‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 4 sur 57 · LIVRE IX t · texte numérisé non relu

LIVRE IX t

heures etdemie. On apprit que « le tocsin ne ren- itm. dait pas. » Ce mot significatif causa un peu de soulagement. A trois heures on sut que le procureur de la Commune, Manuel, avait fait retirer les canons braqués sur le Pont-Neuf pour mettre obstacle à la réunion des colonnes des deux faubourgs. L'inquiétude redoubla. Au lieu d'agir, les ministres délibérèrent. Le bruit des rouçs d'une voiture retentit alors dans la cour royale. C'était la voiture de Pétion qui partait vide après avoir longtemps attendu. On courut à une fenêtre et on ouvrit les volets pour connaître la cause du bruit. Les rayons sanglants du soleil levant enflammaient la cime des toits. Avec une douceur mélancolique, singulière au milieu des préoccupations de cette terrible veille, Madame Elisabeth dit à la reine : « Ma sœur, venez donc voir le lever de l'aurore. » « Ce jour elle vit le soleil pour la dernière fois, » écrivait le lendemain Rœderer en notant les circonstances de cette nuit.

Le roi dépoudré, la perruque écrasée d'un côté, sortit de son cabinet où il avait, sans doute, été prendre im peu de repos. Mandat parut au même M"^'. appelé instant, lair sombre, irrite. Il dit que, deux fois, se décide à la Commune l'avait fait appeler. Une forte et ins- ^'^^' tinctive répulsion l'éloignait d'y aller. « Vous êtes nécessaire ici, » lui disait d'ailleurs le ministre de la justice. Rœderer, avec cette stricte et méthodique observance de la légalité dont il ne se dépar-

arrestation et meurtre de

1799. tit pas un instant durant tpute la nuit, fit observer que le commandant général était « essentiellem^it aux ordres du maire. » Mandat suivit en frémissant ce fatal conseil. Il laissa à son fils l'ordre, signé Pétion, de repousser la force par la force et partît imprudemment sans escorte.

Interrogatoire, Lorsquc Mandat arriva à Thôtel de ville, la Commune provisoire venait d'entrer en séance. Elle avait déjà arrêté la suspension des fonctions de Tétatrmajor, celle du conseil général , qui l'avait précédée, et la comparution du commandant général, prévenu de délit contre la sûreté publique. Surpris à l'aspect de ces nouveaux visages, pressé de questions menaçantes, dans lesquelles chacune des précautions qu'il avait dû prendre pour la défense lui était imputée à crime, Mandat répondit pourtant avec clarté. L'assemblée de la Commune ordonna d'abord que Mandat serait consigné dans la prison de l'hôtel de ville. Elle arrêta peu d'instants après, quai^ les membres de l'ancien conseil eurent entièrement évacué la salle, que Mandat serait transféré à l'Âbbaye « pour sa plus grande sûreté. » On assure que le président, Cousin, accompagna cet ordre d'un geste expressif. On l'entraîna. En mettant le pied sur les marches de l'hôtel de ville, il reçut un coup de pistolet dans le dos. Il tomba et fut achevé à coups de piques. Son fils ne put obtenir son cadavre; on avait jeté le corps

commaDdaot^ géuërsU.

dans la Seine. Le Conseil provisoire remit à San- itm. terre le Commandement général. ^ santerre

