‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 2)Chapitre 51 sur 57 · II · texte numérisé non relu

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I7M. lui échappait. Les sections préféraient, en effet, se confier aux Jacobins. L'Evèché n'attendit pas au lendemain, quoique cinq sections seulement eussent donné à leurs délégués des pouvoirs illimités. L'BTftchë Un dépouillement erroné ou frauduleux donna t'eflfon» de j, j.^gyj|;g^|^ définitif que le club central avait les

prendra * *

lâdiractiondu pouvoirs de la majorité des sections de Paris. Le club central nomma aussitôt neuf commissaires de salut public pris dans son sein, donna le commandement général de la garde nationale à un homme de Septembre, Henriot, commandant de la section des Sans-Culottes. Santerre, qui, depuis le 1 G août, occupait ce poste, était allé combattre contre les insurgés vendéens. Le Comité décréta rarrestation des suspects.

Pache informé de ce qui se passait à TEvêché s'y rendit, parla raison, ne fut point écouté. Il écrivit aussitôt aux sections, leur rappelant la convocation des Jacobins. Garât, plein d'inquiétude, avait reçu, la veille, un billet anonyme ainsi conçu : « Je sors de TEvèché; à sept heures la République sera en Inertie dcuil. » Au CiOmité des douze, qui avait transporté ses dossiers à la maison de Breleuil, on savait tout, mais nul n'agissait. La Commune, sur une observation de Chaumette, envoya à TEvèché quatre de ses membres. Pache y revint escorté de six commissaires; tout fut inutile.

Le Comité de salut public envoya Garât à l'hôtel de ville. Il y rencontra Pache qui revenait de l'Evê-

dtt Comité des douze,

rectioo.

ché, et qui lui exprima son désespoir, attribuant itw. le mouvement à la réintégration du Comité des douze. Le maire, tout en déplorant la conduite de TEvêché, avoua que ses efforts n'avaient eu aucun succès, et que le club central venait de déclarer Leciubceotni la Commune et le département en état d'insurrec- ^.**f ^^J^*

^ déclare la Corn-

tion. Il suivit Garât au Comité de salut public où muneetie Thuillier, procureur général syndic du départe- ^^j^J^^p!" ment, expliquait la théorie jacobine de l'insurrection morale. Le Comité ne prit aucune mesure; la Convention resta également inactive malgré le rapport de Lanjuinais qui avait poussé le courage jusqu'à s'introduire à l'Evêché. La plupart des Girondina ne rentrèrent point à leur domicile.

L'Evêché continua ses préparatifs, et vers trois heures du matin les sons lamentables du tocsin, partant sourdement de la Cité se propagèrent de section en section, et réveillèrent Paris endormi. La générale résonnait déjà dans les carrefours déserts. Bientôt Paris fut debout. Chaque citoyen prit son fusil, se réunit au drapeau de la porte de son capitaine. D'autres, sur Tordre d'Henriot, coururent au canon d'alarme, muet depuis Septembre et resté en horreur. Ils veulent le tirer; l'officier du poste s'y oppose. Pendant ce temps on ferme les barrières.

Quiconque appartenait aux fonctions publiques se rendit à son poste. Le Comité provisoire de salut pubUc de l'Evêché, ayant à sa tête Dobsent, un in-

1793. connu que la fortune capricieuse des révolutions

mit un moment en évidence, se rendit à la Gom-

Le Comité de muue, la dcstitua au nom du peuple. Pache, mal-

PEYèché dissout r ^^ doléances de la veille, ne parut pas ému.

et reconstitue ^ ' r r

le conseil gêné- Gommc Pctiou au 1 août, son attitude fut celle COTnmunl ^ ^^^ complaisant, sinon d'un complice. Hébert et Ghaumette ne se bornèrent pas à l'inertie; ils accueillirent les conjurés en sauveurs de la patrie. Dobsent ayant, au nom du peuple, dissous le conseil général de la Commune, le reconstitua en vertu du même droit, et lui conféra les prétendus pouvoirs illimités donnés par les sections au club cen- * tral de TEvêché. On ôta, remit les écharpes. La Gommune se trouva investie d'une dictature d'autant plus embarrassante que l'origine en était plus suspecte. Cet embarras se manifesta presqu'instantanément devant un ordre de la Convention qui, exerçant de son côté sa souveraineté, fit mander Pache. Les uns furent d'avis de résister, de consigner le maire; d'autres, plus sages, sentant la faiblesse d'un pouvoir encore inconnu et que rien n'affirmait, parvinrent à obtenir que Pache obéirait. Laissant les deux partis discuter sur la question de savoir si on tirerait ou ne tirerait pas le canon d'alarme, Pache se rendit à TAssemblée.

Dès six heures du matin, la Convention avait commencé de se réunir au bruit du tocsin et de la générale. Trois montagnards entrèrent les premiers. Louvet, Buzot, Rabaut-Saint-Etienne, Gua-

