DU 11 AODT AU 20 SEPTEMBRE
Dictature de la ùmmwu aprèt le iO oùûL — Rentré* au ppuvoir dés ministres jfkondins, — Crnnponfion du nouveau minislèi'e. — L'autorité di Pétion décline, — Actes énergiques de f Assemblée, — Activité de Robespierre après le iO août. — La Commune menace l'Assemblée, — L'échafaud sur la place du Carrousel, — La famille royale est transférée au Temple, — Arrestations en masse. — Sang froid et implacabilité de Danton. — ^ Etats des armées. — M. de Lafayette est déclaré traître à la patrie, — Défection de M. de Lafayette. — Le commandement en ekef est confié à Dumouriez, — Energie el fermeté de Dumouriez, — - Caractère universel de l'Assemblée nationale, — Prise de Longwy, — youvelles alarmantes. — Fête funèbre en commémoration du 40 août. •— L'Auemblée décrète l'arresttutùm du commandant de Umgwy, — La société des Jacobins prend Brutus pour patron. — RôU de la Cofflmiiii< de Paris après le 10 août. — Soupçons et méfiances du peuple. •— . Initiative de Danton. — Mesures rigoureuses de la Commune contre les suspects et les prêtres réfractaires. — Visites domiciliaires et arrestations. — Elections de Paris. — Faiblesse numérique des armées françaises. •— Les Girondins conseillent d^abandonner Paris. — Opposition de Dantou, — Dan/on veut effrayer les royalistes. — Le salut publie devient la suprême loi. — Préliminaires des journées de Septembre, — ^ Alarmes de la population de Paris. — Encombrement des prisons. — Pré' tendus complots. des prisonniers. — Appel aux armes lancé par la Coinmtffi«. — Les sections s'assemblent. — Danton conjure^ par son audace, le péril de la patrie. — Dévouement du peuple de Paris. — - Vergnioud clierche è détourner le m4)uvement terroriste. ^- Pétion et Manuel font entourer le Temple d'un ruban tricolore. — Attroupements aux abords des prisons. — Premier* massacres. — Les massacreurs à la prison de l'Abbaye et aux Carmes. — Envoi des commissaires à l'Abbaye. — Arrêté du Conseil de surveillance proposant un tribunal populaire, — Maillard préside le tribunal des massacreurs de l'Abbaye. — Exécutions
aux fambeaux. — Effroi et imfnùtiMce des eowmiaaku di iUu&mJbUe.
— La ùmmuM ordonne d''enUver Ut morts et de laver les prisons, — Les commissaires de la Commune font mettre en liberté les deltiers et tes femmes de la Force et de Saint^Pélagie, — Elw miUlaire de Paris pmdant les journées de Stftmhre, — Coiif iiiiMi(«oii des massacres. — JowT' gniac Saint-Meard devant le trU»tnal de Maitlard, — Mademoiselle de Cazotte sauve son père, — Dévouement filial de mademoiiielU de Sombrml,
— Madame de LamlnUle à la Petite-'Force, — Interrogatoire et meurtre de madame de Lambatle, — Profanations exercées sur le cadavre de modame de Lambatle» — La tête de madame de Lambatle est offerte aux regards du roi et de la reine, — Continuation des massacres. — Lettre de Roland à l'Àssemblfe sur les WMSsacres, — Sens politique des jour* nées de Septembre. — Impassibilité de Danton pendant les massacres. — Hérmme de Beaurepaire à la prise de Ferdim. — Inaction de l' Assemblée et de la Commune. — Règne sanglant de Moral, '^Domination du Comité de surveillance. — Circulaire de Marat. — Envoi de commissaires de Salut public dans les départements. -^Massacre des prisonniers d'Orléans. '— Evaluation du nombre des victimes. — Aspect de Paris après les journées de Septembre, — Ànarcltie et brigandage. — Querelle de Marat et de Danton. — Moral devient Cobjel de V exécration générale. — Le conseil général de la Commune dissout le Comité de surveillance. <-— Capttulntion de Longwy et de Verdun. — Plan d'invasion des armées ennemies.
— Audace et énergie de Dumouriez. — Dumouriex s'empare des dé/ilts de l'Argonne. — L'ennemi franchit le passage de la Croix -aux-Bois. — Faute et génie militaire de Dumouriez. — Mouvement des armées fran^ çaites. — Jonction des divers corps devant Valmg. — Les armées françaises font des deux côtés face à l^ennemi. — Embarras des troupes d'invasion. — Imprudence du roi de Prusse. — Bataille de Valmy. —
— Enthousiatme et solidité des volontaires français. •— Inutiles attaquH
du due de Brunswick. — Betraite des armées ennemies.
Le roi suspendu de ses fonctions, la Commune 1793. devenait par le fait maîtresse du pouvoir exécutif. '>»ciature de la
. Commune aprè*
Souverame à Pans, la France lui appartenait. On le 10 août. commençait à comprendre que si elle n'avait pas, dans la journée du 10 août, dispersé l'Assemblée nationale , c'est qu'elle avait besoin de donner à ses actes une sanction légale. Mais en votant, au bruit du canon, la suspension du pouvoir monarchique et
i6 HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
4793. le décret qui convoquait la Convention, l'Assemblée avait cédé à la force et prononcé sa propre abdication. Danton, qui présidait au bruit de la fusillade le conseil provisoire de la Commune, avait quitté son fauteuil pour rallier le peuple après l'attaque des suisses. Dans cette orageuse séance , la Commune avait brisé le faisceau de Tancienne autorité en destituant les hauts fonctionnaires , Tétat-major de la garde nationale , l'ancien conseil , les comités de sections. Les députations de la nouvelle Commune à l'Assemblée nationale se succédèrent du 1 au 11 avec une assiduité calculée. Le pouvoir, de fait, prenait ainsi une puissance légale qui lui manquait. L'Assemblée approuva tout , se borna à demander que, par une proclamation, la Commune rétablît l'ordre dans Paris. Cette proclamation marquait assez de quelle manière la Commune entendait administrer la chose publique en ces temps de péril. « Peuple souverain , disait-elle dans sa proclamation, suspends ta vengeance; la justice endormie reprendra aujourd'hui ses droits ; tous les coupables vont périr sur l'échafaud (1). » Elle ferma les barrières, suspendit les juges de paix, attribua leurs fonctions aux sections. Le directoire du département, qui primait hiérarchiquement la Commune, fut supprimé. On en fit un simple instrument administratif pour la perception de l'impôt dans Paris.
