III
34 fflSTOIBE DE SOIXANTE ANS
4793. Montagne, a été déposé sous les arbres, dont les feuilles légèrement agitées réfléchissaient et multipliaient une lumière douce et tendre. »
Charlotte Corday et Marat avaient tous les deux placé leur foi dans la vertu de la mort, et tous deux périrent misérablement, ne laissant derrière eux que des semences de mort. Ces deux monstres, l'homme d'Etat de Téchafaud et du massacre des prisons et la vierge-assassin, n'ont recueilli que l'immortalité du sang. Ni l'un ni l'autre ne sauvèrent la République, ni même leur parti. Après la mort de Marat la Convention redoubla de rigueur contre les Girondins factieux. « Le poignard des assassins est levé sur nos têtes, s'écria Couthon; doublons, s'il est possible, notre existence politique : il nous reste l'éducation publique à décréter, des lois populaires à faire; alors nous aurons assez vécu (1). » Marat vivant, connu, défini, imposait Le parti des eucorc Certaines limites à la terreur. Dès qu'il fut mort le parti des enragés releva la tête, exploita les sentiments vindicatifs que l'assassinat commis par Charlotte Corday excitait dans le peuple. Jacques Roux et Leclerc publièrent un journal intitulé r Ombre de Marat. Hébert, l'ignoble et vénal auteur du Pire Duchesne^ devint une des puissances du jour.
L'assassinat de Marat porta le dernier coup au parti girondin. Dans une perquisition qui fut faite
(\) Séance de la Convention du ^15 juillet 1793.
enragés.
chez Duperret on trouva une protestation de soixante-treize députés de la droite contre le 2 juin. Déclarés suspects ils furent décrétés d'arrestation. Vergniaud, gardé à vue chez lui dans Paris, fut mis en prison. Les revers que la République essuya d'ailleurs au dehors et au dedans, pendant le mois de jiiillet 1 793, achevèrent de pousser la Convention h ces mesures extrêmes qui révoltent les sentiments humains, mais qui sauvèrent la patrie.
Le péril était partout à la fois. La France, comme un navire qui va sombrer, penchait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La crise eut lieu d'abord dans l'ouest ; on crut ensuite que la France allait périr par Lyon et le Midi ; puis ce fut par les frontières de l'Est et du Nord.
On a précédemment exposé l'organisation de l'insurrection vendéenne en trois corps d'armée. Vers le milieu de l'année 1793^ cette insurrection prit des proportions plus vastes. Elle essaya de constituer un Etat dans l'Etat et négocia avec l'étranger. Après avoir évacué Fontenay, les Vendéens constituèrent d'abord un conseil supérieur chargé de l'examen et de la solution des affaires judiciaires et administratives. Le conseil se composa d'un curé intrigant qui se fit passer pour évêque I d'Agra, le curé Bemier; du vicaire-général Brin et du bénédictin Jagault. Le faux évêque d'Agra présida le conseil qui eut son siège à Ghâtillon. Les curés allaient ainsi se trouver soumis à la juridiction de
Arrestation des Girondins.
Organisation judiciaire et
administrative de
l'insurrection vendéenne.
Les Vendéens |font appel à l'étranger.
ce pseudo-prélat ; ils en furent prévenus et incités à s'y soumettre sous peine d'arrestation.
Les incidents de l'insurrection vendéenne demanderaient un récit de plusieurs volumes. On ne peut ici qu'en indiquer la marche générale, l'esprit, les tendances, et déterminer son importance dans l'ensemble des événements où s'agitaient les destinées de la France. Les chefs de l'insurrection ne se croyaient pas assez forts pour rétablir le trône sans le secours d'une intervention étrangère. Comme les émigrés, ils commirent ce crime d'appeler l'étranger contre leur patrie. En avril, d'Elbée et Sapinâud demandèrent de la poudre et des troupes de ligne à l'Angleterre, et ils décidèrent qu'on enverrait demander du secours en Espagne. M. Pitt expédia de l'argent et de faux assignats. 11 ne voulait point envoyer d'hommes sans garantie. Or, la garantie qu'il lui fallait, c'était un port. Est-ce le motif qui détermina les chefs vendéens à se rapprocher de la mer ? On ne peut l'affirmer. Toujours est-il qu'après quelques débats entre eux, d'Elbée, Lescure et Bonchamp suivirent la Loire , se dirigeant sur >Nantes. Nantes, c'était au milieu des circonstances qui faisaient naître l'agitation girondine, la clef de Paris et de la France. Nantes, aux mains de l'insurrection vendéenne, enflammait la Bretagne et la Normandie, et liait les opérations de la contre-révolution à celles des armées étrangères devant Dunkerque et nos frontières du Nord. La Gironde et le
Midi royaliste qui attendait les Piémoutais et marchait au secours de Lyon, en devaient recevoir un incalculable élan. Nantes ouvert aux Anglais et aux bandes vendéennes, dans un moment où Custine laissait nos frontières du Rhin dans une situation si déplorable, n'était-ce pas la révélation soudaine d'un irréparable malheur? Paris et la Convention, enveloppés dans ce cercle de feu, n'avaient plus qu'à s'ensevelir sous les ruines de la France et à mourir pour la liberté qu'ils n'avaient pu sauver.
