III. M
d'Hébert.
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UVRE XVni 344
j o)urd'hui celui-ci, dit-il, demain le tour de Dan- itm. "fcon, après-demain Billaud-Varennes. Nous finirons ;ptf Robespierre. » Thuriot appuya Chabot. Mais ci^ Hébertistes, Bourdon de l'Oise, Charlier, Vouland, demandèrent la mise hors la loi des prévenus ^n fuite. Chabot avait proposé que nul député ne I>tt être arrêté sans avoir été entendu. Sa motion X>i^alut, mais trop tard pour qu'Osselin en recueillît le bénéfice.
Aux Jacobins ce décret fut commenté. Hébert, pQmis de son échec, reparut, plus ardent terroiriste que jamais, à la tribune. Dans la soirée du ^ 3 , il attaqua Lacroix et Thuriot. Le même jour Vàne députalion jacobine , conduite par Dufourny , &^ait demandé à la Convention le maintien ilgouï'cux des mesures révolutionnaires et cette demande &Tait obtenu la mention honorable. Basire, accablé, dit Tignominie de proposer de déclarer que les Jacobins avaient bien mérité de la patrie, honneur ^ue la députation repoussa dédaigneusement. Yaixiiement Thuriot commit-il la bassesse de se recomimander de ses prédications athéistes dans la section des Tuileries, Hébert fut impitoyable. « 11 a prêclié, dit-il, le culte éternel de la nature; mais dans la Convention nationale, il n'a pas prêché celui de la Révolution. Condorcet aussi s'était fait une répu- ; talion, et comme Thuriot il a abandonné le peuple. » k Robespierre était absent des Jacobins. Hébert dissiviulant sa haine pour lui, dénonça les hommes qui.
fis HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
m. tion dans ce temps-là, parce qu'il paraissait peu Traisemblable, et que la défiance pour ces sortes de confidences est assez naturelle : les faits depuis cette époque le vérifièrent chaque jour. » Démasquant ensuite la division réelle de rAutriche et de la Prusse, il expliqua le phénomène politique de l'alliance de ces deux maisons par la comparaison de deux brigands qui, se battant pour partager les dépouilles d'un voyageur qu*ils ont assassiné, oublient leur querelle pour courir à une nouvelle proie. Il montra la puissance de FAutriche expirant dans le Ilainaut français et dans la Belgique ; la Prusse et la Russie partageant sans elle la Pologne et lui offrant comme un leurre la promesse de lui rendre la Lorraine, l'Alsace et la Flandre; T Angleterre Fencoarageant dans sa folie, lui laissant tout le poids de la guerre, et poursuivant son but particulier « tout en berçant TEspagne de la promesse de lui donner la Navarre^ le Roussillon et les départements pyrénéens^ en promettant à la Sardaigne le Dauphiné et la Provence. Il dénonça l'assassinat commis par les Anglais sur la personne de marins français qui se trouvaient dans le port de Gênes, a boni de la Modeste^ le 5 octobre 1793. L'Italie, cou^ bée aous le despotisme, (ut excusée, sauf le roi de "*i|ihs; le nanemark^ loué d'avoir résisté aux menait TAngleterne qui voulait Tobliger à entrer dans i^W« HnilU Gustave III, ce moderne Agamem- U ifpà aviit la prâtention de devwir le générap
Spéculations
frauduleuses
pendant la
Terreur.
ocnnu un rejeton français. » Des commissaires fuirent nommés pour examiner la conduite de Chabot. X-. 'ex-capucin avait été attaqué par son côté faible, Isi m privée, et Dufourny ne se doutait pas qu'il *<îuchât si juste. Etourdi par la peur, Chabot nia *c:>ut, se troubla, cria au secours, se rappela lui- ^■=oême à l'ordre. On applaudissait, on riait. La s^nce finit par la nomination des commissaires.
