaque parti exploitait à son tour ; on sait, par les comptes de rîIôtel-de-Ville parisien , que ces chaînée de fer étaient entassées dansdes niches fermées à clé, et qne, pour les tendre , le quartenier ou le dizainier ouvrait le dépôt confié à sa garde, dés que le cri d*usage avait retenti : Tsndea le$ ehotnes ! Ces chaînes s^acoFOohaieot des deux eètés de la rue à de forts anneaux , et des tonneaux remplis de pierres, des solives et des sacs de terre sortaient toat-àcoup des maisons pour former dans les rues une barrière infranchissable. Berlette dit que ces chaînes, qui étaient par toutes les rues de la ville ^ furent portées à Laon adve-
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L^eVéque , Victor de Camerin , qui s^ëtait tenu à Fécart pendant les troubles et qui n^avait paru qu'une fois, pour consentir à l'amortissement des possessions du couvent de Villeneuve, ne fut pas témoin des maux inouis qu^une ancienne prophétie aTSBt annoncés a Soissons : vers Tannée 1370, disait-H)n, comme la ville étaitabondaitte en richesses et plongée dans la débauche , un écolier, en péchant dans FAisne, trouva une lame de métal sur laquelle étaient gravés des caractères rofnains qui signifiaient : c< Malheur à toi , Soissons , tu périras comme Sodome ! » Cette découverte, vraie ou fausse , n^avsut pasfeit, dans la nouveauté, beaucoup d'impression, parce que les événemens ne semblaient pas sdors devoir prendre une tournure funeste pour Soissons ; mais, lorsque eette ville fut menacée d'un siège, on se rappela , en tremblant , l'inscription mystérieuse qui n'avait pas rendu les habitans plus retenus m moins luxueux. Victor de Camerin n'habitait plus déjà son hôtel épiscopal^ quand Soissons commença de craindre le sort de Sodome : il s^ était retiré, à cause de la guerre civile , dans le château du Mont-Notre-Dame, place fortifiée sur un mont isolé , appartenant aux évéquès de Soissons qui en conservèrent la seigneurie jusqu'à la Révolution : ce fut là qu'il mourut , le 13 janvier 14tl4 (et non 1413, puisque son successeur ne fut pas élu avant le mois de février 1415). On Tenterra d'abord dans l'église de Notre-Dame du
*Mnt quelque irouhle^ et se -trouvaient encore de son temps (1Ô70) dans le même lieu, où il les a vues.
Mont et depuis, ses restes furent transportés à Soissons dans la cathédrale. Les apprêts de la guerre, qui avait allumé son foyer principal au coQur du Valois, ne permirent pas d'élire un évéque, et révéché demeura vacant pendaiM; plus d*uae année jusqu'à ce que Nicolas Graibert, natif de Vervw», simple maitre-^ès-arts de TUniversité, eut été désigné au siéçe de Soisson» , par une buUe de Jean XXIII, datée du troisième jour des ides (37) de février 141&*.
, Cependant Farmée du roi et des Orléanais ^* riva devant Gompiègne da»s les premiers joiffs d'avril. Le ban et Parrière-ban avaient été convoqués et quoique les partisans de la faction bourguignonne eussent manqué à Fappel ainsi que 1^ nombreux malades de la coqueluche qui régnait alors dans toute la France , Vos^ étittt très considérable : Charles VI n^avait pas fctit d'atesH ffrand mandement durant son règne. Cette multitude de {^ensde guerre, assemblés autour de l'oriflamme, comptait , pjM*mi ses principaux chefs, le dauphin Louis , duc de Guyenne , les duc^ d^Qrléans , de Bar et de Bavière, les comtes d'Armagnac, d'Eu, d'Alençon, de Vertus, de Riche-, mont, Charles d'Albret, connétable de, France,
' Dorraay, t. Il, p. 377, d'après Meyer, Camerariug et SIesejray. Chr. St-Jéon.Suess, Gallùk Chri$i. t. ik« L'élection de Nicolas Graibert ayant été faite par le pape Jean XXIII, atiinols de février , la quatrième année de son pontificat, eÉ la papauté de Jean XXIII ne datant que du 17 «mû HiO , le mois de février de 1415 doit être la véritable époqilc de cette élection, q^i n^ent lieu qu'après une vaoance inusitée de Tévêché soissonnats.
menire Hector , bâtard de Bourbon , le aire de Gaucourt , Raimonnet de la Guerre ^ et beaucoup d^autrcs seigneurs forU aum armes. Le siège de Compiègne était déjà entamé , quand U roi , par* tant de Senlis pour se rendre à son camp , alla loger à Yerberie , puisk Choisy , oii le rejoignit le dauphin , qui avait passé quelques heures à Tabbaye de Royal-Lieu : vers le soir , le feu prit dans le quartier du roi et des princes sans causer de grands dommages , et cet incendie , qui ne provenait que de la négligence des valets , fut attribué à des boute- feuûÊ qu^Enguerrand de BournonviUe 9 disait-on , avait envoyés de Soissons' pour brûler Choisy, afin de pouvoir surprendre ce village k la faveur du désordre et s^ emparer de la personne du roi. Le lendemain, Giarles YI, dont les maréchaux-des-logis n^avaient pas été reçus à Noyon , envoya son roird^armes a Soissons , pour sommer la garnison d^ en sortir , sous peine d^ encourir le châtiment de sa rébellion. Enguerrand de Bour: nouville répondit au roi-d'armes , que les gens du duc de Bourgogne étaient plus fidèles sujets (lu roi que les Armagnacs , et qu'il recevrait volontiers avec respect le roi et le dauphin seulement, dans la ville confiée a sa garde et préservée de toute violence.Cette réponse, injurieuse aux princes du sang^ irrita le duc de Guyenne qui adressa sur-le-champ son héraut d'armes au sire de Bouraioavîlle , en le sommant d'obéir aux ordres du roi , sous peine de niort. Mais Enguerrand répliqua que le duc de Bourgogne , son maître , Tavait charge de défen-
dre Soissons contre le duc d'Orléans^ et qu^il était déterminé , de même que ses compagnons, à s^ ensevelir sous les ruines de cette villç plutôt que dé se rendre.
- Le siège de Compiègne se poursuivait vigoureusement, et cette place , où s^étaient enfermés Hugues de Lannoy, les seigneurs de St-Légèret de Saveuse et plusieurs notables hommes , battue en brèche par les machines et Tartillèrie , parlementait pour obtenir une capitulation honorable. Cet exemple et celui de Noyon , qui ouvrit ses portes au roi ; ne changèrent rien au projet de résistance désespérée qu'Enguerrand de Bournonville avait fait adopter aux habitans de Soissons. Les seigneurs soissonnais^ attachés au parti bourguignon, entre autres Gilles du Plessis, Guyot le Boutillier et surtout Pierre de Menant, partageaient la résolution d^Enguerrand, qui n^ était pas en bonne intelligence avec le gouverneur , Antoine de Craon ; plusieurs chevaliers de Bourgogne , Colard de Fiennes, Lamon deLannoy; étaient venus se joindre a la garnison , dans laquelle figuraient quarante Anglais. Compiègne se soumit au roi, le 5 mai , et, pendant que Charles YI , le dauphin et les princes prenaient possession de cette ville, les machines de siège et Tartillerie furent embarquées sur T Aisne, et Tavant-garde de Farmée, conduite par le duc de Bar et le comte d'Armagnac , se mit en marche pour établir ses tentes dans la plaine de Crouy : ce fut leS mai que parurent , en vue de Soissons , les premières bandes des Orléanais. Charles VI en-
Toyait encore des députes poar ofl^ une compo-. sition a la ^ille , avant de commencer les préparatifs du siège : ces députés demandèrent k entretenir les capitaines de la place et les principaux boni^eois ; mais on refusa de les introduire dans Soissons , et ils ne purent pénétrer qu^à la première porte, oii Engnerrand de BoumonTille leur, donna audience , devant le gouverneur et quelques personnes dévouées au duc de Bourgogne : il ré-pondit, a une nouvelle sommation de remettre la ville dans les mains du roi , que lui et ses gens étaient tous prêts de vivre et mourir pour garder ladite ville , au nom de leur seigneur et maître^ le duc de Bourgogne , duquel ils espéraient avoir du secours en bref; ensuite , comme il était dou4 éPune belle éloquence^ il fit l'éloge de sescompa-^ gnons d^armes , les représenta bien disposés à servir le roi 9 rappela leurs services passés; puis , déclara qu^ils seraient toujours heureux de recevoir dans la ville le roi et le dauphin avec, les officiers de leur jnaison, mais sans hommes de guerre, sans les princes surtout qui avaient causé le malheur du royaume.
Après cette réponse semblable aux précédentes , le duc de Bar et le comte d'Armagnac ne songèrent plus qu'a ordonner les travaux du siège ; mais, avant que les lignes des assiégeans fussent tracées , Enguerrand de Boumonville fit une sortie , dans laquelle il perdit du monde , en maltraitant beaucoup Tennemi qui ne s'attendait pas à cette vive attaque : elle donna lie^ à de beaua faits d'armes
des deux côtés. Pendant trois jours , il y eut des escarmouches entre la ville et le camp des Arma-* jpiacs , Tabsence du roi et sans doute le manque d^artillerie empêchant de commencer la brèche : dans un de ces engagemens partiels , où la noblesse fra/nçaise faisait merveilles^ le bâtard de Bourbon, jeune cheralier dispos et brave y civil et accord j aimé de tous ^ s^étant avancé jusqu'au bord des fosses du château , k la poursuite des as-saillans qui avaient poussé jusqu^au camp, fut atteint d'un viretoh ou trait d^arbaléte, qui lui traversa la gorge , parcequ'il n'était pas couvert de toutes les pièces deson^hamois. On raconte que ce trait avait été lancé par un religieux de St-Léger , d'une fenêtre haute de l'abbaye. La blessure était mortelle ; les chirurgiens trouvèrent qu'Un y avait remède : en effet, le bâtard de Bourbon, après avoir reçu les sacremens , expira le lendemain au moment oii les trompettes et les tambours annonçaient l'arrivée du roi et du reste de l'armée. Sa mort fut regrettée même de ses ennemis , et son frère, le duc de Bourbon, jura de le venger, nonseulement dans le sang du meurtrier, mais dans celui d'Enguerrand de BoumonviUe. Charles YI occupa l'abbaye St-Jean-des-Yignes , qui se livra sans aucune résistance ; le dauphin et le duc d'Orléans prirent leurs quartiers dans Tabbaye St-Crépin-en--Ghaye ; le couvent de Villeneuve fit valoir ses lettres de sauve-garde que lui avait octroyées le roi régnant, le 6 mai 1405 , pour n'être pas envahi par les gens de guerre , et l'abbaye St-Médard,
bien foêsoyèe ei bien remparèe , voulut imiter la conduite de la ville , soit qoe les religieux , qui avment pour aM)ë Foulques de Mont aigu, fussent opposés a la factiondes Armagnacs, soit plutôt que leur monastère et le fiiuboui|; St-Waast qui en dépendait eussent été garnis de troupes bourgu^onnés. Le roi tint conseil avec les princes et les ehevetaines : il penchait encore pour la clémence a r^^d des assiégés ; mais le duc d^Orléans , irrité de ce que ses vassaux ne reconnaissaient plus son autorité et Texpulsaient de son Châleau-des-Comtes, insista pour qu^il fussent châtiés d'une manière mémorable. Charles YI, qui semblait n^agir qu'k contre-cœur par la voie des armes , somma derechef les as^égés en leur promettant la vie sauve. Mais Engueirand de Boumonvilk répéU la réponse respectueuse et fière qu'ail avait déjà faite : il ^ô^Mita cette fms, que les droits du duc d^rléans sur Soissons disparaissaient devant les droits de h gaeire , en vertu desquds il était maître de cette placée, comme lieutenant du duc de Bourgogne, irréconciliable ennemi dudit duc d'Orléans. Indignés de l'accueil feit a celte quatrième sonmiation ^ les princes, dans le conseil du roi , jurèrent de ne recevoir la ville qn^a merci , et firent établir les batteries devant les portes Aux-Ânes , Bérald et St- Christophe. Le feu ne cessa pas un instant josqu^au 20 mai : les canons, les bodtt>ardes, les ekaig et les egpringtiUê de si^e tiraient jour et nuit; ràrtillerie des remparts , qui en étaient bien munis, tonnait en même temps, et, des deux côtés, les boulets
de pierre , le& carreaux ou traits de grosse arba* lète, les cailloux et les balles de fér^ pleuvaient sans cesse avec un épouvantable fracas : les Bourguignons dirigeaient même leurs toups sur Fabbaye St- Jean-des-Yigoes, occupée par le roi, dont les enseignes et les armoiries brillaient aux fenêtres , sans mettre son séjour à Tabri des insultes de la garnison d'Enguerrand de Boumonville^
Cependant^ celui-ci qui avait compté sur le secours du duc de Bourgogne , ne laiêsait repoêer ceux de Vost , et en prenait son/Dent et mémo de bons prisonniers; mais les jours se passaient et le secours ne venait pas. On arrêta un messager chargé de lettres adressées à Jean-San&-Peur : ce Notre très- » redouté seigneur, lui écrivaient les bourgeois de » son parti , après avoir reçu nos très-bumbles re- » commandations, vous saurez, Monseigneur, que » nos ennemis nous tiennent étroitement assiégés » de toutes parts, et que nous ne pouvons pas lon^^ » temps résister contre eux. C'est pourquoi nous » vous supplions de ne plus tarder k nous secourir, » comme vous nous avez autrefois promis. » Enguerrand écrivait aussi au duc , à peu près dans les mêmes termes , et ne lui cachait pas la juste épouvante qu^il éprouvait d'être obligé de combattre son naturel et souverain seigneur le roi de France. Les assiégeans apprirent par ces lettres interceptées , que le décourag[ement gagnait les eq>rits des assiégés, et que la mésintelligence existait parmi les chefs de la garnison. Sur ces entrefaites, l'abbaye St-Médard se rendit, et le faubourg St*
Waast, ma^re ses fortificatioiis auxquelles on ir«- Yaillaitsans œsse sous le fieu des Orléanaisy fut emporté d^assaut, après un combat opiniâtre et sanglant. Un petit nombre des dëfenseursdu faubourg se réCogièrent dans la yille que cet échec acheva de consterner. Enguerrandde Boumonyille assembla secrètement ses amis et ses soudoyers, pom* leur annoncer que la ville ne pouvait plus tenir et qu'il avait résolu de Tabandonner au milieu de la nuit 9 en feignant de faire une sortie ^ et qu'il s'ou* vrirail un passage, les armes k la main , à travers le camp endormi ; mais le gouverneur Antoine de Graon, ayant eu avis du projet de son collègue qu^il contrecarrait en toute chose, se décida, pour le prévemr, à offrir au roi de livrer la ville et avec elle Taateur de sa rébellion , le capitaine Enguerrand ; les parens qu^ Antoine de Graon avait dans Parmée royale sollicitèrent sa grâce au prix de Soissons et d'Ënguerrand prisonnier de guerre ; mais Enguei^ rand ne Pétait pas encore : sous prétexte de sadllit contrelesassiégeans retirés dans leurs retranche* mens 9 il se présenta, vers minuit , avec sa comporgnie à une des portes de la ville 9 il trouva le vieux seigneur de Menaut et Antoine de Graon qui s^opposèrent à sa sortie en lui disant qu'en telhanap (coupe, vase a hoire)qu ils beur aient (boiraient)^ il y beurait aussi. Enguerrand de Bournonville protesta qu'ail rentrerait dans Soissons poury mourir; puis^iju'il irait seulement àla rencontre dessecours envoyés par le duc de Bourgogne: on ne voulut pas Pentendre, et Antoine de Graon Paccusa de trahison,
si bien qu^ih se mêlèrent Vun à l'autre de paroles, et les tmires^ de faits. On sonna le beffiroi de la Commune ; on cria aux armes ; les hal^tans descendirent dans la rue h. la lueur des torches : la ville fut alors partagée en deux camps , qui s'^obserrèrent toute la nuit et fedllirent en venir aux mains. Les cris , le tocsin , le tufnulte de cette émeute, avertirent les Armagnacs de se tenir sur pied , pour être prêts à tout événement ; ils demandaient Passaat général et le sac de la ville : la brèche était ouverte de plusieurs côtés 9 et surtout pltis grande près d'une grosse tour où il y avait un ange peint (la tour de la Porteaux-Anes ou Hosanna)^ dans Pendroit où tirait une énorme bombarde , nommée la Bourgeoise , qui avait été enclouée devant Compiègne , mais qui fut remise en état de service devant Soissons. Cependant on n^ ordonna pas Passant, et Parmée royale resta seulement en bataille dans ses quartiers jusqu'au jour.
