LIVRE xviu m
Sr^oire, l'ancien constituant, alors représentant i7»3. 1« peuple à la Convention, et évêque de Blois. « J'entre ici, dit-il d'une voix grave, n'ayant que des notions très-vagues sur ce qui s'est passé avant mon arrivée. On me parle de sacrifices à la patrie, j*y suis habitué. S'agit-il d'attachement à la cause de la liberté? Mes preuves sont faites depuis longtemps. S'agit-il du revenu attaché à mes fonctions d'évêque? Je vous l'abandonne sans regret. S'agit-il de religion? Cet article est hors de votre domaine, et vous n'avez pas le droit de l'attaquer. J'entends parler de fanatisme, de superstition ; je les ai toujours combattus. Mais qu'on définisse ces mots, et Ton verra que la superstition et le fanatisme sont diamétralement opposés à la religion. Quant à moi, catholique par conviction et par sentiment, prêtre par choix, j'ai été désigné par le peuple pour être évêque ; mais ce n'est ni de lui ni de vous que je tiens ma mission. J'ai consenti à porter le fardeau de l'épiscopat dans un temps où il était entouré d'épines; on m'a tourmenté pour l'accepter; on me tourmente aujourd'hui pour me forcer à une abdication qu'on ne m'arrachera jamais. Agissant d'après les principes sacrés qui me sont chers, et que je vous défie de me ravir, j'ai tâché de faire du bien dans mon diocèse. Je reste évêque pour en faire encore. J'invoque la liberté des cultes. » Cette courageuse fermeté imposa aux uns, fit murmurer les autres. Thuriot fit entendre quelques paroles amè-
1793. res. Plusieurs conventionnels articulèrent d'un to:» Faiblesse d« menaçant: « On ne veut forcer personne. » Quelsieyès. ques jours après, au milieu des abjurations qui se succédaient à la barre de l'Assemblée, une voix cjuî rappelait les grands jours de la Constituante, et que le soin de sa dignité, à défaut d'autre cause, aurait dû réduire au silence, la voix de Sieyès, se mêla, à ce concert. Le grand faiseur de constitutions vînt déclarer qu'il ne connaissait pas d'autre culte que celui de la liberté et de l'égalité, pas d'autre religion que l'amour de la patrie et de l'humanité. Il ajouta que, retenu dans les chaînes sacerdotates par U force des choses, il avait considéré ces chaînes comme brisées, le jour où la Révolution avait brisé toutes les chaînes. « Je n'ai point de démission ^ donner, dit-il, parce que je n'ai aucun emploi ecclésiastique ; mais il me reste une offrande à îai^ à la patrie , celle de dix mille livres de rentes viagères que la loi m'avait conservées pour indemaîté d'anciens bénéfices. Souffrez que je dépose sur votre bureau ma renonciation formelle à cette pension» et que j'en demande acte^ ainsi que de ma déclara^tion (1). » Du langage de Grégoire à celui de SieyèB-» il y avait la distance qui sépare le courage du seD^^ timent exagéré de la conservation.
Après les abjurations individuelles, vinrent le^ abjurations collectives. La Convention vit défiler ^^'
(1) Séance de la (Convention du 10 novembre 4793.