DU 11 MAI AU 6 JUIN
Lei GirowiiM se préparent à «ne dernière luUe, — Isnard dénonce un prétendu complot contre-révolutionnaire. — Imprudente motion de Guadet.
— Création du Comité des douze, — Complot contre les vingt-deux ' Girondins. — £iiipr«fi( forcé d'un milliard, — ImHc de la Commune
et du Comité des douze. — Réquisitoire du Comité des douze. — Anestalion de Marino, Yarlet et Bébert. — Ànatkème d'ïsnard contre Paris. — • Nouvelles arrestations ordonnées par le Comité des douze. — La Commune revendique ses prérogatives. — Poche et Garât sont mandés à la barre de f Assemblée. — Explications du ministre de l'intérieur et du maire de Paris sur les réunions de l'Hôtel de ville. — Dissolution du Comité des douze. — Rétablissement du Comité des douze.
— Robespierre organise l'insurrection moi^ale. — Plan des chefs de VEvêché. — Lès femmes de l'Evêché. — . VEvèchè s'efforce de prendre la direction du mouvement. — Inertie du Comité 'des douze. — Le club central de l'Evêché déclare la Commune et le département en étal d'insurrection. — Le Comité de VEvéchè dissout et reconstitue le conseil général de la Commune. — Uenriot fait tirer le canon d'alarme. — Discours de Danton contre le Comité des douze. — Changement d'attitude de ta Commune. — Lenteur et faiblesse de l'insurrection. — Réponse du procureur syndic Lhuillier à l'anafhème d'ïsnard contre Paris, — Envahissement de la Convention. — Violente réplique de Robespierre contre les Girondins. — Suppression du Comité des douze.
— Réconciliation du faubourg Saint-Antoine et de ta section de la Buttedes- Moulins. — Succès des Vendéens à Fontenag et de P insurrection girondiM à Lyon. — Le comité révolutionnaire continue l'agitation. —
— Insuffisance des principes girondins en 1795. — Rôle de Marat dans les insurrections duii mai et du 2 juin. — Dernier entretien des Girondins avant leur chute. — La Commune demande la mise eu accusation du Comité des douze et des Girondins. — Journée du 2 Juin ^7d5. — Courageuse résistance de Lanjuinais. — Une députation des autorités révolutionnaires somme la Convention de faire arrêter tes Girondins et de
ionvcr U petipU, — Rapport du ComUé de Satml jmbiie, — Les Gkùndins, à l'exception de LafifuinaU et de Barboroux, offrent de quitter le Coweu^ lion. — Moral offre la tuipennon de ses fonctions de député, — la Convention est enveloppée par la force armée, — Barras iimie la Coii«eii(toii à délibérer au milieu de la force armée, — la ConveiUion sort des Tuileries. — Benriot fait braquer ses canons contre les députés, — La Conv$niion rentre dans ta salle de ses séances, — La ContieiUion prisonnière voie l'arrestation de la commission des douze et des vingtdeux Girondins, — Belle parole de Barbaroux, — Tristesse de la Convention, — Activité de la Commum après la journée du 2 /«m. — La Convention reprend le travail de la Constitution, — Les Girondins s'échappent de Paris et s'efforcent de soulever les départements.
