j aux abords
mes aux abords des prisons, notamment aux portes ^^ p^^^^^^ de l'Abbaye. Or tandis que deux sections prenaient des arrêtés pour le massacre des prisons, six fiacres remplis de détenus sortirent du dépôt de THÔtelde-Vilie, se dirigeant vers l'Abbaye. Des fédérés le& escortaient. Une foule considérable se joignit à eux. Ces voitures, dont les portières étaient ouvertes, contenaient vingt et un prêtres réfractaires. On les insulta pendant le trajet, et les fédérés, loin de calmer la foule, l'excitaient par leurs propos, disant : a Voilà les complices des traîtres de Longwy ! voilà ceux qui voulaient, après le départ de nos braves, égorger nos femmes et nos enfants ! » Ces excitations n'obtinrent pas d'abord de résultat. Dn des prisonniers s'indigna et leva sa canne. Le fédéré lui répondit par un coup de sabre. Les prisonniers voulurent fermer les portières, on les battit. Quand le premier fiacre arriva dans la cour de l'Abbaye , la fureur du peuple était au comble. Le premier prisonnier qui descendit chercha à s'évader et fut percé d'un coup de sabre. « Tuons-les tous ! » cria la foule. On se rua sur ces malheureux. Le Comité des Quatre-Nations, présent au massacre, en fit épargner trois, parmi lesquels se trouvait l'abbé
Praniicrs massacres.
1793 Sicard. Un horloger nommé Monnot sauva cet homme de bien en s'écriant : « Arrêtez! c'est l'instituteur des sourds-muets, le successeur de Tabbé deL'Epée! » Peut-être, ainsi que ses deux compagnons, dut-il son salut à ce qu'il resta dans le fiacre.
La responsabilité de ce premier massacre appartenait au Comité de surveillance, qui pendant la suspension de la séance de la Commune et connaissant l'arrêté pris par la section du Luxembourg , permit la translation des prisonniers. La Commune entra en séance à quatre heures. Huguenin occupait le fauteuil. Un officier de la garde nationale ayant rendu compte de ce qui venait de se passer à l'Abbaye, à l'instigation du Comité de surveillance, six commissaires furent demandés pour protéger les prisonniers détenus pour dettes ou pour mois de nourrices. On nomma Danger , Marinot , Jams, Michonis, Léguillon et Monneuse. C'était tacitement sanctionner le meurtre des autres catégories de prisonniers. Le conseil général fit demander avis à l'Assemblée , comme s'il y avait besoin d'avis pour empêcher un crime. 11 osa même accorder aux sections l'autorisation d'empêcher V émigration par la rivière. Pétion requit Santerre; on ne l'écouta point. On fit peur à Roland. Le pouvoir exécutif parut anéanti. La Commune eût voulu que Danton parût dans son sein et partageât sa responsabilité. Il s'abstint. On lui fit écrire;
mais le secrétaire du conseil, Tallien, créature de itm. Danton, se trompa d'adresse. Danton ne parut à la Commune ni le 2 ni le 3. Il n'y eût régné qu'entre Robespierre et Marat. La dictature qu'il espérait de l'Assemblée n'eût pas été partagée. Il dominait trop aisément ses collègues du ministère.
Les massacres, pendant ce temps, s'organisaient Les massacreurs à l'Abbaye. Une cinquantaine de petits boutiquiers ^ ^^AiTtoye^'' de la section des Cordeliers, des tailleurs, fruitiers, et aux cannes. bouchers, charcutiers, limonadiers, cordonniers, horlogers, boulangers, layetiers, gardes-nationaux (fait qui prouve l'habileté des instigateurs du massacre), admirateurs de Marat et fort irrités du mau* vais état du commerce, formèrent la première bandé des massacreurs. Après le meurtre des prisonniers qu'on venait d'amener, ils tuèrent les autres prêtres du cloître de l'Abbaye. Une partie d'entre eux se détacha, courut aux Carmes, rue de Vaugirard, où déjà une autre bande , ayant à sa tête un savetier, assaillait la petite porte du couvent. Ils tuèrent l'évêque d'Arles, Hébert, confesseur du roi, d'autres évêques , un officier Régis de Champagne , Lavieuville, officier de marine. Les prêtres sommés de prêter serment refusèrent. Cent soixante*dix furent tués ; quatorze s'échappèrent par-dessus les murs de l'enclos. Des gardes nationaux faisaient l'exercice au Luxembourg et restèrent impassibles. Ceux qui fuyaient à travers les jardins étaient poursuivis. A l'Abbaye les massacres continuaient. Après les
n»3. prêtres du cloître vint le tour des suisses, au nombre de trente-huit, qu'on tua en masse. Vingt-six gardes du roi étaient enfermés à l'Âbbaye. Les massacreurs en tuèrent vingt-cinq. Le crime s'accomplissait au cri de : à Vive la nation ! » Les commissaires de la Commune ne purent arrêter le massacre. Manuel , qui était fort populaire, se rendit à l'Abbaye, se fit jour à travers la multitude d'hommes armés qui encombraient les rues voisines et harangua les assassins : « Je vous le demande , s'écriar-t-il , quand vous voulez, sans rien entendre, sans rien examiner, vous jeter comme des tigres sur des hommes qui sont vos frères, ne vous exposez- vous pas au regret tardif et désespérant de frapper l'innocent au lieu du coupable? » -~« Je n'endors personne, répliqua un des tueurs; j'ai une femme et cinq enfants : je n'entends pas qu'on les égorge pendant que j'irai com-
Envoi de battre l'ennemi. » L'Assemblée, sur la motion de Bazire, envoya des commissaires. On nomma le vieux Dussaulx, Isnard, Bazire, François de Neufchâteau et Lequinio. Chabot et Andrieu se joigni- Arrêté rent à eux. Le comité de surveillance prit l'arrêté
du conseu guiyant : « Ad nom du peuple, camarades, il vous est
de surTeillance
proposant cujoint de jugcr tous les prisonniers de l'Abbaye, "" u"]^^** sans distinction, à l'exception de l'abbé Lenfant, que vous mettrez dans un lieu sûr à l'Hôtel-de-ville. Le 2 septembre. » (Signé : Panis, Sergent, administrateurs. ) L'abbé Lenfant était frère d'un des membres de ce comité. Il ne fut pas épargné. L'arrêté
commissaires à PAbbaye.
