LIVRE XU
chargés par la Commune de veiller sur lui nuit et 1793. jour. 11 les questionna inutilement. M. de Maies- Entrevue herbes vint peu de temps après. 11 put seulement ^ ^"'^ ^^ dire à Louis XVI que l'appel nominal n'était pas Maie^heibes. terminé. On l'obligea à sortir. 11 revint le 1 7 janvier à neuf heures du matin. Etouffé par les sanglots, ne pouvant parler^ il se jeta aux genoux du roi, qui comprit son silence, ne donna nulle marque de faiblesse. 11 releva le vieillard, le serra dans ses bras et demanda à l'entretenir en particulier dans son cabinet. 11 y resta une heure, et lorsqu'il en sortit, il pria M. de Malesherbes de ne pas l'abandonner dans ses derniers moments. Le roi avait ' tout oublié pour consoler M; de Malesherbes. En se retournant il vit son valet de chambre tremblant et éploré. L'idée de la mort traversant alors sa pensée, il pâlit, et Clery vit blanchir son nez et ses oreilles. Le valet de chambre s'affaissa, mais le roi le soutenant avec force, lui dit : « Allons, plus de courage 1 n Clery se ranima, suivit son maître dans son cabinet, et lui parla de l'espoir d'un sursis. « Je ne cherche aucun espoir^ répondit Louis XYI, mais je suis bien affligé de ce que Monsieur d'Orléans, mon parent, a voté ma mort. » Clery parla de la possibilité d'une émeute. Le roi repoussa cette pensée. « Je ne crains pas la mort, répondit-il, mais je ne puis envisager sans frémir le sort cruel que je vais laisser après moi à ma famille, à la reine, à nos malheureux enfants. »
Uî HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
17». Le 18, M. de Malesherbes ne vint pas. Le roi se
fit donner le Yolume de Thistoire d'Angleterre où se trouve le passage relatif à la mort de Charles P'. 11 relut ce récit terrible, qui tant de fois avait préoccupé sa pensée depuis le commencement de la Révolu* tion. Le lendemain matin, uu municipal, Gobeau, et Mathey, conciei^e de la Tour, vinrent inventorier les effets et papiers du roi. L'entrée de la prison avait été refusée à M. de Malesherbes. Le roi réclama contre cette nouvelle vexation. 11 s^nblait d'ailleurs qu'avec une cruauté calculée on prît plaisir à les multiplier. On retrancha même sur son ordinaire. « Du pain suffit, » dit-il dignement à ceux qui lui avaient annoncé cette nouvelle. La présence perpétuelle de ses gardiens dans un pareil moment l'obsédait; il se contenta d'écrire à la Commune : « Dans la position où je me trouve, il est bien pénible pour moi de ne pouvoir être seul et de ne point avoir la tranquillité nécessaire pour me recueillir. > Gran«ieor de Louis XYI, si inférieur aux circonstances dans lestopriMnë*"' qu^Wes l'avait jeté la Providence, eut, dans la pri- Tempie. SOU du Tcmplc SCS jours d'héroïsme et de réelle grandeur. Son héroïsme fut celui de la résignation ; sa grandeur consista dans la simplicité, dans le pardon des injures, dans la profondeur de sa foi religieuse.
