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informé de cette pétition frauduleuse fit irruption 1793. dans la Convention et voulut protester. Danton jeta de l'obscurité sur cette manifestation et empêcha qu'on en recherchât les instigateurs. Les mesures de salut public ne furent point encore poussées à cette odieuse e&trémité qui, au lieu d'en faire un moyen de défense nationale, les eût converties en instruments de corruption des classes pauvres au profit d'une faction. La réquisition resta morale en atteignant le plus fort et le plus dévoué; l'emprunt forcé défraya le courage et le dévouement et non la fainéantise. Le maximum, qui consistait à limiter arbitrairement le prix des grains, apporta sans doute . un grand trouble dans l'agriculture^ mais il mit un puissant frein à la cupidité des accapareurs complices de la contre-révolution. La Convention en vota la mise en vigueur et chargea les directoires d'en fixer le taux (1).
Ces mesures exclusivement politiques et marquées opposuion de la du sceau de la nécessité, froissaient, il faut le dire, «*">»<»« «^«™<^-
' ^ 7 sures de salut
les sentiments et les doctrines de la Gironde. Le pubuc. principe girondin, purement libéral et à peu près conforme aux doctrines de l'économie politique anglo-américaine de nos jours, ayant en vue l'individu et non le corps social, ne croyant au développement de celui-ci que par l'absolue indépendance du premier, ne pouvait admettre un principe
(4) Décret du 3 mai 4793.
30i HISTOIRE bE SOIXANTE ANS
mi. qui venait détruire cette garantie, faisait passer la société avant le citoyen, invoquait la justice avant la liberté, le devoir avant le droit. La Gironde combattit donc chacune de ces mesures, les déclarant inefficaces, nuisibles. Et comme elles pa« raissaient au contraire aux yeux du peuple le dernier moyen de salut qui restât à la République, les Girondins furent accusés de royalisme et de contre-révolution. On ne voulut point voir en eux des philosophes et des économistes soutenant des doctrines honorables auxquelles ils croyaient fermement et luttant pour leur foi; on les prit pour des traîtres et des complices occultes de la Vendée insurgée et de la coalition. La classe moyenne et la classe riche, frappées par la réquisition et l'emprunt forcé, envenimèrent ces discordes par une résistance brutale. Elles envahirent les sections et les clubs, formèrent des bandes et des rassemblements, mêlèrent les cris de « Vive la République, » à ceux de < Â bas la Montagne, n- ajoutèrent les excitations de la presse à celles de la place publique, paralysèrent dans les départements l'action des Commissaires montagnards. Les rassemblements furent dispersés, mais on apprit en même temps de nouveaux revers en Vendée. Le conventionnel Goupilleau écrivit au Comité de salut public que les rebelles dans les Deux-Sèvres et la Vendée étaient au nombre de quarante mille. A Saumur la division était entre les envoyés de la Convention. Les uns,
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comme le girondin Carra, vivaient fastueusement 4793. et s'inquiétaient peu de l'insurrection; d'autres, comme Julien (de Toulouse), se répandaient en plaintes amères contre les députés de la droite. Des Jacobins ridicules, comme Momoro, Ronsin, et des aventuriers , compliquaient la situation. On apprit en même temps qu'à Valenciennes, Dampierre qui avait succédé à Dumouriez dans le commandement de l'armée, n'avait pu soutenir le feu des batteries autrichiennes. Réduit à se retirer avec une armée trop faible, il combattit le lendemain dans les bois de Vicogne et fut tué par un boulet de canon. Aux derniers temps du règne de Louis XVI, tous les malheurs publics étaient imputés à la monarchie. Au mois de mai 1793, c'est à la Gironde que les Jacobins et les masses populaires attribuaient nos revers intérieurs et extérieurs. L'idée que leur perte devenait indispensable au salut de la République s'empara ainsi des esprits, et comme la Gironde avait conscience de cette situation, elle prit une attitude qui rendit en effet sa perte nécessaire. Ainsi s'accomplit, par le conflit libre et naturel des passions humaines, ce que l'aveugle multitude nomme la fatalité.