(4) Proclamation du 44 août 4792.
La Commune prit aussi un arrêté contre « les em- ni», poisonneurs de l'opinion publique (1). » Elle arrêta les journalistes monarchiens, supprima onze journaux, livra leurs presses aux journalistes patriotes. Marat s'en adjugea quatre, en compensation de celles que Lafayette lui avait fait enlever ou briser. Rentrée Une des conséquences du 1 apût fut de ramener ^ *" ^"^^*''
^ des ministre
au pouvoir les anciens ministres girondins, Roland, girondins. Servan, Clavière. Mais ainsi que l'ajustement fait remarquer M.' de Maistre, la Révolution étant admise, les Jacobins seuls pouvaient sauver la France. Le parti girondin , malgré ses talents et son dévouement, avaitprouvé son impuissance. Pour sauver la France, la classe moyenne était insuffisante. 11 fallait que la classe la plus nombreuse, celle du prolétariat, se levât et s'emparât du pouvoir par les mains de ses chefs. Les trois ministres que le composiuon du 1 août ramenait aux afPaires n'étaient déjà plus en situation. Roland fut mis à l'intérieur, Servan à la guerre, Clavière aux finances. On leur adjoignit trois collègues : un savant mathématicien , Monge , eut le portefeuille de la marine ; un grand travailleur, Lebrun , fut porté aux affaires étrangères. Et pour faire au parti populaire une indispensable concession , l'Assemblée , malgré la crainte et la répugnance que lui inspirait Danton , lui confia le ministère de la justice. Celui-là seul était lliomme
(1) Séance de la Ck)mmunc du \% août 479%.
nouveau ministèro.
1798. de la circonstance. 11 dit, en venant prêter serment : c Je prends, devant l'Assemblée nationale, l'engagement de protéger les hommes qui sont dans son enceinte; je marcherai à leur tête et je réponds d'eux (1). » Il se plaçait du premier coup, et avec son audace ordinaire, à la place qui lui convenait. Pétion , dans cette longue séance , parut deux fois à la barre de l'Assemblée. La Commune avait levé sa consigne. « Les amis du peuple viennent rendre aux amis du peuple l'ami du peuple (5tc), » dit un officier municipal en le présentant. Mais ces paroles flatteuses masquaient mal la déchéance de son au- L'autoritéde torité. Sou rôlc était fini. Comme Bailly, Pétion allait passer par toutes les phases décroissantes qui mènent de ta popularité au dédain et à la haine. Absorbé par le soin des subsistances , il laissait ta place à Robespierre , qui faisait partie de la nouvelle Commune, a Manuel, à Panis, à Sergent, et généralement aux Jacobins.
Un des premiers actes de T Assemblée, après la Acres suspension du pouvoir royal, avait été de donner force de loi aux décrets antérieurement rendus auxquels Louis XVI avait refusé sa sanction. La formation d'un camp sous Paris fut aussitôt résolue. Elle envoya aux armées et dans les départements des commissaires chargés d'exposer la situation, et de destituer les fonctionnaires et les généraux qui
(4) Séance de l'Assemblée nationale du 44 août 4*7912.
l'Âsseroblëe.
UVRB X 49
n'accepteraient pas les faits accomplis. Une nou- itm. Telle loi électorale pour la formation de la Convention nationale fut décrétée d'urgence. Elle décréta aussi la peine de mort contre quiconque se rendrait ; discuta la nomination d'un gouverneur pour le prince royal, établit le divorce. Les discussions étaient courtes, les résolutions promptes. Quoique l'Assemblée restât presque toujours en délibération, le temps lui échappait. Les séances étaient à chaque instant occupées par des députations de pétitionnaires, d'orateurs, de combattants , qui venaient, les uns haranguer TAssemblée sans objet bien précis , d'autres demander vengeance contre ceux qu'on nommait les conspirateurs du 1 août , le plus grand nombre pour déposer des objets précieux sur le bureau de l'Assemblée ou poiu: amener des prisonniers à la barre. Les chefs de parti et les originaux de la Révolution, depuis Danton, Robespierre, Pétion, Manuel, jusqu'à Anacharsis Clootz, l'orateur du genre humain , et Gonchon , l'orateur du faubourg Saint-Antoine, défilèrent les uns après les autres devant la barre de l'Assemblée. Parmi ces députations, on remarqua celle de la Commune provisoire, qui se fit précéder de trois bannières portant les mots Patrie , Liberté, Égalité, et dont l'orateur^ Huguenin, demanda, d'un ton qui ne souffrait pas de refus, une Convention et la dé- Activité ehéance du roi. Robespierre se présenta deux fois. Il "** '^^*^^*''* fut très-actif à la suite du 10 août, partageant son leioaoût.
4793. temps entre les Jacobins et la Commune , pressant la convocation de la Convention nationale , Tenym des commissaires aux années, réclamant la liberté pour les patriotes détenus, la punition des conspirateurs royalistes. Envoyé en députation à TAs^ semblée par la Commune, il insista fortement sur cette nécessité, et pour que la justice fût plus prompte, il réclama, au nom de ses collègues, Tabolition des deux degrés de juridiction et lia formation d'un tribunal criminel , composé de commissaires pris dans chaque section, et jugeant souverainement et sans appel. L'Assemblée sentait le pouvoir lui échapper. Les faits Tobligeaient d'ailleurs de suivre un mouvement révolutionnaire que répudiaient son caractère et son génie. Les massacres partiels continuaient. Des attroupements se formaient chaque jour aux portes de TÂbbaye, où étaient renfermés les suisses. Loin de* s'apaiser, le trouble augmentait. Le peuple, poussé par ses agitateurs , avait soif de vengeance. On parlait encore une fois de sonner le tocsin. La Commune ellemême, par l'organe de ses délégués, en menaça l'Assemblée. L'Assemblée dut céder. Elle décréta d'accusation Duportail, Duport-Dutertre, Bertrand de MoUevilIe, Montmorin, Tarbé, ainsi que Barnave et Alexandre Lameth, convaincus, par des notes trouvées au château, de connivence avec les anciens ministres.