O est Dommé par

Au moment où Mandat venait de quitter le châ- la commuDe teau Rœderer s'était entendu appeler. Il entra dans la chambre voisine, celle de Thierry, valet de chambre du roi , et vit la reine assise près de la fenêtre. Ses yeux étaient rouges jusqu'au milieu des joues, mais nul autre signe ne trahissait l'état de son âme. Elle demanda à Rœderer ce qu'il fallait faire. Selon lui la famille royale devait se retirer à l'Assemblée nationale. « Mais, s'écria M. Dubouchage, vous proposez de mener le roi à son ennemi. — Je propose cela comme le ^moindre danger, répliqua4-il. — Monsieur, articula Marie- Ferme attitude Antoinette, d'un ton ferme, il y a ici des forces; il est temps enfin de savoir qui l'emportera du roi et de la constitution ou de la faction. » On fit appeler M. Lachesnaye qui commandait en l'absence de M. Mandat. Il expliqua la situation delà défense , mais fit observer avec humeur que les appartements étaient pleins de gens de toute espèce, qui gênaient le service. — Ce sont des hommes sûrs , répliqua la reine, ce sont nos amis les plus fidèles; ils marcheront comme vous voudrez, vous obéiront et partageront les dangers de la garde nationale. » Lachesnaye venait d'exprimer le sentiment des gardes nationaux. La méfiance contre ceux qu'on nommait les chevaliers du poignard régnait réellement dans les rangs des détachements de

de Marie- Antoinette.

479». garde nationale appelés à la défense du château. Elle fut en outre habilenlent exploitée par les hommes qui pactisaient avec l'insurrection. Ne pouvant encore vaincre la répugnance de la reine, Rœderer obtint seulement que deux personnes iraient à l'Assemblée lui faire part de la situation et lui demander des commissaires. MM. Dejoly et Champion aillèrent porter ce message.

Le roi Là lumière du jour grandissait. Aux volets ea-

passe la revue tr'ouvcrts on apcrccvait les forces de l'insurrection

des troupes. ^

qui déjà envahissaient le Carrousel et braquaient leurâ canons dans la direction du château.. Le momeni. de se préparer à la défense était venu. La reine plus énergique que son époux en sentait la nécessité. «Voilà le moment de nous montrer, » ditelle. On assure qu'enlevant à ces mots un pistolet de la ceinture dé M. d'Affry, le père, elle le présenta au roi. Louis XVI, les cheveux en désordre, en habit violet, le chapeau sous le bras, Tépée au côté, descendit dans les cours. Il était suivi des maréchaux de camp Boissieu et Menou, des ofiQciers suisses Mailtardor et Bachmau. Il y eut quelques cris de Vive le Roil Les canonniers criaient : Vive la Nation! cri hostile dans un tel moment. Deux bataillons du faubourg Saint-Marceau^ commandés par Alexandre et Azvsdlli, arrivaient. Ils étaient mélangés de piques et crièrent : Vive Pétion ! On les conduisit sur la terrasse de Teau. Le roi passa du côté du jardin, alla jusqu'au Pont tournant.

dt cette revue.

Ijes gardes nationaux de la terrasse de Teau crièrent : 179a. « A bas le veto 1 » Le roi conserva une contenance tntaccès tranquille. Il passa près de la terrasse des Feuillants dont un simple ruban tricolore le séparait. La foule, menaçante et furieuse, l'insultait. Ces huées attirèrent les ministres aux fenêtres du château : « Que diable le roi va-t-il faire là-bas! s'écria M. Dubouchage; allons vite le chercher! » Le retour du roi n'était pas sans danger. La reine pleurait en silence. On venait d'apprendre la mort de Mandat et la constitution de la nouvelle commune. Le roi rentra avec M. Dubouchage et M. Sainte-Croix. Essoufflé, découragé, mais calme, il s assit. C'était l'heure de monter à cheval.

11 était six heures. Cordeliers et Marseillais arrivaient. Ilœderer, suivi du conseil du département, souhaitaient de se débarrasser de leur responsabilité entre les mains de l'Assemblée ; ils s'y rendirent. Arrivés au café Toitot, vers le milieu de la terrasse des Feuillants, on leur dit que l'Assemblée n'était pas en nombre. Ils rebroussèrent chemin, repassèrent dans les cours, parlementèrent. Les canonniers déchargeaient leurs pièces « ne voulant pas tirer sur leurs frères, » et déjà les plus audacieux des insurgés, à cheval sur les murs, échangeaient avec eux des paroles amicales. D'autres heurtaient violemment les portes. Rœderer rentra précipitamment. Le roi, les mains sur ses genoux, entouré de la reine, de mesdames de Tourzel, de Lamballe,