Les Girondins, que la mère de Barbaroux nom- ^'^• mait des hommes parfaits ^ et qui effectivement réunirent un ensemble de vertus et de talents voisin de la perfection, manquèrent pourtant de prudence. Ils irritèrent leurs ennemis par de dangereuses menaces; ils n'eurent pas de confiance, ainsi que le disait Danton. Le triomphe de Marat au lieu de leur servir d'avertissement ne fit que les exaspérer. Or, le jour même de ce triomphe, un fait non moins significatif aurait dû les éclairer. Le polonais Lazouski, l'un des hommes de l'Evêché, mourut subitement. La Commune ordonna qu'il serait enterré sur la place du Carrousel en face des Tuileries où il s'était distingué le 10 août. Elle adopta sa fille. Robespierre prononça l'éloge funèbre de cet homme compromis dans la ténébreuse tentative du 1 mars. L'union entre la Commune, les Jacobins et les conspirateurs de l'Evêché, ainsi préparée, se fortifia. Elle était assez intime en mai pour que la Com-
Il 20
1793. mune fît de l'Evêché une sorte de comité central
pour la perception de l'emprunt forcé et pour la
Les Girondins répartition des secours aux uéeeôsiteux. Forts de
se préparent j'appui dcs classcs opulcntcs, Ics Gîrondins crurent
à une dernière *
lutte. pouvoir triompher de ces redoutables adversaires. Ils parlèrent d'en finir, défièrent les Jacobins, menacèrent de la guerre civile, s'attaquèrent aux personnes, n'envoyèrent aux départements que des députés montagnards, afin d'être plus sûrs du terrain de la Convention où ils allaient livrer leur dernier combat. La manière dont la Gironde ne cessa enfin de poser la question entre elle et la Montagne, prit irrévocablement le caractère d'un duel à mort. Sur ces entrefaites, l'orateur le plus fougueux de la Gironde, Isnard, fut porté à la présidence de la Convention (1). Deux jours après, I^njuinais fit une motion qui tendait à doubler le nombre des voix nécessaires pour que l'appel nominal fût obligatoire. Cinquante voix suftîsaient avant cette proposition, et dans les circonstances délicates la mi* norité pouvait encore aisément recourir à ce moyen Guadet envenima des plus amères paroles et des allusions les plus blessantes cette proposition oppressive. Il cita l'histoire du Parlement au temps de Cromwell, de telle sorte que les rudes apostrophes du protecteur aux manbres corrompus du rump atteignaient par analogie plusieurs membres
(4) Séance de la Convention du 46 mai 4793.
de la Montagne. Des cris de femmes suivirent ce 1793. discours. Bonneville, l'ancien rédacteur de la Bouche de fer^ venait d'entrer dans une tribune réservée aux départements. Les femmes de la dernière classe assiégeaient alors les abords de la Convention. Elles prétendaient que les Girondins accaparaient le pain pour le jeter dans la Seine, et voyaient partout des suspects. L'une de ces femmes avait poursuivi Bonneville et voulait l'arracher de la tribune publique où il venait d'entrer. « C'est un aristocrate, l'entremetteur de Fauchet ! » cria Marat. — C'est toi, répliqua Lanthenas, qui es un aristocrate! » Isnard UDard dénonce au lieu de rétablir le calme déclara que l'Anele- "°p«^'«°**"
* ^ complot contre-
terre et rAutriche, d'accord avec l'aristocratie fran- révolutionnaire.
çaise, avaient conçu le projet de détruire la Convention par elle-même. Selon lui, le complot devait débuter par une insurrection de femmes, entraîner celle du peuple, tandis que les Anglais débarqueraient. Yergniaud demanda l'impression de cette déclaration insensée.
Mais ce n'était là que le prélude d'une manœuvre concertée entre Valazé et les Girondins les plus ardents. Après une violente sortie de Marat, s'écriant : « Je veux rendre le public témoin de vos turpitudes... » Guadet prit la parole. Il énuméra une série de faits et de propos, qui, selon lui, venaient à l'appui de la déclaration d' Isnard et prouvaient l'existence d'un complot. « Jusqu'à présent, dit-il, les conjurés du 10 mars sont restés impunis. » Et
Imprudente
motion de Guadet.
Création
du Comité des
douze.
