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un simple vœu de famille en faveur d'un parent, im. d'un allié, et quand la Convention, dans son orgueil démocratique, eut repoussé la lecture d'une lettre de l'envoyé d'Espagne, la cour de Madrid essaya encore, au moyen d'un crédit secret de deux millions, d'acheter des voix pour l'appel au peuple. Le moment était favorable. 11 ne manquait pas dans la Convention d'âmes fatiguées qui se disaient intérieurement ce que proclama Rabaut Saint-Etienne : tt Je suis las de ma part de despotisme. » Buzot parla aussi en faveur de l'appel au peuple, avec cette différence qu'il demandait seulement que le peuple fût appelé à sanctionner la peine de mort prononcée par l'Assemblée. Robespierre combattit Discours ces deux doctrines, t Je ne répéterai point, dit-il, qu'il est des formes sacrées qui ne sont pas celles peuple du barreau ; qu'il est des principes indestructibles supérieurs aux rubriques consacrées par l'habitude et les préjugés ; que le véritable jugement d'un roi c'est le mouvement spontané et universel d'un peuple fatigué de la tyrannie, qui brise le spectre entre les mains du tyran qui l'opprime ; que c'est là le plus sûr, le plus équitable et le plus pur de tous les jugements ; je ne répéterai pas que Louis était déjà condamné avant le décret par lequel vous avez prononcé qu'il serait jugé par vous. Je ne veux raisonner ici que dans le système qui a prévalu ; je pourrais même ajouter que je partage avec le plus faible d'entre nous toutes les affections
de Robespierre contre l'appel au
47VS. particulières qui peuvent Tintéresser au sort de l'accusé. Inexorable quand il s'agit de calculer d'une manière abstraite le degré de sévérité que la justice des lois doit déployer contre les ennemis de l'humanité, j'ai senti chanceler dans mon cœur la vertu républicaine en présence du coupable humilié devant la puissance souveraine : la haine des tyrans et l'amour de l'humanité ont une source commune dans le cœur de l'homme juste qui aime son pays. Mais, citoyens, la dernière preuve de dévouement que les représentants du peuple doivent à la patrie, c'est d'immoler ces premiers mouvements de la sensibilité naturelle au salut d'un grand peuple et de rhumanité opprimée ! Citoyens, la sensibilité qui sacrifie l'innocence au crime est une sensibilité cruelle ; la clémence qui compose avec la tyrannie est barbare. »
Robespierre parla longuement au milieu d'un profond silence. Il rappela toutes les circonstances dans lesquelles le sang avait coulé pour Louis XVI . H évoqua le souvenir des massacres du champ de mars. A ceux qu'alarmait par anticipation la conscience de l'histoire, il cita l'exemple de l'Angleterre. Il glorifia le régicide, disant : « L'honneur des nations c'est de foudroyer les tyrans ! » 11 s'attacha ensuite à démontrer les périls qu'entraînerait une longue procédure. « Vous allez, dit-il, convoquer les assemblées primaires pour les occuper chacune séparément de la destinée de leur ci-devant
roi ; c'est-à-dire que vous allez changer toutes les «m assemblées de canton, toutes les sections dessilles, en autant de lices orageuses où Ton combattra pour ou contre la personne de Louis, pour ou contre la royauté ; car il existe bien des gens pour qui il est peu de distance entre le despote et le des-potisme. » Par une série d'arguments du même genre, il montra le paysan quittant sa charrue pour feuilleter le code pénal, le royaliste devant défendre son chef. « Je ne vois, dit-il , dans cet appel au peuple qu'un appel contre ce que le peuple a voulu. »> Plus loin il dit, non sans raison : « Si le peuple avait le temps de s'assembler pour juger dès procès ou pour décider des questions d'Etat, il ne vous eût point confié le soin de ses intérêts. » Selon lui il existait un projet d'avilir la Convention, de la perdre par la calomnie. « Peuple malheureux! s'écria-t-il, tu as trop bien servi la cause de l'humanité pour être innocent au yeux de la tyrannie I » A mesure qu'il parlait sa parole s'échauffait. A travers ce discours amer, d'un patriotisme sombre et tragique qui serrait les cœurs et jetait l'effroi dans les âmes, de grandes lueurs d'éloquence et de rai* son éclataient soudain comme des éclairs dans une nuit orageuse, c Déjà, dit-il, pour éterniser la dis- Robespierre cordé, et pour se rendre maître des délibérations, ^^ ^^^^ ^^ on a imaginé de distinguer l'assemblée en majorité miDontés. et en minorité, nouveau moyen d'outrager et de réduire au silence ceux qu'on désigne sous cette
1799. dernière dénomination. Je ne connais point ici. ni minorité ni majorité : la majorité est celle des bons citoyens ; la majorité n'est point permanente, parce qu'elle n'appartient à aucun parti ; elle se renouvelle à chaque délibération libre, parce qu'elle appartient à la cause publique et à l'éternelle raison; et quand l'Assemblée reconnaît une erreur, comme il arrive quelquefois, la minorité devient la majorité. La volonté générale ne se forme pas dans les conciliabules ténébreux, ni autour des tables ministérielles. La minorité a partout un droit éternel ; c'est celui de faire entendre la voix de la vérité, ou de ce qu'elle regarde comme tel. 1^ vertu fut toujours en minorité sur la terre. »
Ici les applaudissements de l'Assemblée et des tribunes éclatèrent. Le président dut se couvrir pour ramener le silence. Robespierre alors emprunta à la Grèce, à Rome, à l'Angleterre d'illustres et tragiques exemples, citant les noms de Hampden et Sydney périssant sur l'échafaud, de Socrate et de Caton d'Utique. « Ils étaient de la minorité, » dît*il. Salles répliqua peu de chose à ce discours et la discussion ne fut sérieusement continuée que Réplique le 31 décembre. Cette fois Vergniaud se leva. Car sur la tête de Louis XYI, qu'on se disputait comme un enjeu, un combat terrible et sans merci venait de s'engager entre la Montagne et la Gironde. A l'accusation de calomnie Vergniaud répliqua par des paroles éloquentes et cruelles, qui ressem-
ée Vergniaud.