Le Comité de Salut public n'ignorait pas la situation désespérée de l'Ouest. Il la dissimulait à la Convention, n'osant attaquer l'administration de la guerre, cause du mal . L'effort du Comité se borna à Le^ généraux opposer trois légions sous le commandement de Westermann, de Canclaux et de Biron. Le dantoniste Westermann était bien l'homme d'une telle guerre ; mais le marquis de Canclaux, général de l'ancien régime, honnête homme et bon soldat, était fort soucieux de compromettre sa réputation. Quant à Biron, duc de Lauzun, que des mécomptes d'ambition avaient jeté du parti de la Cour dans celui du duc d'Orléans, c'était un brave roué et un assez médiocre soldat. Etrange général d'une république comme celle de 1 793 , il menait de front les aventures galantes et les affaires de la guerre, conservant son élégance et ses habitudes d'homme de Cour, « se moquant bien d'être pendu, » disait-il, quand on lui parlait de dénonciation. Sur neuf
de la
Républictue
dansPOuest.
fl&?r>ïlE JE J^tX.Wfg J3ë
muâ^ XL*9iih>&«iii i r>Ttimantnire i. ^liict^ trois mille * >ai*' -udcar uatè te^ î^numâns de comlnt.
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Les cfae<s Tendéens connaissaient la Êûblesse de notre situation dans ses moindres détails. Forts de leur organisation nouTcUe, ils s'étaient emparés de Cholet, Vihiers. G>ron, Vezins, Coocourson, Doué, et se trouvèrent bientôt en vue de Saumur. L'armée vendéenne coupa les communications entre
Le» lac» Ai
Thouars et Saumur, se diyisa eo deux corps à Mon- %Tn. treuil. L'un fit face à Thouars ; l'autre se porta sur Saumur. Le général Simon qui occupait Thouars avec six mille hommes, lança une partie de ses troupes au secours de Saumur. Elles furoit culbutées par quinze mille Vendéens et laissèrent deux canons et neufs cents prisonniers. € ViTc le roi ! * s'écrient les Vendéens, et d'un élan impétueux ils fondent sur Saumur. Fleuriot, Stofflet, Desessarts se dirigent vers le château; Lescure marche au pont Fouchard ; Larochejacquelin suit Auaqœ et la rivière, arrive devant le camp républicain des ^"^^ prairies de Varin, jette son chapeau par-dessus les inmg^. retranchements en s'écriant : «• Qui va me le chercher ? » et s'élance le premier jusque dans la ville. Nos troupes avaient fui après une lutte acharnée, emportées par les cris de terreur que poussaient les traîtres des corps francs de la Commune. Il y avait pourtant là des hommes de guerre dont le nom illustra depuis nos fastes militaires : Menou; le représentant Bourbotte qu'on nomma l'Achille de la Vendée; Berthier, le futur chef d'état-major de Napoléon ; Marceau, jeune oflBcier encore obscur qui sauva Bourbotte en lui donnant son cheval. Un dernier effort fut tenté par le général Coustard, à l'aide de quelques troupes fraîches. Il essaya de reprendre la ville ; mais il tenta vainement de forcer le pont. Saumur resta aux insurgés. Les républicains perdirent deux mille morts, huit mille prisonniers
iO HISTOraE DE SOIXANTE AKS
n«3 et quarante-deux pièces de canon ; Santerre sau\a la caisse du district.
Après la prise de Saumur, les Vendéens complétèrent leur organisation et leurs approvisionne- Lescure meuts. Lcscurc négocia avec Charette qui guerconœrtenTteura ^^J^^^ ^^^^ ^* indépendant et venait de s'emparer mouvements, de Machccoul. Il fut couvenu qu'il combinerait ses mouvements avec l'armée d'Anjou et du haut Poitou et attaquerait Nantes par la rive gauche de la Loire, en même temps que la grande armée attaquerait par la rive droite. Les brigands de Charette, accoutumés au pillage, emportèrent des sacs, se promettant de la prise de Nantes un ample et riche butin.
Les républicains avaient obtenu quelques succès partiels à Parthenay et à Luçon, mais la valeur qu'y déploya Westermann ne fit que prolonger l'erreur de la Convention. Ces combats eurent lieu trop loin de Nantes pour intimider les Vendéens et rassurer les patriotes. Ces énormes bandes s'avancèrent donc dans la direction d'Ancenis, semant devant elles la terreur et ranimant les passions Marche Toyalistcs. Lcs populatious de l'Ouest fuyaient desbrigandssur ^^^^^^^ ^^^ masscs ct rcfluaieut dans Nantes
Nantes.
qui devint le refuge hospitalier de toutes ces misères.
