LIVRE XVra Î
lissime des rois coalisés. Selon lui, la Russie, après 47». aToir contribué à former la ligue des rois en profitait seule, laissait les puissances se briser contre le rocher de la République, ménageait ses forces, se préparant à la conquête de la Turquie et de TAUemagne par l'usurpation et la violence, et s' adjugeant dans l'avenir la part du lion. « Vous avez sous les yeux le bilan de l'Europe et le vôtre, ajouta- t-il avec BU sentiment profond de l'équilibre du monde, et vous pouvez déjà en tirer un grand résultat : c'est que l'univers est intéressé à notre conservation. Supposons la France anéantie ou démembrée, le monde politique s'écroule. Otez cet allié puissant et nécessaire qui garantissait l'indépendance des médiocres Etats contre les grands despotes, l'Europe entière est asservie ; les petits princes germaniques, les villes réputées libres de l'Allemagne sont englouties par les maisons ambitieuses d'Autriche et de Brandebourg; la Suède et le Danemark deviennent tôt ou tard la proie de leurs puissants voisins ; le Turc est repoussé au-delà du Bosphore, et rayé de la liste des puissances européennes; Venise perd les richesses, son commerce et sa considération ; la Toscane son existence; Gènes est effacée; l'Italie n'est plus que le Jouet des despotes qui l'entourent; la Suisse est réduite à la misère... Et vous, braves Américains, dont la liberté cimentée par notre sang fut encore garantie par notre alliance, quelle serait votre destinée si nous n'existions plus ? Vous re-
na HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
4793. tomberiez sous le joug honteux de vos anciens mav* très. . . Que dis-je ? que deviendrait l'Angleterre ellemême ? » Analysant le caractère artificiel de TAngleterre, il la montra odieuse à tous les peuples, perdant bientôt son existence morale, le jour où la France perdrait sa liberté. Une parole juste et forte sortit de ses lèvres : « Quoi qu'on puisse dire, articula-t'il, les véritables puissances sont celles qui possèdent la terre; qu'un jour elles veuillent franchir l'intervalle qui les sépare d'un peuple purement maritime, le lendemain il ne sera plus.... C'est en vain qu'une île commerçante croit s'appuyer sur le trident des mers, si ses rivages ne sont défendus par la justice et par l'intérêt des nations... Que la liberté périsse en France, poursuivitril avec un sentiment qui dut pénétrer les âmes, la nature entière se couvre d'un voile funèbre et la raison humaine recule jusqu'aux abîmes de l'ignorance et de la barbarie. . . Le despotisme, comme une mer sans rivages, se déborderait sur la surface du globe... Plût au ciel que ces vérités salutaires, au lieu d'être renfermées dans cette étroite enceinte, pussent retentir en même temps à l'oreille de tous les peuples. »
Effet sur Uu décrct, qui fut adopté dans la même séance,
l'opinion pubh- gyjyji; çg remarquable rapport. Il avait pour but de
que du rapport * ^^ *
de Robespierre, manifester aux yeux.de l'univers les principes de la Convention et de rassurer les cantons Suisses et les Etats-Unis sur les intentions de la République. Hé-