‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 17 sur 57 · LIVRE XU · texte numérisé non relu

LIVRE XU

tranchante et claire fit songer à la hache du bour- 4m. reau. Blâmant les tendances du Comité « Moi je dis, coûtinua-t-il, que le roi doit être jugé en ennemi ; que nous avons moins à le juger qu a le corn* battre, et que n'étant pour rien dansvle contrat qui unit les Français, les formes de sa procédure ne sont pas dans la loi civile, mais dans la loi du droit des gens. Faute de cette distinction, on est tombé dans des formes sans principes, qui conduiraient le roi à l'impunité, fixeraient les yeux trop longtemps sur lui, ou qui laisseraient sur son jugement une tache de sévérité excessive. Je me suis souvent aperçu que de fausses mesures de prudence, des lenteurs, le recueillement étaient souvent ici de véritables imprudences, et, après celle qui recule le moment de nous donner des lois, la plus funeste serait celle qui nous ferait temporiser avec le roi. Un jour, peut^tre, les hommes, aussi éloignés de nos préjugés que nous le sommes de ceux des Vandales, s'étonneront de la barbarie d'un siècle où ce fut quelque chose de religieux que de juger un tyran, où le peuple qui eut un tyran à joger l'éleva au rang de citoyen avant d'examiner ses crimes. On s'étonnera qu'au XYIIP siècle on ait été moins avancé que du temps de César : le tyran fut immolé en plein sénat, sans autres formalités que vingtdeux coups de poignard, sans autres lois que la liberté de Rome. Et aujourd'hui Ton fait avec respect le procès d'un homme assassin d'un peuple,

, 1701. pris en flagrant délit, la main dans le sang, la main dans le crime 1 »

Il parla longtemps ainsi. La Convention écoutait en silence les maximes lugubres qui tombaient une à une de ces lèvres juvéniles. Il y avait de la stupeur dans son attention, car Saint-Just, en ce moment, était un monstre, comme tout ce qui rompt avec les lois de l'harmonie. Son doux visage mentait à son âpre parole et à la roideur de son geste et de son attitude. « On cherche à remuer la pitié, dit-il en terminant, on achètera bientôt dë's larmes comme aux enterrements de Rome. On fera tout pour nous intéresser, pour nous corrompre même. Peuple ! si le roi est absous, souviens-toi que nous ne serons plus dignes de ta confiance, et tu pourras nous accuser de perfidie. »

Répuques de Fauchet répliqua à Saint-Just. A travers les vio- ^*°^^^^ ^' lencés inouïes de son langage, Thumanitése faisait

et Grégoire, jour ct trahissait sa secrète pensée. « Dès que l'ennemi est saisi et mis dans Timpuissance de nuire, disait-il, la nature crie : Arrête-toi ; n'égorge pas ton semblable. > Et plus loin: « Tout homme est corrigible, même les tyrans.... il est douteux que la loi puisse condamner à mort sans outrager la nature... > Ces paroles étaient entremêlées de déclamations contre Louis XVI et prouvaient à quel point l'assemblée était déjà esclave de la terreur puisqu'un sentiment humain avait besoin pour s'exprimer d'emprunter le langage farouche du fa-

natisme et de la fureur. Fauchet fut interrompu, et im. pressé de conclure, il déclara que Louis XYI ne devait pas être mis en jugement (1). Robert parla ensuite, cherchant à prouver que l'inviolabilité cons* titutionnelle ne pouvait être appliquée à Louis XYL La discussion, sur la demande de Barbaroux et de Grégoire, fut ajournée au lundi. Rozet proposa un décret qui eut ajourné jusqu'à la présentation de la Ck)nstitution toute question relative au sort de Louis XYI et de sa famille. Grégoire combattit rinvio]ji,bilité absolue, la considérant comme une monstruosité capable de pousser l'homme à tous les crimes en lui en assurant l'impunité. « Je conclus, dit-il en terminant, à ce que Louis XYI soit mis en jugement. »

Dans la séance suivante, Feraud, au nom du Comité des pétitions et de correspondance, présenta l'analyse des vœux du pays relativement au sort de Louis XYI. Il les classa en quatre catégories. Les deux premières et la quatrième demandaient la mort du roi; la troisième l'incarcération à perpétuité. Ces VŒUX ne représentaient pas, il est vrai, le sentiment général de la France, mais ils étaient l'expression du sentiment d'un grand nombre de communes.