La situation de cette ville, dont le salut de la France allait dépendre, était détestable. On n'avait rien fait pour cette noble cité dont on ne connais-
sait pas même l'esprit. A ses appels désespérés, il 1793. ne fut répondu que par des secours insignifiants. Les Hébertistes, maîtres du ministère de la guerre Ronwn par la mollesse de Robespierre et du Comité de Salut g^^^^^t^ public, avaient inondé l'Ouest, y semant le désordre, dans rouesi le mensonge, la débauche. Ils violèrent dans les bras de sa mère la fille du maire de Saumur. Toutes deux moururent de désespoir. Un misérable, affublé du titre de général-ministre, escorté d'un état-major sorti des clubs et des estaminets de Paris, l'inepte Ronsin, avait paradé à Nantes et laissé du pouvoir central la plus déplorable idée. Nantes vécut donc d'eUe-même et ne put compter que siur elle-même. Elle avait quelques chefs militaires peu favorables aux Montagnards : le marquis de Canclaux, Be) sser, qui commandait la ville, tête légère, brave soldat; Coustard, militaire d'une audace et d'un % courage que rien n'étonnait. Le maire de la ville, Baco, était un homme d'une énergie violente, un hercule en cheveux blancs, aux allures héroïques. Les représentants du peuple en mission à Nantes étaient Merlin (de Douai) et Gillet. Le premier, montagnard souple et fin, mais sans énergie et sans audace, n'était pas en situation. Deux clubs, l'un révolutionnaire ardent, l'autre modéré, se partageaient fort inégalement l'opinion. Nantes inclinait vers la Gironde, et c'est là précisément ce qui ailleurs eût compliqué le péril. Les Nantais, avec ^admirable esprit français, oublièrent leurs dis-
iS HISTOIRE DE SOIXANTE ANS
1793. cordes et s'unirent pour sauver en même temps o^wfeTi!^ leur ville et la patrie. La sommation de l'ennemi dbcordespooria anîva le 27 juin. Canclaux fut d'avis de se replier 00^!^. ®"^ Rennes. Mais Baco, Beysser et Coustard jurèrent de défendre la ville.
Attaque L'armée vendéenne, forte d'environ 60,000 hom-
Y^éf^^ mes, enveloppa Nantes dans la soirée du 28 juin. catholique- Leg Nautais, attentifs, aperçurent dans les ténèbres
royale.
des sillons lumineux pareils à des fusées, et l'on entendit au milieu du silence de la nuit des mugissements qui semblaient poussés par des troupeaux de bœufs. Faute de tambours, les brigands soufflaient dans des cornes. Les cantiques de l'armée catholique-royale se mêlaient à ces bruits rauques et sauvages, et au lieu de s'appeler par régiments, chaque groupe se formait en criant le nom de sa • paroisse.
Le découragement était grand dans la ville de Nantes à l'aspect de ces masses barbares. Les pillards de Charette dansaient à la lueur des feux de bivouac et tiraient à boulets rouges sur la ville. Nantes était bien protégée du côté de la Sèvre et de ^ la Loire, mais facile à attaquer du côté de TErdre. La terreur qu'inspirait Charette poussa la population aux ponts de la Sèvre et de la Loire. La ville se trouva dégarnie sur l'autre rive et à la merci de Héroïsme l'arméc d'Anjou et de Poitou. Un des chefs du club du ferblantier révolutionuairc, le ferblantier Meuris, qui fut le Léonidas de Nantes , se jeta dans Nort , devant
TErdre, avec cinq cents hommes et deux pièces i7i>3. de canon. Il arrêta pendant quatorze heures la tête de l'armée vendéenne. De cinq cents qu'ils étaient, ces braves restèrent quarante-deux. Meuris les ramena couverts de sang et drapeau en tête dans Nantes, à qui ces quatorze heures de répit permirent de se mettre en défense. Ce patriote obscur avait peut-être sauvé la France. Le conseil municipal vota pour récompense à Meuris et à ces quarante-deux braves qui survécurent, des bas et des souliers. L'attaque ne put commencer qu'à dix heures. L'eflfort le plus ardent eut lieu sur la route de Remies, où combattait le généralissime Catheiineau. Nos canonniers lui tuèrent deux chevaux sous lui. 11 prit alors une poignée d'hommes du Pin-en-Mauges, ses compagnons de village, et tandis que l'attaque continuait il se glissa de jardin en jardin jusque dans la ville. La croyant prise, il se mit à genoux sur la place de Viarmes, tira son chapelet et remercia Dieu. Son panache blanc frappa les regards d'un cordonnier qui faisait sentinelle du haut 'de sa mansarde; le patriote tira et logea une balle catheuneau est dans la poitrine du généralissime vendéen . Les bri- ^*®^ ^ ^^^^' gamds désespérés emportèrent dans leurs bras leur chef sanglant. Il sembla que toute l'armée royaliste fût frappée dans la personne tie ce héros, en qui réâdait l'esprit de l'insurrection vendéenne dans ce qu'elle «ut de plus pur et de plus désintéressé. Le prolétaire Cathelineau représentait cette chevalerie
Retraite des Vendéens.
Progrès de la
contrerévolution à Lyon.
rustique qui donna sa vie pour sa foi politique et religieuse, et ennoblit une cause que tgint d'autres, placés au premier rang par la naissance et la fortune, avilissaient depuis un siècle. Le soir, l'armée vendéenne battit en retraite. Nantes illumina et fêta la victoire. Charette, qui n'avait pas été prévenu de la retraite, tira encore quelques coups de canon et dansa aux feux des bivouacs. L'armée d'Anjou et de Poitou se replia sur Ancenis et nomma d'Elbée en remplacement de Cathelineau. Mais cette fois ce fut le conseil et non l'armée qui nomma le généralissime. Les grands jours héroïques, populaires et naïfs de l'insurrection vendéenne étaient finis.