blaient à des dards dirigés contre la poitrine de im. Robespierre. « 11 est des hommes, dit-il, dont, par leur essence, chaque souffle est une imposture, comme il est de la nature du serpent de n'exister que pour la distillation du venin. » Prenant ensuite une à une les accusations de Robespierre : « On nous a accusé, s'écria-t-il. Ah !* si nous avions l'insolent orgueil ou l'hypocrite ambition de nos accusateurs ; si, commeeux, nous aimons à nous targuer du peu de bien que nous avons fait, nous dirions avec quel courage nous avons constamment lutté contre la tyrannie des rois et contre la tyrannie plus dangereuse encore des brigands qui, dans le mois de Septembre, voulurent fonder leur puissance sur les débris du trône »
Avec un tour académique et littéraire,* bien vtergniaud remarquable au milieu d'un pareil débat, la for- leoéfen^urdes mule on nom accuse revenait à chaque période sur majorités. les lèvres éloquentes de Vergniaud. Dans ce discours, d'une hauteur voisine du sublime et rempli d'images admirables, il réfuta avec beaucoup de logique et de passion l'argumentation de Robespierre, faisant justement observer que Cazalès et Maury avaient été de la minorité. « Oui, ils veulent la guerre civile, les hommes qui appellent les poignards contre les réprésentants de la nation et rînsurrection contre les lois; ils veulent la guerre civile, les hommes qui demandent la dissolution du gouvernement, l'anéantissement de la Conven-
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tien ; ils demandent l'anéantissement de la Convention, la dissolution du gouvernement , les hommes qui érigent en principe, non pas ce que personne ne désavoue, que dans une grande assemblée une minorité peut quelquefois rencontrer la vérité et la majorité tomber dans Terreur, mais que c'est à la minorité à se rendre juge des erreurs de la majorité, à légitimer les insurrections contre le vœu de la majorité ; que c'est aux Catilina à régler dans le sénat que la volonté particulière doit être substituée à la volonté générale et la tyrannie à la liberté ; ils veulent la guerre civile, les hommes qui enseignent ces maximes subversives de tout ordre social, dans cette tribune, dans les assemblées populaires, dans les places publiques; ils veulent la guerre civile, les hommes qui accusent la raison d'un feuillantisme perfide, la justice d'une déshonorante pusillanimité, et l'humanité, la sainte humanité , de conspiration , ceux qui proclament traître tout homme qui n'est pas à la hauteur du brigandage et de l'assassinat, ceux qui pervertissent toutes les idées morales, et par des discours artificieux, des flagorneries hypocrites, ne cessent de pousser le peuple aux excès les plus déplorables. » Vergniaud essaya ensuite de prouver qu'il y avait peu de courage à prononcer la mort du roi. Il cita l'exemple du soldat Cimbre qui, venant pour égorger Marins, s'enfuit sans oser le frapper. « Si ce soldat, dit-il, eût été membre d'un sénat,
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doutez-vous qu'il eût hésité à voter la mort du itm. tyran ? » Après avoir fait appel à la pitié, il fit appel à la terreur. Tout eu protestant de son aniour pour la gloire de la France, il fit l'image la plus effrayante des guerres sans merci qu'entraînerait la mort de Louis XVI. « Le corps social, dit-il en terminant, fatigué des assauts que lui livreront au* dehors des ennemis puissants, des secousses convulsives que lui imprimeront les factions intérieures, tombera dans une langueur mortelle. Craignez qu'au milieu de ses triomphes la France ne ressemble à ces monuments fameuK qui dans l'Egypte ont vaincu le temps. L'étranger qui passe s'étonne de leur grandeur; s'il veut y pénétrer, qu'y trouve-t-il ? des cendres inanimées et le silence des tombeaux. »
La discussion continua pendant plusieurs jours, sur les formes du jugement, sur Tinviolabilité. Elle n'apporta pas d'arguments nouveaux. La matière était épuisée. La discussion, comme la vague éter^ nelle, ne faisait plus que rouler sur elle-même. De violentes querelles enflammaient ces luttes oratoires . Les accusations, les calomnies, les injures s'entremêlaient dans un pêle-mêle inextricable, où l'on ne saurait descendre sans perdre les lignes pures et sévères de l'histoire. Les départements prenaient de loin paît à ces fureurs par des adresses terribles qu'elles envoyaient à la Convention. Comme Caton
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im. d'Utique, là CiOnvention dans le délire du patriotisme et de la vertu se déchirait le sein.
