LIVRE XIV 3Î
vouaient l'émeute, tout en maintenant pourtant Tr»». la suppression de la Commission des douze et la mise en. accusation des vingt-deux, pour lesquels ils s'offraient d'ailleurs en otage. Barère, qui cherchait et réussissait souvent à trouver le mot de la situation, demanda la suppression du Comité des douze ; mais il conseilla en même temps à la Convention de prendre en main la réquisition de la force armée.
La droite, trop confiante, ne sut pas saisir l'apropos et refusa de briser les Douze. Elle perdit ainsi du temps et l'insurrection ardemment travaillée par Marat reprit courage. La délibération sur le projet de Barère fut interrompue par l'arrivée des autorités constituées de la Commune et du département réunies aux commissaires des sections. Lhuillier, procureur syndic, prit la parole. Réponse
t^ j. o , ,1. , 1 du procureur
Son discours tut une réplique amere aux paroles ^^^J^ Lhuiiuer d'isnard et une ardente récrimination contre la ty- ài'anathème rannie des Girondins. « Si Paris disparaît de la p^^ siu'face du globe, articula-t-il, ce ne sera pas pour avoir démérité de la patrie, mais bien pour avoir défendu l'indivisibilité de la République, comme le type essentiel de sa liberté; et lorsque le voyageur avide recherchera avec soin quelques traces de son , existence, il gémira sur sa destruction en en maudissant les auteurs (1). » 11 continua sur ce ton,
(4) Séance de la Convention du 34 mai 4793.
delà Convention.
17». réclamant iin décret d'accusation contre le Comité des douze, contre les chefs des Girondins, demandant vengeance contre Isnard et Roland et parlant en même temps d'union sainte et de reconnaissance. Envahissement La députatiou cntrc à ces mots dans TAssembléé. Une foule de gens du peuple la suit. Ces hommes vont s'asseoir sur les bancs de la Montagne qu'ils aiment. Les tribunes applaudirent à cette scène de désordre. La délibération cessa. Les députés de la gauche étaient allés s'asseoir à la droite de l'Assemblée. Les Girondins vaincus, essayèrent encore mais en vain de protester contre l'envahissement de l'Assemblée. « La Convention n'est pas libre! »> s'écria Doulcet-Pontécoulant. « Je proteste contre toute délibération de TAssemblée, n ajouta Yalazé. « Je demande qu'elle aille se mettre sur la place, sous la protection de la force armée, » s'écria Vergniaud. Il sortit; peu le suivirent. Le centre immobile se rangeait du côté de la force. Vergniaud dut regagner sa place, brisé dans la noblesse et la dignité de son caractère.
Robespierre était à la tribune, âpre et dans tout l'orgueil que devait lui donner le succès de son étrange et délicate conception d'une insurrection morale. Il parlait de mesures importantes, ne se contentant déjà plus de la suppression du Comité des dou2se, s'élevant avec énergie contre l'idée de remettre la force armée à la disposition de l'Assemblée, puisqu'il existait dans l'Assemblée des hom-
rondins.
mes qui p^rlsdent de punir l'ioBurreetion. « Con^ 47»?. cluezdonc! » s'écria Vergniaud. Ce vfiot réveilla toute la haine de Robespierre, c Oui, je vais con* violente clure, répliqua-t*il , et contre vous ; contre vous qui , Rob!^7crre après la révolution du 1 août, avez voulu con- contre les gî duire à Téchafaud ceux qui l'ont faite ; contre vous qui n'avez cessé de provoquer la destruction de Paris ; contre vous qui avez voulu sauver le tyran ; contre vous qui avez conspiré avec Dumouriez. .. » 11 termina en vouant à la vindicte des tribunaux les complices de Dumouriez et tous ceux que désignaient les pétitionnaires.
La Convention décréta aussitôt que la force armée du département de Paris serait mise à la disposition des autorités constituées, sauf à rendre compte à la Convention des mesures prises par elles. Le Comité de salut public fut chargé de la recherche du complot. On supprima le Comité des douze dont les papiers durent être mis sous les scellés. Le décret fut aussitôt publié dans Paris. Le peuple des faubourgs, si longtemps immobile, envahit alors l'Assemblée. Ces hommes étaient joyeux. Ils venaient d'échapper au péril d'une lutte sanglante dans les rues de Paris. Les instigateurs de l'émeute, voyant que le tocsin et le canon ne suffisaient pas pour armer la multitude, avaient imaginé de recourir à la calomnie. Ils répandirent dans le faubourg Saint-Antoine le bruit que la section de la Butte-des-Moulins venait de prendre la cocarde
Suppression
du Comité de«
douze.