Nantes n'était pas encore à l'abri du danger, que la situation de Lyon devint formidable. Jamais gouvernement ne se trouva aux prises avec une telle accumulation de périls et de difficultés. L'on ne saurait s'empêcher d'admirer la force d'âme des hommes chargés à cette époque des affaires publiques. Au milieu de tant de complications et de revers, ils ne désespérèrent point du salut de la France. On a vu que Lyon, à l'exemple de la Bretagne et de la Vendée, avait, le 29 juin, levé l'étendard de l'insurrection. Les Girondins furent les auteurs du mouvement, mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que le pouvoir leur glissait des mains pour tomber dans celles des royalistes, auxquels ils avaient servi d'instruments. Les nobles et les prêtres de Lyon entretenaient depuis 1790 des relations avec la cour de
Turin, premier centre de Témigration. Il en résulta nw. qu'à Lyon , comme en Normandie avec Puisaye et ^ 7^"^^^**° Wimpfen, Tinsurrection commencée par les Giron- de girondine dins dé\ia de son but. Le parti girondin avait arrêté J^^l, les chefs des Jacobins et de la municipalité. Un d'eux, nommé Sauteihouche, fut traduit en police correctionnelle pour s'être présenté un sabre nu à la main en percevant l'emprunt forcé. Le tribunal acquitta Sautemouche. Mais en sortant il fut assailli par un groupe de contre-révolutionnaires, lapidé, haché de coups de sabre, traîné dans les rues, jeté dans le Rhône. Cet assassinat ne laissait que trop pressentir le sort prochainement réservé aux officiers municipaux.
Parmi ces derniers figurait un personnage étrange Arrestation de nommé Chalier. Il exerçait à Lyon la même influence sur la multitude que Marat sur le bas peuple de Paris. C'était un Piémontais d'une exaltation extraordinaire. Il avait d'abord voulu se faire prêtre, puis instituteur, et réussit mieux dans le commerce, où il s'enrichit promptement. Lorsque la Révolution éclata, il se jeta dans l'extrême, ou plutôt dans l'inconnu. Rêveur exalté, à la fois tendre et furieux, utopiste, dévoré d'une soif de justice surhumaine, tourmenté par les démons de la haine et de l'amour, prophétique, mystique, ténébreux, grotesque et quelquefois sublime, Chalier avait connu Marat et Fauchet. Ce contact avait donné à ses facultés un branle terrible et voisin du délire. 11 embrassa la
Chalier.
Son portrait.
34 HISTOraE DE SOIXANTE ANS
1793. Montagne, a été déposé sous les arbres, dont les feuilles légèrement agitées réfléchissaient et multipliaient une lumière douce et tendre. »
Charlotte Corday et Marat avaient tous les deux placé leur foi dans la vertu de la mort, et tous deux périrent misérablement, ne laissant derrière eux que des semences de mort. Ces deux monstres, rhomme d'Etat de Téchafaud et du massacre des prisons et la vierge-assassin, n'ont recueilli que rimmortalité du sang. Ni l'un ni l'autre ne sauvèrent la République, ni même leur parti. Après la mort de Marat la Convention redoubla de rigueur contre les Girondins factieux. « Le poignard des assassins est levé sur nos têtes, s'écria Couthon; doublons, s'il est possible, notre existence politique : il nous reste l'éducation publique à décréter, des lois populaires à faire; alors nous aurons assez vécu (1). » Marat vivant, connu, défini, imposait Le parti des eucorc Certaines limites à la terreur. Dès qu'il fut mort le parti des enragés releva la tête, exploita les sentiments vindicatifs que l'assassinat commis par Charlotte Corday excitait dans le peuple. Jacques Roux et Leclerc publièrent un journal intitulé r Ombre de Marat. Hébert, l'ignoble et vénal auteur du Pire Duchesne^ devint une des puissances du jour.
L'assassinat de Marat porta le dernier coup au parti girondin. Dans une perquisition qui fut faite
(4) Séance de la Convention du ^5 juillet 4793.
enrages.
chez Duperret on trouva une protestation de soixante-treize députés de la droite contre le 2 juin. Déclarés suspects ils furent décrétés d'arrestation. Vergniaud, gardé à vue chez lui dans Paris, fut mis en prison. Les revers que la République essuya d'ailleurs au dehors et au dedans, pendant le mois de juillet 1 793, achevèrent de pousser la Convention ^ ces mesures extrêmes qui révoltent les sentiments humains, mais qui sauvèrent la patrie.
Le péril était partout à la fois. La France, comme un navire qui va sombrer, penchait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre. La crise eut lieu d'abord dans l'ouest ; on crut ensuite que la France allait périr par Lyon et le Midi ; puis ce fut par les frontières de l'Est et du Nord.
On a précédemment exposé l'organisation de l'insurrection vendéenne en trois corps d'armée. Vers le milieu de l'année 1793^ cette insurrection prit des proportions plus vastes. Elle essaya de constituer un Etat dans l'Etat et négocia avec l'étranger. Après avoir évacué Fontenay, les Vendéens constituèrent d'abord un conseil supérieur chargé de l'examen et de la solution des affaires judiciaires et administratives. Le conseil se composa d'un curé intrigant qui se fit passer pour évêque d'Agra, le curé Bemier; du vicaire-général Brin et du bénédictin Jagault. Le faux évêque d'Agra présida le conseil qui eutsonsiége àChâtillon. Les curés allaient ainsi se trouver soumis à la juridiction de
Arrestation des Girondins.
Organisation judiciaire et
adoiinistrative de
l'insurrection vendéenne.
lies Vendéens |font appel à l'étranger.
ce pseudo-prélat ; ils en furent prévenus et invités à s'y soumettre sous peine d'arrestation.