Les débats furent clos le 13 janvier. Le lendemain les questions furent posées dans les termes suivants: « Louis est-il coupable? La décision, quelle qu'elle soit, sera*t-elle soumise à la ratification du peuple ? Quelle peine Louis a-t-il encou- Appel nominal. Tuc?» L'appcl nomiual fait par l'un des secrétaires, M. Salles, constata vingt-huit absents dont vingt étaient en mission. Cinq se récusèrent. Trente- trois déclarèrent n'avoir d'autre qualité que celle de législateur et à ce titre répondirent affirmativement. Six cent quatre-vingt-trois répondirent en juges et unanimement : Oui. Le président se leva et dit : « Au nom du peuple français, la Convention nationale déclare Louis Capet coupable de conspiration contre la liberté de la nation et la sûreté générale de l'Etat. » La Gironde se divisa sur la seconde question. Quatre cent vingt-trois voix se déclarèrent contre l'appel au peuple, qui n'obtint que deux cent quatre-vingt-un suffrages. La question décisive fut votée dans la séance du 16.
Séance de Cette séancc dura pendant soixante-douze heures. Elle fut remplie en majeure partie par le vote par tète et à la tribune sur la troisième question, la question de la peine qui serait infligée au roi. Une fatigue immense, fatigue du corps et de l'âme, pesait sur l'Assemblé. Le mélange des mœurs
soixante- douze hein*es.
galantes du siècle et des passions révolutionnaires mr ne fut jamais peut-être plus frappant, aux yeux de l'observateur,, que dans cette séance, où la Convention allait prononcer sur le sort du roi de France. Il y avait à la Montagne, outre de grandes aspirations ambitieuses, de grandes fortunes qui, soit bazard, soit calcul, se réfugiaient au milieu des cbefs du prolétariat. Mercier a laissé, de cette séance, un tableau qu'on pourrait comparer à l'épreuve d'un daguerréotype. Ce témoin rapporte que les tribunes réservées étaient remplies des maîtresses de ces riches Montagnards. La robe et les cheveux ornés de rubans tricolores, elles mangeaient des glaces, des oranges, buvaient des liqueurs, tandis qu'au dessus d'elles, dans les tribunes populaires, le vin et l'eau-de-vîe coulaient à flots. Les huissiers du c6té de la Montagne étaient transformés en ouvreuses de loges. On causait, on chuchotait , on allait saluer les dames. D'autres dormaient sur leur banc attendant que leur tour vînt. D'autres attristés songeaient à l'avenir. On alla chercher un membre malade; il vint en robe de chambre. Ce spectre fit rire. Paris tranquille dormait la nuit, vaquait le jour à ses affaires.
Quand vint le tour de celui qu'on nommait Leduc d'oriéaos Philippe Égalité, il y eut dans la salle un mouvement d'attention. Louis XVI, pour lui, n'était pas seulement un roi , c'était son cousin. « Uniquement occupé de mon devoir, dit le duc d'Orléans d'une voix
vole la mort du roi.
du scrutin.
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1799. calme, convaincu que tous ceux qui ont attenté ou attenteront par la suite à la souveraineté du peuple méritent la mort, je vote pour la mort. » Les spectateurs et la Montagne elle-même, à ces paroles, firent entendre une rumeur. On bua le duc d'Orléans. Clément, on l'eût soupçonné. Mais pourquoi se trouvait-il sur les bancs de cette assemblée où l'on jugeait les rois, et qu'allait-il y faire ? Dépouillement  la fiu de l'appel nominal arriva la lettre du ministre d'Espagne. Danton revenait de mission en Belgique. Il avait voté la mort. 11 voulut parler pendant le dépouillement. Louvet l'interrompit : « Tu n'es pas encore roi, Danton... Quel est donc ce privilège? — Je demande, répliqua Danton, que l'insolent qui dit que je ne suis pas encore roi soit rappelé à l'ordre avec censure. » De telles paroles montraient bien que le sang de Louis XYl n'apaiserait pas les fureurs de ces tribuns irrités. Un grand nombre de membres avaient motivé leur vote par quelque pbrase emphatique et terrible. D'autres, comme Sieyès, ne prononcèrent qu'un mot : la mort. La plupart des chefs de la Gironde , ceux que la postérité contemple aujourd'hui du regard le plus indulgent, Yergniaud, Roland, Pétion,Ducos, etc., de même que Danton , Robespierre et Marat votèrent la mort. L'arrêt de mort tomba aussi des lèvres d'hommes illustres, qu'un caractère vertueux et probe, des mœurs pures et le génie des sciences et des lettres élevait au-dessus des mauvaises pas-