LIVRE XVni Slîi
bert et ses complices étaient bien petits devant cette ' 4793. parole d'un sens politique à la fois si élevé et si dair. Robespierre ne les attaqua pas directement. Hais, en rappelant la France au sentiment de sa di- ^ité, en adjurant les patriotes de donner au gouvernement la considération dont il avait besoin, en {usant appel à l'union, en flétrissant ceux qui voulaient avilir la Révolution par une exagération systématique ou par excès de modérantisme, et en' déclarant qu'il avait voulu au contraire donner à l'Europe une haute idée des principes qui animaient la politique française, il frappait indirectement la faction des anarchistes et celle des indulgents qu'il regardait comme non moins dangereuse. L'autorité morale dont jouissait Robespierre grandit beaucoup à la suite de ce rapport dont l'effet fut puissant en Europe.
Après avoir relevé la Révolution aux yeux de ses concentration amis et de ses ennemis, Robespierre et les princi- entre ^^^T^ns paux membres du Comité de Salut public compri- du comité de reot qu'il fallait apporter à la dictature révolution- " ^" ^^' naire un élément de force et de concentration qui lui manquait. Il ne suffisait pas qu'il pût tenir dans sa main la police, les armées, les subsistances et le tribunal révolutionnaire, si le problême de l'unité de pouvoir n'était pas résolu et si les lois, mal et incomplètement promulguées, restaient à la merci des autorités départementales ou des communes qui gouvernaient par des arrêtés. Les armées et les
Bulletin de* lois.
nt HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
1793 comités révolutionnaires augmentaient le fardeaa des tyrannies locales. Les représentants en mission avec leurs pouvoirs souverains mettaient le comble à la confusion.
Ces vices du gouvernement furent l'objet d'an rapport que Billaud-Varennes lut après celui da Robespierre, rapport dont le style excentrique et pédant empruntait à la mécanique la plupart des ! termes à l'aide desquels il prétendait définir le plan du gouvernement républicain, ce qui fit donnera l'auteur par Camille Desmoulins le nom de patriote rectiligne. Le décret qui suivit cette proposition Création du Valait mieux que l'exposé. Il créait, pour la notification des lois, un bulletin imprimé qui devait ètie envoyé à toutes les autorités constituées, à tous les fonctionnaires chargés d'appliquer ou de surveiller l'exécution des lois. Cette grande création fut dotée d'une imprimerie et d'un papier spéciaux, et surveillée par une commission. Proposé le 1 8 novembie (28 brumaire) le décret ne fut voté que le 4 décembre (14 frimaire) suivant. Il formait une section d'un décret constitutif du gouvernement révolutionnaire. L'effet de cette mesure fut de réduire les autorités départementales à un rôle passif. Les comités révolutionnaires, les représentants en mission, pe^ dirent les pouvoirs exorbitants qui paralysaient l'action gouvernementale et constituaient ime sorte d'oligarchie sans régulateur commun. Les conflits de pouvoir cessèrent. Les empiétements des com-
uvRB xvm m
mnnes trouvèrent un frein. Tout vint aboutir au im. Comité de Sûreté générale, dominé par le Comité de Saint public dont les fonctions embrassaient les plus hautes matières d'Etat et qui devint dès lors un véritable gouvernement dont les organes, libres d'entraves, purent fonctionner avec la précision nécessaire alors.
La Commune plia. Chaumette apporta même dms l'obéissance un excès de zèle qui le fît réprimander . Il voulut convoquer les Comités révolutionnaires de Paris, pour les blâmer d'avoir fait incareéierdes patriotes. Les Comités ne devant recevoir d'ordres que de l'autorité supérieure, le Comité de Silut Public cassa le réquisitoire de Chaumette. Les scandales à propos de la question religieuse n'en continuaient pas moins. Ils provoquèrent de la part des filles publiques, dont la Commune avait rainé l'industrie, une manifestation en sens contraire. Pour expier la profanation de l'église Notre- pèieriDagedes Dame, une foule de ces créatures, prises d'une dé- *"««p"»'"<ï"«*
' ^ à l'église
lotion subite, se rendirent à l'église SaintrEustache, Notre-Dame. portant ostensiblement des chapelets. I^ cause du catholicisme et de la monarchie trouva parmi cette classe de femmes des instruments dévoués. Quiconque a réfléchi sur ces matières ne s'en étonnera pas et en comprendra les motifs bons et mauvais.