Les incidents de l'insurrection vendéenne demanderaient un récit de plusieurs volumes. On ne peut ici qu'en indiquer la marche générale, l'esprit, les tendances, et déterminer son importance dans l'ensemble des événements où s'agitaient les destinées de la France. Les chefs de l'insurrection ne se croyaient pas assez forts pour rétablir le trône sans le secours d'une intervention étrangère. Comme les émigrés, ils commirent ce crime d'appeler l'étranger contre leur patrie. En avril, d'Elbée et Sapinaud demandèrent de la poudre et des troupes de ligne à l'Angleterre, et ils décidèrent qu'on enverrait demander du secours en Espagne. M. Pitt expédia de l'argent et de faux assignats. Il ne voulait point envoyer d'hommes sans garantie. Or, la garantie qu'il lui fallait, c'était un port. Est-ce le motif qui détermina les chefs vendéens à se rapprocher de la mer ? On ne peut l'affirmer. Toujours est-il qu'après quelques débats entre eux , d'Elbée, Lescure et Bonchamp suivirent la Loire , se dirigeant sur >Nantes. Nantes, c'était au milieu des circonstances qui faisaient naître l'agitation girondine, la clef de Paris et de la France. Nantes, aux mains de l'insurrection vendéenne, enflammait la Bretagne et la Normandie, et liait les opérations de la contre-révolution à celles des armées étrangères devant Dunkerque et nos frontières du Nord. La Gironde et le
Midi royaliste qui attendait les Piémoutais et marchait au secours de Lyon, en devaient recevoir un incalculable élan. Nantes ouvert aux Anglais et aux bandes vendéennes, dans un moment où Custine laissait nos frontières du Rhin dans une situation si déplorable, n'était-ce pas la révélation soudaine d*un irréparable malheur? Paris et la Convention, enveloppés dans ce cercle de feu, n'avaient plus qu'à s'ensevelir sous les ruines de la France et à mourir pour la liberté qu'ils n'avaient pu sauver.
Le Comité de Salut public n'ignorait pas la situation désespérée de l'Ouest. Il la dissimulait à la Convention, n'osant attaquer l'administration de la guerre, cause du mal. L'effort du Comité se borna à Len généraux opposer trois légions sous le commandement de Westermann, de Canclaux et de Biron. Le dantoniste Westermann était bien l'homme d'une telle guerre ; mais le marquis de Canclaux, général de l'ancien régime, honnête homme et bon soldat, était fort soucieux de compromettre sa réputation. Quant à Biron, duc de Lauzun, que des mécomptes d'ambition avaient jeté du parti de la Cour dans cekii du duc d'Orléans, c'était un brave roué et un assez médiocre soldat. Etrange général d'une république comme celle de 1 793 , il menait de front les aventures galantes et les affaires de la guerre, conservant son élégance et ses habitudes d'homme de Cour, « se moquant bien d'être pendu, » disait-il, quand on lui parlait de dénonciation. Sur neuf
de la
République
dans POuest.
im. mille hommes qu'il commandait à Niort^ trois mille à peine étaient dans des conditions de combat. Cn ancien ouvrier orfeYie, Rossignol, ensuite officier aux gardes, bel homme, esprit borné, adoré des clubs, fut mis en avant pour couvrir les intrigues de Ronsin et des flébertistes.
L'ensemble des forces fut divisé en deux armées ; celle des cdtes de la Rochelle, qui embrassait Tespace compris entre lembouchure de la Loire , et celle de la Gironde, dont Biron fut le général en chef; celle des côtes de Brest, s'étendant de Nantes à Saint-Malo et commandée par le général Canclaux. Des représentants du peuple en mission suivaient de Tours, de Fontenay , deSaumur, de Niort, des Sables et de Nantes les opérations militaires ; mais ils reflétaient les opinions qui divisaient l'Assemblée et ne s'accordaient pas. Le désordre était encore augmenté par une compagnie franche recrutée à prix d'argent par la commune de Paris et dont on désignait dérisoirement les soldats sous le Les héros de Dom de héros de cinq cents livres. Ils étaient les ciDqcentsuyres. premiers à crier sauve qui peut et à semer partout la méfiance, la discorde et rinsubordination.
Les chefs vendéens connaissaient la faiblesse de notre situation dans ses moindres détails. Forts de leur organisation nouvelle, ils s'étaient emparés de Cholet, Vihiers, Coron, Vezins, Concourson, Doué, et se trouvèrent bientôt en vue de Saumur. L'armée vendéenne coupa les communications entre
Thouars et Saumur, se divisa en deux corps à Mon- 1793. treuil. L'un fit face à Thouars ; Tautre se porta sur Saumur. Le général Simon qui occupait Tliouars avec six mille hommes, lança une partie de ses troupes au secours de Saumur. Elles furent culbutées par quinze mille Vendéens et laissèrent deux canons et neufs cents prisonniers. « Vive le roi ! > s'écrient les Vendéens, et d'un élan impétueux ils fondent sur Saumur. Fleuriot, Stofflet, Desessarts se dirigent vers le château; Lescure marche au pont Fouchard; Larochejacquelin suit Atiaqueet la rivière, arrive devant le camp républicain des p^^e de saumur prairies de Varin, jette son chapeau par-dessus les insurgés. retranchements en s'écriant : <« Qui va me le chercher ? » et s'élance le premier jusque dans la ville. Nos troupes avaient fui après une lutte acharnée, emportées par les cris de terreur que poussaient les traîtres des corps francs de la Commune. 11 y avait pourtant là des hommes de guerre dont le nom illustra depuis nos fastes militaires : Menou; le représentant Bourbotte qu'on nomma l'Achille de la Vendée; Berthier, le futur chef d'état-major de Napoléon ; Marceau, jeune officier encore obscur qui sauva Bourbotte en lui donnant son cheval. Un dernier effort fut tenté par le général Coustard, à l'aide de quelques troupes fraîches. Il essaya de reprendre la ville; mais il tenta vainement de forcer le pont. Saumur resta aux insurgés. Les républicains perdirent deux mille morts, huit mille prisonniers
1793 et quarante-deux pièces de canon ; Santerre sau\a la caisse du district.