des ministres, attendait. « Sire, dit Rœderer, votre Majesté n'a pas cinq minutes à perdre; il n'y a de sûreté pour vous que dans l'Assemblée nationale. — Je n'ai pas vu beaucoup de monde au Carrousel, dit Louis XVI. — 11 arrive un monde immense. • . . douze pièces de canon. — Mais monsieur, nous avons des forces! s'écria la reine. — Madame , tout Paris marche, »> répliqua Rœderer. 11 redoubla d'instances. Le roi se redressa, le regarda fixement et dît : « Marchons. — M. Rœderer vous répondez de la vie du roi , s'écria madame Elisabeth. — Sur la mienne, madame, ré- ^■^«2 pliqua-t-il. > Le roi, sa famille, ses ministres et le

Louis XVI , , • » • ^mrtrK

et sa famille se département sortirent. Louis XVl eut un vague senréfugientausein timcnt du péril daus lequel il laissait ses défen-

dfi l'AssGTnblée

nationale, scurs, le témoigna, mais continua son chemin.

On prit la terrasse des Feuillants. Il y avait déjà beaucoup de feuilles sèches à terre : « Les feuilles tombent de bonne heure cette année, » dit Louis XVI . « Le roi ira jusqu'à la chute des feuilles, » avait écrit Manuel peu de temps auparavant. Avec l'insouciaiîce de son âge le petit dauphin s'amusait à L'Assemblée Ics pousscr du picd. Une dépulation de l'Assemblée ^? ?! X vint au-devant du roi, lui annonça que l'Assemblée

uncdéputation à " * »■

la rencontre lui offrait uu asilc aiusi qu'à sa famille. Un attroupement hostile s'était formé sur le perron de l'escalier de la terrasse. Ces gens vociféraient des menaces et des injures, voulaient fermer le passiage au roi. L'un d'eux le menaçait d'une longue perche. Rœderer

la lui arracha. Un détachement de garde nationale 1792. dégagea le chemin et forma la haie.

L'Assemblée était en séance permanente depuis la veille. Elle avait partagé les émotions de cette nuit d'anxiété, dégagé Pétion de sa situation délicate, reçu plusieurs députations de la nouvelle municipalité et de T ancien conseil général de la commune; mais impuissante, elle ne pouvait qu'aitendre le dénouement du drame qui s'accomplissait. Vers sept heures on annonça l'arrivée du roi. Il entra avec sa famille et ses ministres. Quelques hommes de sa garde ayant voulu forcer le passage, il y eut un peu de tumulte. « Je suis venu ici, dit le roi I pour éviter un grand crime et je pense que je ne saurais être plus en sûreté qu'au milieu de vous, messieurs. — Vous pouvez, Sire, répondit Vergniaud qui présidait, compter sur la fermeté de» l'Assemblée nationale; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées (i). » Le roi prit place à côté du président. Un garde national enleva le petit dauphin et l'apporta sur le bureau des secrétaires. Chabot ayant fait observer que la Constitution interdisait au corps législatif toute discussion en présence du roi, la famille royale fut placée dans uramnie royale la loge du logographe dont les ministres et le roi ^^^]l^^^l\^ lui-même brisèrent la grille, afin qu'en cas d'at- logogfaphe.

(1) Séance de rAssemblée législative du 40 août M9t, procèsverbal.