La séance du 20 novembre offrit un intérêt plus saisissant. Roland apporta les papiers trouvés dans l'armoire de fer. 11 avait négligé de faire mettre les

{\) Séance de la Convention, du ^3 novembre 179Î.

et déclamatioDB.

iTvt. scellés sur l'annoire et avait emporté ces papiers dans des serviettes. On le soupçonna plus tard d'avoir fait disparaître plusieurs pièces importantes.

Lettre de Lo 21 , Tbomas Payne adressa à la Convention ime Thomas payne. j^^^ violcutc ct méprisante contre l'inviolabilité royale, et le duc d'Orléans, qui siégeait sous le nom de Philippe Egalité, demandaque sa fille, partie pour des motifs de santé avec la citoyenne Brulart- Sillery, son institutrice, ne fût pas considérée

Violences commo émigréc. Du 20 au 30 novembre les séances de la Convention furent remplies par des discours déclamatoires sur la tyrannie et la férocité des rois. L'incident le plus important de cette période touchait à la question des subsistances. Toutes les causes d'irritation semblaient se réunir pour pousser à Textrême les fureurs révolutionnaires.

Dès que le bruit d'une disette imminente se fut répandu, il engendra les désordres que la crainte de la famine cause invariablement : les accaparements et les violences à main armée. La fraude et la malversation s'introduisirent en outre dans l'administration militaire. Un sieur Vincent, commissaire de l'armée des Alpes, fut traduit à la barre de la Convention. Cette affaire en suscita cent autres de même nature. L'alarme s'accrut rapidement. Les populations firent signer par les conseils municipaux des taxes arbitraires. Trois commissaires, envoyés par la Convention dans le département du Loiret, durent signer la taxe ou périr. Et

Crise des subsisUmoes.

comme la main des prêtres se trouva mêlée aux fu- 1792. nestes intrigues auxquelles donna lieu la crise des subsistances, deux questions capitales revinrent, comme aux grands jours de la Constituante, sur le terrain de la discussion.

En matière de subsistances deux principes se trouvèrent en présence comme au temps de Necker et de Turgot. Les uns voyaient dans la libre cir- Liberté culation des grains, dans ce qu'on nomme aujour- *"^""®"^d'hui la liberté des échanges, le seul remède que la sagesse humaine puisse et soit en droit d'apporter aux crises de subsistances. Roland, la Gironde et la plupart des esprits cultivés dont parlait Garât dépeignant les mœurs de la droite de l'Assemblée, se montrèrent partisans de la liberté du commerce. 11 semble que la science seule ne soit pas tout en matière de principes et que la condition et le tempérament y soient pour quelque chose, tant l'homme laisse à tout ce qu'il touche l'empreinte mobile de son humanité.

La Montagne, au contraire, émit cette doctrine Réglementation. que les aliments indispensables à l'homme revêtent en quelque sorte un caractère sacré, et que trafiquer d'un pareil objet n'est plus spéculer, mais exercer un brigandage. Robespierre, organe de cette doctrine, voulait qu'un système protecteur assurât la circulation, pourvût aux approvisionnements des marchés et réglementât ce service de distribution ; théorie séduisante pour l'esprit, mais qui lutte, il

dissident.

