‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 41 sur 57 · LIVRE xm · texte numérisé non relu

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laisser Tarmée française opérer sa retraite. De nou- «tm. vellés entrevues eurent lieu. L'armée française tra^ versa Bruxelles, Halle, Enghien. Le 27 à Âth, Dumouriez prit ses dernières mesures avec le colonel Maek. -

La Convration apprit le 21 la défaite de Neervnnden. Elle doutait encore de Tétendue et de ia cause de ce malheur. Marat, qui avait le génie de la méfiance, accusa hautement Dumouriez de trahison. On le hua. La Convention se borna à décréter la mort contre tout individu déclaré rebelle, sur simple déposition de deux témoins; la mort et la confiscation contre les prêtres et nobles complices d'une révolte. Elle décréta aussi lé désarmement des suspects, la formation de comités de surveil* lance dans toutes les sections de la République. Le gouvernement prit ces formes redoutables et expéditives qui devaient sauver la patrie, et laisser dans les âmes, à travers tant d'années écoulées, un sentiment d'horreur et d'épouvante . En même temps, u convenuon trois nouveaux Commissaires, Proly, fils naturel du , ^•i'^"^«'^

^ ^ ' les intentions

prince de Kaunitz, Pereyra et Dubuisson, furent de Dumouriez. envoyés par le ministre Lebrun auprès de Dumou-r riez pour sonder ses intentions.

Ils le rencontrèrent à Tournay. Us trouvèrent près de lui le duc de Chartres, sa sœur, et madame de Genlis. Les moyens diplomatiques furent superflus. Dumouriez, avec une forfanterie inouïe, insulta la Convention, déclara que dût-on l'appeler César,

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4793. Cromwell ou M onck, il sauverait la France à laquelle

il fallait un roi, que ce roi se nommât Louis ou Jaco-

bus... — « ou Philippus, » articula Proly. Dumou-

Avrii 1793. i*îcz s'emporta, déclara que son armée serait l'armée

Menaces (jgg Mameliicks^ ct qu'avec douze mille hommes il ré-

de Domouriez i » » n - i». » «^ ••

conti« Paris, ouirait Paris en huit jours. Les trois Commissaires envoyèrent à la Convention un rapport qui reproduisait les termes de cet entretien. La lecture de ce rapport (1) amena une discussion violente. Les Girondins étaient dans un état d'irritation extrême. Ils venaient d'apprendre que sur l'ordre du Comité de surveillance, on avait arrêté plusieurs citoyens soupçonnés de complicité avec Dumouriez. I..es scellés avaient même été mis sur les papiers de Roland. Les Girondins, blessés dans leur orgueil, menacés dans leur sécurité, attribuèrent à Danton l'acte audacieux du Comité de surveillance.

Dès que Robespierre eut den^ndé que la discussion s'ouvrît, Penière prit la parole et rappela que la lettre de Dumouriez n'avait pas été lue à l'Assemblée, parce que Lacroix et Danton avaient offert de se rendre en Belgique et d'amener Dumouriez à une rétractation. Il ajouta que de retour à Paris, Danton ne s'était présenté ni à l'Assemblée ni au Comité. Danton interpellé se justifia déclarant qu'il trouvait étrange que ceux-là même qu'accusait Du* mouriez fussent accusés de le protéger. <f Nous avons

(4) Séance du <•» avril 4793.

fait notre devoir, dit-il, et j'appelle sur ma tête toutes iras, les dénonciations, sûr que ma tète loin de tomber, sera la tête de Médusé qui fera trembler les aristocrates. » Lasource, prêtre protestant du Languedoc, Lasourçe honnête homme, mais violent, parut alors à la tri- *'*^"'' ^*^° bune et déclara qu'il allait dire franchement sa pensée sur Lacroix et sur Danton. Selon lui Dumouriez avait formé un plan pour le rétablissement de la royauté. Il avait eu des complices, notamment Lacroix et Danton qui, en faisant valoir Dumouriez, en exagérant les dangers de la patrie, en menaçant Paris d'une nouvelle insurrectiod, en criant sans cesse contre la faction des hommes d'Etat, préparait à Dumouriez le prétexte d'une intervention armée. Lasource demandait en conséquence un examen sévère de la conduite de Dumouriez, l'arrestation des citoyens Egalité et Sillery, la nomination d'une commission pour rendre compte des opérations de Danton et de ses collègues en Belgique. Il voulait aussi que le tribunal révolutionnaire fonctionnât plus activement et rendît compte tous les trois jours des procès jugés et en cours d'instruction. « Souvenez-vous, dit-il, que le peuple veut la justice. Il a vu assez longtemps le Capitole et le trône, il veut voir maintenant la roche Tarpéienne et l'échafaud. » Il demanda en outre l'envoi du procès- verbal et d'une adresse aux départements et aux armées. « Je demande enfin, dit-il eh terminant, que chacun de nous prenne l'engagement de donner la mort à celui

de Danton.