Ces mesures étant insuffisantes, elle décréta la
La Commune
menace FAssemblée.
sur la place du Carrousel.
formation du tribunal criminel extraordinaire (1). 479s. Robespierre en fut nommé président, mais il refusa ces fonctions comme il avait autrefois refusé celles d'accusateur public, « ne pouvant, dit-il, être le juge de ceux dont il avait été Tadversairé. » On dressa la L'ëchafaud guillotine sur la place du Carrousel, lieu du crime. Le premier qui y monta, CoUinot d'Ângremont, fut exécuté aux flambeaux. IjC bourreau, montrant la tête au peuple, tomba de Téchafaud. Les anciens , dans cet accident, eussent vu un avertissement dea dieux. L'honnête Laporte, intendant de la liste ci^^ vile, fut la seconde victime. Ce vieillard monta sur l'écbafaud avec un courage simple et résigné, c Citoyens, dit-il, puisse le sang que je vais verser ramener dans l'empire la tranquillité et la paix et mettre un terme aux dissensions intestines. >
Le roi, sa famille, ses derniers amis, assistaient aux séances dans la loge du logographe, et rentraient le soir aux Feuillants. On les sépara, le samedi soir, après le souper, des cinq gentilshommes qui avaient jusqu'au bout brigue l'honneur de les servir. Ils furent arrêtés par décret de TÀssemblée. Leur noble conduite inspirait d'ailleurs de l'admiration à leurs adversaires eux-mêmes. Merlin (de Thionville), rencontrant dans un corridor de l'Assemblée le duc de Choiseul, lui dit : « Vous êtes toujours avec le roi? — Oui, je ne l'ai pas quitté et j'espère n'en être
(4) Décret du 47 août 4791
im. pas séparé. » Merlin lui prit la main, la lui serra cordialement en disant : • C'est bien 1 » Mais nul sentiment ne prévaut, on le sait, hélas ! devant les nécessités politiques. L'Assemblée avait d'abord désigné le Luxembourg, puis le ministère de la justice pour lieu de résidence de la famille royale. Manuel , au nom de la Commune , qui déclara sa responsabilité compromise, réclama contre cette La funiue royale décisiou. L'Âsscmbléc céda encore. La Commune ^ti'rempie. décida que le Temple serait affecté à la résidence du roi et de sa famille. Le 18, à trois heures, les infortunés firent leurs adieux à ceux de leurs amis qui purent pénétrer jusqu'à eux. Ils n'avaient ni argent ni linge. Chacun voulut leur offrir ce qu'il avait d'or. « Gardez votre portefeuille, Messieurs, dit la reine, vous en avez plus besoin que nous ; vous aurez, j'espère, plus longtemps à vivre. » Ce sacrifice était d'ailleurs inutile. L'Assemblée vota cinq cent mille francs pour l'entretien de la famille royale jusqu'à l'ouverture de la Convention. Ils partirent dans deux voitures. Manuel et Pétion *les escortèrent. Un grand déploiement de force armée, commandée par Sànterre , protégea le roi contre les fureurs de la populace. On creusa un fossé autour du Temple. Vingt-cinq hommes par section furent nommés pour former alternativement la garde intérieure qui fut fixée à cinquante hommes.
ArrestatioDâ La Communc multipliait les attributions de la en masse, police cu laissaut aux départements, districts et
municipalités, le soin de la sûreté publique. Un vaste 1702. système de dénonciations et d'arrestations résultait de cette mesure. La France se couvrit de comités de surveillance. Celui de la Commune de Paris eut pour chef Marat, qui, sorti de sa cave depuis le 1 août, se promenait armé dans les rues à la tète des fédérés. Ce comité se composait , outre Marat ^ de Duplain, Panis, Sergent, Lenfant, Jourdeuil, Deforgues, Leclerc, Dufort, Cailly. Chaque section eut aussi son comité. On pratiqua des arrestations en masse. La pétition des huit mille et celle des vingt mille servirent de base à ce travail d'inquisition révolutionnaire. L'Assemblée ne résistait même plus à l'ascendant de la Commune, qui exerçait une vé* ritable dictature insurrectionnelle. Sous l'inspiration du génie de Danton, elle entrait dans le système épouvantable à l'aide duquel cet homme d'Etat de la Terreur entreprit d'étonner et de vaincre les ennemis de la France. Conservant toute sa tète au saog froid milieu de tant de sujets de désolation et d'horreur, ^* j«»P»«»wiité
'> ' de Danton.
sans haine, sans envie, certain de laisser dans la postérité un effrayant souvenir de son passage sur la terre, il disait : « Périsse ma mémoire , pourvu que la France soit sauvée. » En temps ordinaire, de tels hommes n'eussent été que des monstres. Le péril de la patrie les' fit surgir comme les exécuteurs des hautes œuvres de la Providence. Les classes supérieures jamais ne leur pardonneront, mais le prolétariat devait leur conserver un culte secret.