C'était le lundi 21 mai , fête de la translation des Saints-Crépin et ^Crépinien , patrons de Soissons : le trouble continuait entre ceux qui voulaient rendre la ville au roi et ceux qui voulaient la défendre, entre Antoine de Craon et Ënguerrand de BoutnonviUe ; les remparts se trouvaient abandonnés. En même temps , les Anglais, qui étaient dans Soissons et y avaient eu débat et noise , entretenaient des intelligences avec leurs compatriotes à la solde du comte d'Armagnac. Vers onze heures du matin, les assiégeans attendaient toujout^ Tordre de marcher à Passant, lorsqu'un homme se glissa hors de
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la ville où tout était en rumeur, et 5e fit conduire en présence des princes : ce Si vous voulez assaillir la cité , vous Faurez en prient , dit-il , car ceux de la ville se sont mêlés aux gens d'Enguerrand, et se trouverez personne qui la défende , car tous sont courus )i Wmélée. » Aussitôt , on donna le signal de Tassant qui eut lieu trè^-àpremerU sur cinq points k la fois. On s^était pourvu de grandes et longues bourrées pour combler les fossés , et de quantité d^ échelles pour monter sur les murs ; écuyers et chevaliers accoururent péle-mélé avec les soldats , jettèrent les fascines et plantèrent les échelles goais les trompettes, sonnant Tassant , avaient rappelé les habitons et la gramison sur la brèche , principalement vers celle que la Bourgeoise avait rendue pra* ticabls ; et la , ils se oombattireni, les uns contre les autres^ de lances , haches et épées^ main à main. Les princes commandaient en personne l'attaque vers St-Jean-des-Vignes : plusieurs grands sei« gneors , entre autres le duc de Bavière , furent armés chevaliers au pied des murailles ; les ducs de Guyenne , d^Orléans et de Bourbon, ainsi que les comtes d'Alençon , d'Eu et de Richemont, étaient confondus avec les éohelleurs : le duc de Bourbon, q%U mortellement haïait ceuœ de la ville, étant parvenu aux créneaux , fut renversé d^un coup de hache du haut de son échelle , et fut si fort navré qu'on cuidait quil fât mort et fut porté en #on logis , en tel état qu^il ne connaissait ni homme ni femme. La blessure et la chute du duc de BoariMMi refroidirent un peu Tardeur des assaillans ,
commençaient à se retirer, lorsqu^on entendit crier dans rintérieur de Soissons , Ville gcbgnée! Les Anglais de la garnison avaient vendu la place : pendant que l'assaut dirigeait toutes les forces des assiégés sur cinq endroits diffërens 9 ces Anglais allé* rent déhacher et dérompre en pièces une porte éta/nt iur la rivière (sans doute celle qui communia quait du château avec le Promenoir): le comte d^ Armagnac , qui les avait gagnes , passa sur-le-champ TAisneà gué, avec son avant-garde composée d'Anglais boûrdelais, de Barrois et d'Allemands, sous la conduite du duc de Bar , de Glignet de Brabant , de Raimonnet de la Guerre , du Da/moisel âk Gommercy et d'Aimé de Saarbrùck; ils pénétrèrent sans obstacles jusqu'au milieu de la ville, et les Anglais, qui les avaient introduits , commencèrent à tourner visage ^ faisant main basse sur tout ce qu'ails rencontraient , et pillant les maisons à mesure quHk avançaient de rue en rue. Aux cris de l'avantgarde, à la vue de l'enseigne du comte d' Arma gnaci arborée sur les tours voisines de l'Aisne ^ les princes ramenèrent à l'assaut le gros de Tarmée , et 9 après une résistance désespérée ^ qui dura deux heures , les assaillans entrèrent dans la ville , avec une clameur épouvantable , par la grande rupture que le canon avait faite proche de la Porte-aux- Anes : ils ne furent pas peu surpris de trouver déjà les meilleures et plus riches maisons occupées par les étrangers du comte d'Armagnac. Soissons était tout entier au pouvoir du soldat.
Enguerrand de Bournonville avait été fait pri-
smiirier par les gens de Raimonnet de la Guerre : comme il parcourait à cheval tous les quartiers pou^r rehaiter ses gens et les mettre en ordonnance ^ il s^engagea dans une petite ruelle dont les chaînes étaient tendues , et ne réussit pas k faire sauter sa monture par-dessus cette barrière au moment où il fut poursuivi. Les bourguignons, qui s^ étaient réfugiés dans le château et dans les tours des portes de la ville , obtinrent d^étre reçus k composition ^ mais ceux qui combattaient isolément ou s'enfuyaient furent tous massacrés ; on n^épargna pas les habitans de tout rang , de tout sexe et de tout âge , quoique Charles YI eût fait crier à son de trompe qu'on fit grâce de la vie aux matheuraix qui la demanderaient. Le pillage et tous les excès auxquels peut s'emporter une soldatesque effrénée continuaient par toute la ville, et n'est point de mémoire quono de chrétiens fût fait si grand desroi (désordre) en telles besognes^ attendu la haute seigneurie qui là était assemblée, lesquels rCy mirent remède. Un grand nombre d^étrangers, Anglais et Allemands , que le comte d^Armagnac soudoyait parmi ses troupes , se livrèrent k tous les emportemens où les entraîna la convoitise animaie des biens et de la chair , qui faisait la meHleure partie de leur valeur. Après avoir saccagé et pillé les maisons , ils dépouillèrent les églises et même prirent et dérobèrent la plus grand' partie des reliques de plusieurs corps saints, qu'ils dévêtirent et détachèrent de toutes les pierres^ or et or. gent et perles qui étaient autour d'icelles : ils jetaient
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à terre les hosties pour emporter les calices; on ne saurait surtout peindre d'assez vives couleurs la dé-solatien qui fut faite en violation de femmes ma^ riées^ présents leurs maris, de nonains sacrées , gentilles fem^mes et atdres de tous états, dont il y en avait grcmd^ quuntité en ladite ville, les^ quelles furent violentement commues charnellement de divers nobles et autres : lesquels , sans en avoir pitié ^ après quils en avaient fait leur volonté, ils les livraient à leurs serviteurs. Quelques-unes seulement échappèrent à ces outrages^ et furent , à l'adde de leurs amis , conduites jusqu^an logis du duc de Guyenne qui les mit sous sa sauve-garde. L^ effroi des Soissonnais était tel que beaucoup de fuyards se précipitèrent dans TÂisne et s^y noyèrent plutôt que de s'^exposer aux atroces cruautés des vainqueurs : on vit des femmes encrintes enfanter sans terme , de peur et de tristesse , dont les enfans n avaient point de vie. La première f cireur du carnage rassasice , ooi fit des fHrisonniers, et il y en eut bien douze cents qui furent sauvés , comme capables de se racheter. Le sac de Soissons dura plus de deux jours, et comme les habitans, se doutani de ce qui leur adviendrait , avaient fait plusieurs musses (cachettes) ^ on mina^ pour les découvrir , des maisons particulières et des édifices publics ; on démantela les fortifications; on renversa des églises entités , et notamment celle de St-^Yictor ; on employa la torche en même temps que le marteau; a^ant quil fût dix jours après la prise de la ville , elle fut pillée au net , qu'il rCy demeura pas
DE soisso«s. 303
chose qu'anpAi emporter, et dit-on quon n^ouU onc parler que lee Sarroiine fiesent pis que firent oeua de Vost en ladite viUe^ On ne respecta que Fabbaye Notre-Dame et tout ce qui s^y trouvait , peiiyb*étre parce qu'ail eut fallu un nouveau siëge pour s^en rendre maitce , ou bien par 1q crédit de son abbesse Elisabeth , qni était de la puissante maisof^ de Chàtilloi^sur-Marne.
Tous les biens de la Commune furent confisqués et nm dans les mains du roi 9 qui en disti ibua une partie aux personnes de sa suite et détruisit presque tous les bâtimens qui avaient servi à la juridiction intérieure de la ville 9 sans que le duc d^'Orléans^ téœrâi el instigateur de ces rigueurs impitoyables^ fit valoir ses droits de ccMUte pour sauver ce qui restait de Soissons. Uhôtel du Change, oii le conseil municipal tenait ses séances, fut en la plus jfrande partie démoU^ et un autre hotel^ également à l^usage de la Commune , devint la propriété dW seig^or de la cour , qui depuis le céda aux religieux de LongpiMDit : cet hôtel prit le nom de Tabbaye a laqiielle. il appartenait et le donna ensuite à la rue de Longpont; le donjon du Pant^ ou se trouvaient les archives de U ville et son beflFroi, resta seulemecKt au pouvoir du roi qui le rendit plus tard aux bourgj^ois; la Halle, située entre Fancien jardin des Arbalétriers et 1^ porte Bérald , fut entièrement casée : C(3tjte,Halle magnifique était si vaste qu'^elle venfevm^ât plusietiTs halles ordonnées pour chacun métier et de belles écuries pour les chevaux de ceux ftit venaient es marehés de Soissons; on abattit en-
904 HISTOIKE
core une haute maison appelée la Fin du monde , attenant à la Halle et contenant le Poids de la ville ; le roi donna aux Cëlestins de Villeneuve Phôtel des Moult-r entés ^ qui était le lieu de re'union de la riche confrérie des Arbalétriers , dans laquelle aucun n'^était admis sans avoir justifié de cinquante livres de rente : cet hôtel existait encore à la fin du XVP siècle 9 sous le nom de VÉou de Fram^ce. Le roi ^ ayant confisqué les corps des habitans de Soissons avec leurs biens , signala par de sanglantes exécutions son séjour dans cette malheureuse ville : non-seulement ving^cinq(ou six-vingt) desrebelles, entre lesquels on distinguait Gilles, du Plessis , chevalier y furent envoyés k Paris , liés dans une charrette, et pendus la veille de la Pentecôte, mais plusieurs autres des plus notables bourgeois et gentilshommes , eurent la tête tranchée à Soissons, ou périrent sur le gibet, selon leur rang et leur naissance. Le. vieux seigneur de Menant eut été décapité un des premiers , si son fils , en tendant le col, n^eùt protesté de Finnocence de ce «vieillard et assumé sur luinméme la responsabilité de tous les actes qu^on reprochait k son père. Pierre de Menaut, Âncelin Bassiel et quatre gentilshommes furent décollés prèsdeFabbaye St-Médard, exposés morts a la potence, et leurs têtes, fichées sur des lances. Mais la condamnation d'^Ënguerrand de BoumonviUe déplut grandement a la noblesse et aux capitaines qui Pestimaient à cause de sa lar-' gesse et de son courage. : Le duc de Bourbon, que la perte de son frère naturel avait animé d^une
DE SOISSOMS. 305
hftine inqplacable contre Enguerrand , fit tant dn^ vers le rai et cetKtjde son Conseil^ que, malgtë Toffrc d^une rançon énonne et les prières des principaux sei^eurs de Tannée royale^ on mena au supplice ce If entilhomme, qui était la fleur de tous les capitaines de • France alors régnons : sa tête fut plantée au bout d^une lance , en plein marché , et son corps accroché par les aisselle&aux fourches patibulaires. Les plus riches pnsonniers payèrent à bien grand* peine les grosses finances qu'on . exigea pour leur rançon: Colard de Fiennes , Lamon de Lannoy^ Guy le BontiUier et j^usieurs nobles se rachetèrent aussi , et quelques-uns, que la vengeance du roi aurait atteints, furent mis* en liberté sur leur foi^ par ceux qui les avaient pris : les notables de la ville s^ expatrièrent et passèrent en Flandre, où ils s^étaUirent ; le reste de la population , décimée , dépouillée, mutilée , ne se composait plus que d'artisans et de pauvres qui erraient parmi des ruines : tout ce qm put quitter Soissons, comme un lieu maudit, jura de n^y plus rentrer, et, deux cents ans après le siège, iln' existait point une seulefamille qui remontât a cette époque de destruction presque totale. Uautour prétendu de la mort du bâtard de Bourbon, sinvant la^ tradilioiï soissonnaise , n^avait pas été oublié dans ces cruelles représailles : on le pendit par les parties sexuelles , et le prieur de St* Léger, accusé de complicité avec ce religieux, fut pendu par le cou.