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ms. qui tenterait de se faire roi ou dictateur! » Des cris et des applaudissements accueillirent cette motion. L'Assemblée entière répéta le serment.

Danton écoutait muet, indigné. La colère montait et grondait sourdement dans son âme. Birotteau s'étant élancé à la tribune et déclarant que Fabre d'Eglantine, Tun des partisans de Danton, avait, à mots couverts, proposé un roi, Danton

Réponse boudit. « C'cst uuc scélératcsBC 1 s'écria-t-il, vous avez pris la défense du roi et vous voulez rejeter vos crimes "sur nous. — L'explication qu'on provoque doit perdre la République , interrompit Delmas au nom du Comité de salut public. » Sur sa proposition, l'examen des faits est unanimement renvoyé à une commission. Ce vote semblait condamner Danton au silence. 11 somme Cambon de s'expliquer sur 1 00,000 écus qui lui ont été remis ainsi qu'à son collègue Lacroix. Cambon le couvre de sa probité. On insistait pour le renvoi à la commission. La gauche regardait Dantoaqui retournait à sa place. Tout à coup, il s'élance à la tribune et de sa voix formidable : « Citoyens, qui êtes placés à cette Montagne, vous avez mieux jugé que moi... vous m'accusiez de faiblesse; vous aviez raison, je le reconnais devant la France entière. Nous, faits pour dénoncer ceux qui, par impéritie ou scélmtesse, ont constamment voulu que le tyran échappât au glaive de la loi. . . — Oui ! oui ! » s'écrient un grand nombre de membres. Habile jusque dans

la Giroode.

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la colère, Danton déchaînait la fureur contre la 47w. droite tout en donnant des gages à la gauche dont sa modération le séparait depuis quelque temps.

S'abandonnant alors à toute l'amertume de son indignation contre ses calomniateurs, il s'efforça de démontrer que Lasource ne pouvait pas être de bonne foi, et prouva que son rapport sur Dumouriez était identique avec celui de Camus. 11 prit en- u rompt avec suite la Gironde corps à corps, se défendant en attaquant et défendant Lacroix aussi chaleureusement qu'il se défendait lui-même; il rappela les idées de fédéralisme des Girondins, leurs: attaques contre Paris, leur projet de garde départementaire, leurs ménagements pour le roi , les traitant de lâches et de stupides. Et si, dans cette énumération, il oubliait quelque chose, Marat, avec une joie satanique, le rappelait d'un mot, d'un cri. « Et leurs petits soupers 1 s'écria-t-il. — Il n'y a que ceux qui ont fait des soupers clandestins avec DumoUriez. . ., reprenait Danton. — Lasource on était I... Je dénoncerai tous les traîtres I interrompait Marat. — Que Dumouriez produise une seule ligne de moi, poursuivait Danton , et je livre ma tête. — U y a les lettres de Gensonné, criait Marat. « Et quand le mot de fédéralisme tomba dés lèvres du tribun, Marat, furieux, se tournant vers la droite : « Non, vous ne parviendrez pas à égorger la patrie I » Danton, rappelant le projet des Girondins d'armer la fureur populaire contre les Jacobins et disant :