det, Bergoeing, Barbaronx, qui avaient passé la 1793 nuit dans la même chambre, arrivèrent ensuite, cachant des armes sous leurs vêtements. Ces hommes courageux dont la tête était menacée, lancèrent à leurs adversaires des regards farouches. Lanjuinais vint ensuite, et voyant entrer Danton et Garât, il dit à ce dernier : « Eh bien ! Garât, c'est le café Corazza ! » Il reprochait par cette parole au confiant Garât d'avoir attaché trop peu d'importance à l'affaire du 1 mars. L'Assemblée, aussitôt qu'elle fut en nombre, fit appeler les autorités constituées. Garât savait ce que nul n'ignorait. Il attribua les troubles à la reconstitution du Comité des douze et aux paroles d'Isnard contre Paris. Pache vint ensuite, aussi impassible que de coutume. Il exposa les faits sans commentaires et ajouta qu'il avait donné l'ordre au commandant provisoire de doubler les postes et d'empêcher dé tirer le canon. Un message du commandant de la section du PontiNeuf apprend au même instant au président de l'Assemblée qu'Henriot, au mépris de l'ordre du maire, insiste pour faire tirer le canon d'alarme. Valazé ayant, sur ce fait, élevé la voix contre Henriot, les tribunes murmurèrent. Cambon essaya de détourner l'orage ; mais bientôt le canon gronde, Hennot fait et tandis que les uns demandent la mise aux voix d'une proposition de Valazé pour l'arrestation d'Henriot, d'autres, comme Thuriot, réclament la suppression du Comité des douze.

tirer le canon d'alarme.

4793. La fierté de Yergniaud s'émut. < Il s'agit, dit-

il, de la dignité de la Convention... Il ne faut pas qu'elle casse aujourd'hui la commission. Il importe à la Convention de savoir qui a donné Tordre de sonner le tocsin, de tirer le canon d'alarme... Je demande que le commandant général soit mandé à la barre, et que nous jurions de mourir tous à notre poste. > Une grande partie de l'Assemblée se Discours de Icva ct répéta le serment. Mais bientôt Danton, ^iLtédœ reprenant la motion de Thuriot, chargeait la Com-

doiue. mission des douze du poids de l'indignation populaire. « Vous l'avez créée, non pour elle, mais pour • vous, dit-il ; si elle est coupable, vous en ferez un exemple terrible, qui effraiera tous ceux qui ne respectent pas le peuple, même dans son exagération révolutionnaire. Le canon a tonné ; mais si Paris n'a voulu donner qu'un grand signal pour vous apporter ses représentations^; si Paris, par une convocation trop solennelle, trop retentissante^ n'a voulu qu'avertir tous les citoyens de vous démander une justice éclatante, Paris a encore bien mérité de la patrie... Je demande que vous mettiez aux voix la révocation de la commission. — Je demande, répliqua Rabaut, à discuter la chose sous le rapport politique... » Rabaut parla, mais à chaque phrase on l'interrompait. Une députation arrivait. « Concluez donc I » s'écria-t-on. Rabaut dit alors que la commission est instruite que Santerre marche sur Paris avec les volontaires de la Vendée;

il conclut à la dissolution du Comité des douze, 1793. à la condition que les recherches soient remises aux mains du Comité de salut public. Et comme les clameurs contre le Comité des douze continuaient : « On l'accuse , dit-il, parce qu'on sait qu'il doit accuser. »

Pendant ce temps, les tribunes vociféraient et les députations assaillaient l'Assemblée. Madame Roland vint aussi dans l'espoir de se faire entendre, comme si la voix d'une femme eût été capable d'apaiser ces tribuns en fureur. Malgré le tocsin et le canon d'alarme, l'insurrection pourtant ne se montrait pas.^ La première députation tint, il est vrai, uh langage hautain. Elle déclara que lé conseil général l'envoyait pour communiquer les mesures qu'il venait de prendre. Ces mesures consistaient à confier les propriétés à la garde des Sans-Culottes, et à donner aux ouvriers armés une solde de quarante sous par jour. Guadet releva fièrement les paroles de la députation. « I^es pétitionnaires ont parlé d'un grand complot, dit-il ; ils ne se sont trompés que d'un mot, c'est qu'au lieu d'annoncer qu'ils l'avaient découvert, ils auraient dû dire qu'ils avaient voulu l'exécuter. » Il termina en proposant, au milieu du bruit, que la Commission des douze recherchât ceux qui avaient sonné le tocsin, arrêté la circulation des postes et fait tirer le canon d'alarme.

Une seconde députation de la municipalité arriva

1793. vers deux heures. Son langage fut très-dififérent. Changement gjj^ désavoua cu queloue sorte les paroles de la

d'attitude . . ^ .

de la Commune. . dépu talion qui Tavalt précédée, manifesta , de la part de la Commune, le désir d'établir une correspondance directe entre elle et la Cionv^ition, afin qu'elle pût être informée, d'heure en heure, des mesures prises par l'Assemblée et l'informer ellemême de l'état de Paris.

Ce changement d'attitude prouvait que le principe de l'insurrection morale, mis en avant par Robespierre et les Jacobins, triomphait des appels Lenteur et fai- sauvagcs de l'Evêché, En effet, vainement le tocsin l'insurrection s^'^'^*^* ^^ ^^ cauou groudait, les faubourgs demeuraient immobiles. Les Parisiens, debout sur le seuil de leurs maisons, attendaient le spectacle de l'insurrection et ne voyaient passer que des patrouilles. Dans le sein du conseil général, Pache, Hébert et Chaumette se déclaraient décidément contre les violents, et ordonnaient qu'on fît taire canons, cloches et tambours. A la Convention, Couthon, en vrai Jacobin, chercliait le juste milieu de la situation entre Brissot et Marat. Il fit appel à laxîoncorde : « Que tous ceux qui ne sont que du parti de la liberté se réunissent, dit-il, et la liberté est sauvée. » Vergniaud saisit cette motion au passage. 11 demande à l'Assemblée de décréter que les sections de Paris ont bien mérité de la patrie. L'opinion obéissait à un mouvement de bascule. Des pétitionnaires se succédaient à la barre et désa-

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