17». faut le reconnaître, contre la nature des choses et dont la pratique, après tant d'essais malheureux, n'est pas encore parvenue à prouver l'excellence. Le Comité chargé d'élaborer la question inclinait vers ces derniers principes. Les moyens qu'il proposa furent, à la surprise générale, combattus par un saiot - just montagnard dissident : Saint-Just . « Je n'aime point, dit-il^ les lois violentes sur le commerce. » Il critiqua le système économique de la France, déclara qu'une loi positive sur les subsistances ne serait jamais sage; mais en même temps qu'il prouvait ainsi que le pouvoir fort, les lois politiques vigoureuses ne sont pas incompatibles avec la liberté de l'industrie et du commerce, il retombait dans ses théories favorites et proposait singulièrement la vertu pour remède aux crises des subsistaaces. Plus sage dans ses critiques, il attribua à l'émission déréglée de l'assignat la valeur excessive des produits, la ruine du commerce, et le retour violent d'un peuple civilisé vers les rudiments de la vie primitive. Nul ne peignit d'une manière plus frappante les maux de la Révolution née de la misère et prête à succomber parla misère. Il jeta à travers son discours de véritables cris de douleur : « 11 y a dans Paris un vautour secret, » s'écria-t-il. Et plus loin : « Personne n'a d'entrailles ; la patrie est pleine de monstres et de scélérats (1). » Saint-Just fut applaudi. 11 plaça la liberté du com-

(i) Séance de la Convention du 29 novembre 4792.

merce sous la sauve-garde du peuple, demanda la vente des biens des émigrés, la fin de l'émission des assignats, le remboursement de la dette, et, chose bizarre, qui prouvait combien la haute intelligence de ce jeune homme à l'âme inégale était pleine d'incohérences, il nia l'une des plus belles idées dont le génie moderne réclame la pratique : la possibilité de représenter la terre par un signe.

Dans la discussion relative au salariat des prêtres que les commissaires de la Convention représentèrent comme instigateurs dans le mouvement qui poussait le peuple à exiger la taxe de tous les objets de consommation, deux opinions se trouvèrent en présence et offrirent la même dissidence parmi les Montagnards. Gambon, avec le génie d'un économiste plutôt que d'un politique, prétendait que les frais d'un culte devaient incomber à ceux qui le pratiquaient. C'était considérer en quelque sorte le *culte comme une consommation. Danton, Robespierre et la plupart des députés de la Montagne s'élevèrent avec énergie contre cette doctrine. Tout en rendant hommage à la philosophie, Danton déclara qu'il regardait comme un crime de lèse-nation l'idée de vouloir ôter à un peuple encore privé de lumières les consolations de la religion. Robespierre parla dans le même sens, ajouta que le- moment de semer de pareils ferments de discorde était au moins inopportun et que le système proposé par le Comité des finances aurait pour résultat de charger le pauvre

Discussion sur le salariat des prêtres.

Opinion de Cambon.

Doctrine

de Danton et de

Robespierre. '

im. des frais du culte par cette raison que le culte était bien moins cher aux classes opulentes, éclairées et corrompues, qu'aux classes illettrées (1 ). En perdant le culte que sa pauvreté ne lui permettrait pas de solder, ce peuple n'aurait plus de compensations à ses misères et perdrait le dernier des biens : l'espérance d'un monde meilleur, c Des lois et des mœurs, dit*-il en terminant l'exposé de sa doctrine dans une lettre à ses commettants, Voilà la plus utile des économies, voilà le seul moym de sauver la patrie. 9

Cependant le parti qui considérait la mort du roi comme une sanction indispensable à l'établissement de la République s'impatientait de ces incidents qui semblaient ajourner le procès de Louis ^YI. La méfiance du peuple fut si habilement exploitée que les faits les plus étrangers à la politique devinrent à ses yeux des manœuvres destinées à sauver Influence le roi ct pcrdrc la Révolution. La Commune de Paris de u^qijmiuiw q^J^ qjj Yg^ VU, pliait quelquefois en apparence Convention, plutôt qu'cu réalité devant la Convention, restait toujours au fond le pouvoir dictatorial de la nuit du 10 août. Dès que la Convention semblait vouloir faire une halte dans cette route sanglante qu'il lui était donné de parcourir, la Commune lui envoyait une députation qui l'adjurait au nom du peuple de marcher en avant.

