‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 12 sur 57 · LIVRE XI Hi · texte numérisé non relu

LIVRE XI Hi

Si les Girondins, traités de contre-révolutionnaires 479s. dans ces accusations, eurent à se plaindre des attaques de Marat, quelques-uns en éprouvèrent une secrète satisfaction en ce qui concernait Dumouriez. Madame Roland notamment éprouvait pour le général une répulsion presque égale à celle que lui inspirait Danton.

Marat porta ses accusations contre Dumouriez lodignatiun à la tribune de la Convention. Sa présence y souleva les mêmes orages que la première fois qu'il y parut. 11 voulut parler, les murmures couvrirent sa voix. « Je vous demande, président, du silence, s'écria-tril cyniquement. J ai, comme la clique qui m'interrompt, le droit d'être entendu (1). » 11 accusa de trahison le général Ghazot , disant que les quatre déserteurs massacrés par les bataillons Mauconseil et Républicain, étaient des espions français qui étaient de connivence avec le général. Les murmures de l'Assemblée couvrant sa voix : « Je sais, dit-il, qu'il est un certain nombre de membres qui ne me voient qu'avec le dernier déplaisir. — Tous ! tous ! » s'écrièrent encore une fois un grand nombre de députés. L'Assemblée ayant ordonné la lecture du procès-verbal de la municipalité de Rethel, il se trouva que Marat avait dénoncé un fait exact en ce qui concernait la nationalité des quatre prisonniers : ils étaient français.

(4) Séance de la Ck)nvention du 48 octobre 1729.

Mi

Acharnement

de la

Gironde

contre Danton.

iTM. Les dénonciations de Marat ne furent qu'un in-

cident individuel. La haine invétérée des Girondins contre les Montagnards était le seul, le véritable danger de la République. La victoire même ne pouvait conjurer ce péril. Le peuple en gémissait. Les esprits supérieurs des deux partis, les hommes spéciaux et les indépendants comme Garnot, €ambon, déploraient ces divisions et ne se dissimulaient pas qu'elles pouvaient compromettre le salut du pays. Danton surtout en éprouvait un regret profond ; et c'était précisément contre lui que se déchaînait plus particulièrement la fureur des Girondins. Il ne céda qu'une fois d'abord à l'entraînement qui pousse l'homme acculé à prendre à son tour l'oflensive. Ce fut à l'occasion de la proposition de Ducos qui, nonobstant le décret interdisant aux députés de cumuler le titre de représentant du peuple avec une fonction quelconque, demandait que Roland fût invité à rester ministre tout en siégeant à Brusqoe attaque la Couventiou. « Pcrsoune, s'écria Danton, ne rend contr^Roi^d P^^^® dc justicc quc uioi à Roland ; mais je dirai, si vous lui faites une invitation faites-la donc aussi à madame Roland; car tout le monde sait que Roland n'était pas seul dans son département. Moi, j'étais seul dans le mien. » Cette grosse et cruelle vérité causa des murmures dans les rangs des Girondins. Mais Danton élevant la voix : « Puisqu'il s'agit de dire hautement sa pensée, continua-t-il, je rappellerai, moi, qu'il fut un moment où la confiance fut

Page 1