‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 26 sur 57 · LIVRE XU · texte numérisé non relu

LIVRE XU

taient le plus violemiDent ces passions furieuses. Â 4799. peine eut-on reconduit le roi au Temple que plu- ^.J^^^ ^^ sieurs Montagnards s'écrièrent qu'il fallait séance convention tenante juger Louis XVI. Le breton Lanjuinais pro- ^Z^^ testa énergiquement contre cet oubli des formes et ^e Louis xvi. cette ardeur sauvage. I^ boiicher Legendre, Bazire, Billaud-Varennes , Thuriot, Duhem et quelques autres entrèrent dans un tel état d'exaspération qu'ils se trompèrent sur les intentions de leurs adversaires et se crurent menacés. Un grand nombre de députés avaient quitté leur place et s'étaient précipités au milieu de la salle comme dans une arène. Lanjuinais avait prononcé le mot conspirateurs du 10 août, et cette parole avait, comme un talisman, frappé la Montagne d'un furieux vertige. Les Montagnards prenant leurs bancs pour les Tbermopyles ou pour les défilés de l'Argone, s'écrièrent comme eussent pu le faire des soldats gardant les portes de la patrie : « Nous y mourrons! » La passion remporta sur la tactique. Coutbon, calme spectateur de ces violentes querelles, proposa une motion dans le sens des vœux de la Montagne. 11 fut décidé que la discussion sur le sort de Louis Capet serait immédiatement ouverte, continuée sans désemparer jusqu'à la prononciation du jugement. Lanjuinais, Salles, Pétion protestèrent contre ce décret. Le dernier s'était, au mépris des formes parlementaires, emparé de la tribune. Marat écumait. Plusieurs voix lancèrent comme une flèche cette pa-

479S. rôle mortelle : «Ah! ah! le roi Jérôme Péiion ! » 11 essaya de se tirer de ce mauvais pas au moyen d'un amendement.

saiot-just La discussion continua le lendemain. Saint-Just

^^^^T^roi™^ ' y apporta cette logique rigoureuse et meurtrière sans jugement, qui Caractérisait sa parole. Pour ce jeune et implacable républicain le roi ne devait pas être jugé. C'était un ennemi qu'il fallait abattre sans faiblesse et sans pitié. « Ce n'est pas vous qui accusez, qui jugez Louis, s'écria-t-il, c'est le peuple qui l'accuse et le juge par vous. Vous avez proclamé la loi martiale contre les tyrans du monde, et vous épargneriez le vôtre! Ne fera-t-on jamais la loi que contre les opprimés ! On a parlé de récusation ; et de quel droit le coupable récuserait-il notre justice? Dirat-on qu'en opinant on Ta accusé ? Non , on a délibéré. S'il veut nous récuser, qu'il montre son innocence; l'innocence ne récuse aucun juge. La Révolution ne commence que quand le tyran finit. Vous devez éloigner toute autre considération que celle du bien public ; vous ne devez permettre de récuser personne. Si on récuse ceux qui ont parlé contre le roi, nous récuserons, au nom de la patrie, ceux qui n'ont rien dit pour elle; ayez le courage de dire la vérité ; la vérité brûle dans tous les cœurs comme une lampe dans un tombeau. » Indigné de l'hypocrisie dont tant de régicides enveloppèrent leur implacable résolution, il eut du moins le courage de la sincérité. Le radicalisme de ses doctrines et de

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son caraetère n'admettait pas de capitulations de 1793. conscience. Son orgueil seul les lui eût fait repousser.

Moins politique, moins conséquente avec la ter- u Gironde veut rible logique de la Révolution, la Gironde s'émut. **"''®''

^ ^ ' ^ Louis XVI.

1^ talent est plus accessible à 1 émotion que le caractère. Hommes de sentiment plutôt que de principes, les Girondins suivaient plus qu'ils ne le dirigeaient le mouvement populaire. Le cœur des multitudes battait dans leur propre cœur. Ils avaient de la foule l'inconstance, l'enthousiasme, les violences et les attendrissements. La pitié publique était fortement émue par le spectacle de ce qui se passait au Temple. La grandeur à la fois royale et bourgeoise dont la résignation, la piété, les vertus domestiques de Louis XVI offraient le spectacle, perçait les cœurs. La grande majorité des Français ne voulait pas la mort du roi. Les Girondins comprirent le sentiment public. Ils résolurent d'en appeler à ce sentiment pour sauver le roi. En agissant ainsi ils conciliaient leurs doctrines politiques avec leur humanité, ce fait est d'autant plus remarquable que les Girondins méprisaient et haïssaient Louis XYI qu'ils avaient renversé du trône et fait prisonnier. Quoiqu'ils ne se trompassent point en supposant que la France ne voulait pas la mort du roi , ils n'ignoraient pas cependant que la portion remuante et active des grandes villes, celle qui fait et défait les popularités,

Doctrine

de l'appel au

peuple.

Les rois

abandonnent

Louis XVI.

réclamait la mort de Louis XVI, et qu'à lutter contre ces furieux, il y avait péril et discrédit.

Salles et Roland formulèrent la pensée girondine en réclamant ce qu'on nomma V appel au peuple j(1 ). S' appuyant sur la doctrine de la souveraineté du peuple, ils admettaient que le roi n'était pas inviolable, mais ils soutenaient en même temps que le peuple avait le droit de lui faire grâce et qu'il devait êtrexonsulté sur la nature de la peine qui serait infligée à Louis XVI. Roland avait soulevé la question, Salles la posa en termes clairs et pressants, exprimant le désir que la Convention se bornât à prononcer sur la culpabilité du roi, laissant au peuple le soin de décider si Louis subirait la peine de mort ou serait envoyé en exil à la paix générale. 11 y avait, selon lui, imprudence de la part de la Convention à donner aux rois un prétexte pour faire de Louis XVI un martyr. Absolvant le roi, elle tom* bait dans un autre péril, car l'ayant déclaré coupable, c'était offenser la justice que de l'absoudre, il ajouta avec profondeur que les rois gardaient un silence calculé, et que la mort de Louis XVI était pour eux le meilleur moyen de sauver la Royauté.

Cet abandon du roi était visible. L'Angleterre, Pitt en convint, se souciait peu des destinées des Bourbons. L'Espagne seule fit un effort, offrit l'assurance de sa neutralité, formula avec réserve

(f) Séance de la (invention nationale du 27 décembre 4792.

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