(4) Séance de U Gonvealion du 30 novembre 1792.

qaefition de 11 mort do

Une de ces députations parut à la barre de TAs* im. semblée dans la séance du soir du 2 décembre. ^^°^«»«

poMàla

« Dépositaires de la vengeance nationale, s'écria le conyention u lugubre orateur de la députation, que tarde donc votre bras? ce bras qui n'attendait que le glaive, roi. aujourd'hui qu*il en est armé serait-il paralysé? » * L'orateur parla quelque temps sur ce ton et ajouta: « Les sections de Paris vous demandent de poser la question comme elle devrait l'être : 1* Louis, cidevant roi des Français, est-il digne de mort? Est* il avantageux à la République de le faire mourir sur l'échafaud; 2^ de décréter quatre séances d'après-midi par semaine pour être spécialement employées à cette cause. » Barère, qui présidait, répondit que l'opinion avait jugé Louis Capet, mais que la Convention ne devait compte du jugement de Louis-le-Traitre qu'à la République entière. Dans la même séance un coup fut porté à la Gironde dans la personne de Roland qu'une députation de la section de la République dénonça pour avoir emporté les papiers de l'armoire de fer.

Dans la séance suivante, Ruhl, au nom de la Commission des Douze, rendit compte de l'examen des papiers trouvés dans l'armoire de fer. Quelques noms, parmi lesquels celui de Barère, s'y trouvaient vaguement compromis. Leur justification fut aisée. L'Assemblée passa presque aussitôt à l'ordre du jour sur cet incident. Barbaroux demanda que Louis XYI fût décrété d'accusation. « Aux voix le

m HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

1793. décret d'accusation ! » s'écria rAsscniblée presque tout entière. Robespierre parut alors à la tribune. Robespierre « L' Assembléc, dit-il, a été entraînée à son insu loin la c^?OTtion ^® ^^ véritable question. 11 n'y a point ici de procès à traiter le roi à faire. Louis u'cst poiut un accusé, vous n'êtes *" ** *' ' point des juges; vous êtes, vous ne pouvez être que des hommes d'Etat et les représentants de la nation. Vous n'avez point une sentence à rendre pour ou contre un homme, mais une mesure de salut public à prendre, un acte de providence nationale à exercer. (On applaudit.) Quel est le parti que la saine politique prescrit pour cimenter la République naissante? c'est de graver profondément dans les cœurs le mépris de la royauté, et de frapper de stupeur tous les partisans du roi. Donc, présenter à l'univers son crime comme un problême, sa cause comme l'objet de la discussion la plus imposante, la plus religieuse, la plus difficile qui puisse occuper les représentants du peuple français, mettre une distance incommensurable entre le seul souvenir de ce qu'il fut et la dignité d'un citoyen , c'est précisément avoir trouvé le secret de le rendre encore dangereux à la liberté. Louis fut roi, et la République est fondée. La question fameuse qui vous occupe est décidée par ces seuls mots : Louis est détrôné par ses crimes ; Louis dénonçait le peuple français comme rebelle ; il a appelé, pour le châtier, les armes des tyrans, ses confrères. La victoire et le peuple ont décidé que lui seul était rebelle.

Louis ne peut donc être jugé, il est déjà condamné ; 1793. il est condamné, ou la République n'est point absoute. (Applaudissements.) Proposer de faire le procès à Louis XVÏ, de quelque manière que ce puisse être, c'est rétrograder vers le despotisme royal et constitutionnel ; c'est une idée contre-ré- * volutionnaire, car c'est mettre la révolution ellemême en litige. »

Robespierre parla longtemps. On l'écoutait, dans un profond silence, développer cette théorie de l'infaillibilité du peuple, dont tant de fois il s'était fait une arme et qui, en ce moment, n'avait plus que l'éloquence de la hache, t Je vous propose, dit-il en terminant, de statuer dès ce moment sur le sort de Louis. Quant à sa femme, vous la renverrez aux tribunaux, ainsi que toutes les personnes prévenues des mêmes attentats. Son fils sera gardé au Temple jusqu'à ce que la paix et la liberté publique soient affermies. Pour Louis, je demande que la Convention nationale le déclare traître à la nation française, criminel envers l'humanité. Je demande qu'à ce titre, il donne un grand exemple au monde, dans le lieu même où sont morts, le 10 août, les généreux martyrs de la liberté, et qu'à cet événement mémorable soit consacré un monument destiné à nourrir dans le cœur des peuples les sentiments de leurs droits et Thorreur des tyrans, et dans celui des tyrans la terreur salutaire de la jus^ tice du peuple... » Nulle agitation ne suivit ces re-