Après la prise de Saumur, les Vendéens complétèrent leur organisation et leurs approvisionne- Lescure mcuts. Lcscurc négocia avec Charette qui gueretcharette p^yj^jj ^q^\ q^ indépendant et venait de s'emparer
concertent leurs J r r
mouvements, de Machccoul. Il fut conveuu qu'il combinerait ses mouvements avec l'armée d'Anjou et du haut Poitou et attaquerait Nantes par la rive gauche de la Loire, en même temps que la grande armée attaquerait par la rive droite. Les brigands de Charette, accoutumés au pillage, emportèrent des sacs, se promettant de la prise de Nantes un ample et riche butin.
Les républicains avaient obtenu quelques succès partiels à Parthenay et à Luçon, mais la valeur qu'y déploya Westermann ne fit que prolonger l'erreur de la Convention. Ces combats eurent lieu trop loin de Nantes pour intimider les Vendéens et rassurer les patriotes. Ces énormes bandes s'avancèrent donc dans la direction d'Ancenis, semant devant elles la terreur et ranimant les passions Marche royalistcs. Les populations de l'Ouest fuyaient desbrigandssur ^^yg^^^ ces masscs ct rcfluaicnt dans Nantes
Nantes.
qui devint le refuge hospitalier de toutes ces misères.
La situation de cette ville, dont le salut de la France allait dépendre, était détestable. On n'avait rien fait pour cette noble cité dont on ne connais-
sait pas même Tesprit. A ses appels désespérés, il 1793. ne fut répondu que par des secours insignifiants. Les Hébertistes, maîtres du ministère de la guerre romui par la mollesse de Robespierre et du Comité de Salut ^é^^^tiltes public, avaient inondé TOuest , y semant le désordre, ^aos rouesi le mensonge, la débauche. Ils violèrent dans les bras de sa mère la fille du maire de Saumur. Toutes deux moururent de désespoir. Un misérable, affublé du titre de général-ministre, escorté d'un état-major sorti des clubs et des estaminets de Paris, Tinepte Ronsin, avait paradé à Nantes et laissé du pouvoir central la plus déplorable idée. Nantes vécut donc d'eUe-mème et ne put compter que siu» elle-même. Elle avait quelques chefs militaires peu favorables aux Montagnards : le marquis de Canclaux, Beysser, qui commandait la ville, tête légère, brave soldat; Coustard, militaire d'une audace et d'un % courage que rien n'étonnait. Le maire de la ville, Baco, était un homme d'une énergie violente, un hercule en cheveux blancs, aux allures héroïques. Les représentants du peuple en mission à Nantes étaient Merlin (de Douai) et Gillet. Le premier, montagnard souple et fin, mais sans énergie et sans audace, n'était pas en situation. Deux clubs, l'un révolutionnaire ardent, lautre modéré, se partageaient fort inégalement l'opinion. Nantes inclinait vers la Gironde, et c'est là précisément ce qui ailleurs eût compliqué le péril. Les Nantais, avec un admirable esprit français, oublièrent leurs dis-
1793. cordes et s'unirent pour sauver en même temps
ouwiluerrs ^^^^^ ^^^^® ^^ ^^ Patrie . La sommation de Tennemi
discordes pour la arriva le 27 juin. Canclaux fut d'avis de se replier
cormule. ^^^ Rennes. Mais Baco, Beysser et Coustard jurèrent de défendre la ville.
Attaque L'armée vendéenne, forte d'environ 60,000 hom-
^ urZ^^^ ïï^^s, enveloppa Nantes dans la soirée du 28 juin.
catholique- Lgg Nantais, attentifs, aperçurent dans les ténèbres
royale.
des sillons lumineux pareils à des fusées, et Ton entendit au milieu du silence de la nuit des mugissements qui semblaient poussés par des troupeaux de bœufs. Faute de tambours, les brigands soufiElaient dans des cornes. Les cantiques de l'armée catholique-royale se mêlaient à ces bruits rauques et sauvages, et au lieu de s'appeler par régiments, chaque groupe se formait en criant le nom de sa t paroisse.
