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de Lyon et des horreurs qu'y commettaient CoUot, ^m. Fouché et leurs complices était dissimulé. Mais la vérité lui parvenait par des lettres anonymes et par des confidences d'hommes perspicaces qui, pressentant ses secrètes intentions, lui découvraient toute rétendue des crimes dont les auteurs s'efforçaient de le rendre solidaire.
Couthon avait laissé à Lyon deux tribunaux pour juger les rebelles. CoUot-d'Herbois et Fouché remplacèrent ces tribunaux par une Commission de sept juges, et par une Commission temporaire de Surveil- La commisBion lance républicaine. Cette dernière avait pour pré- je^^^iu^ce ûdent Marine, peintre sur porcelaine, homme dur, et les cinq juges £arouche et sarcastique. Elle devait rechercher les ^^°'
coupables et les envoyer devant les juges, qui furent réduits à cinq, par le refus de deux titulaires qui ne se sentirent pas assez impitoyables pour exercer un tel mandat. Un prisonnier, Delandine, à l'instar de Jourgniac Saint-Meard, a laissé à l'histoire un reflet assez vivant de ces jours néfastes pour qu'on puisse, en quelques traits, donner la silhouette sinistre des cinq juges lyonnais qui consentirent à servir d'instruments à la Commission de Surveillance et aux deux proconsuls. Le président de ce terrible tribunal était un petit homme ennemi des prêtres, dont la vanité était de faire peur par son attitude et de passer pour un spadassin de première force à l'exercice du sabre. Il portait son chapeau de travers et disparaissait presque tout entier sous
1793. les panaches dont il était chargé. Il se nommait Parrein; il était parisien, et logeait avec un autre juge, son compatriote, le nommé Corchand, qui aimait les arts et les artistes, mais qui, en dehors de cette catégorie de citoyens, n'avait plus ni sympathie, ni indulgence pour le reste des humains. 11 ne manquait jamais de condamner. Le troisième, Lafaye, avait des sourcils noirs terribles, la face ouverte. Il était accessible à tous, recevait dès l'aube, encore au lit, mais avec des pistolets près de Toreil- 1er. Il condamnait rarement à mort. Son ami et collègue Brunière, avec sa haute taille et une large moustache rousse qui lui donnait quelque chose de redoutable et d'imposant, était le moins cruel des cinq. Il inclinait toujours dans le sens le moins rigoureux. Mais le cinquième, Fernex, ancien ouvrier en soie, d'humeur sinistre, vivant mystérieux et solitaire, condamnait toujours et répétait comme un verset de litanie cette seule parole : « Je donne ma vie pour le triomphe de la Révolution. » Parrein, en sa quaUté de président, siégeait au milieu des autres juges, ayant à gauche Fernex et Corchand, à droite Lafaye et Brunière. Tous étaient en uniforme avec leurs chapeaux à panaches rouges. Un large 'baudrier noir soutenait leur sabre. Us portaient en sautoir une écharpe tricolore à laquelle étincelait une petite hache symbolique.
Le tribunal des Lc licu OÙ siégcait, daus l'hôtel-de-ville, de neuf ^"*i.yon*^ heures à midi, et le soir de sept heures à neuf, la
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Commission révolutionnaire, était un élégant salon itos. d'autrefois (salle du Consulat), très orné. Le plafond, peint par Blanchet, représentait les Grâces et des amours. Les prisonniers attendaient, par deux ou trois, sur un banc de bois, dans un vestibule voisin. Ils étaient introduits par un guichetier à face bourgeonnée qui les menait à la sellette et restait derrière eux. Deux gendarmes, placés debout de chaque côté du prisonnier, veillaient sur ses mouvements. Devant les juges, à un petit bureau, écrivait le secrétaire. Sur la table du tribunal brillaient six flambeaux. Une barrière de bois, à hauteur d'appui, régnait autour de la salle et contenait le public composé de dénonciateurs, d'égorgeurs et de soldats de l'armée de Ronsin. Les juges expédiaient environ sept accusés par quart-d'heure. Aussi l'interrogatoire étaitil d'une concision draconienne. « Ton nom? Ta profession? Qu'as-tu fait pendant le siège? Es-tu dénoncé?» Telles étaient ces questions. Etre riche, aimer les prêtres, avoir porté les armes contre le siège et mis son chapeau sans cocarde, entraînaient condamnation. Un signal compris dû guichetier décidait du sort de l'accusé. Lorsque les juges portaient la main à la petite hache de leur écharpe, le condamné périssait par la guillotine. La main au front désignait la fusillade ; le bras tendu sur la table, la mise en liberté. Le guichetier se trompait quelquefois. On rapporte que les condamnations étaient plus fréquentes le soir que le matin, parce
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1793. que le soir les juges avaient de rbumeur. La fatigue, l'obsession des clients, quelquefois Tivresse, les rendaient impitoyables. Il y eut des jugements singuliers. Une jeune fille, désespérée d'avoir perdu ses frères et son père, demandait la mort. Les juges répondirent : « Nous voudrions bien vous accorda votre demande, mais nous ne le pouvons pas. » A cette étrange question : « Crois-tu en Dieu ?» un prêtre indigne répondit : « Un peu. » — c Meurs infâme, et va le reconnaître, » répliqua le président. Un autre prêtre ayant, à propos de Jésus-Christ, émis un doute sur sa bonne foi ; « Cours au supplice, scélérat, dirent les juges. Jésus tromper les hommes ! lui qui leur prêcha l'égalité, lui qui fut le premier et le meilleur sans-culotte de Judée I » Ils voulurent sauver une fille de seize ans qui avait servi un canon pendant le siège et refusé de porter la cocarde à son bonnet. On la lui fit attacher, mais elle la jeta avec mépris et préféra la mort. Un curé fut acquitté. On lui demandait s'il croyait à l'enfer : « Comment n'y croirais-je pas en vous voyant, » avait-il répondu.
La bonne caTe . Âprès l' interrogatoire, le guichetier emmenait le condamné dans ce qu'on nommait la bonne cave ou la mauvaise cave. La première était réservée aux simples détenus; la seconde, à ceux qui devaient périr. Les soupiraux de cette dernière ouvraient sur la place des Terreaux, lieu des premières fusillades. Des prisonniers furent blessés, un guichetier
et la mauvaise cave.