I7M. doutables paroles . Pétion se leva pour en combattre les conclusions. Robespierre insista et l'Assemblée décréta que : « Louis XVi serait jugé par la Convention nationale (1). » La séance suivante ne fut que trouble et confusion. La lecture des pièces trou- ^ vées dans Tarmoire de fer continua le 5. On y trouva les traces des transactions de Mirabeau avec la cour. L* Assemblée décréta que la statue du grand orateur serait voilée jusqu'après le rapport. Aux Jacobins son buste fut brisé . On brisa aussi celui d'Helvetius. L'école sentimentale de Rousseau marquait ainsi sa haine des doctrines sensualistes. Les séances suivantes furent remplies par des querelles, des dénonciations et des justifications qui prouvaient combien les passions personnelles prenaient d'intensité depuis que rien n'en contenait plus l'ardeur. La République existait de nom, mais elle n'était point faite dans les mœurs des français. L'ancien principe d'autorité avait disparu sans que le nouveau fût constitué.

L'incident le plus remarquable de ces tristes débats fut occasionné par un espion de police nommé Viard. Le ministre Lebrun l'avait envoyé en Angleterre. A son retour Viard fit à Chabot des confidences qui incriminaient Roland et Fauchet. L'ex-ca- ' pucin saisit avec passion cet appât tendu à son étourderie. Il dénonça Roland. Viard appelé à la

(1) Séance de la Convention du 3 décembre 479S.

barre de la Convention, ne prouva point ce qu'il itw. avait avancé. Chabot et son ami Bazire devenaient ainsi des calomniateurs. Madame Roland avec la- ^f^àame Roland quelle Viard prétendait avoir eu un entretien, fut jeu"* appelée à l'Assemblée. Elle y fut très-applaudie et conv«ntK>D. saisit habilement cette occasion d'effacer la parole ironique de Danton sur Roland. Elle expliqua que le nommé Viard lui avait demandé un entretien. « Je lui répondis par un billet non signé, dit-elle, que, s'il s'agissait d'affaires publiques, je m'en tenais à mon rôle de femme, et qu'il fallait s'adresser au citoyen Roland. » Viard était venu, lui avait parlé. « Je lui répondis, ajouta-t-elle, que je n'étais qu'à côté des affaires. » Madame Roland ayant achevé ; t Citoyenne, lui dit le président, la Convention nationale, satisfaite des éclaircissements que vous venez de lui donner, vous invite aux honneurs de la séance. » Madame Roland traversa la salle. La droite et presque toute TAssemblée applaudirent. Les tribunes restèrent muettes. « Voyez le silence du public, s'écria Marat; il est plus sage que vous (1 ) ! > Tels furent les infimes incidents qui précédèrent l'événement le plus grave qu'offre peutêtre l'histoire de la France depuis son origine jusqu'à ce jour.

Les Girondins se crurent encore une fois maîtres saccèset basses du terrain. Ils voulaient sauver le roi, mais sur- ^ ^"^^^

^ de la Gironde.

(4) Séance de la Convention nationale du 7 décembre il9t.

nds.

Rapport sur les crimes

imputés à Louis XVI.

tout détruire la Montagne. Un coup de main fut tenté djans la séance du 9. Guadet, l'un des plus brillants orateurs de la Gironde, enleva le vote d'une motion qui sous le spécieux prétexte de mettre un frein aux passions particulières, demandait le rappel par les assemblées primaires dès représentants du peuple qui auraient trabi la patrie. L'Assemblée vota d'enthousiasme cette insidieuse proposition. Mais comprenant sur une observation de Manuel et de Prieur qu'elle portait atteinte à sa propre autorité et livrait à l'idée fédéraliste l'unité de la République, elle rapporta son décret et renvoya la proposition de Guadet au Comité de constitution.