1702. Les nouvelles qu'on recevait chaque jour des ar-
^ ^^\ mées expliquaient d'ailleurs la ris^ieur des mesures
désarmées. r t. o
prises par là Commune. La disposition de nos trois corps d'armée n'avait pas changé. Les lignes im-r menses qu'ils embrassaient^ leur longue inaction, la faiblesse du commandement, livré à des généraux impuissants comme le vieux Luckner et Biron, mal di8]x>sés comme Lafayette , inspiraient de Tort légitimes inquiétudes au gouvernement et au pays. La Révolution avait pourtant un général aux armées, Dumouriez ; mais, réduit au commandement d'un faible corps sous les ordres de Luckner, mal vu des généraux feuillants dont l'influence dominait, tout ce qu'il pouvait faire au camp de Maulde, où on l'avait laissé, était de tenir ses troupes en haleine par de fréquentes escarmouches. Lafayette ne songeait qu'à se rapprocher du roi. Il eût voulu quitter les Ardennes pour le Nord, et Luckner, qui n'était plus à la hauteur de sa responsabilité, céda. 11 partit pour Metz, suivi de sa division. Dumouriez refusa de le suivre. L'armée du duc de Saxe-Teschenrobli* geait de ne pas découvrir la frontière. Lafayette, qui pour sauver le roi exposait ainsi sa patrie, partit pour Sedan. Il y trouva les trois commissaires de l'Assemblée nationale, les traita en factieux, les fit incarcérer, ordonna à ses troupes de renouveler leur serment de fidélité au roi, à la loi, offirant ainsi à l'ennemi le spectacle de la plus désastreuse division. Dillon obéit à Lafayette. Dumouriez refusa
le serment au nom de son corps d'armée. A la non* 1793 velle de Vinsubordination de Lafayette, l'Assem^ "^ÎIS'" blée le déclara traître à la patrie (1), le décréta tmttre d'accusation, nomma de nouveaux commissaires, ^''p*^'^**
Les soldats dé Lafayette trouvèrent dans leur simple patriotisme un sentiment plus juste de la situation. Ils abandonnèrent un général faible et entêté qui, égaré par une générosité déplacée, oubliait que rien ne prévaut devant le salut de la patrie. Les autorités municipales des Ârdennes, qui avaient obéi à ses ordres, fléchirent. Dumouriez se déclara hautement pour la Révolution du 10 août. Le 20, Défection de Lafayette partit suivi de MM. de Lameth, La Tour- " ^*^»y^'^- Maubourg, Bureaux de Puzy et de quelques serviteurs, ne voulant priver l'armée d'aucun de ses soldats. Cette désertion coupable, quoique loyale, eut pour eux de fâcheuses conséquences. Ils furent injustement arrêtés comme prisonniers de guerre aux avant-postes autrichiens dans les Pays-Bais. On leur offrit la liberté à la condition qu'ils abjureraient leurs principes relativement à l'abolition de la noblesse; ils firent du moins au nom français et à la Révolution cet honneur de refuser la liberté a ce prix.
Dumouriez fut compris. On lui confia le com-- u conmmodemandement en chef des années échelonnées sur la ^^^^^^ frontière entré Metz et Dunkerque. Le vieux Luckner * Diunoune*.
(4) Séance du 49 août 1791
1792. fut réduit au rôle honorifique de généralissime, chargé d'organiser Tarmée de réserve. On pardonna au fougueux Dillon. Dumouriez laissa les généraux Beurnonville, Moreton et Duval avec trente mille hommes répartis entre Lille, Maubeuge et Maulde. Kellermann, qui remplaçait Luckner, occupa Metz avec vingt mille hommes ; Custine, Landau, avec quinze mille; Biron, l'Alsace, avec trente mille. Dumouriez prit à Sedan le commandement des vingttrois mille hommes de Lafayette et en releva l'esprit. C'était avec l'armée de Kellermann le seul obstacle ^ que dût rencontrer l'armée d'invasion qui s'avançait sur Longwy et s'y trouva le 20, croyant d'ailleurs, d'après les propos de l'émigration, faire jusqu'à Paris une vraie promenade militaire; Dumouriez se disposait à révolutionner la Belgique, quand l'un des commissaires de l'Assemblée, le brave Wester* mann lui apprit la reddition de Longwy , le bio- Energie eus de Thionville, et le siège de Verdun. Le 26, Duet fermeté de xsi{^\m^^ arrfvc à Sedan, trouve une armée hostile,
Dumouriez.
la dompte par son flegme, sa fermeté. Les généraux veulent se retirer derrière la Marne, attendre lé secours des armées échelonnées sur la frontière. Dumouriez, comme son ami Danton à Paris, jugea la situation d'un coup d'œil supérieur, il refusa énergiquement.
Cependant la nouvelle de ces désastres arrivait à Paris. Il y régnait un enthousiasme étrange : l'enthousiasme d'un peuple épris d'une grande et hu-
mainè pensée, menacé dans son intégrité nationale, dans sa vie et dans ses biens, et décidé à s'ensevelir sous les ruines de sa ville capitale, plutôt que de subir le joug de l'étranger. En même temps que l'Assemblée, en séance permanente, multipliait les décrets pour les mesures de défense, elle trouvait le temps de déférer le titre de citoyen français aux philosophes et aux réformateurs qui, chez les divers peuples, travaillaient de la plume ou de l'épée à l'affranchissement du genre humain; noble pensée au sein de tant de périls. Les lettres qui arrivaient de la frontière pouvaient se résumer d'un mot : des armes ! On avait saisi les chevaux de luxe; on proposa de s'emparer des fusils de chasse des cidevant nobles. Jean Debry voulait qu'on formât un corps de douze cents volontaires qui se dévoueraient à aller attaquer corps à corps les tyrans ennemis de la France.
I^ 26, à neuf heures du soir, Servan entra à l'Assemblée pendant la suspension de la séance. Une lettre de Luckner venait de lui apprendre la prise de Longwy, le siège de Thiônville. On s'assemble à la hâte, c Je demande, s'écrie Cambon, que l'Assem^blée décrète à l'instant la levée de trente mille hom* mes armés et équipés, pris dans le département de Paris et dans les départements voisins. » Il s'indi** gne ensuite contre le patriotisme de clocher , propose de reprendre les armes et l'uniforme de quiconque ne se rend pas à la frontière. Choudieu, au
Caractère universel de rAssemblëe nationale.
Prise
de Longwy.
NouTelles
alarmantes.
lion do 10 août.
5S HISTOIRE m SOIXANTE ANS
fTff. nom du Comité militaire, demande qu'on dirige la gendannerie nationale sur les points menacés. Toutes ces mesures sont adoptées. On adresse des proclamations au peuple. La punition des traîtres qui ont livré la ville est décrétée.
Fétornoèbre en Paris entier était encore debout. Il venait de célébrer une fête funèbre en Thonneur des patriotes morts en combattant le 4 aoât à la prise des Tuileries, à laquelle le peuple avait donné le nom de massacre de la Saint-Laurent. Les spectacles avaient été fermés pendant plusieurs jours après le 10 août, et lorsqu'ils s'étaient rouverts, le chant de la Marseillaise avait plus d'une fois interrompu les acteurs. Paris cette fois ne semblait pas pouvoir rentrer dans le calme et reprendre ses travaux et ses plaisirs. U ne pouvait songer à d'autre travail qu'à forger des armes. Il lui fallait une fête à la hauteur de ses émotions. Sergent en fut l'ordonnateur. Elle eut lieu dans le jardin des Tuileries, en face du palais, noir encore de poudre et constellé de balles. Le génie de la vengeance semblait en avoir inspiré le sombre caractère. Les inscriptions des bannières rappelaient les massacres de Nancy, de Nîmes , de Montauban, delà Chapelle, de Carpentras, du camp de la fédération, etc. Sur un drapeau, on lisait : « Silence j ils reposent. » Sur un autre : c Pleurez^ épotisesj mères et soeiars, la perte des victimes immolées par les traîtres : nous jurons, nous , de les venger. » Sur un troisième : « Le peuple a des lois ven-
geresses. » Ce lugubre cortège parcourut Paris, ses itm. carrefours, ses boulevarts, ses places publiques, et arriva au jardin des Tuileries à neuf heures du soir devant un tombeau pyramidal entouré de quatre chapelles dont les flammes pâles éclairaient la nuit. Une marche des morts composée par Gos* sec se fit entendre. Entre l'amphithéâtre et Torchestre s'élevait une tribune aux harangues. Chénier y prononça un discours dont le grand et poétique langage acheva d'exalter le peuple.