Le découragement était grand dans la ville de Nantes à l'aspect de ces masses barbares. Les pillards de Charette dansaient à la lueur des feux de bivouac et tiraient à boulets rouges sur la ville. Nantes était bien protégée du côté de la Sèvre et de la Loire, mais facile à attaquer du côté de l'Erdre. La terreur qu'inspirait Charette poussa la population aux ponts de la Sèvre et de la Loire. La ville se trouva dégarnie sur l'autre rive et à la merci de Héroïsme l'arméc d'Anjou et de Poitou. Un des chefs du club du ferblantier révolutiounairc, Ic ferblantier Meuris, qui fut le Léonidas de Nantes , se jeta dans Nort , devant
TErdre, avec cinq cents hommes et deux pièces mn. de canon. 11 arrêta pendant quatorze heures la tête de l'armée vendéenne. De cinq cents qu'ils étaient, ces braves restèrent quarante-deux. Meuris les ramena couverts de sang et drapeau en tête dans Nantes, à qui ces quatorze heures de répit permirent de se mettre en défense. Ce patriote obscur avait peut-être sauvé la France. Le conseil municipal vota pour récompense à Meuris et à ces quarante-deux braves qui survécurent, des bas et des souliers. L'attaque ne put commencer qu'à dix heures. L'efifort le plus ardent eut lieu sur la route de Rennes, où combattait le généralissime Cathelineau. Nos canonniers lui tuèrent deux chevaux sous lui. Il prit alors une poignée d'hommes du Pin-en-Mauges, ses compagnons de village, et tandis que l'attaque continuait il se glissa de jardin en jardin jusque dans la ville. La croyant prise, il se mit à genoux sur la place de Viannes, tira son chapelet et remercia Dieu. Son panache blanc frappa les regards d'un cordonnier qui faisait sentinelle du haut *de sa mansarde; le patriote tira et logea une balle cathcuneau est dans la poitrine du généralissime vendéen . Les bri- ^^^^ ^ ^^^' gands désespérés emportèi'eht dans leurs bras leur chef sanglant. Il sembla que toute l'armée royaliste fût frappée dans la personne de ce héros, en qui résidait l'esprit de l'insurrection vendéenne dans ce qu'elle «ut de plus pur et de plus désintéressé. Le prolétaire Cathelineau représentait cette chevalerie
dei Vendéens.
Progrèë do la
contrerévolution & Lyon.
rustique qui donna sa vie pour sa foi politique et religieuse, et ennoblit une cause que tant d'autres, placés au premier rang par la naissance et la fortune, avilissaient depuis un siècle. Le soir, l'armée vendéenne battit en retraite. Nantes illumina et fêta la victoire. Charette, qui n'avait pas été prévenu de la retraite, tira encore quelques coups de canon et dansa aux feux des bivouacs. L'armée d'Anjou et de Poitou se replia sur Ancenis et nomma d'Elbée en remplacement de Cathelineau. Mais cette fois ce fut le conseil et non T armée qui nomma le généralissime. Les grands jours héroïques, populaires et naïfs de l'insurrection vendéenne étaient finis.
Nantes n'était pas encore à l'abri du danger, que la situation de Lyon devint formidable. Jamais gouvernement ne se trouva aux prises avec une telle accumulation de périls et de difficultés. L'on ne saurait s'empêcher d'admirer la force d'âme des hommes chargés à cette époque des affaires publiques. Au milieu de tant de complications et de revers, ils ne désespérèrent point du salut de la France. On a vu que Lyon, à l'exemple de la Bretagne et de la Vendée, avait, le 29 juin, levé l'étendard de l'insurrection. Les Girondins furent les auteurs du mouvement, mais ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que le pouvoir leur glissait des mains pour tomber dans celles des royalistes, auxquels ils avaient servi d'instruments. Les nobles et les prêtres de Lyon entretenaient depuis 1790 des relations avec la cour de
Turin, premier centre de l'émigration. Il en résulta qu'à Lyon , comme en Normandie avec Puisaye et Wîmpfen, l'insurrection commencée par les Girondins dé\ia de son but. Le parti girondin avait arrêté les chefs des Jacobins et de la municipalité. Un d'eux, nommé Sauteriiouche, fut traduit en police correctionnelle pour s'être présenté un sabre nu à la main en percevant l'emprunt forcé. Le tribunal acquitta Sautemouche. Mais en sortant il fut assailli par un groupe de contre-révolutionnaires, lapidé, haché de coups de sabre, traîné dans les rues, jeté dans le Rhône. Cet assassinat ne laissait que trop pressentir le sort prochainement réservé aux officiers municipaux.
Parmi ces derniers figurait un personnage étrange nommé Chalier. Il exerçait à Lyon la même influence sur la multitude que Marat sur le bas peuple de Paris. C'était un Piémontais d'une exaltation extraordinaire. Il avait d'abord voulu se faire prêtre, puis instituteur, et réussit mieux dans le commerce, où il s'enrichit promptement. Lorsque la Révolution éclata, il se jeta dans Textrême, ou plutôt dans Tinconnu. Rêveur exalté, à la fois tendre et fiirieux, utopiste, dévoré d'une soif de justice surhumaine, tourmenté par les démons de la haine et de l'amour, prophétique, mystique, ténébreux, grotesque et quelquefois sublime, Chalier avait connu Marat et Fauchet. Ce contact avait donné à ses facultés un branle terrible et voisin du délire. 11 embrassa la
L'insurrection lyonnaise
de girondine devient royaliste.
Arrestation de
Cbalier.
Son portrait.
46 HISTOffiE DE SOIXANTE ANS
1793. cause de prolétariat lyonnais, se fit des amis, des disciples. La Convention le nomma maire de Lyon. Mais quand le parti girondin triompha, sa perte fut jurée. On l'arrêta dans la nuit du 29 au 30. 11 fut mis au cachot, accablé des plus cruels traitements. Dubois-Crancé , commissaire de la Convention à Tarmée des Alpes, s'était appuyé sur les exaltés et avait frappé Lyon d'une taxe. Chalier fut une victime delà question d'argent. Dubois-Crancé, démenti par la Convention pendant la période de l'influence girondine, laissa le terrain libre à la faction contrerévolutionnaire.