Chabot était coupable en effet, mais d'un fait en- ^^ore ignoré. David seul en avait surpris le secret ^ une maîtresse de Delaunai. I^ Terreur, comme toutes les époques de désordre, prêtait à la spéculation. En vue de tirer parti des actions de la Com- I>agnie des Indes , une association s'était formée ^ïitre le baron de Batz, Julien (de Toulouse), De-» launai (d'Angers) et Chabot. L'abbé d'Espagnac ^.^ançait les fonds. L'opération était des plus sim- X^les. Par des motions redoutables, on discréditait 1^8 actions qu'on achetait à vil prix, et qu'on rele- "V^^iit ensuite par quelque discours plus clément. Ce ^^oupable trafic se fit avec succès jusqu'au moment ^>iù la Compagnie des Indes fut abolie. Lorsque le Liquidation d© jc^ur de la suppression arriva, les directeurs offri- desinde». ^«nt cinq cents mille francs à Delaunai et à ses comï^lices, pourvu que la compagnie fût chargée du soin ^c sa propre liquidation. Elle pouvait ainsi prolon- ^r indéfiniment son existence. Chabot instruisit Basire du projet; il refusa de s'y associer. Fabre d'Eglantine spéculait en sens contraire ; il fit avor-
i7«3. ter la motion, en déduisit les conséquences et demanda que le gouvernement restât seul liquidateur. Cambon obtint en outre que les dettes, si elles excédaient l'actif, restassent à la compagnie. Chabot envoyé par ses complices offrit cent mille francs à Fabre qui était chargé de la rédaction du décret, pour qu'il en mutilât le texte le jour de l'impression, de telle sorte que la compagnie pût prendre part à la liquidation. On trompa Fabre lui-même en lui faisant signer une minute qui fut altérée à son insu , et Chabot reçut cent mille francs qu'il cacha dans les latrines. On peut juger par ce qui précède de la terreur que les attaques d'Hébert et la Basire et Chabot demande de Dufoumy durent lui inspirer. Il cou- "^liZd^r* rut au Comité de Sûreté générale, se constitua prisonnier, et lui dénonça une conspiration tendant à dissoudre la Convention nationale en employant la diffamation et la corruption. Il révéla le faux, et essaya de persuader qu'il n'y avait .pris part que pour connaître et dénoncer les coupables. Basire n'avait point de motif direct d'imiter cette lâcheté, puisqu'il était resté en dehors du complot; mais il ' cachait une princesse polonaise, et la peur lui fit perdre le sens commun. Il se constitua prisonnier en même temps que Chabot et fit les mêmes révélations (1).
Cet incident, qui portait un nouveau coup à la
(4) 47 novembre (Î7 brumaire 1793).
UVRE XVIII t45
C^ZloQYention, pouvait tourner au profit de la faction 1793. <^ui fondait sur ranéantissement de TÂssemblée ses espérances de dictature; mais le pouvoir suprême mêlait convoité par d'autres, et dans des vues plus S^autes que par les Hébertistes. Robespierre suivait ^k'xm regard attentif la progression du mouvement ;E>liilosophique et anarchiste. Il avait déjà fait presi&€Qtir qu'il ne tarderait pas à entamer la lutte. -Avant de livrer ce combat, il comprit qu'il impor- 't^t de mettre l'opinion de son côté et de relever stux yeux de l'Europe la Révolution traînée dans la boue des saturnales philosophiques imaginées jpar les chefs de la Commune. Dans la séance de la Rapport de Oonvention du 17 novembre 1793 (27 brumaire la situation de &n II), il lut au nom du Comité de Salut public un 1» République ^rapport sur la situation politique de la France. Le lut de ce travail était de fixer les principes du gouvernement envers les amis et les ennemis de la République, et de rendre à la nation sa physionomie et son rôle. Jamais rien d'aussi fortement pensé et d'aussi remarquablement écrit n'était sorti de la plume de Robespierre. Il passa en revue et caractérisa avec beaucoup de profondeur la politique des diverses puissances. Les aifinités de l'Orléanisme avecl' Angleterre, les vastes projets de Pitt se servant du duc d'Orléans, le trompant, menant une double intrigue dont le but était de diviser à la fois le nord . et le midi des Etats de l'Amérique, de s'emparer de Toulon, de Dunkerque, de nos colonies, de renver-