II est aisé de se figurer Teffet que dut produire sur ime population ainsi disposée la nouvelle de la prise de Longwy. La haine contre le roi et les royalistes qu'on croyait d'accord avec l'étranger redoubla. L'Assemblée décréta l'arrestation de La- L'AsMmbiée vergne, commandant de Longwy. Le peuple se plai- y^^^^j, gnit des lenteurs de la procédure de la haute cour d» commandant d'Orléans, devant laquelle comparaissait Delessart, ^* ^"8^ex-ministre des relations extérieures, et plusieurs autres ministres et hauts fonctionnaires. Lç tribu-< nal extraordinaire, malgré la rapidité de ses jugements ne suffisait pas à apaiser la colère du peuple. La terreur se mèl|dt à la vengeance. En frappant les royalistes, le peuple croyait assurer son repos. II accusait de mollesse l'Assemblée nationale qui, pressée ainsi entre les assemblées jacobines et la Commune de Paris était réduite à rendre les décrets que ces deux puissances lui imposaient. Le soir où l'on apprit la reddition de Longwy, un buste de
1793. Br utils fut apporté aux Jacobins. « Nous devons tous jurer, s'écria Manuel, et j'en fais le premier le serment : à quelque poste que je me trouve placé, tous mes efforts seront dirigés vers ce but important u société des de purger la terre du fléau de la ro^^auté. U fut ^^^Bratus'*"^ décidé que Ton graverait sur le socle du buste ; pour patron. « La sodété mère a pris Brutm pour son patron (1 ) . » On ne doit point oublier , lorsqu'on rencontre ces violentes formules , que Paris et la France entière se trouvaient dans un état véritablement extraordinaire dont les plus terribles insurrections n'ont pu de nos jours donner Vidée. La France entière devenait un camp et un arsenal. Elle contrac* Rôle tait les mœurs de la guerre. La Commune avait pris ** ae^ariT'*"^ ®" ^^^^ "^® ^^^^ ^^ dictature qu'elle exerçait dans après le 10 août. CCS jours difficiles avec une rigueur draconienne, ^ mais en même temps avec une activité et une intel-
ligence admirables, prenant quelquefois cent arrêtés en un jour, ayant l'œil à tout, pourvoyant à tout, écoutant tous les avis, entretenant sur les places publiques une sorte de fêle patriotique et militaire permanente pour les enrôlements volontaires, forgeant des piques avec le fer des grilles des palais, fondant des canons avec les statues et les crucifix, de la monnaie avec les cloches d'églises et les candélabres d'argent. Tous ces ^rrêtés concouraient à un même but : le salut de la patrie. Devant
(4) Séance du club des Jacobins du 27 août 4792.
ce but suprême les lois de rhumanité furent ou- «tu. bliées. Le conseil général de la Commune appuya la motion de Merlin (de Tbionville) proposant de garder en otage, dans des maisons de sûreté, les femmes et les enfants des émigrés.
On devait aller plus loin encore. La Commune en séance permanente, délibérant en armes^ mangeant aux frais de la ville, au palais même de la municipalité, vivait d'une existence à part, comme le soldat sur le rempart d'une ville assiégée. Ce fut dans le sentiment de cette situation extraordinaire , qu'elle remplaça dans la correspondance officielle le mot monsieur par celui de citoyen (1) , et data ses actes des mots : « An IV de la liberté, an /*' de V égalité (2). » Le peuple assistait en armes du haut des tribunes. Et pour donner à ses délibérations un caractère de publicité plus complet» elle eut un moment la pensée d'élever à Marat une tribune particulière afin qu'il rédigeât le journal de ses séances. Dans une ville assiégée, les passions politiques dégénèrent souvent en fureur. Paris, but des armées coalisées, différait à peine d'une ville investie. Et quand cette noble cité se préparait à la résistance, elle s'apercevait avec rage que, malgré les promesses des anciens pouvoirs, le pays se trouvait dépourvu d'armes, de munitions et d'approvisionnements. La multitude des documents trouvés aux
(4) Arrêté du 24 août 4792.
(2) Arrêté du 43 août.
Soupçons et méfiances du peuple.
Initiative de Danton.
Tuileries et chez les airciens ministres, publiés, reproduits, commentés, ne prouvaient que trop les coupables connivences de la cour avec les puissances étrangères. Lés commissaires préposés à la surveillance de la famille royale, dans la cour du Temple, déclaraient que Louis XVI conservait le calme d'un homme qui attend son salut d'une intervention décisive. Ils ajoutaient qu'ils étaient obligés d'exercer la plus active surveillance pour l'empêcher de communiquer avec ses agents du dehors. Bref le peuple voyait des traîtres partout et n'attribuait qu'à de lâches complicités la reddition de Longwy. Lorsqu'on sut que deux régiments de Biron étaient passés à l'ennemi , que Verdun était assiégé, l'exaspération du peuple ne connut plus de bornés.
L'homme d'Etat de cette crise épouvantable, Danton, ministre de la justice et maître du Conseil des ministres, tantôt par l'entraînement de sa parole, tantôt par l'effroi qu'il inspirait à ses collègues, Danton qui sentait battre dans Paris le cœur de la France et qui voyait la patrie perdue le jour où, écoutant les avis de la Gironde, elle eût reculé vers le Sud, Danton se leva, résolu de montrer aux ennemis de la France un front plus épouvantable que l'antique Méduse. 11 parut à la Commune dans la séance du 29 août, proposa d'enrôler et de solder tous les indigents en état de porter les armes. A l'aide des pétitions contre le 21 juin et pour le
UVRB X
camp sous Paris , qui offraient un total de vingtrhuit mille signatures, il proposa de faire une grande épuration parmi les suspects. Serait considéré comme suspect, et arrêté, quiconque ferait une déclaration inexacte du nombre de ses armes, ou se trouverait absent de son domicile à Thwre des visites domiciliaires.
