LIVRE Xra
titua prisonnier le 23 avril. On le traita en prison 1793. avec des égards princiers. 11 eut bon lit, bonne table; on dégusta ses mets. Quelques sections envoyèrent même des commissaires pour veiller sur sa personne. Le tribunal révolutionnaire devant lequel il allait comparaître était présidé par Hermann, ami de Robespierre, et comptait parmi les jurés des séides de ce tribun, tels que Payan, Coffinhal, le peintre Topino-Lebrun, le menuisier Duplay. L'accusateur public Fouquier-Tinville , magistrat famélique et chargé de famille, était une créature de Camille Desmoulins. Car pendant que la Gironde se fortifiait dans l'Assemblée, les Jacobins s'étaient emparés de la Commune et des fonctions. Dès son début, le tribunal révolutionnaire avait prononcé d'assez nombreux acquittements. Il avait notamment acquitté le général Miranda dénoncé par Dumouriez; mais il avait en même temps, sur de simples propos, frappé des têtes obscures. Marat comparut le 24 avril devant ce tribunal. Les faubourgs, debout dès Taube, vinrent entourer l'être monstrueux et bizarre qui avait dit : « Je me suis fait anathème pour ce bon peuple de France. » Marat fit sa propre apologie. Le jury l'acquitta. La Acquittement «t foule couvrit de pleurs l'idole affreuse et squalide triomphe
^ ^ de Marat.
qu'elle s'était donnée et l'emporta en triomphe. Elle traversa Paris, poussant des cris d'allégresse. Une foule immense se joignit au cortège, et Marat porté sur un fauteuil, fut salué des cris : « Vive la Répu^
im. blique, la Liberté, et Marat ! • Harangué comme mi monarque ou un conquérant, ivre de vanité, il s'agitait sur les épaules de ce peuple insensé. Un large sourire dilatait sa face hideuse et témoignait de la joie qu'il éprouvait de cette ovation.
L'Assemblée par dignité affectait de paraître ignorer ce qui se passait. Elle discutait les principes constitutionnels et notamment cdui de la propriété sur lequel Robespierre et Saint-Just parlèrent longuement. Tout-à-coup un gendarme entre, parle à Toreille du président. Il lui apprend que Marat approche, porté par une masse populaire. Un grand nombre de députés s'élancent hors de la salle en demandant que la séance soit levée. Mais déjà le sapeur Hocher, qui avait escorté à Lyon Bazire, Rovère et Legendre, et se faisait maintenant le lie- Le peapie tcuf de Marat, parsut à la barre et dit : € Nous à u cwlentioo. amcuons le brave Marat. Marat a toujours été l'ami du peuple, et le peuple sera toujours pour Marat. » Au même instant, avant que le président ait répondu à la demande qui lui est faite de laissa défiler le peuple, la salle est envahie aux cris de : « Vive la République, vive la Nation, vive Marat, vive l'ami du peuple ! » Marat parait, couronné de lauriers. On le porte à la tribune. Il dit à l'Assemblée qu'il lui offrait un cœur pur, et promit au peuple, en le remerciant, de continuer à soutenir ses droits. Danton essaya de donner à cette scène une tournure moins humiliante en vantant le respect du peuple