Le 20 janvier, Tentrée de la Tour fut encore refusée au vénérable Malesherbes. Le roi en demandait la causé lorsque la porte s'ouvrit brusquement, et
signifie au roi 800 arrêt de
UVRE XU 233
un groupe d'une quinzaine de personnes parut. 1793. C'était le Conseil exécutif qui venait escorté de Santerre et ayant à sa tête Garât, ministre de la jus- carat tice, signifier à Louis XYI son arrêt de mort. Garât était un sceptique de beaucoup de bon sens, mort. d'esprit et d'humanité. Nul ne détestait plus que lui les horreurs de la Révolution, et n'éprouvait peutêtre une plus profonde compassion pour l'infortuné Louis XYI. Mais quiconque appartenait à la Révolution ne pouvait s'arrêter; il fallait périr ou aller en avant. Garât, le chapeau sur la tête, articula ces mots : « Louis, la Convention nationale a chargé le Conseil exécutif de vous signifier ses décrets des 1 5, 16, 19 et 20 janvier. Le secrétaire du Conseil va vous en faire la lecture. » Grouvelle, d'une voix faible, que l'émotion faisait trembler, lut le décret. Le roi l'écouta dans une attitude pleine de calme et de dignité ; un léger signe d'indignation parut seul sur ses lèvres au mot conspiration; mais à celui de mort y il ne changea point de visage. Il prit le décret des mains de Grouvelle, le plia et le mit dans son portefeuille, dont il tira en même temps une lettre qu'il remit à Garât. « Monsieur le ministre de la justice, dit-il, je vous prie de remettre sur-le-champ cette lettre à la Convention nationale. » Dans cette lettre il demandait l'assistance d'un prêtre de son choix et un sursis de trois jours pour se préparer à paraître devant Dieu ; il exprimait le désir d'être délivré de la présence de ses surveillants, de voir sa
1793. famille sans témoins; il demandait aussi qu'elle fût rendue à la liberté, et il recommandait à la bienfaisance de la nation les personnes qui lui étaient attachées ; il remit à Garât une adresse ainsi conçue : « M. Edgeworth de Firraont, n" 483, rue du Bac. » C'était l'adresse d'un prêtre insermenté dont il souhaitait les secours rdigieux.
Le conseil se retira. Louis XVI voulut être seul. Les officiers municipaux se postèrent dans une salle voisine, le suivant du regard à travers une porte vitrée. Le roi demeura longtemps immobile, plongé dans la méditation. Il se promena ensuite d'un air agité, rentra dans la salle où se trouvaient les commissaires, et remarquant au mur la Déclaration des Droits de l'Homme, il dit à un maçon nommé Mercereau, qui la veille avait présidé le Conseil général : « Si on avait suivi cet article on aurait évité bien des désordres. »' 11 parlait de F article relatif aux peines et à leur application. A dîner on lui refusa un couteau. La Commune ne savait quel genre de persécution imaginer contre le royal prisonnier et croyait sans doute faire preuve de républicanisme en traitant un roi avec plus de rigueur qu'elle n'eût fait s'il se fût agi d'un condamné ordinaire. Garât révint à six heures. H apportait le refus du sursis, l'autorisation pour Louis XVI de faire venir tel prêtre qu'il voudrait^ la faculté de voir sa famille librement et sans lémoins, la promesse de s'occuper du sort de sa fa-
mille et des créanciers de sa maison. Garât était allé lui-même chercher l'abbé Edgeworth de Firmont* On riatroduisit. Le roi fit aussitôt signe aux assistants de se retirer. Il ferma la porte sur eux. Louis XYl et son confesseur se trouvèrent seuls. L'abbé Edgeworth laissa échapper ses larmes et tomba aux genoux du roi qui ne put se défendre d'un mouvement d'émotion et dit, en relevant son confesseur. « La vue d'un sujet fidèle m'attendrit malgré moi. » Il le fit ensuite passer dans un cabinet 011 pour tous meubles se trouvaient un mauvais poêle en faïence , une table et trois chaises de cuir. « C'est donc à présent, monsieur, dit-il, la grande affaire qui doit m'occuper tout entier; hélas! la seule afiTaire importante, car que sont toutes les autres affaires auprès de celle-là? > 11 lut ensuite son testament d'une voix ferme qui ne s'altérait qu'en prononçant les noms qui lui étaient cbers. Il s'enquit de son clergé et de la situation de l'Eglise de France, parla avec intérêt de quelques prélats, notamment de l'archevêque de Paris. La conversation changea et tomba sur le duc d'Or^ léans : « Qu'ai-je donc fait à mon cousin, pour qu'il me poursuive ainsi ?... ma position est triste sans doute, mais le fût-elle encore davantage, je ne voudrais pas changer avec lui. »
Un des commissaires entra et annonça au roi que sa famille allait descendre. Il passa aussitôt dans la salle à manger. La porte s'ouvrit, la reine parut.