im. « 11 n'y a que les patriotes qu'on égorge. » Marat lança deux noms : « Lepelletier et Léonard Bourdon. » La passion débordait à la fois dés lèvres du tribun et du cœur de ceux qui Técoutaient. Une voix ayant prononcé le nom de Cromwell , cent bouches s'écrièrent : « A l'Abbaye I » Danton luimême réclama l'Abbaye pour « ce vil scélérat. » 11 acheva son discours par un dernier flot d'images terribles, de menaces foudroyantes ; il rappela que « quiconque a frappé un roi à la tète devient l'objet de l'exécration de tous les rois; » il parla de la liberté « engraissée du sang du tyran. » Se tour* Violente attaque naut eusuito vers la gauche : « Ralliez-vous, s'écria- "^^hl^i^Lde. '^ t-il, vous qui avez prononcé l'arrêt du tyran contre les lâches (il montrait la droite) qui ont voulu l'épargner. Serrez-vous, appelez le peuple à se réunir en armes contre l'ennemi du dehors et à écraser celui du dedans; confondez par la vigueur et l'immobilité de votre caractère tous les scélérats , «tous les aristocrates , tous les modérés , tous ceux qui nous ont calomniés dans les départements. Plus de composition avec eux... il faut former une phalange indomptable... je suis retranché dans la citadelle de la raison ; j'en sortirai avec le canon de la vérité et je pulvériserai les scélérats qui ont voulu m'accuser. » Et tandis que Danton descendait au milieu d'applaudissements frénétiques et recevait les embrassements de la gauche en délire, Marat, penché à la tribune, lançait encore dans le

de rioTiolabiHté pulementaire.

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bruit les éclats de sa voix perçante : « Frappons im. les traîtres quelque part qu'ils se trouvent (1) ! »

-Lasource ne répliqua rien. Mais Birotteau, bar* celé par le dernier défi de Marat, ramassa le gant jeté à la Gironde et dit : « J'appuie la proposition faite par le citoyen Marat. Dans un moment où la liberté est menacée de tous côtés, toute espèce d'inviolabilité cesse. » L'abolition de l'inviolabilité par» Abouuon lementaire fut votée unanimement en vertu de ce principe que le salut du peuple est la suprême loi. Les deux partis ne devaient plus seulement désormais combattre avec la parole. L'échafaud allait venir au secours de leur fureur.

Le soir de cette grave journée, Beurnonville, ministre de la guerre, et quatre commissaires, le janséniste Camus, Quinette, Lamarque et Bancal partaient pour faire arrêter Dumouriez. ils le trouvèrent à Saint-Amand, entouré de son état-major, dans lequel figuraient deux filles célèbres par leur courage militaire, les demoiselles Fernig, qui suivaient partout Dumouriez et qui , en costume de hussard , combattirent à Yalmy et à Neerwinden. Les commissaires lurent au général le décret de la Convention , et lui déclarèrent qu'aux termes de ce décret, ils entendaient mettre les. scellés sur ses papiers. < Je ne le souffrirai pas, répliqua Dumouriez. » Beurnonville était ami de Dumouriez, qui

(4) Séance de la Convention du 4«' avril 4793.

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rm, Tavait embrassé en le voyant ; Quinette, Lamarque et Bancal essayaient d'adoucir dans la forme Texé- €ution de leur mandat, mais le vieux janséniste Camus, regardant avec sévérité le général Valence, le général Egalité (le duc de Chartres) et quelques officiers d'état-major, dit intrépidement : « Quels sont les noms de ces officiers ? » L'un d'eux répliqua : « Je m'appelle Duvaux. » Un autre dit : < Denise. » « Voici les demoiselles Fernig, syouta Dumouriez. — C'est affreux 1 s'écria l'une des demoiselles. — On va mettre les scellés sur leurs papiers, ajouta Camus. — C'est une inquisition 1 » s'écria Dumouriez. Tandis que les commissaires se retiraient dans une salle voisine pour délibérer, le général entretint de son côté Beurnonvilie et Valence. Environ deux heures s'écoulèrent. Les commissaires rentrèrent. Camus somma encore une fois Dumouriez d'obéir aux ordres de la Convention. Sur son refus net et péremptoire, Camus ajouta : « Vous désobéissez à la loi, nous vous déclarons suspendu de vos fonctions. — Suspendu ! s'écrièrent les officiers, on veut nous enlever notre père! — Allons, il faut en finir, dit Dumouriez. S'adressant à un officier : Appelez les hussards. » Une vingtaine de hussards aile- Dumouriez mauds entrèrent. Dumouriez leur dit dans leur lanwm*^ilitllii^ gue : « Arrêtez ces messieurs. » Beurnonvilie prodeiaconven- tcsta. « Enfin il sc dévoilc I » s'écria Camus. Du-

iioo et les envoie • /»^ *- i • • • i

I l'piinerai, mouricz fit remettre les prisonniers aux mains de

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