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les intrigues de la faction orléaniste. 11 s'exprimait avec ce langage clair et correct de son siècle, dans lequel il avait fait par quatre années de pratique journalière des progrès considérables. Vei^iaud, exaspéré) avait peine à se contenir. Il s'écria en s entendant accuser d'indifférence relativement aux opinions professées par Dumouriez : « Je vous donne un démenti ! » Mais rien ne put briser l'implacable sang-froid de Robespierre. Il poursuivit son discours, dont chaque parole calculée, mûrie, portait coup, et demanda la mise en accusation des individus de la famille d'Orléans, de Sillery, de sa femme, de Valence et de leurs complices. « Oseraije nommer ici des patriotes aussi distingués que RIM. Vergniaud, Guadet et autres ? » ajouta-t^il. Et rappelant sur le même ton d'ironie la correspondance de Gensonné avec Dumouriez : c Je m'en rapporte, dit-il, pour tout ce qui concerne ces illustres membres, à la sagesse de la (Convention. » Défense La répHquc de Vergniaud fut admirable : « J'ose-
serai, dit-il, répondre à M. Robespierre qui, par un roman perfide, artificieusement écrit dans le silence du cabinet et par de froides ironies, vient provoquer de nouvelles discordes dans le sein de la Convention. J'oserai lui répondre sans méditation; je n'ai pas comme lui besoin d'art : il suffit de mon âme. » Vergniaud pouvait ainsi parler, en effet, car l'éloquence découlait imlurellement de sa bouche comme l'eau s'épanche d'une source. Il parlait avec
de Vergniaud.
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son cœur, et ce cœur noble et généreux lui mettait sut* i?». les lèvres les expressions les plus propres à charmer et à entraîner ceux qui l'écoiitaient. « Puisqu'on brise le ressort qui comprimait mon âme indignée, dit-il, je parlerai pour éclairer la France qu'on égare. Ma voix, qui de cette tribune a porté plus d'une fois la terreur dans ce palais, d'où elle a con-couru à précipiter le tyran, la portera aussi dans l'âme des scélérats qui voudraient substituer leur tyrannie à celle de la royauté. » Retournant alors contre la Montagne les accusations de Robespierre, il prétendit qu'elle favorisait les efforts de l'étranger, réfuta point par point, avec ordre et méthode, chacune des incriminations de ses adversaires. Il s'attacha surtout à se défendre du reproche de modérantisme. « Nous, modérés! s'écria-t-il, je ne l'étais pas au 1 août, Robespierre, quand tu étais caché dans ta cave. Non, je ne le suis pas... Je sais que la liberté est toujours active comme la flamme, qu'elle est inconciliable avec ce calme parfait qui ne convient qu'à des esclaves. » Son génie sympathique et facile s'étendant avec complaisance sur ce thème, il finit avec la logique du cœur bien plus qu'avex; celle de l'esprit, par se parer du titre même qu'il venait de repousser. « On cherche à consommer la Révolution par la terreur, dit-il; j'aurais voulu la consommer par l'amour. Je n'ai pas pensé que, semblables aux prêtres et aux farouches ministres de l'inquisition, qui ne parlent
m HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
1793. de leur Dieu de miséricorde qu'au milieu des bûchers, nous dussions parler de la liberté âu milieu des poignards et des bourreaux. Nous, des modérés ! qu'on nous rende grâce de cette modération . . . Notre modération a sauvé la République de la guerre civile, et par notre silence nous avons bien -mérité de la patrie. »
Ce discours ne ramena point le calme dans les esprits. A de très-rares exceptions près, tous les hommes de la Convention étaient sortis de leur caractère. Consumés depuis quatre années dans le foyer de la Révolution, la flamme était en quelque sorte passée dans leurs veines. Les séances se fermaient par épuisement. La lutte recommençait au premier jour. Dans la séance du lendemain soir, Marat demande Marat parut à la tribuue demandant la mise à prix T'r^^"!"**' de la tête du duc d'Orléans comme de celle de Du-
la têle du duc
d'Orléans. * mouricz. 11 s'en suivit une scène d'une telle violence qu'un girondin, Duperret, tira son épée pour fondre sur la Montagne. « A l'Abbaye le scélérat! » s'écria-t-on, « Je demande vengeance I » vociférait Marat. Duperret affirma qu'il avait vu un membre tirer son pistolet. « J'étais animé d'une sainte fureur, dit-il, mais je vous jure que si je m'étais permis de porter la main sur un représentant du peuple, je me serais brûlé la cervelle (1). »
(4 ) Séance de la Convention du 4 4 avril au soir.