I79S. taque la famille royale pût se réfugier dans TAssemblée. Une foule considérable s'accumulait dans les couloirs et les tribunes. Roederer, soupçonné de trahison par Thuriot et Cambon, fit l'exposé de sa conduite et de celle du département, déclara le château en péril imminent. L'Assemblée envoya des commissaires pour empêcher le combat. Une décharge de canons étouffe au même instant la voix du président qui se couvre. L'Assemblée pâle, silencieuse, écoute. Le roi déclare qu'il vient de faire donner l'ordre aux suisses de ne pas tirer. Des coups résonnent contre la porte de la salle; quelques hommes armés paraissent; on se jette à leur rencontre, on les éloigne. La voix du canon tonne de nouveau et se mêle au bruit de la fusillade. Les députés se lèvent et crient : « Vive la Nation ! »

Premier ^c premier épisode du combat eut lieu dans les

^!l!!t!»'^" Champs-Elysées où une fausse patrouille de royalistes fut arrêtée, conduite aux Feuillants. Théroigne de Mericourt harangua le peuple qui égorgea huit ou neuf de ces malheureux. Parmi eux se trouvait l'écrivain royaliste Suleau, l'abbé Bougon, Tex-garde du corps Vigier. Suleau avait excité par ses moqueries la fureur de cette aventurière. Prise à Liège, son pays, où elle cherchait à soulever le peuple, Théroigne avait passé quelque temps dans les prisons de l'Autriche. L'empereur, curieux de la voir, frappé de sa beauté lui rendit la li-

combat.

berté. Peu de temps après le massacre qu'elle pr.o- im. voqua le 1 août^ un groupe de montagnards ta l'encontrant sur la terrasse des Feuillants la fouetta publiquement. Elle en devint folle de rage, et vécut vingt-cinq ans dans cet état au fond d'un cabanon. Le départ du roi avait découragé les défenseurs du château, tous ceux dont les dispositions étaient incertaines ou chancelantes. Les troupes se replient dans l'intérieur du palais. La porte de la Cour royale est enfoncée; le peuple ^se précipite, retourne les pièces de canon. Les Marseillais s'étaient avancés les premiers. Ils attendaient depuis longtemps, pour commencer l'attaque, l'arrivée de la colonne du faubourg Saint-Antoine. Elle avait été retardée par les hésitations de Santerre à qui Westermann, qui commandait la colonne du faubourg Saint-Marceau, fit des reproches et des menaces à propos de son inaction. Du haut des fenêtres du palais, les suisses, ne recevant point d'ordres (leur commandant M. Bachman et son état-major avaient suivi le roi à l'Assemblée), faisaient au peuple des signes de fraternité. Ils jetèrent même quelques cartouches dans la cour. Les assaillants criaient : t( Rendez vos armes! laissez-nous entrer! » Les suisses répondaient par des coups de chapeau, mais ne bougeaient. Leurs sentinelles sous le vestibule du pavillon gardaient bonne contenance. Une barrière avait été placée au bas du grand escalier. Derrière ce retranchement, on voyait briller les baïon-

1792. nettes des suisses et des gardes nationaux royalistes. Un groupe d'insurgés plus hardi désarma les sentinelles et les massacra. Pendant ce temps d'autres insurgés ébranlaient la barrière. On la leur ouvrit. « Livrez le château, s'écria Westermann; vous n'avez plus personne à défendre, le roi et sa famille sont partis. Nous promettons de vous laisser sortir avec les honneurs de la guerre. » Ces pourparlers n'amenant point de résultat, Westermann se replia vers la cour.

Attaque et prise Commc il sc retirait^ Granier, commandant du dupaïais bataillon de Marseille qui se trouvait en arrière,

défi Tuilene*. ^ '

comprit qu'il allait être tué et sauta sans se blesser par dessus la rampe de l'escalier. Un officier suisse^ M. De Castelberg, commanda le feu en ce moment et une décharge à bout portant foudroya les Marseillais. Ils se replièrent dans les cours et furent balayés par le feu des fenêtres. Le capitaine Turler, à la tête de cent vingt-cinq suisses, s'élança à leur poursuite et s'empara de deux canons qu'il ramena sous le vestibule. M. de Salis, pendant ce temps, s'emparait de trois canons placés à la porté du Manège. D'autres dégagent la cour des Princes. C'en était fait des assaillants si la gendarmerie à cheval, rangée en bataille dans la cour du Louvre, avait chargé les fuyards. Mais, soit panique, soit trahison, elle se débanda, criant : « Vive la nation ! » et s'enfuit par la rue du Cofq et par toutes les rues de traverse. Le peu qui se rallia, ainsi que ceux de