« Ainsi , s^écrie. un témqjti oculaire de cette horrible catastrophe, cette villje illustre, qui don^
nait jadis son nom à tout un royaume sous les en^ fans de Glovis 9 <et , depuis ce temps là , embellie de superbes églises, dëcorëes de précieuses reliques 9 et qui se vantait autrefois d'ayoir eu la Picardie , le y ermandois , la Flandre et la Normandi^s soumises a sa juridiction temporelle , est aujourd'hui miiUieureusement abîmée dans Thorreur et dsam Tobscurité d^une profonde ignominie : la voici ex* posée }i la risce de toutes les autres , la voici marquée d'W déshonneur perpétuel!» Charles YI, comme s'^il eût voulu rayer Soissons du rang de» cités épiscopales , empêcha Fachèvement de la cathédrale : la tour actuelle, dont la construction était fort avancée , demeura interrompue aux deux tiers de sa hauteur, et la seconde tour^ qui devait être parallèle à l'autre, ne fut jamais commencée ; car on vendit au profit du roi les matériaux rasseoir blés et les bois de charpente déjà dressés en échafaodage. Le roi 9 pourtant, se repentit bientôt d'avoir prêté son nom au ressentiment des princes con^ tre cette ville infortunée: il fit publier par ses hérauts d'armes qu'il accordait abolition k tous^les habitans, saiif un petit nombre d'exceptions, et qu'il les réintégrait dans tous leurs bieny en leur faisant grâce, sans autre châtiment qu'une taxe p^étuelle en mémoire de leiH* désobéissance; il leur permit^, en outre , de rebâtir ou réparer leur maisons avec les dâ>ris des tours , des rmiparts et des églîtes qu'il abandonnait à la discrétion de chacun ; pfuis, il ordonna que les reliques f assoit restituées aux paroisses : les unes relourniirjeni alors à leurs
anciens possesseurs^ mais flévétueê de leur précieuse enveloppe; les autres durent être rachetées ^ prix d'argent; la plupart ne se retrouyèrent pas. Enfin , avant son départ ^ le roi nomma de nouveaux ofiiciers pour administrer la ville , et y établit gouverneur le sire Regnault de Longueval, qui fut charge de relever les murailles et de mettre la place en état de défense: il avait daté deSt-Jeandes-Vignes les lettres par lesquelles, le 24 mai, il octroya /^or/^ro'» vision à son second fils le duché de Touraine. Ce fdt au commencement de juin que le roi se rendit à Laon^ quji n^hésita pas à le recevoir joyeusement : pendant sa résidence à Laon, le procès de plusieurs bourgjeois qu^il y avait amenés en prison sUnstruisit rapidement , et Pavocat Jean Tiret, qui avait joué un rôleactif durant le siège,' eut la tête coupée, avec aucuns cm^es^ et, par les épaules^ fiit pendu au gibet , pour servir d^exemple a quiconque oserait soufSer la révolte au nom du duc de Bourgogne ^
' Anon. de St-Denis, liv. xxxiv , ch.3, 6, 6, 7,Monstk liv. h eh. 125, 126. Ord. des r. de F., t. x, p. 209. t. xv, p. V58 et459. J^mrn, d*un Bourg, de Paris. Leièv. de St^Remy .M.SS. de Roasseao, Berlette, Cabaret, P. Louis Brayer, ejtc. JUipjriio de Sôissons est fixée an 20 mai par quelques histoi^ieiis et nolamment par l'Anonyme de Sl^Denis. , dont nous avons tOQJonrs proféré raotorité; mais le Bourgeois de Paris ^it, dans son journal, que cette prise eut lieu le 21, /pur de piai in» lundi après dîner ; or, un joiurnal doit être plus e%i^% qa'one histoire dans l'indication d'une date ; le calendrier de VAri de vérifier les Daies nous a prouvé, en 6£Fet, que le 21 mai 1414 était un lundi. Les htstoriena présen^nt aassi quelques contradictions qu'il auffim d'indiquer : la^ plapart mettent la mort du bâtard d^BoAiibQa dans.lVs•a^l général de la ville; mais TAnonyme de. St-Denis est trop explicite sur ce fait pour qu'il soit Vah^iet d'une difictts^on, M. P. Louis Brayer, suivant la tradition soissomiait^e « rap*
ao.
La |;uerre continua : le roi reprit possession de Bapaume , sans assaut et sans grande effusion de sang 9 mais M artelet du M esnil et quatorze cheraliers, qui avaient défendu Soissons avant d'aller s'enfermer dans Bapaume^ furent arrêtés dans leur fuite , emprisonnés et condamnés à mort. Enfin ,
porte que le bâtard de Bourbon fat toé par perfiâU^ au moment où il 8'approchait de la porte de Groay pour annon« cer aux habitans que le roi leur accordait Ta capitulation qu'ils avaient demandée. Pierre de Fenin est le seul chroniqueur qui raconte que « il«y avait aussi grand débat entre lea gêna d'icelui Enguerrand , et les gens de Lamon de Lannoy; partant , ils so trouvaient très mal d'accord dedans la ville et peu s'entr'aimaient Tnn rautre.w Les nomades principaux bourgeois et seigneurs, qui défendirent la ville, sont plus ou moins estropiés dans les différentes narrations du siège : ainsi le seigneur de Menant est appelé Mono , Me^ nou, Jlfenon ; Tavocat Tiret, Tirai, Titeiy Tirel^ etc.; Gilles Duplessis, Fillierê JDupiessier^ AncelinBassiel; Bassuel^ Bay<mne7, etc. M. P. Louis Brayer, dans son Hist. MSS., dit quoSt-Médard, St-Grépin-le-ûrand , les Célestins de Villeneuve, St-Jean-des-Vignes et Tabbaye Notre*Dame furent pillés; mais il est évident que la tradition Fa trompé : nous avons rapporté la capitakition de St-Médard et la sauvegarde accordée à Tabbaye de Villeneuve ; St-Jean n'eut presque rien à soaffrir , ymisque le roi y logeait ; « on ne Sait ptoint ce que notre abbaye souffrit durant le siége« >• dit Jean Hélie dans son Bist, MSS. de Si-Crépin-l&'Gfiànd. Dom Gervaise , dans «on HUi. de N.-D.,, assure que les femmes qui se retirèrent à JSotre-Dame y furent à Tabri des Violences du soldat. Villarot , dans son Hiâi^ire de France^ et plusieurs autres historiens généraiix, ont, par erreur, placé le supplice d*Engoerrand à Pari», où ses complices furent amenés par tham^èe* : les oontem|MMrains, du moins les plus exacts; précisent pourtant le lieu de ce supplice ai* éfihet en dehors de Soissons (dans la plaine de St-Gtépîn-en- Ghaie'; au-delà de Tabbaye.) Berlette^ ou plutôt son oontij^aatéur ,'Miohel<Bertin, copié par Dormay^' distingue rjEfô- 1ei*dê iTÙle de VHMel du Change: comme il s'agit de deux hôtels différens coniftsqués par le roi sur la Colnmu|l^ , on doit présumer que delui qui est appelé improprement Hétel^ darFUle, Cuvait être le logis du mayeur ou borvait d^uae manière quelconque au corps municipal.
DB soissons. 300
au mois d^octobre , tandis que Charles VI assiégeait Arras, le dac de Guyenne moyenna la paix entre son père et Jean de Bourgogne : cette paix fut publiée dans les provinces ainsi qu'a Paris 9 et partout on la reçut aux cris de Noël ; Jean-Sans-Peur^ devenu gra/nd ami avec le roi et constitué gouy^er-neur de la France , dépécha des messagers et des lettres à toutes les bonnes villes^ pour leur annoncer la paix d\\.rras et les entretenir en son obéisganoe coinme en celle du roi , contre les prétentions du dauphin qui disputait la régence au duc , et qui était soutenu par les princes impatiens de nouveaux troubles : Philippe, et Hector de Saveuse furent envoyés à Soissons pour savoir des habit ans s'ils n'entendaient point ga/rder la ville au nom du roi et du duc de Bourgogne. Le sire de Longmeval, que Charles YI y avait laissé pour gouvemeur,se détacha du parti des princes et passa dans celui de Bourgogne avec un grand nombre de seigneurs du Yerman* dois; beajucoup dç Soîssonnais, qjLii n'^avaient plug de quoi subsister, prirent la croix rou^ et s^enrô-: lèrent sous les capitaines bourgiiigno^. Mais Soissons dépeuplé et ruiné n'avait plus qu'.un rang secondaire parmi les bonnes villes du royaume^ et sa posession était presque sans import^ce : pendant l'espace à^ vingt-cinq ans^ cette ville changea sept ou huit fois de ixiaitres, sans soutenir un nouveau sié^e^ et, durant un demi-siècle, on ne trouve pas une ordonnance royale dans laquelle il soit fait mention de . Soissons. Le duc d^ Orléans et Robert de Bar, qui étaient seigneurs du comté par indivis , le perdirent à là fois, l'un avec la vie, TaiUre avec la liberté',
'3tO HISTOIRC
Haiis cette dësastreuse journée d^Aziticoalrl €fsA livra la France aux Anglais , le 25 octobre lAlS, été des benoîts corps saints Cripin et Crépinien adorés à Soissdns ^ ce qui donna lieu de dire que Ici; patrons de cette pauvre cité avaient puni ses bourreaux par une défaite plus sanglante que celles de Grécy et de Poitiers. Robert de Bar périt eh combattant avec Félite de là noblesse française, et le duc d'Orléans, retrouvé vivant parmi les morts, fut conduit prisonnier en Angleterre , oii il resta vingt-cinq Sins : pour se racheter , il voulut , en 1440, vendre son comté de Soissôns au dii^ d'e Bourgogne , mais le marché , approuvé par le roi , n'eut pas lieu. Pendant son absence , le comte fut aoministré parles tuteurs de Jeanne d'Orléans, hUe unique du duc , et par Jeanne de Béthune , veuve de Robert àe Bar, au nom de sa fille Jeanne , encore mineure. La comtesse douairière de* Marie et de Soissôns épousa, en 1418, Jean de Luxembourg , seigneur de Beaurevoir, de Choqués et de Ligny, un des pliis braves capitaines bourguignons qui aient porté les armes contre les Armagnacs ; mais Jean de ïiUxembourg , qui commandait les troupes du duc de Bourgogne en Picardie , ne résida guère dans le Château-des- Comtes à Soissôns, puisque cette ville fut souvent au pouvoir du parti des DcBuphiruyis , lequel avait succédé à la faction des Orléanais *.
' MSS. de Berlette et Michel Bertîn. Hiêi dé Chwlei F£ ,
par JqT.desUrsîns*, édit. inf. p. 3i4. MSS. de Rousseau.
Hist, de St'Crép, M^S. Hist. gin. de la mais, de Bar, Bcr-
létlô dit eiqpreaséulênt que la raissîoa des frères de Soveule
arri?a Tannée du siège, à Toccasion du traité d'Ârras, ce
DB SOISSOVS. 311
babeou de Bavmre ^ ipiî déteslaîi mb troUiènie Sh.^ Gluurlesi devenu dauphin après la mort die «ea 4f»ii f pères , enlevés trop ra{»deiu«at poiur ne pas laisser des soupçons d^empoisonnement , livra la France et la couronne au roi d^Ângleterre , allié du €oc de Bourgogne: le dauphin arma ses parti* 3ans et s^éfiEbrça de conserver quelques provinces sous le règne des lyg , pendant qu^un roi angljûs dominait a Paris et dans une partie du royaume ^ \ la faveur des disc(»:des civiles et de la maladie de Charles VL Le Yermandois et le Valois f m:ent continnellement en proie a{iix gens de guerre dç tous les partis et de tous les pays , également avides de butin et hostiles aux habitans qu^ils rançonnaient. Anglais et Bourguignons ^ . Armagnac^ et Dauphin iipis, c'étaient toujours des ennemis qui trmfoiU laient moult fort ces malheureuse^ contrées et qui n^étaient pas moins rapaces ni moins dangereux ^e les brigands que poursuivirent 2i plusieurs reprises le bailli du Yermandois et le gouverneur du Valois. Le Soissonnab semblait un v«*e champ de bataille où se donnsûent rendez-vous la chevalerie, et la pillerie, les bandes d'écorch^urs et les oompa-gnies d'ordonnance : une ville prise la veille âait assiégée et reprise le lendemain; autant de capi-
qfïi est assez vraîseinblable ; Monstrelet , liv. i, ch. 196, Parait a? oir Toola parler d'une avtre mniion an mèitie genre, qui ne doit pas être confondue avec la première , quoique les frères de Saveuse en fussent aussi chargés : «u Hig, il s'agissait de la reddition^ de la tillé , Undis qu en 1414 ce n'était qu'une espèce d'enquête sur les dispétitions des habitans. Requête sur la t/iouv. du com» de Sait* '
312 HISTOIRB
taînes en eampagne, autant de taxes et cte tyrannies sur lés sujets du roi ; plus de commerce , plus d*agriculture , plus de paix ni trêve. On présume qu^en
1418 , le bailli de Vermandois, Thomas de Hersies, qui exhortait fort les villes de sa juridiction à tenir le parti du dauphin , se saisit de Soissmis, ' au nom de ce prince , pendant Tabsence du gouverneur Regnault de Longueval , qui parcourait souvent les terres du comté pour chercher Tennemi ou lever des contributions ; mais , après les évéliemens de Paris, que les Cabochiens venaient de rendre au due de Bourgogne , les deux frères de Saveuse furent envoyés en Picardie avec leurs gens , afin de faire reconnaître F autorité dii roi et du duc dans tous les lieux oti le dauphin avait des partisane: c( en icelui temps , Soissons se rendit aux Boui^guignons 9 et prindrent des gros bourg<eois de la ville qui étaient Arminas (Armagnacs) , desquels ils firent justice ; car ils connurent , à la mort (par Taveu) de ces bourgeois , que, dedans quatre jours , ils avaient eu pensée dé tuer par nuit ou par jour tous ceux qui étaient de la partie au duc de Bourgogne, et femmes et enfans faire noyer en sacs, quMls avaient fait faire tous propres à femmes moult volontaires à la fausse traître Bande » ( on nommait bandés les Dauphinois qui portaient la croix droite au lieu de la croix de S t* André). Au mois de mars de Tannée suivante , le seigneur de Bosqueaux , à la tête de trois cents combattans dauphinois, vint, du château de Pierrefonds qu'il occupait pour le dauphin , surprendre la garnison
Dfc SOfSSOHS 313
bourguigBonne de Schmoiis: il Ait iatrodiiît au point du jour dans la villes dont il s' empara si brus* quemenl; que Regnault de Lùng^eral , Robert de Saveose et quelques auti^es capitaines se sauvèrent à grand' peine^ tout à piéd^ pardêêsus la muraille. Il y eut grande * cooieian d'hemmee , de femmee et ePenfans , et la cité fut y en la plue grande partie ^ dévêtue de seé biens. L'abbaye St-Jtflédard soiiftrit beaucoup.de la prësenoe desi ArdHigoacs, qui lui firent plus de mal qu^ les fiourguigndns. Le seigneur des Bocqueaux ne fut pas loug^temps pos-sesseujr de sa conquête ;: car ^ en 1410 ou 1420 , lorsque Tassassinat de Jean-Sans-Peur, sur le pont de Montereau , eut rompu les négociations pour la paix et entraîné le nouveau duc de Bourgogne, Phi* lippe 9 dans Falliance aiiglaise , les Anglais envahirent le Yecmandois, sous prétexte d'aider les Bourguignons contre les Dauphinois, se joignirent aux seigneurs de Sâveuse et de Loogueval^ pillèrent le plat'-pays « s'établirent dans plusieurs villes aban* donkieeé par lés Armagnacs et remirent Soissons au pouvoir des Bouiigaignons , non saus avoir pillé ce qui avait échappé aux sièges précédents , surtout dans 4'abbaye St-Médard , qui fut entièrement dé^ vastéeS
' Yoy. les historiens de Tépoque , Monstrelet, Jean Le~ fdvre de St-Remy, Pierre de Fenin , Jnvénal des UMns, ete. J. ^un Bourg dé Paris, ji. 43. Doimay n*ad<qpte pas le redit de ce bourgeois qu'il regarde comme trop partial ; mais nous ne voyons aucun motif de récuser cette autorité , quand il n^est question que d*un fait , qui s'accorde d'ailleurs par b date^avec le ch. 49ôduliv.i desChron. de Monstrelet. Monst. cfa. 204, 226, 227. J, du bourg, p. 53.