La séance du 1 décembre au soir mit fin à ces luttes stériles et concentra l'attention sur le fait considérable qui préoccupait les esprits. Robert Lindet fît au nom de la Commission des Vingt*et-un la lecture du rapport « sur les crimes imputés à Louis Capet. » Cette lecture se prolongea jusqu'à minuit. On Técouta dans un profond silence. Les trahisons de Louis XYI qui, on l'a vu dans les premiers livres de ces annales, ne furent que la conséquence de sa situation et de l'extrême faiblesse de son caractère, y étaient présentées comme une suite d'attentats ourdis et perpétrés avec une logique rigoureuse. Cette logique était celle de la Providence et non d'un faible esprit en proie aux factions de la cour, du peuple et de l'étranger. Mais une appréciation aussi impartiale de la conduite de

Louis XVI ne devait appartenir qu'à la sérénité de 1799, ' rhistoire. Le rapport en fit un sombre tyran appliqué à détruire l'action de la justice, du progrès et des lois. L'acte énonciatif des crimes imputés au roi fut ensuite présenté à la Convention. La discussion s'engagea sur ce sujet. Manuel y mit fin en faisant observer qu'il était temps de donner des ordres pour amener Louis XYl à la barre, afin qu'avant la fin du jour il pût retourner au Temple.

Depuis quelques jours, les augustes prisonniers Dëuiis pressentaient un grand événement. Quoique rien *"'^*»'^"*« en apparence ne fût changé dans leur vie uniforme, aa captwité la surveillance plus active qui s'exerçait autour **^*Têmp,^" d'eux leur servait d'avertissement. On sait que la famille royale habitait la petite tour du Temple, adossée à la grande tour, et formant un bâtiment ^ de quatre étages. Chacun des étages se composait de deux pièces et d'un cabinet pris dans la tourelle. I^ premier formait anti-chambre, salle à nianger, bibliothèque. La reine et le dauphin occupaient la grande pièce du second; madame Royale et madame Elisabeth, l'autre pièce; le roi habitait le troisième étage; le quatrième était fermé. Le 29 septembre, le roi et sa famille furent transférés dans la grande tour. Le second étage fut réservé à Louis XVI et à Clery , son valet de chambre. La reine, madame Royale, madame Elisabeth et le dauphin habitèrent le troisième.

La wptivité de la famille royale dans la prison

Inquiète

surveillance

de la Commune.

du Temple eut trois phases distinctes. En arrivant des Feuillants au Temple, Tinstallation fut si précipitée que les prisonniers manquèrent des objets les plus indispensables. La reine et les princesses furent réellement réduites à raccommoder leurs vêtements et ceux du roi. Mais peu de jours après, la Commune pourvut abondamment aux besoins de Louis XY I et de sa famille, el ne dépensa pas moins de 64,327 livres pour la table, le linge et les vêtements, pendant environ trois mois. La reine ayant refusé le service des femmes que lui offrait la muni* cipalité, fit elle-même son ménage. Elle pensait avec raison que c'est deux fois souffrir dans sa liberté que de vivre en prison sous des regards ennemis. Quelque adoucissement que l'abondance des choses nécessaires à la vie puisse apporter au régime d'une prison, rien ne peut chasser lamertume de la volonté brisée. L'aspect des barreaux et des surveillants suffit pour courber l'âme du prisonnier sous le poids de la douleur. Tomber du trône dans une prison, c'est mesurer toute l'étendue de l'infortune.

Les commissaires que la Commune, dans son inquiète surveillance, multipliait autour des prisonniers du Temple, étaient, pour la plupart, des hommes ignorants et grossiers. Ils partageaient les préjugés révolutionnaires de leur temps. L'effervescence de la liberté conquise, la passion de la République naissante, la haine qu'ils portaient à i^tte fa-

des prisonniers du Temple.

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