L'Assemblée nationale, il faut le remarquer, avait elle-même fourni le prétexte de cette mesure en décrétant le désarmement de tous les suspects. Les commissaires de section, chargés de ces visites, devaient apposer les scellés sur les appartements des absents, fermer et cadenasser les maisons où ils ne rencontreraient personne. La circulation cesserait après le rappel et chacun devait la nuit éclairer ses fenêtres. Dans la banlieue on devait faire des battues sur les chemins et dans les champs. La commune arrêta en outre que tout prêtre insermenté qui dans les huit jours n'aurait pas obéi à la loi serait, conformément au décret de rassemblée nationale (1), transporté à la Guyane. Un passeport était délivré toutefois à ceux qui, dans les vingt-quatre heures, donnaient leur nom, leur signalement et le lieu qu'ils auraient choisi pour retraite. Un asile à Port-Royal et à l'Observatoire était ouvert aux prêtres vieillards et infirmes. Une commission de cinq membres, dont faisaient partie Chaumette et
Mesures
rigottreuses
de la Commane
contre
les suspects
et les prêtres
réfractaires.
(4) Décret du 16.
ira. Huguenin , devait interroger les citoyens arrêtés et désigner le lieu de leur détention (1). T^ tribunal extraordinaire, qui chaque jour envoyait des condamnés à Téchafaud, suspendit son audience permanente.
Les ordres furent transmis aux chefs de section. On ferma les barrières. A quatre heures la générale battit. Piétons, chevaux et voitures disparurent. Les boutiques se fermèrent. Le silence régna bientôt dans les rues pleines de soleil. Des barques chargées d'hommes armés gardaient la rivière à son entrée et à sa sortie. Des sentinelles veillaient aux
Visites angles de^ rues. Des patrouilles d'une soixantaine d'hommes à piques, précédées d'un commissaire de section , procédaient aux visites domiciliaires. Durant toute la nuit on entendit le bruit des portes qui résonnaient sous les coups de ces hommes, leurs jurons, les plaintes des gens qu'on arrêtait. Un sourd bourdonnement s'échappait des cabarets. A six heures du matin, Paris sortit soudain de sa léthargie. L'œuvre était accomplie. On avait pris deux mille fusils, arrêté environ douze mille personnes. Conduites au comité de leur section, on les transféra ensuite à l'Hôtel-de-Ville où des membres du comité les interrogeaient tour à tour, tandis que les autres, étendus sur des banquettes, succombaient au sommeil et à la fatigue de plusieurs nuits et de
{\) Séance de la Commune de Paris du 29 août il9t.
domiciliaires et airestatioos.
Paria.
leurs travaux. La moitié environ des suspects fut «m. remise en liberté.
Aucun doute sur l'esprit réel de la population dans ces terribles journées n'est permis aujourd'hui.Ces mesures extrêmes, qui soulèvent d'horreur et de pitié le cœur de l'historien, étaient conformes aux sentiments de Paris menacé. On en peut voir la Eieciioi».de preuve dans le résultat des élections pour la Convention qui commencèrent le 27 août. Quoique ces élections fussent encore à deux degrés, le chef des Jacobins, membre de la Commune, Robespierre, fut le premier élu. Danton, l'homme d'action de ceç journées sanglantes^ fut aussi nommé par Paris. Camille Desmoulins, dont la plume était un glaive, Carra l'un des membres du Comité insurrectionnel du 10 août, Collot-d'Herbois, Thuriol, obtinrent les suffrages du peuple. Marat, lui-même, l'inspirateur et le véritable chef de ce teri^ible Comité de surveillance de la Commune qui chaque jour envoyait au tribunal extraordinaire tant de proies pour Téchafaud, Marat fut nommé député de Paris. Et il n'y eut point de méprise dans ce vote, c Marat devait faire partie de là Convention nationale, litron dans le n** CLXIV des Révolutions de Paris^ comme on jette un morceau de levain dans la pâte pour en faire du bon pain. »
Au Comité de Défense générale comme à la Commune^ Danton poursuivit la même pensée d'imposer par la terreur aux ennemis de l'intérieur et du
Faiblesse
numérique des
années
françaises.
I^es Girondins
conseillent
d'abandonner
Paris.
Opposition de Danton.
dehors. Ce comité, nommé par l'Assemblée, délibéra avec le conseil exécutif et en présence d'un grand nombre de représentants du peuple. L'idée girondine revint encore dans la discussion. Elle fut mise en avant par le général Servan, qui ne croyait pas nos armées en état de résister. D'après le Montleur du 23 août, dont les chiffres sont au-dessous de la vérité, l'état des forces combinées de l'Autriche , de la Prusse et des émigrés offrait un total de 206,582 hommes. La France ne pouvait opposer à ces forces que 93,000 hommes sans discipline et disséminés sur une frontière immense : quant aux 35,000 hommes de Tarmée du midi , il était impossible qu'ils fussent en mesure de porter secours aux armées du nord. Servan ne pouvait se persuader que Dumouriez sût, avec 23,000 hommes, arrêter l'armée du duc de Brunswick. De l'idée d'abandonner la frontière pour couvrir Paris, à celle de se retirer derrière la Loire, il n'y avait pas loin. Un principe étant admis, les conséquences ne s'en font pas attendre. Deux girondins, dont le patriotisme ou le génie politique dépassaient celui de leur parti, Guadet et Vergniaud, ne partageaient pas cette opinion. Elle fut attaquée de front par Danton : ce C'est dans Paris qu'il faut se maintenir par tous les moyens; je ne puis adopter le plan qui tend à vous en éloigner. Le second projet ne me paraît pas meilleur. Il est impossible de songer à combattre sous les murs de la capitale : le 1 août
a divisé la France en deux partis, dont Tim est im.
attaché à la royauté, et l'autre \eut la république.