Ckàrfes y\ ; iikirant un intervalle de sMtë , prêtai l'tireîlle, en I4l8, âttk tédBni^l\om des Cordélien de Soisson^, qi\i se plaigtiireni d^aVoir étë dë|i6ssëdés de leur coûtent tior^ de^ lât^s, îiyant le '^ége de 1414, parTavocatt d^ k vilîe , AntôèHlûi Bààsièl. Ge^ OM^e^ers ^ qui se trouvaient depuis lors sans a^le et disperses, avaient bleniiitente unte action judiciaire contre la flietnoire de cehii qd^ils accusaient de spoliation faite arbitraîirement au nbmde la ville ; imis , les biens de ce rebelle ayant ëté confisqué» au roi, les religieux ne pouvaient espërérd'êtrie dédommagés de ce câté :1e roi leur accorda, pour s'ylager et y reconstituer leur ordre, Thôtel de Boie, lieu grand et spacieux ^ qui avait appartenu '^sa démolisseur de leur couvent ; mais tes héritiers de Tavocat ne renoncèrent point k tecudllir sa succession et n'en laissèrent pas jouir paisiblement ces pauvres moines , qui furent forcés de quitter rhôtét dô Roie , quand , vers Tannée 1436, pa/t fM^ur (P amis y la confiscation fut rendue aux hoir s et ayantûàiiêe de maître Âncelin Bassiel. Ce fotâlôi^s seulement que les^ Gordeliers de Soissons se fixèrent d'une manière stable rue des Fèvres ou de h Boerie, dans une maison que leur donna un ancien potier d'étain , Jean de Braine : ils commencèrent
MS8. de dem'Grenier : extr. do Gaffiaax. MSS. de BerleUe : <« il est cerlain que ce fat en ce temps que la ville fbl prise des Anglais ; on ne sait à la vérité par quel moyeu , sinon que ce fut alors. » Gallia Christ, t. ix, p. 408: « jinme 1418 monoêierium (Saint-Médard)ifioOffiff»o(la gravissima àmiliUbuf perUêlii Suesâionetn pi espugnanàibus, anno 1419 ah ^ngli$ gratiara, » Dorniay, t. ii, p. 381 et 382.
âus^itèt 11 y coiuliiiire ieta égiim sur remplace^ ment du jardin ; mais la sei^fneurie de eel^ maiton était au Cbapiti^e \ '<|m s'opposa d^abord k rétaUîsseineot de& bèmêw pires , et les Oikadl^ Ht 4^ ffrënd$ U longs proois : Tabbë de St-Jeande^Vi^es devait terminer ce différend par une sentence arbitrsje , lorsque les bourgeois de Sdiih sons dédommagèrent le Chapitre en lui cédant deux nudsotis appaHetiantà la yille, et le Chapitre, en ^gardtà cette irécompense^ cessade persécuter lesCor^ deliers, et leur abandonna même une masurevoisine de leur église, pour y faire ajouter la nef qui manr<|uait : cette église fut dédiée deux fois dans le cours du XY^ siècle , comme si la nef et le choeur eussent été deux églises différentes^. -
Tandiis que les Cordeli^s bâtissaient une nou* v^lle dj^meure au milieu de la ville encombrée de ruines, les religieux de St Jean-des^Yignes redoublaient d^ économie pour achever, leur, ^nde ^lisej leur abbé,. Nicolas d'Azy , montrait beaucoup'dç sèle à poursuivre la construction de la nef^ €paà f^ fut dosb et vitrée qu'en 1470:. Une aventure mek^eUleuse, dont Tabbaye fut le théâtre, vers 1420^ laissa lin profond souvenir d'éffrdi dans la commiQxauté. Deux chanoines de St^Jean s'étaient prOB»^ réciproquement^ que le premier qui sortirait de la vie, reviendrait annoncer a son ami comment
' MSS. ^e Berictté et de P. Louis Brayer. Berlette a fait deax donations d*one seule , parcequ'il a tru dans le mot Btfrgenaes (bourgeois) le nom d'un seigneur : au reste, il se contredit lui-même en deux endroits où il rapporte cette donation.
il se. trouvait dans Tautre monde. En effet, huit jours après la mort de Tun d'eux, le survivant étant couché dans le dortoir au-dessus de la porte- du cloître, le défunt loi apparut vers minuit , ' sous la forme d'une coloiine de feu , et ^avertit défaire pé- PHence, parcequ'il était horrible de tomber dans les mains du Dieu vivant. Celui, à qui s'adressait cette allocution prononcée d'une voix menaçante, s'élance hors de son lit et veut s'enfoir , suivi par le spectre qui répétait derrière lui : il est horrible de choir dani les moins du Dieu vif>ant ! Tout-acoup deux démons , jetant des flammes , saisissent le fantôme et remportent par la fenêtre méridionale. Le témoin de cette vision était renversé ta face contre terre. Quand il reprit ses sens , il alla raconter ce qu'il avait cruvoiret entendre à Tabbc, qui fit consigner cette prodigieuse histoire dans les archives de St-Jean des- Vignes , pour la transmettre à la postérité ^. . .
L'Eglise soissonnaise était a cette époque bien déchue de son ancienne splendeur : l'évéqûe , Nicolas Graibert , ne pouvait que former des voeux' inotiks pour son diocèse appauvri de population et dVgènt ; il vivait obscurément retiré dans les places fortes du Mont-Notre*Dame et de Lafère : ce hA dans cette dernière qu^il mourut , en 1423; mais il
' ■ MSS. deMich. Bertin: Chron. oW. S. Joan. ap. Vin. p. 280. Math. Paris, dans le liv. i de «a Grande Histoire , rap* porte presque dans les mêmes termes une anecfdote tonte semblable qui fit beaucoup de bruit en Normandie , de «ou temps; mais Mich. Bertin dit avoir possédé un vieux volume manuscrit de St-Augustin , lequel avait appartenu au chanoine qui prétendit que Fàme du mort lui était apparue.
fitt inhumé dans Tautre ^ à cèle de son prëdécessear. Regnaolt de Fontaines , qui lui succéda , ne parvint a répiscopat que par nomination du pape, Martin V et a cauae de rinfluénce qu^ii avait dans VUoiversité deParis pendant la domination angolaise. Q avait étudié les sciences sacrées au collège de Navarre , et ils^étaitlié d'amitié avec le savant Ni- <;okis de Glémangis , qui le consultait souvent sur des questions théoiogiques : en l'absence de Jean Gerson , qui avait quitté Paris Uvré aux factions, les sceaux de TEglise et de TUniversité lui furent confiés : il en usa sans doute dans l'intérêt des Bourguignons et des A.n(j^is , puisqu'il fut sacré, évéque de Soissons a Paris dans la chapelle du collège deNavarrp , pendant que le duc de Bedford régnait dans la capitale de France , au nom de son neveu , Henri VI^ roi d'Angleterre. Regnault de Fontaines ne mit peut-être jamais les pieds dans son ëvéché , et ne s^en fit guère connaitre que pa^ son testament , dans lequel son bien , divisé en quatre parts, égales, fut légué, comme une aumène , à son successenr , au Cha^ntre de Soissons , 9pji pauvres et à ses parens ; mais il ne s^était pas enrichi au service des Anglais , car la part du- Chapitre ne s^éleva qu^à 250 livres. On ne trouve aucune trace de ses actes épiscopaux et l'on ignore même oii il mourut, le 5 septembre 144I2. Après Ini, le siège de Soissons eut pendant plus de soixante ans un prélat eupable de relever l'éclat de l'Église des Gossdinet des Nivelon de Chérisy : Jean Milet fut élu par le libre suffrage du Qiapitre et non choisi par la faveur d'un pape ; Jean Milet était
31d. HISTOIRE
Parisien de naissance , maïs doyen delà calhëdrale de Soiséons ^. •
Le Saissonnais ëleùt. toojcuirs battu en tous sens par les bandes de pdlkurds qui se renouvelaient sans cesse et tondaient le pays , teUement que les paysans , opprimés , mourant de feim , pousses aa désespoir ^ se levèrent en armes et arborèrent la ciroix de Bourgogne : on les appela les Picards , et les maux qu^ils firent égalèrent ceux dont les Pauphinois et les Anglais avaient à F envi affigé les provinces du nord et de Test de la France; ces Pioa/rds assiégèrent et détruisirent f^ieurs fmrterêsses \ ils ne passaient pas dans une ville sans lapUIer: « vraiment, dit le Bourgeois de Paris danâ wnJûumal contemporain , trois cents Anglais faisaient plus en armes que cinq cents PicardSi et si n^étaxént.nuls plus forts larrons et moqueurs de gens« ji^Soissons, qui était en 1421 occupé par ufie garnison bourguignonne et anglaise , célébraf aiumois de septembre de cette année la , une procession solennelle pmr, la santé d^ roi , pMr la puaios et îês biens de la terre. Les gotwerneurs de la ville , Lévéqu», A^ Pril|et^ et N. de la Motte, suèrent prÛNT les religieux de St^Crépin-^le-Grand, de paraître à: cette papoœssian ayec la chasM des. deux saints leurs patfons^ et derev^airîke dîmandie suivant à la messe danç la cathédrale , o& devaient se jcundre a eux lesmoin^s de Si-Médard apportant leurs nombreuses reliques. L^ abbé de St*Crépm
* Oali, Gkriaf. t. ix. Sisi. Unipeniio/Hs Pari^, t. v, p. 915. Çormay , t. u, p. 410..
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exigea des goaverneurs un ëciit signe dans leqiiel ils dedaraient quQ cette bénévole concespion , faite à leur requête par Tabbaye , ne pourrait avoir a^oune conséquence pour Tavenir. Soisspns resta sous la loi des Bourguignons, jusqu'à la fin de juillet 1429 : Charles VII , que la Pucelle avait promis de faire sacrer a Reims , y entra le 16 juillet et fut sacré avec les cérémonies d'usage ; aprèsi avoir touché les écrouelles à St-Marcoul , il envoya sommer les principales villes voisines de lui ouvrir leurs portes , et il prit possession 9 avec spn armée^ deVailly, de Laon et de Soissons, qui^ saM contredity lui fit pleine ouvertttre etVsiCcvieïûil àgra/nde joie; il passa trois jours dans cette dernière ville 9 où les gens d'église, gouverneurs et habits^ lui offirirent en présent une queue de vin bon siipret ou {bon suret), contenant six septiers et valant 16 livres. 6 sous 8 deniers ; lea gouverneurs Ijui présentèrent, encontre, deux barbea)p;(çst:ce.ua.e aUusion aux armes de Bar, parce que Jeanne de, Bar avait alors le titre et les revenue de çqmt^sse de SoisacttisP)^ lesquels avaient, ditrpn, coûté 3j9 /if^es, (il y à évidemment erreur dans ce prix exorbitant )..et six moutons qui furent achetés 8 livres 8 deniers. Pendant son séjour à Soissom avec son ^r^ mée ou du moins une «lite très nombreuse , Char-r. les VU reçut la soumission d'un grand nombre de villes et de forteresses des environs. IVIais^ dès qup ce prince fût éloigné^ le duc de Bourbon, qu'il avait nommé gouverneur dapays conquis, vit les Anglais regagner rapidement ce qu'ils avaient perdu ; la Pu^' celle revint l'année suivante dans le Valois > pour
320 HlSTÛtKfi
repousse^ T ennemi qui s'y était fortifié, mab le capitaine Picard , (ou picard)^ qui tenait Sôissons pour le roi, lui refusa le passage a travers cette ville, lorsquMle voulut aller reprendre Choisy que le duc de Bourgogne venaitde soumettre en brie fs jours. La Pucdle fut forcée de s' enfermer dans Compiègne, assiégée par Jean de Luxembourg , et ceux qu'elle défendait ta livrèrent dans une sortie^ afin de n'avoir plus d'obstacles à une capitulation. Durant le siège, tant par le capitaine Piùard que pa/r d* autres moyens^ Soissons se rendit a Jean de Luxeihbourg qui en conâa la garde à Guy de Roye. Dans ce temps là, le nom de la rue d^ Chaperons- Rouge» (aujourd'hui da^ Chaperon- Rouge) , était encore l'expression de la sympathie que les couleurs bourguignonnes avaient trouvée à Soissons en même temps qu'à Paris K
Le traité d- Arras , conclu le 22 septembre 1435, entre le roi de France et le duc de Bourgogne , ne changea rien à lasituation de Soissons ; Jean de Luxembourg né voulut point être compris dans le traité de paix, ni abandonner IssAng lau et son premier sermeta. a C'était^ dit Olivier de la Marche, un grand homme de guerre , puissant d'avoir et d^amis, et entrepreneur et des plus renommés chevaliers de son temps ; il avait gens et sôldoyers
• VHistokè chronologique , publiée par Godefroy à la •ttiiederéd.itt-f.dek Chronique de Je%n Chartier, dou» moiUrele» Cojmnline« de la Picardie «'armant contre leur» oDpresueurB.J.^ittBottr^.p. 132. Hist, de SUrep. MW. Môntti^lei, liv.ii.eh. 6fc, 205. MSS. de dôm Grenier : exl» des reir. de rHôtejTde-Yiile rie Soissons. Cerém. franc. 1. 1. p^ 163 et.suiv. CHroniq: de la Pucelte. MSS.- de Berlette. jiisL Cfcrônd^ cil. cî-de»8iw/p. 333.