1791. blanche : une colôniie se forma. Cette masse armée roula jusqu'au Palais-Royal et trouva les grilles fermées, la section de la Butte-des-Moulins en bataille dans le jardin. Mais quand les gens des faubourgs virent que ceux du Palais-Royal n'avaient point de cocarde blanche, ils changèrent d'humeur. RécoDciiiauon Au licu de sc battre on s'embrassa. La réconcilias^*A^totae *^^^ devint une fête. Les uns et les autres se rendiavec u section reut à la Couvcntion afin de l'informer de cet heu- MouUn». r^ux dénouement . La discussion noyée dans ce grand mouvement d'expansion populaire ne put continuer. On vota seulement la suppression du Comité des douze et le principe de la recherche du complot. A neuf heures et demie la séance fut levée. Paris s'illumina.
La multitude dut croire à la réconciliation des deux côtés de l'Assemblée et à un avenir de calme et de prospérité. Mais quiconque appartenait au mouvement des affaires publiques ne put se méprendre sur les suites de cette journée. Elle ne contenta ni les hommes de l'Evêché ni les Jacobins, et ne sauva pas la Gironde. Le Comité de salut public s'était en quelque sorte effacé dans ce conflit qui se passait en dehors de lui, mais nul n'était mieux placé pour voir et juger les périls de la situation. Succès Ses regards planaient à la fois sur Paris, sur les dé- "ponteM^^^Itae^ partements et sur l'extérieur. Il savait le 29 la prise l'insurrection de Foutcnay par les insurgés vendéens. 11 connais- ^"^Lyon"^ sait l'investissement de nos troupes dans Mayence,
le siège de Valenciennes et la retraite de rarmée du im midi. Jour par jour, il pouvait suivre les progrès de l'insurrection de Lyon où les royalistes, se ralliant au drapeau des Girondins, poussèrent ceux-^i à une révolte ouverte contre la municipalité. Cette crise venait de se terminer par un combat sanglant dans lequel le parti girondin avait eu le dessus. L'Hôtel-de-ville attaqué à coups de canon fut forcé, la municipalité dissoute et les principaux jacobins jetés en prison (1). La nouvelle de ces événements n'était pas de nature à calmer dans Paris refiervescence des partis hostiles à la Gironde.
Cependant Paris se leva paisible et laborieux le matin du 1®*^ juin. Mais tandis que le peuple, satisfait de sa réconciliation de la veille et du renversement du Comité des douze, retournait à ses ateliers, les agitateurs, rassemblés dès le matin, formaient la résolution de ne pas laisser leur œuvre inachevée. Ils étaient résolus à ne pas permettre qu'on éteignît l'incendie allumé la veille. Le commandant-général provisoire Henriot offrit la dispo-r sition de la force armée à la société des Jacobins, la mettant ainsi en mesure de pouvoir changer rinsurrection morale en véritable insurrection et d'attaquer non plus les formes de l'autorité, mais les individus- Le Comité révolutionnaire né de ces u comué orages adressa dès le matin aux quarante-huit sec-
rëvoluUonnaire
continue l'agi*
talion.
(4) %9 mai 4783.
i7«8. lions une circulaire pour leur rappeler que la Convention avait cassé les Douze, ratifié Tarrèté de la Commune relativement à la recherche du complot et à la solde de quarante sous accordée aux ouvriers armés. « Par ce qu'elle a fait hier, disait en terminant le Comité révolutionnaire, nous attendons ce qu'elle va faire aujourd'hui. Citoyens, restez debout. » Pache, diaumette, Hébert, le conseil général de la Commune ne trouvant pas, disaient-ils, la circulaire assez énergique, la supprimèrent.
La Convention qu'on voulait intimider essaya d'éluder là difficulté. Elle publia une proclamation rédigée par l'ingénieux Barère, où elle déclara que les autorités avaient été respectées et que les sections de Paris avaient bien mérité de la patrie. On leva aussitôt la séance, dans lespoir d'esquiver la situation et de gagner du temps.
La Convention ne pouvait en effet prendre parti pour les Girondins sans approuver en quelque sorte l'insurrection de Lyon et sans briser la force des municipalités, seul instrument efficace pour opérer l'emprunt forcée la réquisition et tous les moyens à l'aide desquels la France pouvait encore résister a la guerre civile et à la coalition de l'Europe armée. Insuffisance Lcs priucipes libéraux de la Gironde étaient incomdes principes p^tiblcs avcc uuc situation où le salut public de-
. girondins en "^ ^
1793. venant l'unique but du gouvernement, tout devait plier devant cette nécessité redoutable. I^ dictature et la terreur étaient malheureusement beaucoup