Celui-Kîi, dont vous ne pouvez vous dissimuler Tex-
trême minorité dans TEtat, est le seul sur lequel
vous puissiez compter pour combattre. L'autre se
refusera à marcher ; il agitera Paris en faveur de
l'étranger, tandis que vos défenseurs, placés entre
deux feux, se feront tuer pour le repousser. S'ils
succombent, comme cela ne me paraît pas douteux,
la perte de la France et la vôtre sont certaines ; si ,
contre toute attente, ils reviennent vainqueurs de
la coalition , cette victoire sera encore une défaite
pour vous , car elle vous aura coûté des milliers de
braves, tandis que les royalistes, plus nombreux
que vous , n'auront rien perdu de leur force et de
leur influence. Mon avis est que, pour déconcerter Danton
leurs mesures et arrêter l'ennemi, il faut faire peur ''^^^^y^'' ^^
' * royalistes.
aux royalistes. »
Danton découvrait ici une partie de Tefifroyable pensée qu'il couvait impassiblement depuis plusieurs jours. Bien qu'il ne formulât aucune proposition, l'énergie sinistre et contenue de son visage et de son geste fut comprise. On se tut. Plusieurs avaient pâli. Lui, que rien n'étonnait, insista: € Oui, vous dis-je, il faut faire peur aux royalistes. » Nul ne se sentit le courage de rompre le silence. On se sépara , l'esprit courbé sous l'anxiété des épouvantables événements que présageaient de telles paroles. Ce qui rendait Danton plus terrible peut-
1792. être, c'est qu'on le savait incapable d'agir par un sentiment de haine et de férocité. Il comprit que rien n'arrêterait la fureur du peuple de Paris contre les royalistes 9 pesa ce que coûteraient à la France les vengeances de la monarchie et de l'étranger victorieux, jugea sa situation d'une vue nette, comprit que le destin lui avait, dans la Révolution , donné cette étrange part de porter la responsabilité de l'acte le plus monstrueux de cette sanglante époque, et accepta résolument, froidement son rôle. 11 s'é- Le salut public Icva au-dcssus des lois de la morale et de l'humadevient j^jj^ ^ ^^^^ moralc et cette humanité de la guerre
la suprême loi. -"^ *-'
et de la politique qui fait du salut public la loi suprême.
Nulle trace du lieu et de l'heure où furent décidées les mesures prévôtales du lendemain ne subsiste. On pourrait même prétendre qu'elles se produisirent spontanément, par des causes occasionnelles, si quelques incidents significatifs n'indiquaient pas qu'une pensée dirigeante prépara et Préliminaires couduisit ccttc horriblc affaire. Depuis quelque des journées de femps dcs résolutious cxtrêmcs, telles qu'en font
Septembre. ^ ^ ^ ^ i
naître les périls éminents, avaient été agitées à la Commune. Marat y avait parlé d'une dictature de trois jours pendant lesquels on eût exterminé les aristocrates. Panis, Sergent, Duplaîn et Jourdeuil, membres du Comité de surveillance, « vu la crise des circonstances, » s'étaient adjoint Marat, Deforgues, Lenfant, Guermeur, Leclerc et Durfort. Dan-
ton eut, la nuit du 1*' au 2 septembre, une entrevue 4793. avec les membres du Comité de surveillance. Sans en produire une preuve positive, la plupart des historiens s'accordent à rapporter que le Comité se mit en rapport avec l'huissier Maillard, qu'on a déjà vu à la prise de la Bastille et à Versailles , aux journées d'octobre 1 789, à la tête des femmes révoltées. Maillard, d'après cette version, aurait reçu ordre de tenir prêts les meurtriers, les armes, des balais, de la chaux et des voitures, pour effacer le sang et emporter les cadavres.
Quoi qu'il en soit , des bruits sinistres commen- Alarmes cèrent à se répandre. Madame Fausse-Landry, qui *^* ^^e^aris*''^" voulait se constituer prisonnière afin de partager la captivité de son oncle, reçut de Sergent cette réponse: « Vous faites une imprudence; les prisons ne sont pas sûres. » On parla d'un massacre général des prisonniers royalistes, qu'on supposait d'accord avec l'étranger et disposés à se répandre dans Paris la nuit suivante pour enlever le roi, égorger le peuple et ouvrir à l'ennemi les portes de la ville. Depuis la veille les prisons regorgeaient de suspects. L'imagination d'un peuple en alarmes en exagérait Encombrement le nombre. Un condamné à dix ans de fers et à l'ex- ^*^7"^"^-
Prétendus
position, cria du haut du pilori : < Vivent les étran- complots des gers, vivent nos libérateurs, vive le roi, vive la p"^"°'*" reine, vive Lafayette ! » Les guichetiers du Châtelet déclarèrent que les prisonniers avaient, pendant la nuit, crié : « Vivent les Autrichiens !» A la section
1793. des Postes, les prisonniers furent accusés de trahison. On prit, à la section Poissonnière, un arrêté qui vouait à la mort les prêtres et les suspects des prisons d'Orléans et de Paris. La section du Luxembourg prit un semblable arrêté et le fit porter à la Commune par trois commissaires. En même temps que s'accréditait le prétendu complot des prisons, la municipalité autorisait les geôliers à ne rien refuser aux prisonniers de ce qu'ils demanderaient pour leurs repas. Le Comité de surveillance interrogea plus amplement les suspects douteux. Un grand nombre de prisonniers furent mis en liberté. On faisait aussi de nouvelles arrestations. Tout prouvait qu'une pensée d'épuration présidait à ce mouvement des prisons. La résolution d'en finir ^ réso— lution que nous verrons reparaître à toutes les époques critiques de ces annales de soixante ans , se fortifiait d'heure en heure, à chaque incident qui augmentait, pour ainsi parler, le passif de la situation.
Le peuple se plaignait des lenteurs de la haute cour d'Orléans et du tribunal extraordinaire. M. de Montmorin, de Fontainebleau, ayant été acquitté, on le confondit avec M. de Montmorin, l'ancien ministre, que l'Assemblée législative venait de mettre à la disposition du tribunal après un long interrogatoire. Il y eut une émeute à propos de cette méprise.
L'horrible événement qui se préparait avait en-
core un sens très-clair. Il devait décider qui Tem- «792. porterait de la Commune ou de TAssemblée. L'Assemblée venait de décréter que dans les vingt-quatre heures les sections seraient mises en demeure de nommer un conseil général. La pensée de terrasser l'Assemblée dut alors entrer dans l'esprit des hommes de la Commune , jaloux de conserver la dictature du 1 août. Thuriot avait offert une transaction à propos de la proposition qui cassait la Commune. Elle fut inutile.
