‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 23 sur 45 · LIVRE XVra · texte numérisé non relu

LIVRE XVra

les malveillants, dît-il, de fournir contre moi la itm. preuve d'aucun crime. Tous leurs efforts ne pourront n'ébranler. Je veux rester debout avec le peuple. Vous méjugerez en sa présence. Je ne déchirerai pas plus la page de mon histoire que vous ne déchirerez les pages de la vôtre, qui doivent immortaliser les » fastes de la liberté, » Â ces mots, les applaudissements éclatent. Danton les couvrait de sa voix et demandait qu'on nommât douze commissaires pour examiner sa conduite, t J'y consens, réplique aussitôt Robespierre, s'il pense que cette mesure lui soit utile; mais je soutiens que sa conduite ne peut 6tre discutée qu'à la face du peuple. Je demande qu'on veuille bien préciser les griefs portés contre lui. Personne n'élève la voix. Eh bien! je vais le le faire. » Robespierre énumère alors les calomnies qui circulaient sur le compte de Danton. On l'accusait de viser à devenir régent sous Louis XVII, d'avoir feint d*être malade pour passer en Suisse. «Aces absurdités il mêla ses propres observations. Elles portaient sur deux points : Danton n'avait pas assez promptement soupçonné la trahison de Dumouriez; il n'avait pas poursuivi Brissot et ses eomplices avec assez de rapidité. C'était là de bien légers reproches. « Danton ! poursuivit-il avec une généreuse amertume, ne sais-tu pas que plus un homme a de courage et de patriotisme, plus les ennemis de la chose publique s'attachent à sa perte ? Ne sais-tu pas, et ne savez-vous pas tous, citoyens,

i7n que cette méthode est infaillible? Et qui sont le« calomniateurs? Des hommes qui paraissent exempta de vices, et qui n'ont jamais montré aucune Yertcn Eh ! si le défenseur de la liberté n'était pas calons nié, ce serait une preuve que nous n'aurions plct; ni prêtres ni nobles à combattre. » 11 avait un moment oublié cette personnalité qui dominait trop souvent dans ses discours aux Jacobins. 11 y reviol, se plaignit des éloges exagérés dont il était l'objet; les répudia, c Croit-on , dit>-il, qu'à côté de ces éloges que l'on retrace dans certaines feuilles, je ne voie pas le couteau avec lequel on a voulu %orger la par trie? Dès l'origine de la Révolution, j'appris à me méfier de tous les masques. » L'auditoire comprit qu'il faisait allusion aux Hébertistes. Et donnante la vie publique et privée de Danton des éloges qui peut-être étaient encore mêlés de quelque sincérité: « La cause des patriotes est une, ajouta-t-il, comme celle de la tyrannie ; ils sont tous solidaires. Danton veut qu'on le juge. Il a raison; qu'on méjuge aussi. Qu'ils se présentent ces hommes qui sont plus patriotes que nous ! »

Quoique la haine fût au fond du cœur des Hébe^ tistes, nul n'osa porter la parole, excepté Momoro qui, pour couper court au triomphe de Danton, réclama Tordre du jour. Mais un Dantonniste éleva la voix en demandant que Danton reçut l'accolade du président, ce qui fut fait et applaudi.

L'épuration continua. Le tour d'Hébert arriva le

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