sondant, comme il le disait, la profondeur de la plaie, il ajouta que le mal était dans les autorités de Paris, « autorités anarchiques s'il en fut. » Pour en finir, il proposa les mesures suivantes : « 1*^ Les autorités de Paris seront cassées ; la municipalité sera provisoirement remplacée par les présidents de section; 2<*les suppléants del' Assemblée se réuniront à Bourges. » Des murmures et des clameurs éclatent à ces mots. « Voilà donc, s'écrie CoUot-d'Herbois, la conspiration découverte ! » Danton veut parler, mais Barère, comprenant la responsabilité qui allait incomber au Comité de salut public si la motion de Guadet triomphait et amenait une insurrection, détourna le péril. Avec son habileté ordinaire à glisser sur les difficultés les plus ardues : c Je demande, dit-il, qu'il soit nommé un comité de douze membres chargés d'examiner les arrêtés pris par la Commune depuis un mois. » Cette proposition, qui devait avoir des conséquences si graves, est aussitôt décrétée. La Gironde disposait de la majorité, die nomma douze hommes de son choix, douze athlètes qui devaient livrer le supi:ême combat : Boyer-Fonfrède, Rabaut-Saint-Etienne, Ker— velegan, Saint-Martin, Vigée, Gomaire, Bergoeing, Boileau, Mollevault, H. Larivière, Gardien et Bertaud. La plupart étaient fort jeunes et inexpérimentés (1).
(1) Séance de la Convention du 48 mai 4793.
Les Jacobins, la Commune, les clubs, se prépa- itm. rèrent à agir. Une réunion de comités, de sections, eut lieu à la mairie sous la présidence des administrateurs de police ; Tun d'eux, Marino, homme pâle et d'apparence grave, prit la parole. 11 s'agissait d'examiner les moyens d'arrêter les suspects. « Je n'en connais pas d'autres, dit cet homme, que complot coutre ceux qui sont dans la Ck)nvention. » Il proposa '*^iro"n^^ d'un ton calme, d'arrêter les vingt-deux, plus huit à son choix, de les incarcérer, de les septembriser et de supposer des lettres prouvant qu'ils avaient émigré. La maison des Carmes du Luxembourg, de sinistre mémoire, était déjà désignée pour lieu du massacre. Le lendemain, la délibération fut reprise. Mais cette fois, Pache, maire de Paris, présidait la réunion. Il déclara qu'une semblable proposition ne pouvait être discutée à l'Hôtel-de-Ville, qu'il avait signé la pétition pour l'exclusion des Girondins, mais que la personne des députés à l'Assemblée nationale devait être hors de toute atteinte. Cet incident n'eut pas de suite immédiate.
Le Comité des douze en fut informé ; il apprit aussi que le Comité de salut public venait de recevoir une dénonciation contre Robespierre, Danton et quelques Jacobins, qui dans un conciliabule tenu àCharenton, avaient, assura-t-on, projeté d'enlever un certain nombre de représentants. Le Comité de salut public était sollicité par de plus graves et de plus pressants soucis. Il devait, le lendemain, pré-
im. blique, la Liberté, et Marat I » Harangué comme un monarque ou un conquérant, ivre de vanité, il s'agitait sur les épaules de ce peuple insensé. Un large sourire dilatait sa face hideuse et témoignait de la joie qu'il éprouvait de cette ovation.
L'Assemblée par dignité affectait de paraître ignorer ce* qui se passait. Elle discutait les principes constitutionnels et notamment celui de la propriété sur lequel Robespierre et Saint-Just parlèrent longuement. Tout-à*coup un gendarme entre, parle à Toreille du président. Il lui apprend que Marat approche, porté par une masse populaire. Un grand nombre de députés s'élancent hors de la salle en demandant que la séance soit levée. Mais déjà le sapeur Hocher, qui avait escorté à Lyon Bazire, Rovère et Legendre, et se faisait maintenant le Mg- Le peuple tcur dc Marat, paraît à la barre et dit : t Nous à la conrention. amcnous Ic bravc Marat. Marat a toujours été l'ami du peuple, et le peuple sera toujours pour Marat. » Au même instant, avant que le président ait répondu à la demande qui lui est faite de laisser défiler le peuple, la salle est envahie aux cris de : « Vive la République, vive la Nation, vive Marat, vive l'ami du peuple 1 » Marat paraît, couronné de lauriers. On le porte à la tribune. Il dit à l'Assemblée qu'il lui offrait un cœur pur, et promit au peuple^ en le remerciant, de continuer à soutenir ses droits. Danton essaya de donner à cette scène une tournure moins humiliante en vantant le respect du peuple