‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 19 sur 57 · LIVRE Xn · texte numérisé non relu

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Le conseil général de la Commune fut renouvelé 479s. le 2 décembre; mais le nouveau maire, Chambon, '^«;;«"^«»«'°««'

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Chaumette , son procureur général, et ses substituts, générai de la Hébert et Real, loin d'adoucir la condition des captifs du Temple, voulurent faire du zèle. Le roi et la reine furent désormais gardés par deux municipaux au lieu d'un.

Le 7 décembre, un arrêté de la Commune ordonna d'enlever au roi les couteaux, rasoirs, ciseaux, canifs et autres instruments tranchants. Le roi s'empressa de vider ses poches, dont il tira des ciseaux et un canif. Une perquisition fut ensuite pratiquée dans l'appartement du roi, dans celui de la reine; un municipal nommé Sermaize ordonna le soir a Clery de reprendre le nécessaire que le roi avait remis dans sa poche. Clery s'y refusa. Sermaize entra alors chez le roi, qui était assis près de la cheminée, et tenait à la main les pincettes. Louis XYI, sur sa demande, lui remit le nécessaire. Le municipal en ôta un tourne-vis, un tirebourre et un briquet. Louis XVI tourna le dos à cet homme, et dit ironiquement : « Ces pincettes ne sont- elles pas aussi un instrument tranchant? » A dîner, les commissaires discutèrent la question de savoir si on laisserait aux prisonniers des couteaux et des fourchettes. Les princesses durent rompre leur fil avec leurs dents ; on leur avait enlevé leurs ciseaux.

Le roi apprit secrètement par Clery qu'il allait

«7w. comparaître devant la Convention pour être jugé par elle, et que, pendant la durée du procès, il serait sans doute séparé de sa famille. Il put ainsi préparer ses forces et son courage pour cette suprême épreuve. Le sentiment religieux lui tenait lieu de force de caractère, et le mettait au-dessus de toutes les infortunes. Avant le point du jour, le 1 1 décembre , Paris fut éveillé par le bruit de la générale. Les prisonniers purent entendre, dans le jardin du Temple, un tumulte d'hommes, de che vaux et de canons. Louis XVI se leva; il feignit, en présence du commissaire qui le surveillait, une surprise qu'il n'éprouvait point. 11 demanda Texplication de ce bruit, on ne lui répondit point. 11 monta déjeuner chez là reine à neuf heures. La présence des municipaux l'empêcha de communiquer Louis XVI ses impressions à sa famille. H descendit au jardin et le Dauphin ^^^^ j^ dauphiu, Qui le pria de iouer au siam avec

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Temple. lui. Lc roi céda aux instances de son fils. Le jeune prince, arrivé au seizième point, perdait toutes ses parties. « Quand j'ai ce point de seize, dit-il avec dépit, je perds. » Le roi soupira et ne répondit point. 11 rentra dans la prison. A onze heures, tandis qu'il donnait une leçon de lecture à son fils , deux commissaires entrèrent; ils déclarèrent qu'ils emmenaient le jeune Louis chez sa mère. Louis XVI embrassa son enfant et demeura longtemps accablé de douleur, la tête dans les mains. Un des commissaires, inquiet de ce long silence, entra, lui

demanda s'il souffrait. D'une voix qui trahissait la «792. désolation de son âme, il se plaignit qu'o^n lui eût enlevé son fils. Le commissaire se retira sans répondre.

A une heure, le maire de Paris, Chambon, Santerre , Chaumette , procureur général de la Commune, Colombeau, secrétaire-greffier, suivis d'un groupe d'officiers municipaux , se rendirent au Temple. Le maire fit à Louis XVI lecture du décret Louisxviest qui le traduisait à la barre de la Convention natio- laconvertirn nale, et comme on le 3ésignait sous le nom de Louis nationale. Capet : « Je ne m'appelle point Louis Capet, répondit-il ; mes ancêtres ont porté ce nom, mais jamais on ne m'a appelé ainsi; au reste, c'est une suite des mauvais traitements que j'éprouve depuis quatre mois par la force. Ce matin on a séparé mon fils de moi ; c'est une jouissance dont on m'a privé ; je vous attendais depuis deux heures (1). » Le maire lui re nouvela l'invitation de descendre. Il s'y décida. Clery lui passa par dessus l'habit une redingole noisette, et lui tendit son chapeau. En voiture il prit place à côté du maire Chambon, et demeura silencieux. Une triste pluie de décembre enveloppait Paris. Louis XVI jeta un regard sur la tour du Temple; une larme lui vint aux yeux. Il regarda avec surprise le nouvel uniforme bleu des soldats delà République. Aux portes Saint-Martin et Saint-

(4) Rapport concernant la translation de Louis Capet.

tOO HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

im Denis, la voiture fut un moment arrêtée. Louis XVI demanda si l'on abattrait ces deux arcs de triomphe. On lui répondit que celui de la porte Saint-Denis, qui est un chef-d'œuvre, serait conservé. Une escorte nombreuse envdoppait la voiture, vers laquelle affluait une foule immense et silencieuse. Selon l'expression du bulletin de la Convention, la première cité du monde ressemblait à une vaste solitude. Quelques voix crièrent pourtant : « Vive la nation! vive la République! • Un homme ayant ajouté : « A la guillotine ! • fut chassé par la foule indignée.

La voiture s'arrêta dans la cour des Feuillants. Les tribunes de la Convention remplies d'une foule nombreuse attendaient impatiemment l'arrivée du uspoMiioDsde roi. Le boucher Legendre demanda qu'aucun sifçne avant l'arrirée d'approbalioD OU d'improbatiou ne se manifestât à du roi. l'entrée du roi. « 41 faut, dit-il, que le silence des tombeaux effraie le coupable. » Manuel ajouta l'insolence à ces lâches paroles, proposant qu'on fît attendre Louis XYI en s'occupant de quelque objet important. On discuta quelques articles sur les exceptions à la loi des émigrés. Le président Barère dit ensuite : « J'avertis l'Assemblée que I^ouis est à la porte des Feuillants. » 11 fit appel à la sagesse et à l'impassibilité de la Convention. « L'Europe vous observe, continua-t-il ; l'histoire recueille vos pensées, vos actions. L'incorruptible postérité vous jugera avec une sévérité inflexible. » 11 fit ensuite

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