Entretien de Louis XVI
avec l'abbë
Edgeworth de
Finnoot.
Dernière
entrevue de
Louis XVI et de
sa Tamille,
1793. mort, demandèrent qu'on discutât si elle serait ou non différée, mais déclarèrent leur vote indépendant de cette motion; 361 votèrent la mort sans appel, sans condition, sans sursis. La majorité pour la mort n'atteignit que le faible chiffre de 59 Toix. Loaisxvi Vergniaud présidait. 11 se leva, et, d'une voix
est condamné ^^^^ jj articula CCS Bfiots ! « Je déclare au nom de
à mort. '
la Convention que la peine qu'elle prononce contre Louis Capet est la mort (1). » Les défenseurs du roi parurent à la barre. L'un d'eux, le vénérable Malesberbes, avait le visage inondé de larmes. Deseze parla et lut ime protestation de Louis XYl. Le prisonnier du Temple se déclarait innocent du crime dont on l'accusait^ et en appelait à la nation elle- Les défenseurs même du jugcment de ses représentants. M. Deseze
réclament j i i
rappel de la dévcloppa la pensée de l'appel, s appuyant sur le nation. principe sacré qui veut que tout soit adouci, que tout soit mitigé en faveur de l'accusé. Tronchet prit ensuite la parole et, faisant ressortir ce fait, que le plus grand nombre de ceux qui avaient prononcé la peine terrible de la mort avaient pris pour base le Code pénal , il s'étonna qu'on écartât précisément de cette loi ce que l'humanité y introduit en faveur de l'accusé, et qu'on pût condamner I^uis XVI à une aussi faible majorité. Le vieux Malesberbes essaya aussi de parler; il ne put lier ses idées, la douleur en brisait le fil , les larmes arrêtaient sa
(<) 17 janvier 4793.
voix ; il demanda qu'on l'entendît le lendemain. 1793. L'Assemblée demeura un moment silencieuse, courbée sous le poids de ses émotions ; mais bientôt la voix de Robespierre s'éleva, froide et désespérante comme l'irréparable. Il rejeta l'appel au peuple comme un signal de discorde et de trouble dans la République. « Le décret est irrévocable, dit-il ; je demande donc, citoyens, que vous déclariez que l'appel qui vient de vous être signifié doit être rejeté comme contraire aux principes de l'autorité publique. » Merlin (de Douai) combattit, au point de vue de la jurisprudence, l'argument de Tronchet. L'appel fut rejeté. Guadet avait appuyé la demande Rejet de rappel deMalesherbes; cette demande fut écartée par un *"p®"p*®ordre du jour. Onze heures du soir mirent fin à cette longue et terrible séance. Paris fut illuminé. Jamais on n'avait plus fréquemment prononcé le mot humanité que dans ces débats sur la mort du roi. Et comme le mot revenait sans cesse, le lendemain, sur les lèvres des régicides, l'un d'eux, Lareveillère-Lepeaux , s'indigna de cette hypocrisie. Il ne restait plus aux hommes qui voulaient sauver la vie du roi qu'un moyen : le sursis. Les montagnards les plus ardents exigeaient qu'on statuât sans désemparer. L'Assemblée remit la discussion au lendemain dix-neuf. La Montagne se répandit en injures furieuses et resta dans la salle jusqu'à minuit. Le 19 tout fut fini. La Gironde plia. Quelques-uns, comme Barbaroux, votèrent contre
it»3. la reine ajoutant : « Dites à la reine, à mes chers enfants, à ma sœur, que je leur avais promis de les voir ce matin, mais que j'ai voulu leur épargner la douleur d'une séparation si cruelle. Combien il m'en coûte de partir sans recevoir leurs derniers embrassements. Ce serait leur donner le coup de la mort. »
