‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 27 sur 45 · LIVRE XVra · texte numérisé non relu

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défaire feu. L'exécution fut horrible. Un très-petit itm. nombre de ces malheuraux succombèrent à la première décharge. La plupart, afireusement mutilés, poussaient des cris lamentables, tombaient, se débattaient en criant : « Achevez-moi, mes amis, ne m'épargnez pasl » Un des suppliciés. Merle, ex- iFérocité constituant , maire de Mâcon , eut le poignet qui l'attachait à la corde emporté par la fusillade, et se trouva libre. Il prit la fuite à travers les champs, et les groupes de spectateurs s'ouvrirent pour favoriser sa fuite. Mais un détachement de cavalerie révolutionnaire le poursuivit et le tua. Pendant ce temps, on dépouillait et on comptait les morts; malgré la fuite de Merle, il s'en trouva deux cent dix au lieu de deux cent huit. Deux commissionnaires, qui ce jour-là servaient les détenus, avaient été, malgré leurs protestations, liés avec les condamnés. Roués de coups, ils avaient dû marcher. Une nouvelle fosse reçut cette masse de victimes qu'on recouvrit d'un peu de terre et de chaux.

Le 1 8 frimaire on fusilla encore soixante-huit personnes, et on en guillotina huit. Treize furent guillotinées le 19, cinquante-trois fusillées le 21. Sur le chiffre de trois mille cinq cents accusés, il n'y eut que dix-huit cents acquittements. Lyon prix la Nombre Révolution en horreur. Et pourtant CoUot-d'Herbois et Ronsin n'étaient pas assouvis. Les deux Commissions, celle qui cherchait les victimes et celle qui les envoyait à la mort, n'étaient pas encore

des Tictimes.

17». assez împiU^ables au gré des deux proconsuls. Ronsin publia une affiche épouvantable, dans La» quelle il déclarait que sur les cent quarante miUa habitants de Lyon, quinze cents seulement n'étaient pas coupables. Il émettait l'espoir qu'avant la fin de frimaire le Rhône aurait roulé jusqu'à Toulon les cadavres des rebelles.

Le Comité de Paris murmuTa. Le Comité de Salut public mande Tpaiis s'émut. Il appela CoUot-d'Hcrbois et Ronsin, afin couot-d'Herbois qu'ils dounasscut des explications sur leur con-

et Fouché. j.«i. t-i. i

duite. Robespierre ne se dissimulait pas le sens politique de ces massacres. Il savait bien que les Hébertistes voulaient l'atteindre et empêcher la proclamation d'une amnistie qui eût entraîné leur perte. Cette amnistie, les exagérés la pressentaient et réunissaient tous leurs efforts pour y mettre obstacle. Il n'était pas improbable, en effet, que Robespierre se réservât ce grand rôle de la clémence qui l'eût porté au suprême pouvoir peut-être, et changé en adoration la crainte qu'il inspirait. Modération Lcs missions, que Ton qualifiait de Robespier-dcr^'^ons ^*^^^^) se distinguaient de celles de la Convention robespierrisies. par unc modératiou relative, qui frappait les esprits. Après les massacres de Collot et de Fouché un Lyonnais écrivant à Robespierre pouvait en effet s'écrier : « Ah ! si le vertueux Couthon eût resté à Commune affranchie, que d'injustices de moins! » Dans le Var, Robespierre jeune s'efforçait, contre Barras et Fréron, de faire prévaloir le même

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système. A Strasbourg, Saint-Just et son collègue itis. Le Bas n'ordonnèrent pas une seule exécution capi- ^J]J^*** taie. Saint-Just, armé d'un pouvoir considérable, à Strasbourg, qui s'étendait sur cinq départements et sur deux armées, n'eut pas besoin de verser du sang pour se faire obéir. Son habileté réelle, sa grande attitude commandaient le respect. Il délivra Strasbourg de son tyran, l'ex-capucin Schneider, qui représentait le parti allemand. Ce moine, à l'œil roux et lubrique, était savant dans les langues anciennes. A la fois prédicateur et professeur, mais dévoré de vices, ivrogne, luxurieux, il promena la guillotine à travers l'Alsace, ordonnant à la fois des réquisitions de femmes et d'argent, condamnant lui-même à mort et faisant exécuter ses sentences sans même en prendre note. Un soir qu'il rentrait à Strasbourg, ramenant une jeune fille qu'il avait, le jour même, épousée malgré elle, SaintJust le fit prendre au lit nuptial, attacher dès le matin au poteau de la guillotine, l'y laissa trois heures sous les yeux de la multitude surprise et charmée, et l'envoya à Paris rendre compte de ses crimes au tribunal révolutionnaire. Saint-Just cassa les administrateurs suspects de complicité avec l'ennemi, renouvela le tribunal,, satisfit les protestants en ordonnant la mutilation des statues, et plut aux catholiques en faisant entourer de planches, pour les protéger, ces mêmes chefs-d'œuvre, qui sont encore aujourd'hui la gloire de la cathédrale de Strasbourg.

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