‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 20 sur 57 · LIVRE XII SOI · texte numérisé non relu

LIVRE XII SOI

appel au patriotisme des tribunes et leur rappela le itos. retour de Yarennes. Santerre parut alors et dit : < Louis Capet attend vos ordres. »

Un moment après Louis XYl entra. < 11 avait Louisxviàia une longue barbe, il n'avait pas de toilette, » dit le ^ ^yen^Jon. rapport d'un des commissaires préposés à sa garde. Santerre et Witenkof le suivaient ; il était calme. Au milieu du profond silence qui régnait dans l'Assemblée, le président lui dit : « Louis, la nation française vous accuse. L'Assemblée nationale a décrété le 3 décembre que vous seriez jugé par elle ; le 6 décembre elle a décrété que vous seriez traduit à sa barre. On va vous lire l'acte énonciatif des délits qui vous sont imputés. Louis, vous pouvez vous asseoir. » Louis XYi ne répondit rien. Il s'assit et écouta la lecture que fit un secrétaire de Factc énonciatif des faits. L'interrogatoire com- interrogatoire mença ensuite. Louis XYl au lieu de se renfermer dans un dédaigneux silence ou de récuser ses juges comme le fît le fier monarque anglais qui le précéda sur l'échafaud des rois, prit au pied de la lettre le procès qu'on lui intentait. U répondit à chaque question avec une certaine adresse et comme si l'histoire ne lui avait pas enseigné qu'en telle situation il n'y a point de justice, mais seulement des intérêts, des passions, des fatalités. Cette simplicité de Louis XYI émut profondément les âmes sensibles. L'humiliation et la patience de ce souverain, tombé du faîte des graùdeurs humaines, 4oucha le

179-2. cœur de Marat lui-mênie. Louis XVI nia formellement qu*il eût voulu faire couler le sang des Français. Il avoua certains faits, en récusa plusieurs autres, notamment qu'il eût connaissance de Texistence de l'armoire de fer. Entré dans cette voie d'une défense ordinaire, Louis XVI agit et fut iAiiH)i8e traité en particulier plutôt qu'en roi. Habitué de- Ta^teuredT P"*^ ^^^^^ ans à se retrancher dans la lettre de la la Constitution. Coustitutiou , il employa dans sa défense la même tactique. Les Girondins l'avaient eux-mêmes, à une autre époque, rendue impuissante en la dénonçant à la tribune de l'Assemblée. L'un d'eux, Valazé, qui passait les pièces au roi par dessus la barre, se conduisit avec impertinence. La patience et le calme de Louis XVI n'en furent point troublés. Il demanda seulement qu'on lui permît de choisir un conseiL I^ président l'invita à se retirer dans la salle des conférences pendant que l'Assemblée délibérerait sur cette demande.

convei^tion de Daus la sallc dcs conférences, Ijouis XVI, qui etdrchlumetie. lï^ivait ricu pris dcpuis Ic matiu, vit un grenadier qui partageait son pain avec Chaumette. Le roi demanda au procureur-général de la Commune, un morceau de ce pain. « Rompez, répondit Chaumette, c'est un déjeuner de Spartiate; si j'avais une racine je vous en donnerais la moitié. » Le roi mangea la croûte. 11 ne savait que faire de la mie, le substitut Colombeau la lui prit et la jeta. « Ah ! c'est mal, s'écria le roi, de jeter le pain quand il

est si rare. — Comment savez-vous qu'il est rare? 1792. répliqua Ciiaumette. — Parce que celui que je mange sent un peu la terre. — Ma grand'mère, ajouta Chaumette^ me disait toujours : Petit garçon, on ne doit pas perdre une mie de pain , vous ne pourriez pas en faire venir autant. — Monsieur Chaumette, répondit le roi, votre grand'mère était, à ce qu'il me paraît, une femme d'un grand bon sens. » L'ordre de retour au Temple arriva à cinq heures. uetour Quand le roi traversa la cour des Feuillants, des **®^"'**^^

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charbonniers et des forts de la halle vociférèrent le Tempie. refrain : « Qu'un sîing impur abreuve nos sillons. » Chemin faisant, I^ouis XVI parla peu. Chaumette, épuisé de fatigue, s'étant plaint de nausées, le roi lui demanda s'il avait navigué. « J'ai fait la guerre avec Lamotte-Piquet, répondit Chaumette. — C'était un brave homme que Lamotte-Piquet, » dit Louis XVI.

La foule qui passait dans la pluie et les ténèbres coupées de lumières de la nuit tombante, criait : « Vive la République! » Louis XVI, fatigué, paraissait absent et étranger , pour ainsi dire, à cette scène dont il était l'acteur principal. 11 arriva au Temple à six heures; sa première parole fut de demander si on lui refuserait un conseil. « Je ne puis rien préjuger, répondit le commissaire. — Mais monsieur, croyez- vous que je puisse communiquer avec ma famille? — Monsieur, je l'ignore encore. » La reine et les princesses avaient passé

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I7W. la journée dans d'affreuses angoisses. Le Commissaire ayant consulté le Conseil, en rapporta cette triste réponse , que le roi ne communiquerait pas avec sa famille. « C'est cependant bien dur, répondit Louis XYI; mais avec mon fils, mon fils qui n'a que sept ans! — Votre fils compte, répliqua le commissaire. » Marie-Antoinette et les princesses apprirent cette cruelle décision : < Au moins, s'écria la reine, laissez-lui son fils! — L'enfant, répondirent les commissaires , a plus besoin des soins de sa mère que de ceux de son père. » Cependant Louis XVI, chez qui les besoins physiques étaient très impérieux, s'était fait servir à dîner. Les commissaires de la Commune, qui dans leurs tristes investigations ne négligeaient aucun détail, constatèrent que le roi mangea < six côtelettes, un morceau de volaille assez volumineux, des œufs, et qu'il but deux verres de vin blanc , un d' Alicante, et se coucha sur-le-champ (1). »

Louis XVI avait demandé à la Convention de lui accorder un défenseur. Cette demande fut discutée le lendemain. Quelques montagnards étaient d'avis de refuser au prisonnier du Temple ce dernier et fragile moyen de salut. « Les nations étrangères, s'écria Thuriot, pour leur propre liberté, réclament un grand exemple: il faut que le tyran porte sa tête sur Téchafaud. > Un soulèvement d'indignation

(1) Rapport du commissaire Albertier.

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