Les partisans du système de la nature et les intrigants qui les poussaient en avant, profitèrent de cet incident pour inviter la Commune à prendre des
m HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
i7»8. mesures contre la résurrection du fanatisme, h mouvement contre le culte reprit une nouvelle vigueur. La section de l'Homme armé fit une abjur ration en règle au conseil-général (1 7 novembre 29 brumaire) et s'enquit d'un rite républicain poui les cérémonies funèbres. Un commissaire civil ei bonnet rouge fut chargé de mener les morts au cimetière. Le lendemain, Chaumette prononça aw Jacobins quelques mots sur la manifestation dei filles publiques, mais aucune discussion sérieuse ni Continuation de S engagea. Robespierre observait en silence les Hé la lutte entre bertistcs inquicts. 11 attendait son heure pour frap-
Robespierre et * r r
les Hébertistes. per uu coup décisif . Cachant ses alarmes sous les apparences de l'audace, la faction des anarchistes or ganisa une nouvelle bacchanale qui défila le 20 novembre (30 brumaire) devant la Convention. On) vit des tambours, des sapeurs et des canonniers ei chasubles et en dalmatiques, des femmes vêtues d( blanc et parées de rubans tricolores. Ils apportaient, aux sons des fanfares et aux cris de « Vive h Liberté I » des calices, des saints-ciboires, des châsses et des croix. Un drap noir figurait le fanatisme qu'on portait sur l'air de Malbrouk est mort. Bientôt le Ça ira retentit, et ces hommes et ces femmes en habits sacerdotaux dansèrent la Carmagnole aï milieu de la Convention. « En un instant, dit le pré sident Laloi, vous faites entrer dans le néant dixhuit siècles d'erreurs. » On prêta le serment au culte de la Raison. Une voix d'enfant s'éleva ensuite, e1
LI\TIE XVIIl ««5
récita un discours dans lequel il priait l'assemblée 4793. de lui faire un petit catéchisme républicaiii. Laloi i'embrassa aux applaudissements des spectateurs. Dn membre demanda que le président écrivît aux parents de Tenfant pour les féliciter sur la manière dont ils l'avaient élevé. La section de la Montagne défila ensuite avec le même cérémonial, apportant les dépouilles de Téglise élevée « à saint Roch et à son chien. » Hébert crut alors le terrain suffisamment préparé pour aller au-devant de la lutte qu'il prévoyait. Le lendemain 21 novembre (4®' frimaire), il se rendit avec ses partisans au club des Jacobins qu'Ânacharcis Clootz présidait ce soir-là.
Hébert prit la parole, se plaignit qu'on eût enirenimé les paroles de Robespierre à son égard. « Tous les jours, ditril, je i*encontre des hommes qui me demandent comment je ne suis pas encore arrêté. j> 11 parla d'un prétendu complot dont on s'entretenait tout bas, qui avait pour but de s'emparer du pouvoir au détriment de la Convention et du Comité de Salut public. Lui Hébert, Pacbe, Chaumette et autres, qu'on supposait être les chefs de ce complot, devaient être arrêtés par ordre de Robespierre. Il mêlait à ces plaintes des paroles de sang à l'aide desquelles il espérait conserver sa popularité. « Quand Hébert demtnde on a jugé Capet, dit-il, il fallait juger sa race. * ^7^,f^;; C'était demander la mort de Madame Elisabeth, ce qu'il ne cessait de faire ouvertement d'ailleurs dans sa dégoûtante feuille. Momoro ajouta quelques mots m. 45
iTu dans le même sens et fit une sortie contre les prêtres.
Dûcoun de RobespîeiTe parut alors à la tribune, et datpro- Ri>i**pi.^eD jjjjj^ gyp Hébert reffet d'une tête de Méduae en
CiTevr de
k liberté des prenant ouvertement la défense de ce que celui-ci ^"**"' attaquait. « Est-il vrai, dit-il, que les plus dangereux ennemis soient les restes impurs de nos tyrans?... Est-il vrai que la principale cause de nos maui^ soit le fanatisme? Le fanatisme, il expire; je pourrais même dire qu'il est mort. . . Vous avez peur des prêtres! et ils s'empressent d'abdiquer leurs titres pour les échanger contre ceux de municipaiii, d'administrateurs et même de présidents des sociétés populaires... Je ne vois plus qu'un moyen panoi nous de réveiller le fanatisme : c'est d'afifecter de croire à sa puissance... Et quels autres effets peut produire cette chaleur extraordinaire, ce zèle exagéré et fastueux avec lequel on semble lui faire h guerre depuis quelque temps... De quel droit des hommes inconnus jusqu'ici dans la carrière de la Révolution viendraient-ils chercher au milieu de tous ces événements une fausse popularité, d'entraîner les patriotes à de fausses mesures, et de jeter parmi nous le trouble et la discorde? De quel droit viendraient-ils troubler la liberté des cultes au nom de la liberté, et attaquer le fanatisme par un fanatisme nouveau? De quel droit feraient-ils dégénérer les hommages solennels rendus à la vérité pure en des farces éternelles et ridicules? On a supposé qu'en