La haine et la terreur grandirent dans la journée du 4®' septembre. Le 2, qui était un dimanche, le peuple inonda les rues et les places publiques. On craignait non-seulement l'ennemi du dehors et les conspirateurs de l'intérieur, mais encore la disette. Une circulaire de Roland, déjà en voie d'impopularité, attribuait à ces mêmes conspirateurs la crise des subsistances. Vers deux heures, le conseil général de la Commune accrut avec un art implacable le trouble et l'excitation des esprits. Il fit afficher un arrêté qui commençait par ces mots : « Citoyens, aux armes I l'ennemi est à nos portes! » Appeuux armes Les nouvelles désastreuses relatives au siège de Verdun y étaient confirmées. Le conseil ordonnait la fermeture des barrières, la réquisition des chevaux, la remise des armes de la part des vieillards, des infirmes et des suspects, l'envoi de vingt-quatre commissaires aux armées et dans les départements. Cet arrêté était signé Huguenin, président, et
lancé par la Commune.
I^esseetioos s'afifiemMent.
n HISTOIRE UE SOIXANTE ANS
I79S. Tallîen , sécrétai re-greffi^. Le eaoon d'alarme toDoa, le tocsin retentit à tous les clochers, la générale battit dans toutes les mes. Les sectionnaires s'assemblaient en même temps, laissant le Comité de surveillance dans un redoutable isolement. On dételait les Toitures rencontrées sur la voie publique. Une parole sinistre circulait : « qu'il ne reste ici derrière nous aucun de nos ennemis qui, profitant de nos revers, frapperait nos femmes et nos enfants. ■ DaoïoD coojare, Âu bruit du cduon et des tambours, Danton mi-
^J . nistre de la justice, arrive à l'Assemblée nationale.
son audace^ le ** '
péril « Vous sarez, s'écrie-t-il, que Verdun n'est pas
de la patrie. ' j n * i
encore au pouvoir de 1 ennemi ; vous sav^ que la garnison a juré d'immoler le premier qui proposerait de se rendre. Une partie du peuple va courir aux frontières, une autre va creuser des retranchements, et la troisième, avec des piques, défendra l'intérieur de nos villes. Paris va seconder ces grands efforts... Que quiconque refusera de servir de sa personne ou de remettre ses armes soit puni de mort. . . Le tocsin que vous entendez n'est point le canon d'alarme, c'est le pas de charge sur nos ennemis. Pour les vaincre , pour les atterrer, que faut-il? de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace, et la France est sauvée. » 11 regardait en ce moment l'Assemblée comme un poste militaire et • se considérait comme un général en chef, résolu à faire du canon la dernière raison des peuples contre
UVRB X
peuple do Paris.
les i:pis. L'Assemblée, sur la demande de son président, Lacroix, convertit en deux décrets les propositions de Danton. Chose digne de remarque, au Dévouement d« milieu de ces agitations, une foule de dons patrie* tiques, touchants dans leur simplicité, étaient offerts à l'Assemblée; et tandis que tel citoyen vouait Tun ses armes, l'autre sa fortune, tel sa vie au service de la patrie , déjà le sang coulait et l'horrible massacre s'accomplissait.
Aux termes de l'arrêté de la Commune, tous les citoyens décidés à marcher contre Tennemi devaient se grouper au Champ-de-Mars et partir le lendemain pour la frontière. Yergniaud, dans la séance du matin, avait enflammé l'ardeur des volontaires, les mettant en garde contre les terreurs paniques en donnant à Longvsry la qualification flétrissante de ville des lâches. « Parisiens, s'était-il écrié, c'est aujourd'hui qu'il faut déployer une grande énergie! Pourquoi les retranchements du camp ne sont-ils pas plus avancés? Où sont les bêches, les pioches qui ont élevé l'autel de la Fédération et nivelé le Champ-de-Mars? Vous avez manifesté une grande ardeur pour les fêtes ; sans doute vous n'en miontrerez pas moins pour les combats: vous av^ chanté, célébré la liberté; il faut la défendre. » Vainement essayait-il ainsi d'éloigner de Paris le péril qui le menaçait. Le mouvement terroriste était imprimé. Il n'était plus temps de l'arrêter. Les familles des prisonniers, frappées
Vergniaud cberdio à détourner le mouTciDont
terroriste.
fm. d'épouvante, savaient que ce mouvement mil\^re serait accompagné d'effroyables mesures administratives. Les Girondins, sauf peut-être Grangeneuve et Brissot, n'ignoraient point les complots qui se tramaient : puissants à l'Assemblée et au ministère, ils ne firent rien pour y mettre obstacle. Aux prisons, l'attitude consternée des geôliers épouvantait les prisonniers.
Danton ayant accompli ce qu'il croyait être sa mission , se livrait à sa générosité naturelle en accordant toutes les mises en liberté qu'on lui demandait, même celles de ses ennemis personnels. Manuel sauva deux membres de la famille La Trémouille. Marat lui-même protégea quelques personnes. Au donjon du Temple la famille royale dut se demander, en entendant le canon, si Brunswick arrivait enfin , ou si la dernière heure était venue pour elle. Vainement interrogeait*elle ses gardiens; ils avaient ordre de ne point répondre. La multitude affluait pétion autour de la prison. Craignant qu'on ne la forçât, et Manuel font pétiou ct Mauuel la firent entower de trois rubans
entourer
le Temple d'un tricolorcs auxqucls était suspendue cette inscription : « Citoyens, vous qui à une juste vengeance savez allier l'amour de l'ordre, respectez cette barrière : elle est nécessaire à notre surveillance et à notre responsabilité. » Le conseil exécutif formé, on le sait, de la réunion des ministres, s'assembla au ministère de la marine. Danton s'y rendit, mais il alla d'abord au Champ-de-Mars , suivi d'une foule
ruban tricolore.
immense, haranguer les volontaires. Il attendit en- irw. suite le fruit amer des semences qu'il venait de ré«pandre : la dictature du ministère, c'est-â-dire la sienne propre.
Depuis le matin, des attroupements s'étaient for- Attroupcmente