‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 3 sur 57 · LIVRE IX n · texte numérisé non relu

LIVRE IX n

derrière le pont-levis qui fermait le jardin des 47». Tuileries devant la place Louis XV, et qu'on nommait le Pont tournant. Ils étaient deux mille quatre cents hommes et amenaient douze canons. On en plaça trois dans la cour royale, en face de la porte du pavillon de l'Horloge, un dans la cour des Suisses et un dans la cour Marsan, deux dans la cour des Princes y deux au Pont tournant, im au Pont royal, un à la porte du Manège. Ces deux mille quatre cents hommes formaient le total des forces de la défense, en y ajoutant neuf cent cinquante suisses, neuf cent douze hommes de gendarmerie et environ deux cents gentilshommes et serviteurs armés au hasard et organisés par M. d'Hervilly.

C'eût été plus qu'il n'en fallait pour écraser une insurrection de quelques milliers d'hommes dont la majeure partie n'avait d'autres armes que des piques et des bâtons. Mais il y avait peu d'union dans la défense. Les suisses avaiœt promis de faire comme la garde nationale, ni plus j ni moins. Les canonniers de la garde nationale, gens du peuple et républicains, n'aimaient pas la Cour. Ils témoignèrent durant toute la nuit, par des propos injurieux, la méfiance que leur inspiraient les gentilshommes et plusieurs officiers de la garde nationale. La gendarmerie , composée d'anciens garde&*françaises, n'avait pas oublié ses antécédents révolutionnaires.

Néanmoins le jdan de bataille de M. Mandat

4793. devait réussir s'il eût été seulement essayé. Il con- ^^^"^ sistait à couper les deux colonnes insurrectionnelles

de bataille ^

du commandant- dès qu'cUcs sc mettraient en mouvement. L'une général Mandat, pg^^g^t ^^ faubourg Saint-Ântoiue devait déboucher à l'hôtel de ville par Tarcadè Saint-Jean.. Un détachement de gendarmerie devait la charger. La colonne du faubourg Saint-Marceau, à la tète de la quelle marchaient les Marseillais, devait nécessairement suivre les quais. La gendarmerie à cheval , postée aux colonnades du Louvre, avait ordre de la laisser passer, de la charger ensuite par derrière, faisant un à droite et un à gauche tandis que les suisses l'attaqueraient en tête, que le bataillon Saint-Roch, qui attendait au Palais Royal, marcherait au pas de charge par la rue de Rohan, que les bataillons de la place Vendôme arriveraient par la rue Saint-Honoré et lePetit-Carousel, et qu'un détachement de cavalerie et deux pièces de canon fermeraient le quai des Tuileries. Les guichets du Louvre, laissés libres à la première attaque, auraient servi d'exutoire aux fuyards qui se seraient ainsi trouvés pris des deux côtés et qu'on eût aisément écrasés sur le Carousel et dans le réseau de petites rues qui l'environnaient.

Le souper de la famille royale eut lieu à l'heure

ordinaire. 'On passa ensuite dans la chambre du

Rϑerer couscil et au cabinct du roi. Le procureur-syndic

*'*'hâ'*^^*" ^^ département, Rœderer, appelé par Louis XVI,

arriva vers onze heures. Le rappel battait alors

avec force dans tous les quartiers voisins des Tui- itm. leries. Rœderer trouva réunis le roi, la reine, Madame Elisabeth, le dauphin, plusieurs femmes de la cour, le commandant général Mandat. On était fort agité. « M. le Maire est-il venu? » demanda le roi à un ministre. Pétion pendant ce temps présidait le conseil de la Commune. Il reçut successivement plusieurs lettres du commandant général qui l'appelait au château, c Allons, M. le Maire, mettez-vous à notre tête, » dirent quelques mem-* bres du conseil. Pétion partit. Il trouva les cours et les escaliers remplis de suisses, la baïonnette au fusil. Les galeries étaient pleines de monde. Des cavaliers vêtus de noir et l'épée au côté et des officiers d'état major dominaient dans cette foule. Pétion dut passer au milieu de ces hommes qui le suivaient d'un regard farouche. Le roi causait Amyéede avec Rœderer. 11 se tourna avec humeur vers '^^^^\

rude accueil que

Pétion et lui dit : « 11 paraît qu'il y a beaucoup imfiutieroi. de mouvement. — La fermentation est grande, répondit Pétion. — Mes mesures sont prises, je réponds de tout, articula le commandant général. Il se plaignit que la municipalité lui eût refusé de la poudre. — Vous n'êtes pas en règle pour en avoir, répliqua Pétion. — Je n'ai que trois coups à tirer, mes hommes murmurent, » ajouta Mandat d'un ton amer. Et comme ce dialogue dégénérait en querelle, Pétion inquiet, mais conservant son flegme ordinaire, dit : « Il fait ici une chaleur

<7w. étouffante. » Sous prétexte de prendre l'air, il sortit suivi de quelques-uns de ses collègues de la Commune, Borie, Leroux, Mouchet, et descendit au jardin.

