‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 34 sur 57 · LIVRE XIII wr · texte numérisé non relu

LIVRE XIII wr

Le Conseil général de la commune était, au con*- an. traire, mené par des hommes du parti le plus avancé, notamment par Chalier et Laussel, ex-prêtres, qui s'efforçaient d'imiter Marat et de résoudre par ^ l'échafaud le problème politique et social de la Révolution. Les municipaux devinrent odieux au peuple de Lyon. On les insulta. L'intervention de la Convention devint nécessaire. Après la mort du roi la fermentation augmenta. On exalta l'assassin de Lepelletier. Des écrits anarchiques furent placardés la nuit sur l'arbre de la liberté de la place des Terreaux. Le Conseil général de la commune ordonna, le ô février, des visites domiciliaires. Elles eurent lieu dans l'espace de deux heures, et amenèrent l'arrestation de trois cents suspects. On crut à des massacres. Le maire Rivière-Chol assemble des troupes, oblige les gardes nationaux à se retirer. Le conseil s'y oppose, le maire donne sa démission, il est réélu.

Le mouvement Girondin devint irrésistible. Il avait dans l'inconstant Dumouriez son général possible. Les bataillons fédérés, désignés sous le nom de fils de famille ^ dispersèrent le club central Jacobin, et y brisèrent les bustes et emblèmes qu'ils y trouvèrent. La Convention entendit un rapport de u convention Tallien sur ces déplorables affaires, et n'ayant point c^^""^^^ de soldats, elle envoya trois Commissaires, Rovère, ^ i-y»"- Legendre, et Bazire. Ils trouvèrent la ville en feu. Le boucher Legendre, Dantoniste qui ne manquait II. n

I7W. ni d'audace, ni d'un certain sens pratique, déclara qu'il était prêt à périr plutôt que de céder à la contre-révolution, et dit en parlant des Girondins qui le menaçaient : « Qu'ils partagent mon corps et l'envoient aux quatre-vingt-quatre départements pour attester leur infamie. » Les Commissaires maîtrisèrent ainsi le mouvement et prouvèrent leur impartialité en envoyant à la fois au tribunal révolutionnaire les chefs des factieux et ceux des municipaux qui avaient abusé de leur pouvoir. Mais après leur départ l'agitation recommença. Elle se prolongea pendant toute la durée du mois de mars et d'avril et aboutit à la fin de mai par une insurrection qui amena le triomphe des Girondins lyonnais, le renversement delà Commune, l'emprisonnement et le supplice de Chalier.

Les Girondins finissaient ainsi, et contrairement à leur volonté, par confondre leur cause avec celle des royalistes. Les troubles du Var et de Lyon devenaient solidaires de ceux de la Vendée, car vers la fin de janvier un soulèvement général commença souièyement de dc sc produire. 11 avait été organisé, en Bretagne, la Vendée, pg^j. y^j^ certain marquis de la Rouairie, ancien officier des gardes françaises, aventurier déjà connu par une vie pleine de passions et d'orages. Le marquis de la Rouairie avait émigré en Angleterre et était sûrement débarqué en Bretagne. Mais son médecin, nommé Ijatouche, gagné par Danton, mit entre les mains du gouvernement tous les fils de la

conspiration. Une maladie imprévue sauva par la 1793. mort la Rouairie de Téchafaud. Il expira le 30 janvier 1 793 et le Comité de surveillance fit saisir ses papiers. L'insurrection de Bretagne éclata, s'éteignit, et se propagea en Poitou et en Vendée. Là elle prit un développement considérable. Dans ce pays plongé alors dans l'ignorance, rien n'avait affaibli la puissance de la foi religieuse et de la fidélité royaliste. Ces deux sentiments y prenaient même un caractère d'autant plus absolu qu'ils n'étaient point contre-balancés par l'examen. Le haut clergé, quelques femmes du monde et des gentilshommes de la contrée trouvèrent le moyen de fanatiser la population des campagnes et ne dédaignèrent pas au besoin d'employer la ruse pour surexciter ses sentiments. La propagande fut organisée sur une vaste échelle; parles prêtres on eut les femmes, par les femmes les maris. Les curés devinrent les chefs de cette chevalerie paysanne. Les hobereaux les secondèrent. Mais par un contraste singulier avec le principe aristocratique qui place dans la hiérarchie la naissance au-dessus du mérite ^ les insultés vendéens résolurent de prendre pour généraux les chefs qui leur paraîtraient le plus dignes du commandement.

La rivalité des villes et des campagnes, le schisme religieux, engendré par le janséniste Camus et qui sépara le clergé en prêtres assermentés à la Constitution et en prêtres réfractaires, des

I7M. violences et des abus de pouvaiiS furent les principales causes du soulèvement. 11 se produisit d'abord par des mouvements partiels en 1790, 1791 et 1792. Après la mort du roi les campagnes refusèrent l'impôt et la conscription. Le tocsin sonna de village en village. Ces hommes qui refusaient à la patrie de prendre les armes par la défendre allaient premièn» s' armer pour la combattre. Les contrées du Marais *"d^Ma*° ®* ^" Bocage se soulevèrent. Le jour de la levée extraordinaire (1 ) trois mille hommes du district de Saint-Florent résistèrent. Ils prirent pour chef Cathelineau, colporteur du Pin-en-Mauge, brave homme, père d'une nombreuse famille. Une autre bande donna le commandement à un garde-chasse i de M. Maulevrier, nommé Stofffet. A Machecoul les j insurgés formèrent un Comité et organisèrent des i massacres sous la présidence d'un ex-procureur I fiscal, ancien majordome de M. de Briord, le sieur Souchu. M. de Briord était l'oncle du fameux Charette. Les insurgés réunis à Machecoul firent de ce | dernier leur général en chef, et il leur fit promettre de rester fidèles à la cause du trône et de l'autel. Portrait duché- ' Athanasc Charcttc delaContrie était un gentilet des chefs homme brave et débauché, marin et chasseur, une

vendéens.

sorte de don Juan grossier, sans foi ni loi, féroce et voluptueux. Sa physionomie était celle d'un ban^^ dit audacieux, intrépide, impudent. Quoique le

(4) 40 mars 4793,

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