‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 28 sur 57 · LIVRE XIÏ tn · texte numérisé non relu

LIVRE XIÏ tn

sioDs. Ce fait seul suffirait à prouver qu'il y eut dans vm. la condamnation du roi le sentiment de quelque nécessité suprême dont nous ne pouvons nous rendre compte, dépouillés que nous sommes des sentiments qui guidèrent nos pères à travers ces sanglantes étapes de la liberté. Notre cœur proteste contre ce meurtre du plus humain et du plus faible des rois; pourtant, parmi ceux qui le condamnèrent, de quelque parti qu'ils fussent, il est des hommes que nous ne pouvons couvrir du mépris de l'histoire.

La nuit vint, le jour parut, la nuit revint encore, et la lueur des lampes éclaira pour la seconde fois ces visages pâlis de fatigues, altérés par les passions. Les tribunes devinrent plus attentives. Les femmes qui, à chaque vote, piquaient une carte à l'instar des joueurs émérites qui cherchent la loi du hasard, avaient fait leur addition et en attendaient impatiemment la preuve. Le résultat du troi- Résultat sième appel nominal fut proclamé après l'incident ap^iTmiMi. relatif à l'Espagne et quelques débats dénués d'importance. Sur 749 membres dont se composait l'Assemblée, 28 ne participèrent point au vote, 5 s'abstinrent, 1 5 étaient absents par commission, 8 par maladie. Sur les 721 qui restaient, 286 votèrent pour le bannissement après la paix, la détention ou la peine de mort conditionnelle en cas d'envahissement du territoire; 2 pour les fers; 46 pour la mort avec sursis; 26, tout en votant la

1793. mort, demandèrent qu'on discutât si elle serait ou non différée, mais déclarèrent leur vote indépendant de cette motion; 361 Totèrent la mort sans appel, sans condition, sans sursis. La majorité pour la mort n'atteignit que le faible chiffre de 59 voix. Louis XVI Vergniaud présidait. 11 se le\a, et, d'une voix

est ooDdanuié fy^^^ j| articula ces mots : « Je déclare au nom de

à mort. '

la Convention que la peine qu'elle prononce contre Louis Capet est la mort (1). » Les défenseurs du roi parurent à la barre. L'un d'eux, le vénérable Malesherbes, avait le visage inondé de larmes. Deseze parla et lut ime protestation de Louis XVI. Le prisonnier du Temple se déclarait innocent du crime dont on l'accusait ^ et en appelait à la nation elle- Les défenseurs même du jugement de ses représentants. M. Deseze

réclament

rappel de la développa la pensée de l'appel, s'appuyant sur le principe sacré qui veut que tout soit adouci, que tout soit mitigé en faveur de l'accusé. Tronchet prit ensuite la parole et, faisant ressortir ce fait, que le plus grand nombre de ceux qui avaient prononcé la peine terrible de la mort avaient pris pour base le Code pénal , il s'étonna qu'on écartât précisément de cette loi ce (jue Thumanité y introduit en faveur de l'accusé, et qu'on pût condamner I^uis XYI à une aussi faible majorité. Le vieux Malesherbes essaya aussi de parler; il ne put lier ses idées, la douleur en brisait le fil , les larmes arrêtaient aa

(<) 17 janvier 4793.

nation.

voix; il demanda qu'on l'entendit le lendemain. 1793. L'Assemblée demeura un moment silencieuse, courbée sous le poids de ses émotions; mais bientôt la voix de Robespierre s'éleva, froide et désespérante comme l'irréparable. 11 rejeta l'appel au peuple comme un signal de discorde et de trouble dans la République. « Le décret est irrévocable, dit-il ; je demande donc, citoyens, que vous déclariez que l'appel qui vient de vous être signifié doit être rejeté comme contraire aux principes de l'autorité publique. » Merlin (de Douai) combattit, au point de vue de la jurisprudence, l'argument de Tronchet. L'appel fut rejeté. Guadet avait appuyé la demande Rejet de lappei deMalesherbes; cette demande fut écartée par un *"p««p*®ordre du jour. Onze heures du soir mirent fin à cette longue et terrible séance. Paris fut illuminé. Jamais on n'avait plus fréquemment prononcé le mot humanité que dans ces débats sur la mort du roi. Et comme le mot revenait sans cesse, le lendemain, sur les lèvres des régicides, l'un d'eux, Lareveillère-Lepeaux , s'indigna de cette hypocrisie. Il ne restait plus aux hommes qui voulaient sauver la vie du roi qu'un moyen : le surais. Les montagnards les plus ardents exigeaient qu'on statuât sans désemparer. L'Assemblée remit la discussion au lendemain dix-neuf. La Montagne se répandit en injures furieuses et resta dans la salle jusqu'à minuit. Le 19 tout fut fini. La Gironde plia. Quelques-uns, comme Barbaroux, votèrent contre

1793 le sursis, ce qui était voter contre son propre parti. 11 y eut un toile contre le duc d'Orléans, dont Buzot demanda le bannissement, sous prétexte que la Montagne le voulait mettre sur le trône. Le cinquième appel nominal sur cette question : « Y aura-l^il sut*sis à l'exécution qui condamne Louis

Rejet du sursis. Capct ? » douua pour résultat 380 voix contre l'appel et 310 pour. 11 fut décrété que le roi serait exécuté dans les vingt-quatre heures.

Louis XVI et sa famille venaient de passer ces

jours suprêmes dans d'inexprimables anxiétés. Le

Compassion pubUc Ics partageait à un moindre degré, mais sa

du peuple pour préoccupatiou était pourtant si vive, qu'à une représentation de la Chaste Suzanne au Théâtre-Français, un personnage disant aux vieillards : « Comment pouvez -vous être accusateurs et juges tout ensemble ?» Le public y vit une allusion à la situation de Louis XVÏ devant la Convention. Une pitié profonde s'emparait du cœur des femmes, et gagnait peu à peu celui des hommes. Quelque surveillance qu'on exerçât autour de lui, Louis XVI savait que des âmes dévouées songeaient au roi captif, et peutêtre espéra-t-il sa déhvrance. Mais cet espoir dut s'évanouir lorsqu'il apprit, le 14 janvier, par M. de Malesherbes, qu'il allait être mis en jugement le lendemain. M. de Malesherbss avait promis au roi de venir lui rendre compte de l'appel nominal.

La journée s'écoula. Le soir, au lieu de son vénérable défenseur, le roi vit entrer quatre municipaux

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