Roederer s'assit dans un coin, descendit à son tour, alla dans la cour, et incommodé par les questions incessantes des grenadiers, gagna aussi le jardin. Le besoin de méditer sur sa ligne de conduite dans ces périlleuses conjonctures devait préoccuper un homme du. caractère de Rœderer, qui sut toujours se ménager l'avenir, sans compromettre sa position. Il se dirigea vers la grande allée. La nuit pëtion dans était belle. Un groupe d'hommes qui traversait l'ades^Tdieries. ^cnue attira son attention j c'était Pétion et quelques officiers municipaux que suivaient en riant et folâtrant une vingtaine déjeunes gardes nationaux. Pétion s'était d'abord promené sur la terrasse où régnent aujourd'hui les petits jardins réservés. On l'avait environné, accablé de questions ; de temps en temps une fausse alerte interrompait ces dialogues. On courait aux portes. On s'agitait. L'ombre du château se prolongeait sur la terrasse, quelques lampions venaient d'être allumés, Pétion s'en approcha. Tout à coup les lampions sont éteints. Des voix s'écrient: « Nous le tenons, sa tète en répondra ! » C'étaient des grenadiers du bataillon des Filles--Saint-Thomas. D'autres gardes nationaux, ceux que Roederer venait d'apercevoir, s'interposèrent. Au même instant, Pétion reçut message

sur message, on le pressait de monter au château, im, le roi voulait absolument, disait-on, lui parler. A chaque message, Pétion, qui conservait son calme imperturbable, se contentait de répondre : c C'est bon. » Mais loin de monter au château il continuait de se promener. Mouchet, voyant la tournure que prenait l'affaire, s'esquive, court à l'Assemblée et s'écrie : « Si vous ne mandez pas sur-le-champ le maire de Paris à votre barre, il va être assassiné. » La rencontre de Rœderer était pour Pétion un moyen de gagner du temps. Il lui proposa de faire un toiu» de jardin. Ils prirent la terrasse de l'eau, toujours suivis des vingt jeunes gardes nationaux qui, se tenant par le bras, paraissaient vouloir former une escorte au maire de Paris. La promenade se prolongea jusqu'à minuit et demi. Il fallut retourner du côté du château. Au moment où Pétion, dont LAMembWe

,,1 j «xaa . Il mande Pétion à

1 embarras devenait extrême, arriva au bas du aa barre. grand escalier, deux huissiers de l'Assemblée , entourés de gardes, armés de flambeaux, lui notifièrent un décret qui l'appelait à la barre de l'As* semblée. Cette pompe imposa aux gardes nationaux hostiles. Pétion amené à l'Assemblée fut envoyé à la Commune ou les nouveaux commissaires , pour sauver sa responsabilité, le renvoyèrent chez lui avec une garde de six cents hommes chargés de le consigner.

Minuit et demi sonnaient. Roederer monta seul au château et trouva une lettre du département.

1799. Les rassemblements bu faubourg Saint - Antoine n'étaient pas encore formés, lui écrivait-on. La famille royale lui demanda lecture de cette lettre qu'on trouva conforme aux rapports verbaux.

L'anxiété était vive. Les premiers tintements du tocsin retentirent. On se pressa aux fenêtres ouvertes. Peu à peu les cloches semblèrent se répondre. Leur vibration s'entendait si bien, dans cette pure nuit d'août, que chacun désignait les Aspect intérieur égUscs dout cllcs émanaient. Des nouvelles plus pendant la Tnit i^quiétautes arrivèrent. Un ministre demanda à du 9 au 10 août. Rœdcrcr s'il n'y avait pas lieu de proclamer la loi martiale. La demande était puérile dans de telles circonstances. Le procureur syndic du département fit d'ailleurs observer que cela regardait la Commune. Une petite contestation s'éleva sur ce point. Roderer prit un livre à couverture tricolore, contenant la loi de la force publique. Madame Elisabeth demanda ce qu'était ce livre, le questionna, croyant aussi à la virtualité de la proclamation de la loi martiale. L'étiquette de la cour était oubliée à cette heure de péril. Rœderer alla s'asseoir sur un tabouret près de la chambre du lit. La reine, Madame Elisabeth et une femme de la cour vinrent également s'asseoir. Il se leva et la reine lui dit: « Quand donc les Marseillais comptent-ils partir ?» Ce qu'il y avait d'oiseux dans ces propos interrompus trahissait la profonde préoccupation des esprits. Les nouvelles furent meilleures à deux

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