Le rappel battait pendant ce temps. On entendit de la prison du Temple un grand bruit d'hommes, de chevaux, de canons. M. de Firmont tressaillit. Le roi écouta et dit : « Il y a apparence qu'ils approchent. » On fit plusieurs allées et venues dans ' l'appartement du roi. Les gaixiiens, craignant qu'il ne se tuât, venaient à chaque instant frapper à la porte du cabinet. Tout à coup le bruit augmente, la porte s'ouvre pour la dernière fois et San terre paraît escorté par deux ex-prêtres, commissaii*es de la Commune. Le roi se rejeta dans le cabinet, ferma la porte, tomba aux genoux de son confesseur en s'écriant : « Monsieur, tout est consommé, donnezmoi votre bénédiction. » S'avançant ensuite vers Santerre et sa troupe, il pria Jacques Roux, l'un des commissaires, en lui présentant son testament^ de le remettre au Conseil général de la Commune. « Je ne suis ici, répliqua le misérable, que pour vous conduire à l'échafaud. — C'est juste, répondit le roi. » Tous avaient le chapeau sur la tête, Louis XVI demanda le sien, recommanda son valet de cham*
UVRE XII t39
bre à la Commune et dit d'un ton ferme : « Mar- 1793. chons. »
La troupe se mit en marche* En traversant la Le roi marche à première cour le roi se retourna plusieurs fois vers '* ^^' la Tour où il laissait sa femme, ses enfants et sa sœur. Dans la seconde cour stationnait une voiture verte. Louis XYI y monta. Son confesseur s'assit à côté de lui. En face se placèrent deux gendarmes. La voiture roula bientôt pas à pas entre une mul- Aspect de pans titude d'hommes armés, de cavaliers et de canons * ^""^^ qui étincelaient dans le brouillard. Nul ne parut aux portes et aux fenêtres pendant cette marche au supplice qui dura deux heures. La circulation des voitures était interdite. On ne voyait dans les rues que des gens armés. Cette foule était silencieuse. Au sortir du Temple quelques rares voix de femmes crièrent : « Grâce 1 » Aucun autre manifestation ne se produisit. La Commune avait pris les précautions les plus minutieuses. Elle savait que cinq cents royalistes avaient résolu d'enlever le roi. Des brochures clandestines avaient été répandues. On y faisait appel au cœur des femmes. La veille un re* présentant de la Montagne , Lepelletier de Saint- Fargeau, s'était vu aborder brusquement chez un restaurateur du Palais-Royal par un ancien garde du corps. « Avez-vous voté la mort du roi? lui dit cet homme. — Oui, répondit Saint-Fargeau. — Eli bien meurs, scélérat 1 » s'était écrié l'ancien garde du corps en lui plongeant son épée dans les
47M. entrailles. L'inquiétude du Conseil général était basée sur ces incidents. Toutes les six minutes des hocquetons quittaient le cortège et couraient à bride abattue annoncer au Conseil ce qui se passait.
Louis XVI et son confesseur lisaient dans un bréviaire les prières des agonisants. Toute espérance ne les avait pas abandonnés. M. Edgeworth de Firmont, averti la veille par deux chefs ducomplot^ s'attendait à chaque instant à voir paraître les libérateurs du roi. Mais tout à coup la voiture cessa ixmisxviau ^c roulcr. Elle était arrêtée au pied de Téchafaud
p*®** sur la place de la Révolution. « Nous voilà arrivés,
de l'échafaud. ' , '
si je ne me trompe, » dit Louis XVI en levant la tète. Il recommanda son confesseur au bourreau qui vint à là portière , parlant en maître d'ailleurs, non en condamné. 11 descendit ensuite d'un air déterminé de la voiture dans un espace entouré de canons qu'on avait laissé libre autour de l'échafaud.