DB SOISSONS. 32t
duits ii la guerre et nourris de butin ; il étnh porté des Anglais et aime du duc de Bourgogne, et conduisait si hautement ses aïEsdres quHl vécut et mourut en grand bruit et sans foule {veâfotiv). n H avait rendu les comtes de Marie et de Soissoni a sa belle-filté , Jeanne de Bar, en la mariant le 25 juillet 1435 avec son neveu , Louis de Lutem*bourg , comte de St-Pol ; mais H se réservait de lui garder se^grandes ei notabfês seigneurieê , qui rélevaient toutefois du roi de France. II fut fort courroucé , lorsque La Hire, que Charles Vil avait nommé baiHi de Yermandois , prit d'emblée Soissons sur Guy de Roye , en 1437 : celui-ci assembla des troupes par Tordre de son maître , qui avait k cœur de restituer à sa belle- fille <feUe ville et for^ ter esse de Soissons qui^ en la plus 'grande partie i, lui appwrtenait héréditablement ^ et commença de mener forte guerre aux pays du Soissonnads ; La Hire et ses alliés n^ épargnèrent pas lés représailles, i< et '9 par ainsi, tous les pays autour d^eux furent moult travaillés et oppressés tant d'un côté comme d'un autre. » Mais bientôt^ on convint que cette guerre acharnée cesserait ^ur/brmd d'appoint tement , pour donner à Jean de Luxembourg le temps de jurer le ttaifcé d'Arras. Jean de Luxem-boùrg, qui haiadt mortellffment La Hire^ tcmtpour la prise de Soissons que pour autres griefs et domr^ mages qu'il lui avait faits en ses seigneuries ^ se vengea de ce capitaine, en le. faisant prisonnier à Beauvais, pendant qu'il jouait à la paume. Malgré raccommodement de Jean avec le roi de France ,
322 HISTOIHU
SomoM demeura au pouvoir de Charles VU, qui ntira tout4b-fail kat comte& tifeubâres le {poaver* aefiieiit de la vUle et qui 7 étabtit un |;oavenieur ix)yal9 Gérard d'Àthies, remplacé promptement pw R.aoul de Moréuil^ vicomte de Goeavre», l'tm des quaPre vicomteê du SaigsoimaU* Ce fut sans doute 4aos un voyage fait à Soisaons t en juin 1437 , que Charles YII porla le dertiiisr coup à l'autoritë des comteât qui n'aTaieni: conserve que la revenu du ccKDtë : dans ce voyage qui semble avoir eu pour J>ut de prendre possession de la ville , déscMinais tranquille par lassitude^ Pentrée du roi eut lieu le 2 juin avec les fêtes ordinaires, spectacles ^ devises, mufiiqiie et présent; la Commune paya 10 livres 4 #ous, quatre muids de vin clairet présehtësà son hôte auguste^ mais la plus {drfce dépense fut pour lekowt et échaffutds à laportû du Pon^, destinés h jouer perftmnageê et à fiair^ réception duMt seigneur en joyeusetéL CharlesV II visita encoreSoissoiis en I4il, lorsqu'il alla mettre le siège devant Çreil et enlever aux Anglais quelques autres forteresses : il accorda rémission au comte de StrPol 9 mari de la jeune comtesse de Marie et de Soissons., a condition que ce seigneur Im ferait foi et hommage de f eudataire, pour les terres qu'il tenait de la couronne tant dé par lui eomanû deparsafemm^ Le duc d'Orléam avait recouvré sa liberté et rédàmé sa part do comté de Soîssons , qu'il ne dûgnak pourtant pas nommer parmi rénumération de ses biens S
^ M4m, tl*01iv. de la Mar. iiv. >, ch. ft. Uy. 11 Moast. ch. |77»!266, aïO, 218, 260. JKsI. chr^nal., dégà cilée; p. 3A1.
DB S0JSS01fS« 323
SoÎMonft et le diocèse respiraient : les frères de 1431 avaient été célébrées par imé processicm où Ton remarquait un orgueiUeux dé{4oiement de reliques apportées de toutes les églises ; la paix définitive d'Arras amena d^autres actions de grâces un ciiel ; les processions se renouvelèrent aussi pètnpeuies^ lé 12ad&t 1450, en réjouissance de la soumission de Cherbourg , la demièrd ville que les Anglais eussent conservée de leur usurpation en France. L^iinntversaire de ce Te Ihurnse^evp^tna dans TÉglise soissonnaise jusqu^à la; RévoluûoÊàm La pai]^ avait redonné du courage au clei^é pour tehàtir ou réparer ses maisons et ses autels. La cathédrale , commencée depuis quatre siècles , allait 4tre enfin terminée , du moins mise en état d'être livrée au cidte f dans toute son étendue; St^Jeaa'-des-Vignes voyait s'achever la voûte de la tÈeS de sa grande église ^ à laquelle manquaient encore lés deux tours qui avaient été projetées depuis la ' fictedatîon de cet édifice. Ce bit sous ces auspices^ que Févéque Jean Milét fit son eiitrée à Soissons : il avait été sacré a Paris , dans le collège de Navarre, témoin de ses savantes leçon», et TUniversité^ dont il était recteur, approuva son éleva-
MSS.de Cabaret,ext. des Archî v. delà ville. MSS. de dom Grenier, paq[. 28, n*^ i. Âbrég, des Acies de Rytner^ par l'yndai; Voieile paraphé dés èonditions qfie le due d*Or)édné offrait au roi d'Angleterre, en 1^33 : « NauB mettrons entre les mains du roi Uenri^ Orléans, Blois, Châte&uauii , tm f erté- IfiloA et gédéralefttient tontes les tillé#iM HhàMMtt éé ttotre domaine, v Soissons, on plot^it la part du duc d'Orléans dans le comté , était donc de bien peu d importance , puU" ' qtie eet adte n'étfi Ait psi nÉ^iItloa épépialeittènt^.
tîon h répiscopat, quoiquMl fut oppose au parti anglais et bourguignon. Il différa deux ans son ins* tallation au siège diocésain , parce que la ville et rÉglise deSoissons, appauvries par tant de vicissitudes, n^ avaient pas de quoi fournir aux dépenses de Feutrée solennelle; d^ailleurs^ le palais épiscopal avait été à demi détruit en 1414. Quand la catJiedrale eut fait les préparatifii nécessaires, Pévéque entra dans Soissons avec les anciennes cérémonies réglées par le rituel de Nivelon ; il reçut , à cette occasion , les redevances attachées aux fiefs de Tévéché, et ses feudataires jouirent de leurs droits féodaux : le maréchal de révéché , tenant un fief a Cuffies , donné en 1364 par Gérard de Ressigny^ devait avoir, pour camuse de la mtMréchauoie^ le cheval sur qiùoi tnesHre Vévèque vient premier à Scierons à fête et à solennité ; le bouteiller , qui possédait^ en fief de Févéché, des terres a Sept-Monts et des vinages à Noyan^ emportait le premier vaissel avec quoi Févéque boit à sa fête (entrée)^ à la charge de lui servir à boire la première fois à . son dîner, et prenait, à cause de cette charge, la moitié des vins offerts au nouvel é véque, avec les futailles. Louis de Luxembourg, comte deSt-Pol, qui, depuis la mort de son oncle Jean de Luxembourg , avait fixé sa résidence ordinaire à Soissons , figura sans doute en personne parmi les quatre porteurs de Févéque ; cependant ce comte n^était pas plus scrupuleux et fidèle observateur de ses devoirs que de ses promesses , comme il le montra depuis dans les affaires politiques : ainsi , les comtes de Soissons
ne soissoNS. 335
s^etant obligés « aulrcfoiSf ^ offirir tous les ans ^ le jour de la Porificalion, un cierge du poids de vingt" cinq livres , devant la belle image de la sainte Yier* ge f à Tabbaye Notre-Dame , les abbesses avaient pris rbabitude de les retemr a déjeuner après la messe ; mais les comtes abusèrent de cette invita* tioB et amenèrent avec eux une suite si nombreuse que le dqeuner valut deux fois autant que le cierge. Louis de Luxembourg ou ses officiers avaient passé toutes les bornes de la convenance , puisqu^à ToFfrande du cierge de 144^, Tabbaye les congédia sans déjeuner , avec cette allocution prononcée par procnreur : (c Vous , messir es les baillis et officiers du comte de Soissons qui ci êtes, T église de céans n^est aucunement tenue à vous bailler a déjeuner pour quelque chose que vous apportiez et accom-» pagniez le ciéi|pe que le comte de Soissons doit cejourd'bui céans, et, si on a coutume de donnera déje^er, pourtant ne doit y avoir que le vicomte, ses sergens, un bailli et un procureur ^. »
Au moment ou l'abbaye Notre-Dame refusait un déjeuner aux gens du eomte, sans même les inviter à se rafraîchir en se déchargeant de leur ciei^e votif , quoiqu'elle prélevât quatre lete de vin sur chaque muids vendu en détail dans les tavernes de la mairie, Tévéque, JeanMilet, signalait sa générosité en faveur de la cathédrale qu^il avait trouvée à peu près nue, sans vases sacrés et sans orne-
' Hiêi. de St'Crip. MSS. Dorm. t. ii, p. 391 et 393, Ml. MSS. de dora Grenier, paq. 20, n. 4. MSS. de P. L. Braver, ifift. deVmbh. ir.-I>. p. 233etpr.
^00 .nrfr^oinc
mens d'autels La dédicace de cette é^fiiseeiit lieu le^^avrfl 1449 , éeoond dimanolie aprè^ P&qiies , etlé di<M:èse prit part à cette solenmté en y en* voyant «eaafabe&, son dergtf , sa noblesse et .upe iaunenae foule qui Venait £pgnèr .les indulgences^ piXMÏiiaès par Févéque ii ceux qui irisiteniieHt la nDuWte église et y laisseraient, quelqne aoinone* Jei^ Milei; avait miiemeni doté cette église^ qui semblait, au premier coup d^œil , n^avoir essayé aucune perte ; car le chœur était tendu d'une belle tapisserie de soie représentant les actes et le martyre de Stf GeriTMs et St^Protais; . le ifriffbn^ih Moy9€i qui servaient de lutrins» portaient un pré** cieax missel manuscrit et un vohimie xbes évan^piUs couvert en filigrane d^or ; la sacristie ^ lambrissée en bois de chêne sculpté , renfermait quatre chor pelles de satin rouge, blano, vert, ncdr^ avec upe cinquième en drap d'^or ; le grand^autel^ qu'on gé<missait de voîr tout délabré auparavant , ét^ît dé^ coré de cinq figures d'argent doré , pesant ensemr blel40 marcs, de ^n chandeliers de vermeil , d'une graiMle croix dç même n»éfaal , d'un 4?alicQ d^lq^r pesant 7 marcs, et de beaucoup d'wttes fié- ODS d'orfèvrerie; le sanctuaire, naguère vid^ à^ ndicfues, avait maintenant <]uatre châsses d'airgeat; - e.pavé se cachait sous des tapis de laine. Un m^^ pie chanoine , Nicolas Bennessen , s'associa au^ bienfaita de Tévéque en donnant auseû a St-Gervais plusieurs objets utiles au culte , une cloche qu'on nomma Guillaume^ un bénitier d'argent du poids de 13 marcSy etc« : il avait, de plus, fait peindre, au
Ds soissoirs. 327
àeaam du portail, imé scène k U fois terrible et ffro»^ tesqaedtt Jugenent dernier, pour inspirer une ter* tear salulaire aux pécheurs qui Papercerraient & leur encrée dam ^église. Jean Milet se montra moins généreux à Tégurd de Tafabaye St-Mëdard, que les {[«eirres, les sièges et les malheurs du temps atatoit oMnplélemenl ruinée , a^ant qoe les yents ^ la pluie et la grêle , dans ïe cours de 1440, eussent gété les bâtimens du monastère et de ses dépendances : ce dernier sinistre fut si considérable, que k eommunanté , tke trouyfmt pss dam son revenu les moyens de Ssire certaines réparations ur^ gentes et de rendre seulement les lieux habitables^ r^olut de recueiflir les aomdnes de toute la France et dtiargea deux reKgieux de la parcourir en pro^ menant de tiHe en ville les reliques de l^abbaye* Ces rdique^^urent le secret d^Ouvrir les bourses, et la récente fut asses abondante , pour que l'abbé Totilât en obtenir une nouvelle, en 1457, des mêmes itiotife de pieuse émulation : il demanda an roi une sauve-garde pour plmaeuts retigiemc qui rançon^ nèrent les provinces avec mi chariot chargé de reliques, du haut duquel ils exhortaient le peuple h la charité et déployaient les lettres de oréance que Fabbé leur avait données en témoignage de leur mission* Cette seconde tournée rapporta moiiiB que la première: cependant les rdiques furent aeen^ies partout avec empressement , et, si dttes passaient dans un endroit dont Téglise fut en interdit, Finterdit cessait par le fait seul de leur présence jusqu'au moment de leur départ. L^^urgent^
328 HISTOtRB
qae produisit cette qoéte (fënëmle r n^ soRt pas ii prévenir la décadence de Tabbaye , qui maintenaît cependant ses privilèges; car le samedi^ 12 avril 1455, Tévéque ayant voulu se. rendre proeessionrnellement à Sk-Médard avec son peuple y pour y {nrêcher et donner la bénédiolioD, Tabbé ne lui en ac* corda pas la pennission sans Curé toute réserve des knmnnités de son monastère ', - Cette procession de Téve^e prâudait au sy*node provincial qui se tint à SoissonMuinoi9 de juillet de cette année Ih^ et qui futasAezimppftant|H>ur être qualifié de concile. L^archevéque <de Reims , Jean Juvénal des Ursins , adressa» sur la fin de jwo, des lettres d^avisaux prélats/ cdlég^:etGiapitres de scm archevêché, pour leur eojcândre de se réunira lui, dans la ville de Soissons, le vendredi 11 juillet, afin de prendre certaines décisions touchant le fait des genêd\Êglise. Outre Tarchevêque et ses tSttSragans , deux cept dix-huit députés, se trouvèrent à cette assemblée,: qm porta ombrageau Ghapitre, tellement qu'il exigea de Jean Juvénal des Ursins une déclaration constatant que les droits canonicaux seraient a Fabri de toute atteinte» Ce synode ordonna Texécution d^un décret du concile de Baie , relatif à la manière de chanter la messe , et fit plusieurs appoiniemenê et statuts pour imposer un frein à la dissolution des qhanoines qui yivalent publiquement^avec a/ucunes méchdnes (çon-
' MSS. do Cabaret. Dormay» t. ii, p. 4il et su i y. 391. MSS.de dom Grenier, paq. 28, d. 1 : extr. dcCaffiaux. Hist, Vnûf. paris. I. v.
DB SOISSOHS. 92B
cabines) : a Défendons le concubinage et Tadultère ^ selon les tames de l'art. 7 de ces anciens siaiuiê^ afin qae nous, qui. sommes membres de Jésus^rist , ne soyons fidts membr». des paUlai^ des ; Tonlons les hot&ireê et publics (concubinaires) être punis selon le décret depublicis ccncu-biniMriis ; » c^est-i^dure prives de leurs bénéfices et mis à la discrétion de rarchevéque. Ces statuts excitèrent les murmures des gens d'Église qui se sentaient le plus repréhensibles , mais 9 comme ils ne furent pas long-temps observés dans le diocèse, chacun fit làr^essus comme il a/vadt accoutumé auparavant. Cependant , en mémoire de ce concile et des désordres qui Tayaient motivé , on intercala , dans le cantique de Laudes , qui se chantait à r office du samedi , un verset aussi hizcut'e que messiant^ destiné a inspirer aui assistans Thorreur du vice contre nature , que le cantique dépeint en termes assez clairs : de vined Sodomorum. Cette interpolation s'est chantée le plus naïvement du monde jusqu'en 80. Au reste , la licence des chanoines de Soissons était si patente et si effrénée , qu^une ordonnance chapitrale défendait à leurs chambrières de paraître aux processions en robes de pourpre ou d'écarlate comme les autres matrones de la ville. Bien plus, on avait pratiqué, dans la galerie conduisant de la cathédrale a la chapelle du Saint-Sépulcre, une chambre de discipline, dont les fenétresgrillées s'ouvraient à la foissur la chapelle et surFégUse ; c'était la que le chanoine-semainier se relirait pendant la nuit , d'après le règlement ,
330 HiSTOIltE .
qui n'avait pa» bloMna ; d'aalre ooiàifiKnitafire que cette inseripiMn {lladée aiM&essii» 4e k. ppvtes Icellê ehamhre ^9ê pour iêsenumieTf nfin que U n«
Le concile de 14^5' ne parait pris s^èifaer)OCÇB{]la delà tiauderie qui fekait des progrès dans i' Artois^ el qui aTait doimé prétexte .k râ^dslisaeiiuint d'hall iûquisitettr de Jb foi. Ce ne luit {pas un noureau Xxvr bunai , mais bien Cfekn de foficîalite de.Soîssons, qui jugea un 0iMm^rv0t7/0Mr, horrible ei détestable de sorcellerie , adrenu en 1460 dam certoAn TÎOage près de cette ville : le curé de ce village , nonuné Ives Fabius, prétendait aux dîmes de quelques terres et maisons appartenant k Tordre de St-JeanMle-Jém*sadem (peut-être la commandérie de Maupas). Le censier de ces domaines, nommé JeaÂBogier, a^opposa auxprétenEtionsducuré qui en hit débouté par arrêt duparlementetoondamné auxdépens^ Ce curé conçut dès^lors une haine implacable contre le censver qui avait soutenu le procès dans Tintérét de Tordre de St-Jean. Sur ces entrefaites , il apprit qu'une pauvre filandière du Hainaut avait eu avec la femme de Jean Rogier une contestation pécD»niaire au sujet du paiement de sa fU^e; cette fi«leuse était réputée sorcière, usant de frmtivade wt.