La séance du 1 2 ne fut pas moins triste et moins 47??. alarmante. On y vit deux hommes graves, Petion et "^^^e^reéch^^ Robespierre , échanger soudain à travers TAssem- gent de» paroles blée un dialogue furieux, tous deux demandant la ^"J""®"^''^punition des traîtres. Robespierre ayant ajouté à
cette parole agressive de Petion : « Et de
leurs complices, » celui-ci quitta brusquement Tallusion et dit : c Leurs complices et vous-mêmes... il est temps que les traîtres et les calomniateurs portent leur tête sur Féchafaud. » Lorsqu'on songe au flegme ordinaire de Thomme qui articulait cette menace, on a en quelque sorte la clé des horreurs qui vont suivre. Le reste du discours de Petion ne fut qu'une charge furieuse contre la Montagne. F^es mots d'égorgement, de traîtres, de vils scélérats, d'infâmes, qui depuis quelque temps retentissaient si souvent sous les voûtes de la Convention, vibrèrent comme des flèches dans l'air. L'Assemblée elle-même s'animant à ce discours, les uns dans un sens, les autres dans un autre, fit bientôt éclater ses cris. Le peintre David, montagnard exalté, s'élançant dans l'hémicycle, s'écria : « Je demande que vous m'assassiniez.... Je suis un homme vertueux aussi.. ! »
Guadet succéda à Petion, et après s'être longuement défendu contre les attaques de Robespierre, il dirigea contre celui-ci les inculpations qu'il portait contre la Gironde. Guadet, dont la parole était un glaive, frappa ensuite Danton qui se retournant
17M. comme un sanglier blessé, lui cria : < Je te répondrai, je te prouverai tes crimes, tu ne connais pas ma force! » Mais rien n'arrêtait Guadet. 11 laissa Danton pour attaquer Marat, Taccusa d'avoir ourdi la conspiration du 1 mars, provoqué le pillage des boutiques, et publié un appel aux armes de la socUté des amis de la liberté, dans lequel la Convention était désignée à la méfiance du peuple. « C'est vrai, » répliqua impudemment Marat. Une grande partie de l'Assemblée se leva, criant : « A l'Abbaye 1 — Pourquoi ce vain batelage ? répliqua Marat; on cherche à jeter parmi vous une conspiration chimérique, afin d'étouffer une conspiration malheureusement trop réelle. 11 est temps que les conspirateurs soient démasqués et expirent sous le glaive de la loi. » Les Girondins furieux ne cessaient pendant ce temps de demander la mise en accusation de Marat. Danton se leva pour le défendre. Il mit les Girondins en garde contre l'entraînement qui les poussait à entamer la Convention; mais sourds à cet avis suprême, ils persistèrent à demander l'arrestation de Marat. Celui-ci, malgré son insolence ordinaire, daigna se défendre, non pour lui-même, mais pour éviter les conséquences de son arrestation. « Si je savais être l'occasion d'un mouvement, dit-il, je m'enterrerais aujourd'hui. » C'était pousser l'impertinence au dernier degré. Marat était alors président des Jacobins. Il avait, dit-il, signé sans la lire la circulaire incriminée. Il demanda que si on
est décrété d'accusation.
rarrêtait, pour éviter des malheurs on le conduisit ms entre deux gendarmes aux Jacobins, afin d'y prêcher la paix (1 ). On décréta son arrestation au bruit Marat des murmures des tribunes indignées.
Marat ne s'était pas trompé sur l'étrange intérêt qu'il inspirait au peuple de Paris. La Commune et les sections s'émurent. Il fallut toute l'autêrité de Robespierre pour prévenir une insurrection. L'ami du peuple se cacha, déclara par une lettre à la Convention qu'il appartenait à la patrie, qu'il était Vcsil du peuple et qu'il se mettrait à couvert. Cette lettre ramena la discussion sur Marat. On s'aperçut alors que Guadet avait omis de lire certains passages de la circulaire qui respiraient un vrai patriotisme. La Montagne s'émut à ces paroles , et Dubois-Crancé donnant ouvertement son adhésion à l'adresse incriminée, la gauche entière, sur la motion de David, se leva pour la signer. On demanda l'envoi aux départements et aux armées. Vergniaud accepta; c'était l'appel au peuple. < Si l'Assemblée décrète cette mesure, s'écrie Taveau, elle décrète la guerre civile. » Les signatures furent rayées. Camille Desmoulins persista seul à laisser la sienne. On fit enfin l'appel nominal, et à sept heures du matin Marat fut décidément décrété d'accusation.
(\) Séance de la Convention du it avril 4793.
t^ HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
1793. On célébrait ce jour-là une fête de rhospitalité
en rbonneur des Liégeois qui, chassés par les Autrichiens, venaient déposer leurs archives au palais de l'hôtel-de- ville de Pariç. Mais malgré la fête les sections n'en répondirent pas moins au vote de la majorité de la Convention par un acte de repré- Trente-cinqsec- saiUcs. ^luc pétitiou, sigué dc treute-cinq sections et rtd(Leiiti"x- contresignée Pache, maire de Paris, fut présentée pulsion des à la barrc de l'Assemblée, Elle contenait la demande pûtes girondiDs. d'expulsiou dcs viugt-deux chefs de la Gironde. Le jeune Fonfrède indigné se plaignit courageusement qu'on eût omis son nom. L'Assemblée presqu'entière répondit à ce noble appel, chacun briguant l'honneur de la proscription. Fonfrède voulut aller plus loin et en revenir à l'appel au peuple. Mais il gâta son succès, irrita la gauche. I^a Gironde insista pour qu'on soumît aux Assemblées primaires la question d'expulsion. Mais Vergniaud, plus grand que son parti, avoua avec une noblesse héroïque que la convocation des Assemblées primaires pourrait entraîner la perte de la République et déclara qu'il préférait la mort à cette alternative. La Convention se borna donc à improuver la pétition, et somma la Commune de produire le registre de ses délibérations. La Commune se sentait forte. Elle vint, et après une lutte de deux heures, la Gironde abandonnant le terrain laissa la Montagne voter aux officiers municipaux les honneurs de la séance. Marat comprit la force de sa situation et se cons-