La foule couvrait l'immense place de la Révolution et débordait au loin dans les rues voisines. Le roi n'avait point changé de visage. 11 regarda la multitude armée qui l'environnait et comme les tambours battaient, il leur cria d'une voix terrible : « Taisez-vous I » Les tambours cessèrent de battre. On leur fit signe de continuer. « Quelle trahison ! s'écria Louis XVI, je suis perdu ! » IVois bourreaux rayant entouré pour enlever ses vêtements, il les repoussa, ôtant lui-même son habit et sa cravate,
UVRE XU 141
déliant ses cheveux et découvrant son col. Il resta^ ms. comme Charles I®% vêtu de blanc. Les bourreaux reprirent alors plus d'audace, rentourèrent et voulurent lui saisir les mains, a Que prétendez-vous? s'écria le roi. — Vous lier. » Le rouge lui monta au front : « Jamais je n*y consentirai. Vous ne me lierez pas ! » Les bourreaux parlèrent d'un ton impérieux comme pour appeler du secours, et une sorte de lutte s'engagea. Cette minute fut affreuse, t Sire, dit l'abbé de Firmont, dans ce nouvel outrage je ne vois plus qu'un dernier trait de ressemblance entre Votre Majesté et le Dieu qui va être sa récompense. » La colère du pieux monarque tomba soudaih. « Faites de moi ce que vous vou- ** drez, dit-il aux bourreaux, je boirai le calice. » Les mains liées et les cheveux coupés, il monta, en s'ap* puyant un peu sur son confesseur, les marches raides de l'échaf aud . Son confesseur craignait que son courage lui fît défaut. Mais s'échappant de ses mains, il traversa rapidement la plate-forme de la guillotine, le visage enflammé. D'un regard il fit taire les tambours et portant les yeux sur la multitude, il cria d'une voix qu'on entendit jusqu'au Pont tournant. « Je meurs innocent des crimes Demière» qu'on m'impute, je pardonne aux auteurs de ma , ^*®* mort, et je prie Dieu que le sang que vous allez ré- peuple pandre ne retombe jamais sur la France. » Les tambours couvrirent sa voix. « Silence! » s'écria le roi en frappant du pied. Mais déjà les exécuteurs
français.
%it HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
im. s'étaient emparés de lui. On entendit encore quelques paroles tandis qu'on lui mettait les sangles. A dix heures vingt-deux minutes, sa tète tomba. Sanson, l'exécuteur en chef, la montra à la multitude qui cria : « Vive la nation! vive la République! » Les restes de Louis XYI furent ensevelis derrière la Madeleine, entre deux lits de chaux vive, sur un terrain où s'élève aujourd'hui un monum^it expiatoire. Un homme du peuple monta sur l'échafaud, plongea son bras nu dans le sang du roi , en prit des caillots dans sa main et aspergea trois fois la foule, disant : « Ou nous a menacés que le sang dé Louis Capet retomberait sur nos tètes; eh bien! qu'il y retombe. Républicains, le sang d'un roi porte bonheur! — Mes amis! que faites-vous?
s'écria une voix dans la foule ; tout ceci va être rapporté; l'étranger va nous peindre comme une populace féroce qui a soif de sang. — Qu'on aille le redire si l'on veut à toute la terre, répliqua-t-on; le peuple français trop longtemps a fait ses preuves de patience. Le sang impur d'un tyran est l'offrande la plus méritoire qu'on puisse adresser au Dieu des hommes libres. » Un grand nombre de volontaires trempèrent dans ce sang le fer de leurs piques et la bayonnette de leurs fusils, d'autres en teignirent des mouchoirs et de^ morceaux de papier. On se partagea par lambeaux l'habit du roi, ses cheveux. Les uns, par un sentiment pieux, les autres, par fureur politique, emportaient chez eux
ces reliques de la royauté. L'ex-marquis du Roure, 1793. qui présidait le conseil général de la Commune, partit d'un éclat de rire lorsqu'on vint lui apprendre que la tète du roi venait de tomber. 11 agita les bras en signe de joie, et s'écria : « Mes amis, l'afiTaire est faîte, l'affaire est faite, tout s'est passé à merveille. » Le soir, le peuple fraternisa dans les cabarets, et les spectacles ne furent point fermés. Pour d'autres, au contraire, la mort du roi fut un tel sujet d'épouvante et de douleur, que plusieurs en moururent. Un ancien soldat, décoré de la croix de Saint^Louis, expira de désespoir; un perruquier s'égorgea; un libraire devint fou. Un citoyen écrivit à la Conva[ition, réclamant le corps du roi pour l'ensevelir près de son père. Comme après le meurtre de César, de grandes discordes publiques et une foule de déchirements domestiques suivirent la mort de Louis XYl.