. ' Les aatenrs de VArt de Tarif, les Dates expliquent pourquoi le eoncilede Soieeons est renvoyé à i4K6'pirr beaucoup d'historiens ; p. 235, de réd. in-f. Chron. de Math, de GoucT, éd. de Bachon,.ch. 114. Dormay, t. ii , p. 393. Coneil. "de Lâbbe^ t. xm. MSS. de Cabaret et de P. L. Brayor. Les préparatifs do concile sont détaillés dans une longae pièce latine qui se trouve parmi les MSS. de dora Grenier, paq. 20, n. 4.
DK MUSOQIS. 391
Le cwië alla doiic ^tioa v«r et lai denianda iMi moy en de Tcngeaiiee contre le maHutureux Jean Bo]p«r qui ne sedë&ait de neÀ : idora, la Boroière apporta un gremd et gros ûpapaud , laqudh b^penimeuêe ' ellB naurriêêqiêen un potz -^ c< BaplisM ce crapaud, dît«el|e , el donnes Jm tout le fait da samt sacre* ment de baptême , eoninK on fail k nn enfant; après ce , loi baillez U manger d'une hostie sacrée au préaiQa:( corps de iësns-Clirist. » Le cor^ ae^ cepta ee pacte 9 baptisa le crapaud et lui donna la communion : après qucM, la fileuse tua ce reptile, le démembra, y méladeapoisons et prononça dessus des paroles magiques pour faire un êoroenm; (sort) sàitRe eut missionde porter lesorceron sous la table du censier tjui dînait avec sa femme et son fils : tons trois tombèrent malades subitement et mou* rmrent.d^iui mal inconnu. Les soirdisant auteurs de cett€ triple mort ftirent arrêtes, conduits à Soissons et jugés en cour d^Église. La sorcière , c<m>da«inée a|i feu , subit sa peine ; sa fille , qui se disait enceinte dPenfamt , profita de T ajournement de Pan?ét en ce qui la pegardait^ pour s'érader de pri^ son ; matt 9 refwise et renroyée k Soissons , elle fiit transférée k Paris pour y être mise en cause d^ appel: on ne smt ce qu'elle devint. Quant au curé , conduit arec «Ue en la geàle de révêché de Paris, il appela de Févéque au parlement , étouffa Taffaire \ Taide de délais adroitement ménagés , et se fit enfin absoudre pa/r force àio^erit et cPamie , car il était riche et extrait de riches gens *.
'JlfAn. deJ. du Clercq, éd. de Reiffeoberg, \vr. it.
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VBTfftsA 9 qui sàuYàit un instinfàteur' dé sorcellerie ou plutôt d'empoisonnement ^ avait bien evL le pouvoir de rétablir par: degrés la Gonmume de Soissons dans son premier état : les archives de cette GfMEnnmne avaient été brûlées en paortie, dans le^iége de 1414 ; les lieux d'assemblées municipales étaient devenus des propriétés partculièrès ; la coze frérie de F Arbalète réussissait à peine à recruter le nombre démembres nécessaire. La ville , qui se repeuplait et sortait peu a peu de la misère où elle é tait plongée depuis un demi-siècle, s'occupa d'abord de faire confirmer par le nouveau roi Louis XI , qui venait d'être sacré, les privilèges de la Commune et de la prévôté , en relatant les différentes ordon* nances rendues à ce sujet par Gharles-le-Bel et Pbi* lippe de Valois. Le roi 9 par lettres du mois d'^octobre 1461 , déclara qu inclinant à la supplie^'tion et requête des gouverneurs , bourgeois ^ inanans et habitans de la ville et cité de Soissons ^ il entendait que les supplians usassent de leurs privilèges après en avoir justifié, nonobstant opposition j et en. joignait aux conseillers du Parlement, des Comptes et du) Trésor, de faire garder et entretenir sesdits grâce et octroi. A la même époque, Louis XI, qui protégeait les couvens avec plus de zèle que les Communes , confirma les sauve-gardes accordées
ch. 23. Cette anecdote est rapportée en abrégé dans les suites de Monstrelet ; mais on y reconnaît nn copiste maladroit , qui appelle, par exemple, oraisés éToutre^mer les chevaliers de St-Jean de Jérusalem. Le nom du village où se passa ce fait est resté en blanc dans tous les MSS. de du Clercq.
ÛE SOISSONS. 333
par ses prëdëcesseurs aux Gëleslms de ViUeneuTeiès-Soissons 9 en fa/veur et contemplation du service divin qu^ils célébraient chaque jour dans leur église pour la ëanté et prospérité du roi et de sa noble lignée. La Commune soissonnaise ffaisail travailler aux murailles et aux portes de la ville^ pour se mettre à Fabri dW coup de main en cas de guerre : on avait poussé les fortifications avancées à travers le jardin de Fancien couvent des Cordeliers, et, avec les pierres de ce couvent démoli, on reconstruisait la Porte-Neuve, qui perdit alors son nom populaire de Noenfur. Le maçon chargé de ces travaux se nommait Jacquemard Truffin, et, quatre ans après, il eut ordre de jeter un pont dormant sur le fossé, pour remplacer le pont-levis de cette porte. Ce ne fut qu'yen 1479 que la Commune rentra en possession, au moyen d^un rachat, de son hôtel du Change , qui, diminué et mutilé, était alors dans les mains de Blanche d'^Ombes, femme de Pierre Puy, chambellan du< roi : non-seulement elle rétablit le Ueu de ses séances au second étage de cet hôtel qui lui avait coûté 300 livres, et qui n'^en devait plus 30 ni 24 de rente au comte de Soissons ; mais elle fit disposer aurez*de-chausséè une halle qu'ion nomma la GranderBoucherie , et dans laquelle. on vendit la viande, le poisson et le seL Cette halle ne fut bientôt plus assez vaste pour suffire à ces trois sortes de denrées; les salioiers et les poissonniers cpiiUèrent la place et multiplièrent aux environs leurs jp^erre^. et leurs greniers, en sorte, que Fhô* tel du Change se trouva entouré d^ échoppes qui en
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du roi, de France: les Sois^onnais ne se mêlèrent pas k cette guerre qui n'intéressait que des ambitions et des vengeances de cour sons le beau semblant de là défense des intérêts du peuple ; seulement , les garnisons boui^uignonnes de Crépy et de quelques forteresses des marches du comté s^élaient réunies à ceUes des villes du Valois , pour protéger la route de Flandre. Le second comte de Soissons , Charles d'Orléans, mort le 4 janvier 1464 , dans la disgrâce du roi , n^'avait pu se join^ dre à la ligue des princes projetée de son vivant, et son fils , Louis^ âgé de trois ans , resta sous la tutelle de sa mère , Marie de Glèves^ qui ne se dessaisit pas , sa vie durant , du titre de comtesse de Soissons , ni des revenus du comté qu'^elle ton* chait encore en 1487, retirée au château de Lafère. Dès que Louis XI eut conquis la paix par sa politique, plus puissante que ses armes, ils réorganisa les francs-archers et les compagnies de Parc dans les Communes de France : ces francs-^rcherS| au nom* bre de seize mille , en quatre qtuirtiers et ' sous quatre capitaines-généraux, devaient être habillée de jonques (casaque de cuir de cerf rembourrée), salades^ ga/ntelets, èpée , dagtie , voulge (épieu), et entretenus aux frais des paroisses dans chaque Élection où les Élus en fesaient la montre pour vérifier le nombre et la suffisance des hommes toujours prêts à se rendre au ban du roi. Les fraiics-archers du comté de Soissons étaient rangés dans la seconde desdites quatre parties^ laquelle fut confiée à Pierre Aubert, seigneur de la Grange , bailli de
DE SOISSOMS. 337
Mehin ; la partie de ce capitaine se trouvant divisée en quatre sièges, celui duquel dépendait le comté se tenait à Reims, Louis XI n'avait pas mal prévu le moment d'employer ces auxiliaires contre un ennemi qui ne se contentait point d'avoir réduit le roi à s'humilier dans la guerre du bien public j et la nouvelle organisation des francsarchers fut établie si habilement, qu'elle survécut à sa suppression définitive en 1480, les paroisses trouvant leur avantage à pouvoir ei^ tout temps disposer chacune d'un soldat armé : en 1500, les villages de Cutry etLaversine soudoyaient encore^ à frais communs, un franc-archer , comme on l'apprend d'un jugement prononcé cette année là aux assises de Pierrefonds, lequel ordonne restitution d'une arbalète saisie et confisquée chez le nommé Regnault , franc-archer de ces deux villages \
Les Élus, soqs la surveillance desquels se trouvaient les francs-archers des paroisses , existaient depuis que les aides et les gabelles , inventées par le génie financier de Charles-le-Bel , avaient ex^é Pélection de quelques officiers affectés spécialement à Vaeeiette des impots. Ces commissaires , choisis d'abord par les États- Généraux ou Provinciaux furent perpétués ensuite dans leur charge tem-
* Dormay, t. ii, p. 898. De la Mitiee ei jirmeê , par Cl. faachet, Uv. ii. Ifist de la MUice françaiie^ par le père Daniel^ t. i, p. 177 et soiy. MSS. de P. L. Brayer. Additionê aui Chroniqwa de Monstrelet, éd. de Den. Sauvage , in-f. MSS. de Cabaret. HUty du Falots ^ t. ii, p. 621.
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poraire ,, et ne conservèrent de leur élection primitive que te titre d'Élu. Charles YI les érigea en juges royaux de ses finances 9 dans les principales villes du royaume , et Charges VU régla leurs attributions, ressortissant de la Gour-des-Âides. VÉlection de Soissons ne comprenait dans Porigine , comme les autres Élections , que deux Élus , un receveur et un greffier ; mais les édits qui se succédèrent depuis 1451 jusqu^en 1613 9 ne cessèrent d'augmenter la hiérarchie des Elus 9 et de créer de nouveaux offices laissés à la nomination du roi 9 qui les vendait 9 les supprimait et les recréait pour les revendre encore ; cependant un historien soissonnsds (Cabaret) assure que ces offices furent remplis, du moins presque toujours, par des hommes caporblés , intègres et honorables. Le personnel de FÉlection se composait 9 au commencement du XVIP siècle 9 d^un président 9 d^un lieutenant - assesseur 9 dW avocat 9 dW procureur du roi 9 dW controleur, d^fm receveur desamendes9 de deux receveurs, Sfxxxi substitut 9 de six procuremrs postulons et de deux huissiers. On a supposé, avec quelque raison, qu'^avant 1517, les Elus de Soissons occupaient, avec le prévôt royal 9 une maison du domaine, laquelle9 joignant à V HôteUdes^Rais ^ servait de siège à la justice du roi : en 15179 ils obtinrent du corps municipal une salle d^audience au-dessus des prisons royales , dans le nouveau Beffroi , et ils y ouvrirent leurs séances publiques, les jours de marché. Un proverbe 9 répandu en Picardie, appelait les Éhis, les prés du roi qu'il fait faucher deux fois oh€^cun
an ; car, à Taide d^une foule de ruses peu honorableS) la même charge se vendait deux fois en im an ; au reste, la perception des impôts éprouvait moins d'^obstacles dans le Soissonnais qu'^ailleurs , parce que le pays était fertile dans les plus mauvaises ân« nées et que les bonnes produisaient avec tant d?abondance tous les biens de la terre , qu^on n'en trouvait plus le débit dans les marchés : en 1442 9 la récolte de la vigne avait été telle , par exemple, que le bailli de Yermandois défendit, sous peine de confiscation, de décharger, vendre et détailler, k la halle de Soissons, d'^autres vins que ceux prove* nant des vignobles du crû ; lat plupart des vignes du comté n^'avaient pas encore été arrachées pour semer du blé à la place*.
Vers.ee temps-lk, il y eut plusieurs saisons funestes aux vignes, qui furent gelées, et aux blés, qui furent noyés, notamment en 1458 oti chewrent tant de neiges et tant de pluies^ oh le vent fut si /grand et si terrible, que plus grand ne fut onc vu et qu'il abattit an plusiettrs lieua, comme bonnes tilles et villages , maisons et édifices. Uabbaye St-Médard fut considérablement endommagée par ces tempêtes ; mais en 1466 , ce fut St-Crépin4e-Grand qui eut le plus à souffrir des vents , pluies et tonnerres déchaînés surplusieurs provinces et particulièrement sur le Soissonnais, où Touragan^i^ les blés , les vignes et autres fruits, et détruisit plu--
' HSS. de Cabaret. MecueU des ordon. par Fontauon , t. u. p. 950 et fuiy. Ord, des r, de Fr, t. ix. p. 665. MSS. de P.-L. Brayer.