la caserne des Capucins, firent cause commune avec 1792. le peuple. M. d'Hervilly qui arriva d'ailleurs et ordonna aux suisses, de la pari du roi, de mettre bas les armes, acheva de paralyser la défense. Elle était loin, on le voit, d'être unanime. La garde nationale se mit T)romptement du côté du peuple. La colonne insurrectionnelle s'était reformée. Westermann prit d'intelligentes dispositions militaires. 11 plaça des canons dans les angles de la rue de l'Echelle et de la porte des Orties, canonna le château. Les bâtiments des cours furent incendiés. D'autres assaillants avaient pénétré dans le jardin, de sorte que les suisses se virent attaqués de tous les côtés à la fois. Quelques-uns montèrent sur la galerie du côté du jardin, jetant leurs armes, leurs habits, et criant : « Mes amis nous sommes à vous ! nous sommes à la nationl » D'autres en grand nombre se replièrent sur le grand escalier; ceux qui avaient pu entendre les ordres de M. d'Hervilly et s'étaient retirés, furent tués ou faits prisonniers dans le trajet. Ceux qui restaient dans le château soutinrent le feu et firent beaucoup de mal aux assiégeants.

Mais déjà le peuple envahissait les appartements, égorgeant tout ce qu'il rencontrait, brisant les meubles. 11 punissait les voleurs et portait à la Commune ou à l'Assemblée les objets précieux. Les femmes de la reine furent épargnées, ainsi que le vieux Lemonnier, médecin du roi, qu'on trouva dans son cabinet, étudiant comme si le bruit de la bataille

47». ne fût pas arrivé à ses oreilles. La plupart des personnages qu'on désignait sous le nom de chevaliers du poignard s'étaient retirés par un escalier situé à l'extrémité de la galerie du Louvre et dont les insag 4a chàietu. sui^és avaicut oublié de s'emparer. Ijb sac du château fut accompagné des incidents ordinaires en pareil cas. Le grotesque, l'horrible, le généreux et l'atroce s'y confondirent à l'image des éléments purs et impurs dont est formée l'âme humaine. C'est aux mémorialistes qu'appartient le récit de ces épisodes dont le pathétique a laissé des souvenirs ineffaçables dans le cœur des français Le combat avait duré jusqu'à deux heures. Paris, tranquille, vaquait à ses affaires et à ses plaisirs comme à l'ordinaire et attendait, sans anxiété, la fin de cette lutte qui venait de coûter environ trois mille morts, en comptant les pertes essuyées par les deux partis et les massacres qui suivirent la victoire. L'incendie se prolongea longtemps après la bataille et l'on eut beaucoup de peine à se rendre maître du feu. Des citoyens s'opposaient à ce qu'on l'éteignit, ne trouvant pas la vengeance du peuple assez large. On continua pourtant jusqu'au lendemain d'égorger les suisses qu'on trouva. Partout où s'élevaient des statues de rois elles furent abattues et brisées. L'Assemblée nationale fut moins hardie à renverser le trône. Assaillie par les vainqueurs du château qui venaient déposer entre ses mains des prisonniers et des objets précieux, de pétitionnaires qui

