‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 22 sur 45 · LIVRE XVIII Î · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII Î

Varennes, tout en louant avec ironie la générosité 1793 de Chauraette protégeant le Comité de Salut public et la Convention, rappela les termes du décret du 17 septembre. Barrère et Charlier appuyèrent ses conclusions et firent édicter dix ans de fers contre quiconque réunirait les Comités révolutionnaires. Ijd décret fut porté au conseil général de la Com- ucommiuie niune, à l'ouverture de sa séance. Pris en flagrant délit d'hypocrisie, Chaumette rejeta la faute sur les joumalistes, qui dénaturaient, disait-il, ses paroles. Pache, son complice, qui présidait, protesta de l'empressement du conseil général à se montrer stricte observateur des décrets. La Commune et les Bébertistes, battus sur tous les points, attendirent SLuc anxiété l'épuration. Le 4 décembre, le décret de réorganisation du gouvernement devenant exécutoire, le pouvoir municipal dut s'incliner et la loi ne laissa même que le titre d'agent national à son procureur-syndic. Le Comité de Salut public tenait désormais dans sa main tous les fils des divers pou- 'Voirs. Rien de ce qui se tramait contre lui ne pouvait lui échapper. Ses ennemis essayèrent de le compromettre en le flattant. Merlin de Thionville demanda fju'il prît le titre dangereux de Comité de Gouvernenmtj et Bourdon de l'Oise proposa de supprimer les ministres. Le Comité de Salut public ne tomba ^ans aucun de ces pièges. Il se mit à l'œuvre. L'Hé- Itertisme continuait en province. Les représentants Cavaignac et Dartigoyte faisaient à Auch de l'apos-

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fm. toiat anti-religieux ; des désordres analogues 66 reproduisaient dans la Somme, l'Oise et le Pas-de- Calais. Robespierre craignant que ces scandales ne finissent par faire perdre à la France tout pres% au dehors, proposa à la Convention de publier une coDMcntioii réponse au manifeste des rois coalisés. Cette adresse ^vhl^rtédL^ répondait surtout au reproche d'irréligion. Elle était ndus. conçue dans le sentiment du discours prononcé par Robespierre aux Jacobins, et suivie d'un projet de déci*et défendant toutes violences ou menaces contraires à la liberté des cultes. Cambon appuya le décret qui fut voté le lendemain et qui consacrait enfin l'une des plus belles conquêtes de la société moderne, la liberté des cultes (1).

Epuration de la Le 29 uovembre, l'épuration de la société des Jacobins commença. Etre expulsé des Jacobins, c'était prendre le chemin de l'échafaud. Les premiers épurés furent des gens obscurs : un certain Guirault, traité d'intrigant par Robespierre; un sieur Taschereau, qu'un citoyen des tribunes dénonça comme chevalier d'industrie, etc. Leur radiation fut prononcée. Pour Tintelligence de ce qni va suivre, il importe de ne pas oublier que le Comité de Salut public avait à lutter contre deux catégories d'opposants : les indulgents ou Dantonnistes, les exagérés ou Héberlistes. Or ces deux partis représentant les deux pôles de la situation, éprouvaient

(4) Décret du 6 décembre (46 frimaire) 4793.

société des Jacobins.

prend la défense de Danton.

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l'un pour l'autre une haine dont Robespierre sut 1793. tirer parti. 11 se servit d'abord des premiers pour abattre les seconds La lutte naissait à tout propos; l'épuration, qui se faisait avec une lenteur calculée, la ranimait sans cesse. Une attaque des Hébertistes contre Danton qui sorti de sa retraite d'Arcis-sur- Aube avait reparu aux Jacobins , dessina cette situation.

Quoique Danton soutînt le principe de Tindépen- Robespierre dance des sociétés populaires et différât de Robespierre qui voulait au contraire les rattacher hiérarchiquement au Comité de Surveillance générale, il fut défendu par le chef des Jacobins. 11 est juste d'observer que Danton, dès son retour, s'était mis du côté de Robespierre contre les Hébertistes. Son bon sens politique était révolté des mascarades antireligieuses qui venaient d'avoir lieu , et peut-être qu'une secrète inquiétude l'agitant, il avait trouvé prudent de se concilier les sympathies d'un homme C[ui, semblable à un grand juge, planait sur le jury jaeobin et séparait les bons des mauvais. Danton d'ailleurs nourrissait l'espoir de ramener Robespierre à des idées de clémence. Il n'ignorait point que la cruauté n'était pas chez Robespierre comme chez les Hébert, les Vincent, les Ronsin, un instinct ^un goût. En tout cas, Danton et ses amis Camille Besmoulins, Philippeaux, Lacroix, Fabre d'Eglantine, etc. étaient résolus à profiter de l'occasion

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de I>aDtoD aux

qui s'ofîrait d'abattre la faction ]a plus diainétra^^i lement hostile à leurs tendances.

Amené par une injuste attaque de Coupé de TOis^ à la tribune dea Jacobins, Danton alla lui-même a^ devant de Tépuration et s'efforça de reconquérir so^:^ ancienne popularité* On le revît en effet tel qu'^ avait pnrti dans les jours terribles de la RévoUitior», avec celte véhémence qui enflammait sa parole» h Je somme, dit-il, tous ceux qui ont pu concevoir contne moi des motifs de défiance de préciser leurs accusations, car je veux y répondre en public. J'ai éprouvé une sorte de défaveur en ne paraissant pas à la tribune* Ai-je donc perdu ces traits qui caractérisent la figure d'un liomme libre? > Disant ces mots, il releva ce front dont Taudace était si bien connue* « Ne suis-je plus ce même homme quis^est trouvé à vos côtés dans les moments de crise? No suis-je pas celui que vous avez souvent embrassé comme votre ami et qui doit mourir avec vous?» J Ces paroles presque tendres qui tombaient de ccU«^ bouche de cyclope n'ébranlèrent pas encore Tirapas" sibilité jacobine* Danton, qui avait à la fois la nisa et la souplesse du renard et la force du lion, se cou* vrit alors d'un souvenir cher au peuple* « J'ai étéj dit-il, un des plus intrépides défenseurs de Marat; j'évoquerai l'ombre de TAmi du Peuple pour inajustification* » 11 descendit plus bas encore, parla d* sa fortune privée, disant qu'elle se réduisait à portion de biens qu'il avait toujours eue. « Je ééfx^

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