11». potisme affreux! » s'écria- t-on. Danton qualifia ensuite de funeste la Commission des douze, protesta contre le despotisme de la majorité. Thuriot \int à son tour accuser le président d'allumer le feu de la guerre civile dans Paris et de se déclarer chef de larmée chrétienne en Vendée. Cette calomnie produisit sur les nerfs irritables d'Isnard un effet terrible. Il veut parler, Lanjuinais l'arrête et l'engage à laisser parler Guadet. Presque toute l'Assemblée est debout et demande l'appel nominal. Isnard tient en main un papier, Bazire s'élance pour lui arracher ce qu'il croit être le signal de la guerre civile. « Si le président est assez osé pour proclamer la guerre civile, je l'assassine (1)! » s'écrie Bourdon de l'Oise.
Tandis qu'on fait l'appel nominal, un député,
Lidon, monte à la tribune et dit : « J'ai voulu
sortir, on m'a mis le sabre sur la poitrine. — Les
consignes sont violées! » s'écrie-t-on. I^s trois
sections requises par le Comité des douze venaient
en effet d'investir l'Assemblée. Le commandant de
la Butte-des-Moulins est mandé à la barre. Il exhibe
l'ordre qui lui enjoint d'obéir au Comité des douze.
ptciieettitimt Cet ordre est contresigné Pache. Garât, ministre de
**°*»^^de^** l'intérieur et Pache sont appelés. Garât, qui a laissé
rAssembiëo. un récit impartial de ces événements, rapporte
qu'en arrivant avec le maire les hommes armés ré-
(4) Séance de la Convention du 27 mai 1793.
pandus dans les cours des Tuileries ou siégeait im. alors r Assemblée, s'écriaient : « Ah! ah 1 voilà ces vilaines écharpes I » Partout au contraire où se trouvait la foule non année, étrangère aux trois sections complices du Comité des douze, le peuple s'écriait : « Voici nos bons pères qui passent. » Garât comprit alors le sens de la journée. Il échappait à la multitude, qui crut un moment, au contraire, que les Girondins étaient menacés par les sections en armes.
Garât, invité à s'expliquer, remonta aux préli- Explications
1 n . 1 1 11 /. . ^ <*" ministre de
mmaires du conflit. 11 parla des reunions tenues à rinténenr l'Hôtel-de-Ville. Le maire avait présidé la première «* ^" ™"'« ^«
. . . . 1, , . Paris sur les
de ces réunions: aucune motion criminelle n y avait réunions de été faite. Une proposition atroce ayant été émise *'"^*®* ^^ ^"®dans la seconde réunion, à laquelle Pache n'assistait pas, il se mit en mesure de présider la séance suivante et témoigna son indignation. Selon Garât, quelques membres de la Convention étaient Tunique cause du dissentiment de la Commune et de l'Assemblée. Quant à l'arrestation d'Hébert, tout en témoignant son horreur pour son journal le Père Du-chesne^ Garât attesta, sur la foi de témoignages auxquels il accordait la plus entière confiance, que le substitut, dans les assemblées de la Commune, n'avait jamais fait que des propositions convenables. Selon Garât, les Douze avaient « l'imagination frappée, » le peuple n'avait point d'intentions criminelles et la Convention était en sûreté. Pache
11». potismè affreux! » s'écria-t-on. Danton qualifia ensuite de funeste la Commission des douze, protesta contre le despotisme de la majorité. Thuriot vint à son tour accuser le président d'allumer le feu de la guerre civile dans Paris et de se déclarer chef de larmée chrétienne en Vendée. Cette calomnie produisit sur les nerfs irritables d'Isnard un effet terrible. Il veut parler, Lanjuinais l'arrête et l'engage à laisser parler Guadet. Presque toute l'Assemblée est debout et demande l'appel nominal. Isnard tient en main un papier, Bazire s'élance pour lui arracher ce qu'il croit être le signal de la guerre civile, a Si le président est assez osé pour proclamer la guerre civile, je l'assassine (1)! » s'écrie Bourdon de l'Oise.