réclamaient la déchéance de Louis XYI , elle essayait im. d^éluder cette nécessité. Vergniaud, Guadet, 6en* sonné^ avdent pourtapt tour-à-tour occupé le fauteuil; la gauche presque seule siégeait. Mais la Gironde, reculant devant la conséquence de ses actes, cherchait un moyen de d^ager sa responsabilité. Yergniaud dit enfin : t Je viens, au nom de la Commission extraordinaire, vous présenter une mesure bien rigoureuse... » Ce projet consistait a inviter le peuple français a former une Convention décrète nationale. L'article ii contenait ces mots : « Le *' fonn^^on pouvoir executif est provisoirement suspendu de ses convention nafonctions (1). » L'article v remettait à la Commis- **^°*'^ sion extraordinaire le soin de proposer un décret déclare sur la nomination d'un gouverneur du prince ^ '^'J^^^^ Royal. Tout l'esprit de ce projet, qui fut adopté, fonctions. était dans ces deux articles. L'incommensurable sophisme de la Gironde, et de l'Assemblée où elle dominait à cette heure suprême, fut d'éviter de prononcer la déchéance, d'abattre le monarque sans renverser la monarchie.

Aux termes de ce décret, la famille royale devait habiter l'enceinte du corps législatif jusqu'à ce que le calme fût rétabli dans Paris. Le roi, entouré de sa famille, assistait de la loge du logographe à cette délibération sur son sort. 11 entendit exprimer le vote qui lui enlevait la couronne de ses pères, il

(4J Décret de l'Assemblée nationale du 10 août il9%.

4792. assista au triomphe insolent de ses ennemis victotorieiix, ne donna aucune marque de douleur ou d'indignation. Avec cette espèce d'impassible philosophie, qu'il conserva jusqu'à sa dernière heure, il se fit apporter une table et mangea. La nature conservait tous ses droits sur lui, mais sa piété unie à l'immobilité de son âme, le mettaient, comme un musulman, au dessus des vicissitudes de la fortune et des émotions violentes qui bouleversent le commun des mortels. La séance se prolongea ufamuieroyaie jusqu'à trois hcurcs du matin. A une heure la faest transférée jxjjHg rovalc fut couduitc aux Feuillants, où elle

aux •' , '

Feuiuants. occupa quatre petites chambres qui formaient le logement de Tarchitecte. Cinq gentilshommes qui ne voulurent pas quitter le roi, MM. de Poix, de Briges, de Ghoiseul, de Goguelat et Aubies, veillèrent dans la première chambre. Le roi coucha dans la seconde, la reine et ses enfants dans la troisième ; Madame Elisabeth, Mesdames de Lamballe et de Tourzel s'étendirent sur des matelas dans la quatrième.

Caractère fatal ''^'^ furcut Ics évèncmeuts principaux de la et inévitable de jouméc du 1 G août. Niil uc pcut rcveudiqucr abso- *Cwût. " iument la prérogative d'en avoir imprimé la direction . Elle n'appartient ni à Robespierre^ ni à Camille Desmoulins , ni à Marat , ni à Barbaroux et aux Marseillais, ni aux comités insurrectionnels, ni à Danton lui-même, qui y prit une si grande part. Suscitée par des meneurs nombreux, par des partis

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mécontents, par Tépouvantable situation de la 1792. France placée entre l'étranger qui arrivait avec de grandes armées et un monarque réduit à attendre son salut de ces mêmes armées, elle fut le résultat d'un concours de circonstances exceptionnelles, inévitables. La monarchie tomba avant qu'on eût tiré un coup de fusil. Ni l'attaque, ni la défense du château ne furent conduites avec une supériorité capables d'entraîner de grandes conséquences. La victoire ne resta pas entièrement le prix du combat.

Au moment où les colonnes insurrectionnelles débouchaient dans la matinée sur les quais, un jeune officier d'artillerie, dont le profil rappelait celui d'un camée antique, regarda curieusement passer ces bandes armées. C'était Bonaparte qui se promenait avec son ami Bourienne. L'aspect de cette masse confuse et mal armée lui fit hausser les épaules : « Avec quelques centaines de soldats réguliers, dit-il, je disperserais toutes ces bandes. » Mais rendant d'ailleurs justice au génie militaire de la nation : « Ce pays est plein de zèle et de feu,» écrivait-il trois jours auparavant.

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