‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 37 sur 57 · LIVRE Xm S · texte numérisé non relu

LIVRE Xm S

et à Lescure, le général Quétineau se défendit cou- im, rageusement avec dix mille soldats républicains, et fut fait prisonnier après dix heures de combat. Le général Lygonier essuya une défaite à Gholet et à Fontenay. Le général Chalbos, une première fois vainqueur de d'Elbée, fut peu après battu par Gathelineau. Les vendéens, exaltés par les prêtres, allaient au combat avec la foi superstitieuse du musulman, qui croit en mourant entrer dans le paradis hanté par les houris. Un grand nombre d'entre eux s'imaginaient qu'ils ressusciteraient au bout de quelques jours. D'autres pensaient seulement assurer leur salut. Ils marchaient au combat par bandes. A l'approche de l'ennemi leurs chefs leurs criaient: « Egaillez-^ous^ mes gars! » À ce mot ils se déployaient en éventail, disparaissaient dans les buissons, tirant à coup sûr, et échappant aisément dans ce pays couvert à la fureur des soldats de ta République.

Les tentatives insui*rectionnelles qui s'étaient multipliées en 1791 et 1792 dégénérèrent en 1793 en une véritable guerre. Les populations soulevées coip» d' formèrent trois corps d'armée : l'armée d'Anjou, d^^^^^»*^»^ la Grande armée et l'armée du Marais. La première commandée par Bonchamp, s'appuya sur la Loire, la seconde occupa le centre, sous les ordres de d'Elbée, Charette commanda la troisième. Le colporteur voiturier Gathelineau fut élu généralissime

t64 ' HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

4m. des armées royalistes. Mais jamais un accord véri* table ne régna entre ces divers chefs.

Ces choses se passaient dans les premiers m<Hs de Tannée 1793. On comprend l'effet qu'elles durent produire sur l'esprit des Gonyentionnels et de tous les hommes qui par principe, par position ou par intérêt de fortune soutenaient la Révolution. Causes fatales C'cst un fait digne de remarque que mille causes qaieDgeDdrè. f^j^j^^ ^^^^ ^j^gj dégénérer la Révolution en une

rent les excès ^

deiaRéyolation. sortc d'iudividualité terrible et providentielle, qui devint la raison dernière et la loi des lois de ces temps extraordinaires. Aussi tout ce qui tenta d'entraver la marche du colosse ne fit qu'irriter sa fureur. Les nouvelles de l'Ouest eurent pour résultat d'exciter la Convention à redoubler de rigueur contre les prêtres et les émigrés. La proscription, la confiscation, les mesures administratives les plus rigoureuses furent employées* pour prévenir les at^ troupements et pour rendre aux nobles hostiles le séjour impossible sur le sol de la République. Chaque maison porta inscrit sur sa porte le nom des personnes qui l'habitaient.

La Belgique pendant ce temps était sur le point d'être envahie. Danton et Lacroix envoyés en mission revinrent le 8 et déclarèrent que le péril était imminent. Le recrutement devenait insuffisant. La France n'avait plus d'élan. F^e 9, la Commune arbora le drapeau noir sur tous les monuments de Paris. C'était, on le sait, le signe par lequel l'Etat

décrète l'envoi de quatre-Tiogtdeux commissaires dans les départements.

UYRB XUI te5

déclarait la patrie en danger. Gomme aux journées «799* do Septembre, il y avait tout à craindre que le peuple alarmé sur les destinées du pays ne se portât aux plus cruels excès. Pour éviter que la multitude sortît de la légalité, il fallait que la Convention elle-même prît l'initiative des mesures de salut public. Pache, alors maire de Paris, réclama à la Convention la création d'un tribunal révolutionnaire et d'une taxe de guerre. Carnot demanda aussi uconventioo l'envoi de quatre-vingtrdeux Commissaires dans les départements pour donner l'élan militaire au pays. Le mouvement devint irrésistible. Quinze mille enrôlements volontaires témoignèrent de l'énergie du peuple. Comme s'il eût voulu chercher partout des défenseurs pour la patrie, Danton fit décréter la mise en liberté des détenus pour dettes. Jean-Bon- Saint-André demande l'abolition de la contrainte par corps, sauf pour les débiteurs de l'Etat.

Cependant les Girondins, qui dirigeaient les votes de la majorité de TAssemblée, résistaient encore. Les pétitions se multipliaient. Les feuilles Girondines, rédigées par Brissot, Condorcet, Gorsas, prétendaient que le péril n'était point imminent et que cette agitation n'était qu'une coupable manœuvre Jacobine. Malgré une vive protestation de Lanjui • nais, la Convention décréta l'établissement d'un tribunal révolutionnaire sans appel (1). Le club

(4) Séance de la Convention, du 9 mars 4793.

I7W. des Jacobins fut calme. Mais pendant la nuit quelques agitateurs subalternes, tels que le polonais Lazouski, Foumier, dit raméricain, Varlet, Desfîeux et Gusman Tespagnol , Proly et Champion , qui faisaient partie d'une délégation irrégulière des sections tenant ses séances à Tévèché, se réunirent au café Corazza, où ils achevaient souvent la nuit en sortant des clubs. 11 formèrent de sinistres résolutions. Leur but était de profiter du désordre des esprits, d'exalter le peuple et la Montagne, de perdre les Girondins et d'entraîner la Convention dans leur chute. Us débutèrent par envoyer aux bureaux de la Chronique de Paris, aux imprimeries de Gorsas et 'de Fiévée des misérables qui brisèrent les presses. Les Girondins tirèrent parti de cet événement. La Convention décida qu'à l'avenir il faudrait opter entre la qualité de représentant du peuple et celle de journaliste. Paris ne bougeait pas; cependant les agitateurs couraient de section en section, cherchant inutilement des adhérents. Fournier, qui convoitait les fonctions de Santerre, les conduit à la Commune. La Commune résiste et prévient les sections.

Cependant la Convention avertie, et comprenant que Paris était avec elle, gardait une attitude iaipui8ioD fière et méprisante. Duhem et Gamon essayèrent donnée par yainemcut de jeter l'alarme, Robespierre et Danton

Danton aux me- «^ ? r

sures de salut étouffèrcut Iciir voix. « Vous u'avcz pas un instant ^ perdre, s'écria Danton. Faites partir vos commis-

public.

Page 1