4793. ser la dynastie au profit du duc d'York et de faire rentrer les Etats de T Union sous la domination du roi Georges, en un mot tout le tissu de ce plan hardi fut mis à jour. Il s'attacha en même temps à démontrer que chaque phase de la Révolution, celles qui avaient vu périr Necker, Orléans, Lafayette, les Lameth, Dumouriez, Custine, Brissot, les Girondins, avaient déjoué les projets de M. Pitt qui, selon lui, manquait de génie et de moralité, et qui n'avait pas compris l'impossibilité d'associer l'extension infinie de la puissance royale à un lai^ développement commercial ; vérité prophétique dont l'histoire contemporaine de l'Angleterre a démontré la justesse. Il qualifia de monstrueuse Vaillance de. la Prusse et de l'Autriche, l'envisagea comme un phénomène produit par l'inspiration d'un gouvernement factieux qui après leur avoir garanti que la France les attendait comme des libérateurs , leur épargna même l'embarras de déclarer la guerre. Ici la Gironde était désignée et perfidement inculpée. La fierté des Girondins, qui en déclarant la guerre générale avaient peut-être montré plus de courage que de prudence, leur était imputée comme une preuve de trahison. Une fois lancé dans cette voie de soupçon et de défiance où son sombre génie semblait se complaire. Robes- . pierre ne s'arrêta plus. Les journalistes étaient à la solde des cours étrangères. Une coalition de tous les hommes puissants et corrompus s'était em-
uvRE xvin tn
parée de tous les ressorts du gouvernement, elle se- itw. mait la discorde entre Paris et le reste de la République, entre la République et les nations étrangères. Il dénonçait encore certains comités ténébreux qui se tenaient à Paris, comités composés, disaitil, de banquiers, d'étrangers et d'intrigants cou- Terts d'un masque de patriotisme. Cependant la République avait résisté à toutes ces attaques, elle avait mis sa diplomatie dans sa bonne foi et prouvé qu'on pouvait trouver des garanties dans les maximes de son gouvernement. Refaire des alliances à la France, semer la défiance et la division parmi les puissances coalisées, tel était le but de ce rapport. • Peuples alliés de la France, qu'êtes-vous devenus? s'écriait Robespierre. N'étiez-vous que les alliés du roi, et non ceux de la nation ? » Plus loin, embrassant d'un seul coup-d'œil le tableau de l'Europe, il ajoutait ces mots qui doivent rester à jamais gravés dans la pensée de quiconque exerce le pou- Toir souverain : « Dès le moment où Ton forma le projet d'une ligue contre la France, on songea à intéresser les diverses puissances par un projet de partage de cette belle contrée : ce projet est aujourd'hui prouvé non-seulement par les événements, mais par des pièces authentiques. Â l'époque où le Comité de Salut public fut formé, un plan d'attaque et de démembrement de la France, projeté par le cabinet britannique, fut communiqué aux membres qui le composaient alors. On y fit peu d'atten-
iTsa. tion dans ce temps-là, parce qu'il paraissait peu Traisemblable^ et que la défiance pour ces sortes de confidences est assez naturelle : les faits depuis cette époque le vérifièrent chaque jour. » Démasquant ensuite la division réelle de l'Autriche et de la Prusse, il expliqua le phénomène politique de l'alliance de ces deux maisons par la comparaison de deux brigands qui, se battant pour partager les dépouilles d'un voyageur qu'ils ont assassiné, oublient leur querelle pour courir à une nouvelle proie. Il montra la puissance de l'Autriche expirant dans le Hainaut français et dans la Belgique ; la Prusse et la Russie partageant sans elle la Pologne et lui offrant comme un leurre la promesse de lui rendre la Lorraine, l'Alsace et la Flandre; l'Angleterre l'encourageant dans sa folie, lui laissant tout le poids de la guerre, et poursuivant son but particulier, tout en berçant l'Espagne de.la promesse de lui donner la Navarre, le Roussillon et les départements pyrénéens, en promettant à la Sardaigne le Dauphiné et la Provence. Il dénonça l'assassinat commis par les Anglais sur la personne de marins français qui se trouvaient dans le port de Gênes, à bord de la Modeste^ le 6 octobre 1 793. L'Italie, cou> bée sous le despotisme, fut excusée, sauf le roi de Naples; le Danemark, loué d'avoir résisté aux menaces de l'Angleterre qui voulait l'obliger à entrer dans la ligue. Il railla Gustave III, ce moderne Agamemi^on, qui avait la prétention de devenir le généra-