La chute des Girondins plaça donc Lyon vis-à-vis de Paris dans une attitude fausse, qui devint une rébellion ouverte. Le Midi tout entier se soulevait. Lyon créa une commission républicaine et populaire de salut public, Robert Lindet, envoyé par la Convention pour ramener à l'ordre les factieux, échoua. A son retour il supplia la Convention de protéger les patriotes arrêtés, Mais déjà le mouvement royaliste était devenu irrésistible. Chasset et Birotteau, députés girondins, qui avaient d'abord fomenté la résistance, se virent tellement débordés par les royalistes qu'ils prirent la fuite. On simula unq lettre Condamnation écritc par uu émigré à Chalier. On le condamna. I^a ^' chaiiT*'^ Convention envoya Buonarotti , l'arrière-neveu de Michel-Ange, porter à I^yon un décret qui ordonnait la mise en hberté de Chalier; Buonarotti fut jeté en prison. Chalier qui avait sacrifié sa fortune
et son repos pour le peuple, fut injurié par le peuple 1793. qui demandait sa mort. Au moment de marcher au supplice, il dit à son ami Bernascon qui l'embrassait ! « Je meurs content puisque je meurs pour la liberté. » Sur le chemin de Téchafaud les femmes et la multitude le huèrent. L'essai de Téchafaud à Lyon se fît sur lui. Quatre fois la machine fonctionna mal. Il fallut que le bourreau prît un couteau pour séparer la tête du tronc. On dit qu'à chaque coup, Chalier relevant sa tête sanglante, dit à l'exécuteur : « Rends-moi ma cocarde et attache-la moi, car je meurs pour la liberté 1 » La foule consternée changea de sentiment et le salua martyr. La Pia, sa gouvernante, la Padovani, la femme de son ami Bernascon, et la femme de son ami Marteau , l'avaient assisté de leur présence pendant son procès. Elles se rendirent la nuit au cimetière des suppliciés, arrachèrent ses dépouilles à la terre. La Padovani recueillit la tête. La Pia prit soin d'une colombe qu'il avait élevée dans sa prison. Un peu plus tard les cendres de Chalier, enfermées dans une urne d'argent, étaient déposées au Panthéon, à côté de celles de l'Ami du Peuple, et le nom de Chalier s'associait à celui de Marat dans l'idolâtrie populaire.
La mort de Chalier fut à Lyon le dernier signal de la rébellion. Le royaliste Rambaut, qui présidait la commission populaire et républicaine, appela le peuple aux armes. L'état des esprits dans le Dau-
I7M. phîné et la Provence fayorisait cette audace. A Grenoble, l'idée d'une fraction de la Gironde, qui consistait à séparer le Midi du Nord et à former alliance avec les Etats de Tltalie septentrionale, avait trouvé des partisans. L'administration de Grenoble était infectée de cette hérésie nationale. Dubois- Crancé et Gauthier, commissaires de la Convention, coDipiraUoo faillirent y être arrêtés. Maître du terrain, Duboisdécouteptepar Craucé put saisir le fil de la conspiration du Midi. Dubo!«-crancé. H découvrit uuc Correspondance qui le lui révéla. Les administrateurs de Grenoble étaient de connivence avec Lyon. Le réseau de la révolte embrassait Marseille, Aix, Toulon, Nîmes et Montpellier. Elle avait des troupes, du canon. Son but était de faire jonction avec Lyon , d'appeler à son aidé les Piémontais et les Anglais, et de marcher en masse sur Paris en même temps que la Vendée.
Dubois-Crancé résolut aussitôt de frapper le commerce de Lyon d'un coup mortel. 11 déclara nulles toutes les quittances faites à Lyon, et lança le général Carteaux sur Avignon pour en déloger les Marseillais et leur couper le chemin. — Le 8 août Kellermann commençait le siège de Lyon.
On l'a vu par ce qui précède, sous l'influence conciliatrice des missions dantonistes , telles que celles de Robert Lindet à Lyon , de Philippeaux à Nantes, la politique de temporisation prévalut et échoua. Elle se prolongea encore jusqu'à ce que le désastre fût à son comble. — Le Comité de Salut
public avait apporté quelque longanimité dans la «tm. répression de la révolte de Lyon. Il espérait que le repentir et la crainte les ramèneraient. Selon Jomini, Kellermann considérant cette guerre comme contraire à ses principes poussait plus loin encore Tesprit de temporisation. Les sommations faites le sommatioDde 8 août par Dubois-Crancé, Gauthier et Kellermann g^^yo^"^ ne contenaient rien de redoutable pour les Ljon- réYoïté». nais. La soumission aux décrets de la Convention, la remise de l'arsenal, une indemnité pour les frais d'expédition et le remplacement des autorités civiles et militaires furent les seules conditions imposées. Mais ils cherchèrent à égarer l'opinion publique en se posant en victimes. Selon leur témoignage, on avait tiré le canon contre eux au moment même où leurs mandataires portaient à la Convention la preuve de leurs sentiments républicains. Mais avant que le canon eût grondé, le Comité de Salut public de Lyon avait écrit, en réponse à la sommation, ces paroles menaçantes : « Vos propositions sont encore plus atroces que votre conduite ; nous vous attendons. . . Vous n'arriverez à nous que sur un monceau de cadavres. » Kellermann temporisa encore. Mais les Lyonnais voulaient en venir aux mains, et leur général, le comte de Précy, avait hâte de les engager. 11 comprenait qu'il valait mieux, pour les hommes compromis comme lui, pousser la résistance jusqu'au bout et tenter la fortune des armes que de livrer leur tête au bourreau, Précy venait d'ailleurs