Tandis qu'on fait l'appel nominal, un député,
Lidon, monte à la tribune et dit : « J'ai voulu
sortir, on m'a mis le sabre sûr la poitrine. — Les
consignes sont violées! » s'écrie- t-on. Les trois
sections requises par le Comité des douze venaient
en effet d'investir l'Assemblée. Le commandant de
la Butte-des-Moulins est mandé à la barre. Il exhibe
l'ordre qui lui enjoint d'obéir au Comité des douze.
pache et Garât Cet ordrc cst contrcsigué Pache. Garât, ministre de
^^^^^te^^^ l'intérieur et Pache sont appelés. Garât, qui a laissé
l'AsBembiée. uu récit impartial de ces événements, rapporte
qu'en arrivant avec le maire les hommes armés ré-
(4) Séance de la Convention du 27 mai 4793.
pandus dans les cours des Tuileries ou siégeait im. alors r Assemblée, s'écriaient : « Ah 1 ah 1 voilà ces vilaines écharpes I » Partout au contraire où se trouvait la foule non armée, étrangère aux trois sections complices du Comité des douze, le peuple s'écriait : « Voici nos bons pères qui passent. » Garât corn* prit alors le sens de la journée. 11 échappait à la multitude, qui crut un moment, au contraire, que les Girondins étaient menacés par les sections en armes.
Garât, invité à s'expliquer, remonta aux préli- Explications
1 n- Il 1 1 ^ • % du ministre de
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de ces réunions : aucune motion criminelle n y avait réunions de été faite. Une proposition atroce ayant été émise *'"^'®* ^^ ^"*dans la seconde réunion, à laquelle Pache n'assistait pas, il se mit en mesure de présider la séance suivante et témoigna son indignation. Selon Garât, quelques membres de la Convention étaient l'unique cause du dissentiment de la Commune et de l'Assemblée. Quant à l'arrestation d'Hébert, tout en témoignant son horreur pour son journal le Père Duchesne^ Garât attesta, sur la foi de témoignages auxquels il accordait la plus entière confiance, que le substitut, dans les assemblées de la Commune, n'avait jamais fait que des propositions convenables. Selon Garât, les Douze avaient « l'imagination frappée, » le peuple n'avait point d'intentions criminelles, et la Convention était en sûreté. Pache
parla dans le même sens^ expliqua qu'il avait écrit à la Commission des douze pour lui représenter qu'elle n'avait pas le droit de requérir la force armée; qu'il n'avait, quant à lui, ordonné que des patrouilles. Il termina en demandant à la Convention d'ordonner aux sections convoquées de se borner à faire des patrouilles et la pria d'admettre plusieurs députations qui venaient demander la mise en liberté de citoyens détenus.
Isnard avait quitté le fauteuil. Hérault de Sechelles, ami de Danton, présidait ; les Montagnards, malgré l'heure avancée, la fatigue, le bruit, la désertion d'une partie de l'Assemblée, continuaient la séance. La situation tournait. Un girondin, Henri Larivière voulut parler; on lui refusa la parole, comme elle avait été refusée à Robespierre. Une députation, munie des pouvoirs de vingt-huit sections de Paris, fut introduite. « Rendez-nous de vrais républicains, s'écria l'orateur de la députation, détruisez une tyrannie odieuse et que, séance tenante, la vertu triomphe. — Citoyens, réplique Hérault de Sechelles, la force de la raison et la force du peuple, c'est la même chose... » Des applaudissements enthousiastes accueillent cette phrase sonore. Une seconde députation paraît à la barre, elle réclame dans un langage enflammé la suppression du Comité des douze et le procès de l'infâme Roland. Une troisième députation parle dans le même sens. Hérault de Sechelles répond à
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ces pé.titionnaires par des paroles flatteuses. La im. salle est pleine de visages étrangers, de tumulte, de
désordre. A minuit, sur la proposition de Lacroix, mssoiuiion
la Convention décrète la mise en liberté des citoyens **" ^""* ^
*> douze.
incarcérés et la.cassatiou du Comité des douze.