Heun belles maisom^ manoirs, couvertures d'é^ glisesj et fit plusieurs aulires mauiv. A St^Crëpin-le- Grand y les toits furent enlevas , les clochers, renversés ) les charpentes des. combles entraînèrent les voûtes en s'^écroulant, et Féglise ne présenta plus qu^un amas de ruines* La communauté , a Fexemple de St-'Médard , résolut d^emprunter Pappui muet des reliques de St-Crépin et St-Crépinien : ces reliques 9 promenées en pompe dans les villes de la Picardie et de Pilerde-France, arrivèrent à Paris au mois de novembre , lovsqa^unegra/ndefnorialité de.pestilenee/y régnait, au point que le cimetière des Innocens ne pouvnjit contenir tous les morts qu'ion y voiturait des hôpitaux. Les châsses de^deux saints, exposées à Tadoration du public, ne remédièrent pas à Fépidémie, mais rapportèrent aux religieux de quoi recouvrir leur église et rétablir les bâtimens de Tabbay e. St-Crépin-le-6rand avait sou- tenupendant dix-huit ansVcontré le Chapitre de St- Gervais, un procès qui ne fut terininé qu^en 1464 , par une transaction amiable : Forigine de ce prckrès était une querelle entre un moine et le .sous-chantre , qur se crut insidté , et qui poussa ses collègues a demander réparation devant Tofficial ; Tabbé et la communauté récusèrent cette juridiction^ et, condamnés à une amende annuelle de 40 livres de cire , i^pêlèrent de la sentence en cour de Rome. Cette affaire se compliqua d'une discussion sur le rang respectif que Tabbaye et le Chapitre devaient tenir aux processions : le côté droit fut assigné aux chanoines, le gauche, aux religieux , qui se conten-
DB SOISSOMS. 34t
tèrent d^avoir le pas sur ceux des autres monastères. L^véque de Soissons né prit aucune part à cette dispute : il en avait lui-même une plus sérieuse avec Tabbesse de Notre-Dame, Elisabeth d'Escronnes. Cette abbesse réprimanda une de ses nonnes qui avait ajusté sa ooiffïére^ d'une façon trop mondaine: la nonne s'irrita de ces reproches et ne parut pas au chœur ce jour là ; elle fut punie de sa rébellion qui ne fit que s'accroître , tellement que Pabbesse la déclara excommuniée. La religieuse obstinée se plaignit à Pévéquequi accusa Elisabeth d'^Escronnes d'avoir attenté au privilège épiscopal, en excom* munîant de son chef; Tabbesse soutint qa^elle avait usé d'^un droit acquis : de là, sortit un procès qui dura pendant plus de soixante ans, et que Tévéque et Pabbesse léguèrent à leurs successeurs * .
Cependant Louis XI avait déjà trouvé une oc-* casicm de juger Pimportance de la milice des francsarchers : il n^ était pas encore ouvertement en guerre avec le comte de Gharolais qui se voyait sur le point de devenir duc de Bourgogne par la mort de son père 9 Philippe-le-Bon , mais la discorde existait entre eux profonde et irréconciliable. Louis XI cherchait à éluder la cession des villes de la Somme que le traité de St-Maur avait accordées à Charlesle-Téméraire, et conservait , à cause. de ce traité, une^ecrète rancune contre Louis de Luxembourg , comte de St-Pol et de Soissons, qu'ail avait été forcé
' Add^ aus Chr. de Monstrelet. Chron, scandaleuse d^ Louis XI, par J. de Troves. MSS. de Cabaret. Hist. de iV.-D. p. 231 et 235.
de c(yHstituer connétable de.France, en lui baillant répée^ de sa main , publiqitement en son Palais A Part«. Avant d'en venir à une rupture définitive, ilré* solut de secourir ses alliés , les Liégeois ,qui t^^iaient tête auxPourguignons , et^ dans le cours de septembre 1467 9 il fit partir, sous les ordres du comte de Dampmartin et des seigneurs de Salazar, de Courchant et de VignoUes, six mille francs*archersprM et éltisde Champagne y Soissùnnais ^ et autre lietios en V Ile-^e-France; mais il les rappela presque aussitôt pour les diriger sur la Normandie où les Bretons avaient fait irruption : le connétable amena le roi a consentir à une trêve de six mois , dans laquelle ne fut pas compris le pays de Liège. Durant Tiiitervalle de cette trêve, Louis XI convoqiia les États-Généraux à Tours : ils commencèrent k tenir leurs séances le 6 avril 1468 , dans la grande salle de rhdtel archiépiscopal. En cette mémorable assemblée 9 révéque de Soissons était assis 9 au second parquet^ sur le inéme banc que le oonnétable de St-Pol et le chancelier de France ; la ville de Soissons n^occupait que la quarante^inquième place{après Paris^ om bout d^en bas du tiers parqtùetj dans la hiérarchie [des bonnes villes et cités du royaume, et ses députés, tant gens d'église^ bour^ geois, nobles, qvH autres^ participèrent auxdélibéirations relatives surtout aux différends du roi avec son frère, Qiarlès, duc de Guyenne. L'archevêque de Reims , Jean Juvénal des Ursins 9 qui porta la parole , s'éleva contre le luxe eflFréné des nobles : ce Regardons une autre vidange de For de la France^
DB SOISSOMS. 3tô
dit-il ; c^est en draps de soie , en robes gipponëes (formant jupes), en cornettes; les pages mêmes de plusieurs gentilshommes et valets s^enTetent de draps de soie ; et les femmes , Dieu sait comme elles sont parées desdits draps, en robes, cottes simples , et en plusieurs et diverses manières : en ces chôses-ci , Tâme et la substance de la chose publique s^enva et ne revient point , et ne s'étanche point pareillement ce sang en fourrures de diverses pai^ nés précieuses ! » Louis employa Targent que lui accordèrent les États de Tours , à soudoyer des
agens dMntrigue, plutdt que des hommes de guerre; mais Tavantage ne fut pas de son côté, kPéronne, où il se vit prisonnier du duc de Bourgogne et menacé de perdre sa couronne, sinon la vie. Au retour de Texpédition de Liège , où le duc Favadt traîné honteusement, il ne se hâta pas de rentrer a Paris et cacha quelque temps sa confiosion dans les villes du Yermandois. Il s^arréta peu de jours à Soissons , au milieu de décembre , et n'y fit pas autre chose que de confirmer les statuts et ordonnances des tonneliers , & la supplication des maitres-jurés de ce métier. Ces statuts avaient été avisés entre eux , avec Tapprobation du bailli de Vermandois , dès le mois d^août 1406 : les ton* neliers étrangers qui voudraient s'établir k Salissons, n'y pourraient lever méHer , ni tenir ouvroir (hon^ tique) comme mm^ref, sans avoir fait un chef- ^'œuvre^ àla discrétion dee trois égardeur s (gardés^) âus par les maîtres du métier ; ib devaient , en outre, payer, pour leur maiirbe, une livi-e de cire
au luminaire delà confrérie , et vingt sols tournois, dont huit destines à V entretènement de ladite confrérie, et le surplus^ à la dépense de leur bien-venue; les fils des maîtres tonneliers de Soissons seraient reçus maîtres après avoir fait un buhot de queue à Hûs c$rceauœ suffisans (un baquet sans doute) et payé à la confrérie un pain et un lot (4 pintes) de vin; les tonneliers étaient tenus, sous peine d^une amende de vingt sols nérets ^ d^ avoir marques diverses y pour distinguer les queues qui sortiraient de leurs mains; les trois é ff ardeur s y isitersienl une fois par semaine les ateliers et les ouvrages de tonnellerie de la ville et banlieue de Soissons. A la fin de 1469^ la guerre sembla devoir être décisive. Louis XI ne s'y prépara pas seulement avec des processions moult honorables , mais il envoya par terré et par eau gra/nde quantité de belle artillerie au pays 4e Picardie , et il ressaisit les villes de la Somme, concédées naguère au comte de Charolais, alors duc de Bourgogne ; le roi se rendit en personne à Compiè{;ne,.pour activer sous ses yeiix les apprêts de défense, et s'opposer au passage de Tarmée bourgui^pnoQne. Çpissons se mit eQ état d'arrêter Fennemi, ^t, prévoyant un nouveau siège, sacrifia. ^core le^ faubourgs qui s'étaient reformés autour .d<^ ,sç$ : fojrtificatiqns qu'ils commandaient : deux maçons ^Brigard Pjçot et Jean de Bucy, furent chargés d' exécuter cette oeuvre .de d^traction ; niais l' entremise du connétable réussit une féconde fois à retarder, par une nouvelle trêve d'un anr, la lutte armée de deux ad-
versairçs égalemeBtpuissans, maisnon point également impatiens d'en venir aux mains. Le connétable n'était pas inférieur a Louis XI, en politique fourbe et cauteleuse ; il voulmt tenir en crainte le roi et le duc de Bourgogne, et l'un par l'autre ^ en sorte qu'il soufflait toujours entre eux la guerre p^ur l'éteindre ensuite, dès qu'il l'avait allumée. Aussi, le duc connut bien qu'en lui ne trouverait nulle amitié , et conçttt contre lui une merveilleuse haine qui jamais depuis ne lui partit du cœur. Le roi ne lui avait pas encore retiré la confiance dont il semblait l'honorer , mais, au fond, son ressentiment contre cet artisan d'intrigues et de trahisons, ne le cédait pas k celui de Charles4e-Téméraire. La guerre refait vigoureusement , en 1472 : au n^ois de juin , le duc de Bourgogne , avec une armée formidable^ se jetasur la Picardie, que défendûeiiit. les francs-archers, entra par intelligence dans la yijle de Neslequi fut saccagée , et , toiU à cheval^ s'avança jusqu'au milieu de Féglise en laquelle il y avait bien demi-fied de haut de sang; d'autres villes durVenifandoia et du Valois furent prises et impitoyablement ti^itées par les vainqueurs ; mais les Bourguignons y qui marchaient sur Paris , ne se dé* tournèrent pas de leur rpute pour assaillir Soissons ou les attendaient les vieux partisans de Bourgogne. Cette campagne se termina comme les précédentes, par une trêve et abstinence de guerre : toujours avaient de coutume , le roi et le duc , dès que P hiver venait, de faire trêve peut six mois ou pour un an ou plus. Mais ils étaient d'accord secrètement poiir
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haïr le coniiétssible de St-Pol qui voyait bien que sa perte était jurée et qui se tenait sur ses gardes dans les places fortes qu'il avait usurpées ^.
Depuis plusieurs années , Louis de Luxembourg ;s' était dessaisi, en faveur de son fils Pierre , de la jnoitié du comté de Soissons , que lui avait apportée en dot sa première femme 9 Jeanne de Bar: cette comtesse douairière de Marie et de Soissons était morte , en 1462 , laissant quatre fils et plusieurs filles; son fils atné, Jean^ avait pris alors le titre de comte de Marie, et le second, Pierre, celui de comte de Soissons. Pierre de Luxembourg était en possession du comté , en 1469, puisque cette année la son père lui écrivit pour rengager à rendre foi et hommage à Pévêque pour la moitié pwr indinis du comté , ainsi que lui-même le fit quand ledit comté vint de nouveau (nouvellement) entre ses mains. Louis, ducd^Orléans , à qui appartenait l'autre moitié du comté de Soissons, n'en fit aucune mention dans son contrat de mariage avec Jeanne, fille de Louis XI ; seulement, une partie du douaire desa femme était assise sur les terres et seigneuries du duc , qui ne sont point d'apanage. Cependant, Pierre de Luxembourg ne se pressa pas de prêter cet hommage , et , en 1470 , il obtint de l'évéque un délai (souffrance) motivé sur des empéchemens d'affiii-
' jidd. au» Chron, de Monst.Ileoueil des EtaU-Géniraux ^ pab. par Mayer, t. ix. p. 304 etsuiv. Chron, scandai, MSS. lie Berlette. Dorm. t. ii, p. 400. ilf^. de GoiliioeM. BisL de Fr, par H. Martin , t. vni. Ord. des r, de Fr, t. xvii, p. 170 et 17!.
DE sotssotis. 347
res. Le comte Pierre n^faabitait point alors le château deSoissons: il était a la cour de Bourgogne. Enfin Torage ^ amoncelé si long-temps sur la tête du connétable, éolata en 1475 : pendant que le duc Chaiies assiégeait la *ville de Neuss, et que son allié Edouard IV, roi d'Angleterre, passait la mer avec une belle armée pour envahir la France , Louis XI s'empara de toutes les villes occupées par le comte de St-Pol qui s'était enfui en Hainaut , demanda une entrevue, le 15 septembre, au duc de Bourgogne sur le pont de Péquigny, et, ce jour \k même, signa une trêve de neuf ans avec son ennemi qui promit de lui livrer le fugitif et de s'associer à sa vengeance. Deux jours avant la conférence de Péquigny , Louis XI se trouvait k Soissons, où il eapliqua^ parades lettres datées de cette ville » un article du traité qu'il devait signer le surlendemain. D signala son passage à Soissons en accordant aux habitans la permission de lever une taille de 4,000 liv. sur la ville et k quatre lieues à la ronde , scms égard OMX privilèges des exempts, pour les travaux de défense ; mais il ne ferma pas l'oreille aux réclamations de Fabbaye St-Médard, qui fit: valoir avec succès ses exemptions apostoliques ; il écrivit en conséquence, le 8 octobre , à Jean d^Arson (chambellan et capitaine du roi à Soissons ) : u Quant à l'abbé de St-Médard , proche Soissons , je ne veux point qu'il soit taxé aux réparations des fortifications (on avait taxé Tabbé à 300 liv. , et le couvent a 40), pour la révérence et dévotion que nous avons audit St-Médard ; et, pour ce , gardez-vous bien de
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Faire le. cotilraire.» Le coomtable de Sl-Pol fut arrête aamois'de novembre, et envoyé à Paris pour qu^on le mit en jugement. Louis TLl avait juré la Pâque-Dieu quejamaisne cesserait , quil ne l'eût fait mourir. Le connétable fut condamné à mort , comme traître et parjure, après trois semaines de procès, etvdécapité eii place de Grève, le 19 décembre. Dans son testament, il ne fit aucune mention du comté de Soissons ^ transmis auparavant ar son second fils dans le partage de la succession de Jeanne de Bar\
Mais Pierre de Luxembourg avait peut-être pro- Usté trop énergiquement contre la sentence de son père , qu^il essaya d'abord de recommander à la pitié des juges; car, tous les biens du connétable étant confisqués au projet du roi , celui-ci comprit dans la confiscation la part du comté de Soissons , appartenant au fils du mort , et donna cette pai*t , avec le comté de Marie et ses dépendances 9 à Pierre de Rohan, maréchal de France^ connu sous le nom de maréchal de Gié^ et célèbre par sa disgrâce , comparable à celle du comte de St-Pol. Pierre de Luxembourg avait pourtant épousé Marguerite
' ' * Hisi. gén. de la m. de Bar, Dachesne se trompe sans doute en diaant que le fils aine du comle de St-Pol, Jean do Luxembourg, a porté le titre de comte de Soissons, puisque oeffttPièrre qui rendit Itommage du eom^ eh 1469. nequête sur la mouvance du com^^ de Soitsons^ 4a n< ^^^ œuv. de d^Aguesseau , éd. in-4. t. ^1, p. 1^3. i/î«^. gén. de la niais, de Luxembourg^ par Nie. Vigùief, «vec les notes de Duch^sne et àp Pavillom , in-4, p. 737. hecueil des Trailés , rccueillijt par Ch. Bernard, in-f. 1. 1 p. 596 et 620. MSS. de dom Grenier, paq. 20, n° 1. Mém. deComiVics etïespreuv. dansTéd in-^. de Lengl. DuFresnoy.