régularisait le meurtre, mais par cela même le im. sanctionnait. La Commune, dont faisaient partie les membres de ce comité, sauf trois membres adjoints, se trouva ainsi impliquée dans la responsa* bilité de ces horreurs.
Les massacreurs prirent cet arrêté en considéra- «boiiu^ préside tion, nommèrent un jury de douze individus présents, desl^^reare et lui donnèrent, en qualité de président, ce gigan- deFAhbâye. tesque et funèbre huissier Maillard, qu'on a vu figurer à la prise de la Bastille, et à la tète des femmes, à Versailles, dans les journées d'octobre 1 789. Maillard , le sabre au côté , entra suivi de ses acolytes dans la salle du guichet, se fit apporter sur une table chargée de bouteilles et de pipes le registre d'écrou, et commença flegmatiquemeht ses fonctions. Deux factionnaires sanglants gardaient la porte ; le geôlier amenait les prisonniers. L'interrogatoire était bref. En cas de condamnation, le président disait : « A la Force 1 » En cas d'acquittement, il se découvrait, posait la main sur la tête du prisonnier et articulait ces mots : « Elargissez mon-sieur. » Ces formules varièrent à la Force, à la Conciergerie, à Sainl-Firmin , aux Bernardins et au Châtelet, où on organisa des jurys analogues. Pendant trois jours Maillard exerça cette terrible prési* dence du meurtre. 11 sauva quarante-trois personnes. Ses jugements étaient toujours ratifiés par le jury qui siégeait autour de lui, et quand un rare acquittement interrompait l'œuvre de sang, il était
I7S8. accueilli par les meurtriers avec d'étranges démoostratioDs de joie, aux cris de : « Vive la nation! respect à Finnocent I » Ils s'emparaient du prisonnier, le portaient en triomphé au milieu de la cour, forçaient la foule à le saluer, le ramenaient dans sa famille, refusant même l'or que leur offraient les parents ou les amis du citoyen qui venait d'éehapper à la mort.
L'un des premiers prisonniers qui comparurent devant Maillard fut Jouneau, écrbué pour avoir frappé son collègue Grângenèuve. L'Assemblée le réclama. Outre les trente-huit suisses et les vingtsix gardes du corps, l'ancien ministre Montmorin et Thierry, valet de chambre du roi, périrent. On égorgea aussi Vigne de Cussay , qui avait tiré sur le peuple au Champ-de-Mars, trois fabricateurs dé faux* assignats , deux autres faussaires qui avaient contrefait les billets de la caisse de secours. On tua Exécation aux flambeaux. Cent cadavres jonchaient , à neuf heures, l'allée du jardin de l'Abbaye. Des tables étaient dressées au milieu des morts. Les massacreurs buvaient. Les spectateurs se pressaient autour des meurtriers, trinquaient avec eux et finissaient quelquefois par prendre part aux égorgements. Cependant le nombre des meurtriers ne s'éleva pas , dit-on, pour toutes les prisons, au delà de quatre cents. Il y eut peu ou point de vols commis le premier jour. Ceux des bourreaux qui manquaient de souliers demandèrent même à la section l'autorisa-
aux flambeaux.
Uon de prendre ceux des morts, ajoutant qu'ils rm. partaient le lendemain pour la frontière. La fureur du meurtre fut extrême.
Les commissaires de 1* Assemblée arrivèren l à dix Effit>i heures. L'horreur, les ténèbres, la foule, paralysé- ^^^^^^^ rent leur courage. L'Assemblée leva la séance une commissaires d« heure après. Les ministres sortirent du conseil vers "*" la même heure. Un fonctionnaire attaché aux prisons, Grandpré, voulut aborder Danton, qui l'écarta d'un geste impatient. Le 3, à une heure du matin, un personnage à physionomie douce et vêtu d'un habit couleur puce, Billaud-Varennes, arriva de la Commune. Il approuva le massacre , recom*' manda aux guichetiers et ouvriers qui dépouillaient les morts de ne rien détourner des effets et bijoux, et leur promit un salaire de vingt-quatre livres. La u commune Commime venait, en effet, de donner aux pri- ^^^^''^^
' * d'enlever les
sons un ordre ainsi conçu : « Monsieur, vous ferez .. moru sur-le-champ enlever les corps des personnes de ^^^p^waV** votre prison qui n'existent plus. Que, dès la pointe du jour, tout soit enlevé et porté hors de Paris , dans des fosses profondes, bien recouvertes de terre. Faites, avec de l'eau et du vinaigre, laver les endroits de votre prison qui peuvent être ensanglantés, et sablez par dessus. Vous serez remboursé de vos frais sur vos états. (A la mairie, ce 3 septembre, une heure du matin.) — P. S. Employez des hommes au fait, tels que des fossoyeurs de l'Hôtel-