Les Girondins, sortis de la salle, n'avaient pu rentrer et empêcher ce vote. Ils tinrent conseil la nuit, arrivèrent, le lendemain exaspérés à la Con> vention. L'un d'eux, homme pieux et d'un courage indomptable, Lanjuinais, réclame la parole, s'empare de la tribune, parle dans le bruit. Vainement le tumulte étouffe sa voix, vainement le boucher Legendre le menace de le jeter en bas de la tribune, il s'y cramponne, proteste contre le décret, déclare que ce décret n'a pas été rendu, et s'il existe, en demande le rapport. Le décret fut en effet rapporté, Rëtabiissement et le vote se fit à haute voix, sur la proposition des ^"^^*^**** Girondins eux-mêmes.
Le résultat montra que la majorité tendait prochainement à se déplacer. Le centre, auquel on donnait dédaigneusement le nom de marais, abandonna en partie la Gironde qui comptait peu de jours auparavant cent cinquante voix de majorité et qui n'en trouva plus que quarante et une.
Le Comité des douze, réintégré dans ses fonctions, sentit sa faiblesse et maintint la Liberté provisoire d'Hébert et de ses co-détenus. Le peuple ne tint pas compte de ce demi succès. Il ne vit que le rétablissement du Comité des douze. Les hommes qui exploi-
3StO HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
471». taient ses craintes et ses espérances ne manquèrent pas de faire courir le bruit que le Comité venait d'ordonner un grand nombre d'arrestations nouvelles. Dès lors l'insurrection s'organisa parallèle- Robespierre ment à l'Evêché et aux Jacobins. -Mais les Jaco— l'insu^^on ^^^^j sous l'inspiratiou de Robespierre, ne voulaient morale. rccourir qu'à une insurreetion morale qui, par une pression permanente exercée sur la Convention, l'eût amenée à sacrifier la Gironde. Ce moyen ne pouvait convenir aux hommes violents de l'Evêché. Entre ceux-ci et les Jacobins une sorte de rivalité s'établit. Et tandis que les uns n'avançaient vers le but qu'avec une extrême circonspection, les autres Plan des chefs précipitaient le mouvement. Le plan de l'Evêché de l'Evêché. ^^g^^ jç concentrer entre ses mains le pouvoir insurrectionnel en obtenant que chaque section lui envoyât des délégués pourvus de pleins pouvoirs. Mais la plupart des sections ne donnèrent à leurs délégués que des pouvoirs fort limités et d'une nature inoffensive. D'autres dédaignèrent même de répondre à l'appel qui leur était fait. L'Evêché était alors dirigé par des hommes dont le nom seul inspirait la terreur. Ses principaux chefs étaient l'exhuissier Maillard, membre du département et l'un des juges de Septembre, Fournier, dit l'américain, Varlet qu'on venait de mettre en liberté, Dobsent, Henriot, l'espagnol Gusman, l'anglais Arthur, l'autrichien Proly, etc.
De tels noms ne pouvaient que retarder le mou-
r^Técbé.
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vement. L'insurrection manquait de chefs sérieux. itm. Robespierre n'aimait pas le désordre et n'était pas homme d'action. Il eût souhaité que la Commune prît la direction ; mais présidée par un homme prudent, Pache, qu'on surnommait YEscobar politique^ elle ne \oulait pas encourir une pareille responsabilité. Danton s'abstenait. Il n'avait pas de haine. Quant à Marat, il harangua les gens de t'Evèché et les exalta. Une centaine de mégères armées de poignards faisaient partie de cette réunion. Depuis Les femmes de quelque temps, les femmes, qui jouèrent dans le cours de la Révolution un rôle déplorablement actif, étaient mêlées aux émeutes. Les foules dégoûtées disparaissaient du mouvement politique. Quelques milliers d'hommes formaient le personnel des sections. Les agitateurs recrutaient parmi les femmes, et ces créatures dépassèrent en violence çt en férocité les plus exécrables des hommes qui déshonorèrent la Révolution.
Tandis que l'Evêché se mettait « en insurrection pour l'arrestation des traîtres, » les Jacobins se décidaient enfin à faire le premier pas dans la voie de l'insurrection morale. Un agent de Robespierre, Lhuillier, procureur général syndic, convoqua le département, et en obtint un arrêté qui invitait les sections à envoyer des commissaires aux Jacobins, où devaient se trouver les autorités constituées^ le 31 mai, à neuf heures du matin. Le club central de l'Evêché comprit que la direction du mouvement