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de Savoie, sœur de la reine de France. Louis XI enveloppa dans sa vengeance toute la famille du comte de St-Pol : il fit saisir tout ce que possédait lafiUe de ce grand coupable , Marguerite de Luxembourg, abbesse de Notre-Dame, et il Teiila ellemême à Charly, en lui donnant pour suppléante une sœur des eomtes de Mailly et du Lude, laquelle dilapida les revenus du monastère durant sept ans que dura Pabsence de la véritable abbesse. Pierre de Luxembourg était décédé vers 1481 ; sa fille aînée , Marie , avait pour époux son oncle , Jacques de Savoie, comte de Romont, mort avant Tannée 1485, sans autre postérité qu^une fille, Françoise, qui n^eut pas d'enfans de Henri, comte de Nassau. Il est présumable qiie Louis XI , sa colère apaisée , avait retiré des mains du maréchal de Gié le comté de Soissons, pour le restituera Théritière de Pierre d*e Luxembourg , et que cette héritière en jouissait k Tépoque de son second mariage avec François de Bourbon , comte de Vendôme , mariage célébré à Ham en 1487 : François de Bourbon-Yendôme était Van des beatsa et des bons princes du monde ; il^accomplagna Charles Y III \ la con- ' quête de Na^^es 9 et succomba aux fatigues de la retï*aite a Verceil , en recommandant au roi trois choses ^.son dmOy sa femme et ses petits-en fans : il en avait trois, et Paîné, Charles, âgé de six ans à pewe , lui succéda aux comtés de Vendôme et de > Soissons, quoique sa mère touchât les revenus de cette dernière seigneurie, sans en garder le titre. Marie de Luxembourg vécut encore long -temps, si
pieuse et si charitable , qu^on rappelait la mère et la nourrice des pauvres et des gens d'église : elle mourut, en 1547, au château de La Fère oir elle s^était retirée \
Louis XI n^ avait régné que huit ans après la fin tragique du connétable de St-Pol : les reliques de toute la France ;non plus que celles des abbayes de Soissons, n^ eurent le pouvoir de prolonger son existence au de là du 30 août 1483. Son fils , Charles VUIi çïBit mineur en montant sur le trône : les États - Généraux furent assemblés à Tours. Le bailliage du Vermandois y envoya six députés, dont un aumoins était fourni par Soissons, et qui furent classés dans la première des six divisions formées aux États pour abréger la discussion et centraliser les avis. Cette première division 9 nommée la Nation de Paris ^ s'^affligea beaucoup d'^un schisme de la Nation de Bourgogne ,
' Chron, scandai, au 4 déccmb. 1475. Ordon, des r. de Fr. t. xvui^ p. 231. Bist. de Vabh. N.-D, p. 240 et iU, Hiêt. géi^ de la maie, de lAtxemhourg, La resjtitution du comté dé Soissons à Marie de Laxemboarg n'avait pas été faite en itô2, puisque, dans le traité d'Arras de cette année entre Louis XI et Maximilien ( Rec. des TraU. t. i , p. 709 ) il est dit simplement que cette veuve ne retournera en ses biens préseniement , mais pourra poursuivf*s son cas devers le rai^ quand bon lui semblera; Marie de Luxembourg fut réintégrée dans son comté de Soissons avant 1487, puisque le roi Charles VIII , lui ayant rendu toutes les terres qui avaient été confisquées sur son ayenl et sur son père , elle n*eut pas de procâ avec le maréchal de Gié , à qui le comté de Soissons avait été donné , mais bien avee Guy Pot et Charles d'Amboise, qui s'étaidnt partagés le reste des dépouilles du connétable. Dorm. t. ii, p. 407. Hist. du voyage de Nmples, par And. de la Vigne. Hi^i, gén. delà m. de Fr,, par Ste-Marthe.
qui refusait de se taxer de même que les autres naJtwMy et qui consentait seulement à payer au roi la somme qu^^elle payait au duc Philippe-le-Bon , du temps de Charles Vil. Les députés de la Picardie se plaignirent amèrement de ce qu'ion avait séparé de cette province le bailliage de Vermandois et d^autres, poor les réunir à la généralité de Paris ^ en sorte qu'^elle était réduite à cent soixante-dix villages, et ne saurait payer les impots qui Taccablaient déjà sous le dernier règne ; car « plusieurs paroisses qui n^étaient , du temps du feu roi Charles VII ^ ifflposéesqu'^à quarante ou cinquante livres de tailles par an 9 se sont trouvées 9 Pan du trépas du roi dernier) être imposées a mille livres. » En Vermandois ainsi que dans toutes les parties du royaume 9 pour raiion desdites charges ^ sont adventu plusieurs CM pitoyables et douloureux et se sont faites granfi-des pilleries dans la levée des tailles. Cependant les États accordèrent à Charles VIII la somme de 8OO9OOO liv. tournois 9 /}Our une fois ta/nt seulement et sans conséquence , et par numiàre de don et octroi , pour son nouvel et joyeuœ avènement à la couronne de Fra/nce, et powr supporter les frais qu'il convient de faire pour son saint sacre ^ courmnement et entrée de Paris. Sqissons fut repré* sente dans ces cérémonies par ses é^eva comtes , François de Bourboi^-Vendôme et Louis d'^Qrléans S Son évéque , Jean M ilet , n^assista point Tarche- ^éque de Reims , au sacre de Charles VIIL Depuis
' Ree, det Étatê-Ginér,, t. ix et x : journal de Jean Mas- »elin.
son premier différend avec uneâbbesse deSoissons, il montrait en toutes occasions ^a mauvaise volonté à regard de Tabbaye Notre-Dame : En 1488, la vieille abbesse , Marguerite de Luxembourg , que ses infirmités empêchaient de se rendre a un synode assemblé par Tévéque, y envoya trois chanoines de la cathédrale, avec sa procnration; mais Jean Milet n^ excusa pas Tabsence de Marguerite, et prétexta quelques soupçons relatife au genre de vie que menaient les religieuses, pour vouloir faire une visite et une enquête dans Fabbaye. Les portes lui furent fermées , et la communauté protesta toute entière contre cet abus de pouvoir : L'évéque, irrité de cette résistance, excommunia Tabbesse et ses nonains ; celles-ci portèrent plainte en cour de Rome , et le pape , Innocent VIII , déclara que r abbaye Notre-Dame, avec toutes ses jo^rsonnes^ était, par privilège du Saim^iége, exempte de toute juridiction, domination, puissance , Visitation , correction et punition de Tévéque de Soissons. En consécjuence , Jean Milet dut se conformer a la Sentence des commissaires nommés par le pape , qui annulèrent son excommunication et n^ autorisèrent pas son entrée dans Tabbaye. Mais la rancune du prélat subsistait toujours , puisqu'^en 1494 , il refusa de bénir la nouvelle abbesse, Denise Simon , qui avait été élue à la place de Marguerite , et qui fut bénie par Tévéque de Noyon, avec Tassentiment du pape. Jean Milet était pourtant fort jaloux de la prospérité de son diocèse, et il y consacrait non-seulement ses revenus, mais
encore les grands biens qu^il avait amasses , dit-on^ en régissant révêchë de liëge, pendant, la .mino-: rite de l'ëvéque Louis de Bourbon* La cathédrale ne reçut jamais tant de dons de toute espèce , que sous Fépiscopat de ce généreux prélat 9 qui recherchait avec une curieuse prévoyance ^ les moyens d'enridûr son église et de complaire au Chapitre : il ne s'occupa que d'augmenter la pompe du culte , et ses . fondations se bornèrent à des processions^ des messes et des obits ; il supprima une chapelle que Guy de la Chanté avait fondée , en 1300, au carrefour de ce nom, et dans laquelle on disait une messe basse , a six heures du matin , pour les ouvriers ouïes voyageurs, et il transporta les titres, rentes, et obligations de cette chapelle k celle de son hôtel épiscopal. Jean MUet, qui fut si prodigue et si magnifique pour les églises, n'épargnait pas. 1^ aumânes ; et de son temps , un usage singulier mppelfût encore la charité de la primitive communion jDhrétienne : le jour des Rameaux, après la, procession 9 le clergé se rangeait devant le portail de St:Gervais ; un diacre psalmodiait la Passion , du haut de iagaterie extérieure , etrévéque, debout au milieu de la place , avait à sa ceinture plusieurs^ bourses ^ renq[>lies de .; menue monnaie , dans les* quelles les pauvres venaient puiser à discrétion.
Ce fut Jean Milet qui fit la dédicace solennelle de.réglise de SinJean-des-Vignes , le dimanche^ 5 juillet 1478. Ce grand édifice , commencé depuis plus de. deux ^ècles et demi , n'avait été continue que grâce, aux privations que s'^imposaient lescha-^
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nomes viTanl très-sobrement, et au concours volontaire des bénëficiers ruraux qui se taxaient eux-mémes pour payer (es frais énormes de la construction que Fabbé Jean Prévost eut Phonneur de finir. L'architecture de St-Jean était plu^ élancée et plus légère dans la nef que dans le chœur, bâti deux siècles auparavant ; romementation de Tintérieur surpassait encore Télégance et le grandiose du monument : il y avait quantité d'ouvrages de cuivre et de bronze, fondus avec une hardiesse inouïe pour le temps, tels que V aigle de V évangile ^ les colonnes de Tautel, le griffhn on letirier^ le Moyêê^ etc. ; on remarquait surtout le gros chandelier surmonté d'un riche crucifix et soutenu par quatre lions; le maitre-autel était couvert d'ot de ducat et coo:ronné de figurines dorée» de même , avec une grande crosse ^ de cuivré supportant le tabernacle d,'argent. Presque tout le vaisseau, depuis le rez-de*chanssée jusqu'à la vôùte, était peint de couleurs éclatantes, imitant une vaste tenture de drap bleu , écarlate , jaune et vert. L'église fut dédiée en présence d'une foule immense, souii PinvOcation de la Vierge , de St-Jean>Baptiste et de St' Jean l'évangéliste : Jean Milet accorda des indulgences aux fidèles qui visiteraiadt cette église à l'anniversaire de la dédicace. Les de^x tonrs nç furent achevées complètement qu'en 1520, trentedeux ans après que l'âbbé Pierre des Fontaines eût Ordonné deleis élever; il vit bàtii? la plus petite, mais l'autre n'atteignit sa hauteur que sous l'abbé Nicolas Prudhomme ^ qui monta de sa personne au
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sommet de la flèche pour y poser la croix. Ces deux tours, qui présentent de notables différences de détail , avaient été décorées avec autant de soin que le reste de 1^ église ; les statues y étaient répandues k profusion , ainsi que les mascarons €X les sculptures grotesques saillant de tout càtés : qUeir ques-unes de ces statues de rois , de moines, de dames et de chevaliers, qu^on suppose devoir être les bienfaiteurs de Tabbaye , ont le caractère et le sentiment des^<iBuvres de Jean Just et de ces excellens artistes français qui s^étaient formés sous le patronage du cardinal d^ Amboise et qui flimdèrent des écoles également distinguées en Normandie., en t^ampagne et en Bourgogne. La tour de gauche , la phiÈ haute des deux , a 78 mètres (234 pieds) d^élév^alion, et la tot^rde droite , 70 mètres 50 centiiÉnèlres (21 1 pieds) ; la flèche de cette seconde tour, beaucoup plus hardie que la première , puisqu'elle a 25 mètres à partir de sa base , au lieu de 19 mètr&s 50 centimètres qui sont la hauteur de Tautre , n^est pas soutenue comme celle-ci par les arcs-boutans d^une voûte intermédiaire. Le mur de cette majestujeiise flèche n'a pourtant que 65 centimètres d'épaisseur à la partie inférieure et 40 à la supérieure ; mais ^a solidité est telle par le seul artifice de la taille des pierres^ que P enlèvement du plomb qui les unissait^ la. chute du ciment qiû remplissait les interstices, et les assauts des années ^ n'ont p$s ébraiJé celte masse gigantesque qui conserve sa belle teinte jaunâtre , telle qu'eau sortir de la carrière de Presle.
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Jean Milet, r.vers. la fin de sa vie, concentra toute sa générosité sar< Tabbav^ de Longpont : âl tomba malade au retour d'une . visite qvCil était allé faire aux Chartreux d^ Bourg -Fontaine, malgré ses 88 ans ^ ^t, transporté de Longpont a Soissons, il termina sa longue carrière , le 1*^ avril 1502 ,, en distribuant, par égales portioDS, tout ce qu^îl possédait ^ au Chapitre de St-^ervais , aux hôpir taux de son diocèse , aux paiivres et à. ses proches^ Ges legs furent si considérables que les chanoines seuls eurent à separtagerla somme de 7,000 livres. Il fut inhumé sous utiô tombe de cuivre, devant le grand-autel > de- la catiiédrale; son cœur, porté aux Célestins de Paris , y reposa en mémoire de ses bienfaits a ce couvent où son portrait avait été placé dans' la salle capitulaire. Ce fvjb h demiêr.évéque, soissonnais de naissance y choisi par le Chapitre et le peuple ^ èkv Cabaret , le dernier > de ces grands éviques qu aniniaientle zèle de la maison du Seigneur et le zèle patriotiques Après . lui , le siége< de Soissons demeura . vacant durant onze ans, v quoique Claude de Louvain; abbé deBèse , eut été élu à ela majorité des ivoix, et son. élection, confirmée par l'archevêque de Reims , et approuvée ^par le roi : ses concurrens , Guillaume Cornet, archidiacre de Soissons^ etRenard deyaudray,.sur qui étaient tombées un petit nombre de * voix , empêchèrent Tinstailation de révéque en lui faisant un procès que Icsparensetlesamis des parties prirent à cœur, avec tant de chaleur et de passion que la vil}e:.et le diocèse en furent troublés , et que le roi >Louis XII
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dat iatervemr pour foire c«8sep le scandale. Auciui des trois rivaux* ne fatpréfërë : Qaade de LoRvaio passa au siège de Suteron, et le rdi nomma ; de son choix, aSoissonsFoucauld de Bonne val , protonotaire apostolique, dont la famille était en faveur à la cour. Cette nomination royale reçut Tagrément du Chapitre, et le nouvel ëvéque fit son entrée épiscopale, le 1*^ jsmvier 1515, le jour même où la mort de Louis XII lui donnait , dans François I*', un protecteur plus direct et plus libérais
Pendant les règnes de Charles YHI et de Louis XII , Soissons n^avait pas eu- occasion de sortir de son rôle uniquement municipal. A la suite des États del483, la ville fut exemptée et affranchie des impositions qui se prenaient pflr ehacun cm sur lepain et le vin vendus dans Soissons même. £n 1485, quand le duc d^Orléans donna le signal de la guerre civile, en appelant aux armes les seigneurs, mécontens de la régence de madame Anne de'Beaujeu, et en établissant à Nantes le' foyer de sa révolte, le duc de Bourbon fut chargé- de lever lé ban et Farrière-ban , au nom du roi,^ et Guy Pot^ bailli de Yermandois ^ convoquâtes francs-archers du pays : les biens du duc d^Orléan» forent séquestrés , et Marie de Luxembourg , comtesse de Soissons, resta dans le parti de la régente,
^ ' Chr<m- S. Joan.'^.-Kin, HUt, deSt.-J.'des-Vig^ Hist. de JV.-Z)., p.24.3 et 8uiv. avec les pr. MSS. de Cabaret. Dorm., t. II, p. Mi et «niv., W2 et «uiv. MSS. île P.-L. Brayer. Gallia Christiana y t. ix.M. le capitaine du génie Lapisse a bien voulu mesurer devant nous la hauteur des tours de St Jean.