LIVRE XIII m
dans le but réel de saaver le roi. Les calculs de la itw. politique descendent quelquefois si profondément, dans les ténèbres de Tâme, qu'on ose à peine les suivre. La mort de Louis XVI allait permettre de traiter la France comme une bête féroce et d'étou£Fer peutrètre les principes civils et politiques nés de la Révolution. La coalition se forma sur un vaste plan Laootiition. qui, cette fois, embrassait TEurope entière. Ijord Gower, ambassadeur d'Angleterre à Paris, fut rappelé, et notre ministre à Londres, M. de Chauvelin, se vît désaccrédité près la cour de Londres et bientôt sommé de quitter l'Angleterre dans les vingt-quatre heures. M. Pitt, l'un des plus profonds hommes d'Etat de l'Angleterre, comprit que la Révolution allait changer le système politique de l'Europe, à moins qu'on ne Tétouffât dans le sang, dans la banqueroute et dans l'ignominie. Pitt sut haïr caractère poutisans emportement et calculer la portée de ses coups. "^^ ^® "* "*^ Sa violence était intérieure. Le dehors n'offrait que l'apparmce du flegme britannique et de .l'austérité protestante. Mais l'âme était consumée d'un ardent désir d^arréter la France dans cet essor supérieur que lui donnait la Révolution française, promettant aux peuples opprimés le secours de ses armes. 11 pressentait que la France, délivrée un jour des langes sanglants de la Révolution, allait devenir, par la politique d'influence, la reine du monde. 11 craignait, dans le présent, l'ouverture de l'Escaut fermé à la Belgique depuis le traité d'Utrecht, l'invasion
1793. des armées françaises en Hollande, où planait TAn- , .gleterre. Mirabeau, mourant, avait pressenti le génie fatal de Pitt. Mais qui eût pu prévoir jusqu'à quelle profondeur de ténèbres descendrait cet ennemi de la France? Les moyens que la morale réprouve, ceux que l'humanité repousse, tout en un mot devint arme dans les mains de cet homme d'Etat résolu à traiter une grande nation comme on ferait d'un bandit mis hors la loi. La mort du roi fit déborder ce fiel à* peu près contenu jusqu'alors. L'Angleterre oubliant qu'elle avait précédé la France dans la carrière du régicide, aSecta les dehors d'une douleur et d'une indignation dont la pudeur du souvenir eût au moins dû, chez elle, mo* dérer l'expression. Le roi qualifia « d'acte atroce » la condamnation de Louis XVL II avait raison sans doute, mais c est un droit qui n'appartient pas à l'Angleterre de flétrir un tel acte.
Expulsion et Tandis que M. de Chauvelin recevait du ministre meurtre des j^g affaires étrangères du cabinet de Saint-James,
unbassftdeurs ^
franvais. lord GreuviUc, Tordre de quitter l'Angleterre^ l'impératrice de Russie expulsait les Français de ses États. La Prusse affectait une insolence insoutenable. L'Espagne changeait de (on et se disposait à devenir ouvertement hostile. A Naples, Caroline d'Autriche, sœur de Marie- Antoinette, devait na^ turellement détester la France^ Le gouvernement pontifical poussa la haine plus loin encore. M. Banville, notre ambassadeur à Rome, fut attaqué dans