LIVRE XVra
puj essaya de soutenir le choc des masses ven- i7»a. dcennes ; frappé mortellement, il tomba en prononçant le nom de la République, et ordonna qu'on pcrtât sa chemise sanglante à ses grenadiers, pour 1^ animer au carnage. Le tiers de Tarmée de Lé- <^lielle succomba. Désespéré , ce général alla mourir d« douleur à Nantes.
Les forces des rebelles de TOuest s'étaient aug- onginede orientées par Tadjonction de petits corps bretons, la plupart contrebandiers, auxquels on donnait le nom d€ ChoiuinSj parce que, dans cette guerre de sau- Vages, ils s'appelaient à travers les bois en imitant le cri de la chouette. Les Anglais suivaient leurs mouvements avec une escadre qui louvoyait et épiait une occasion de débarquer des renforts. Malgré ces éléments de succès, l'armée catholique et royale se brisa devant Angers. Marceau, beau-frère de Sergenty battit les Vendéens au Mans le 22 brumaire. Les républicains, à leur tour, exercèrent contre Tomemi vaincu de terribles représailles. Ils n'épargnèrent même pas les femmes surprises en flagrant délit de complicité avec les rebelles.
La désunion, le désespoir, le découragement, sui- Désunion Tirent cette déroute. Un désordre effroyable s'était mis dans Tannée vendéenne. Les fuyards n'écou* tèreiit plus la voix de leurs chefs. Des officiers 8*étadent d'ailleurs partagé la caisse de l'armée. Chacun ne songeait plus qu'à son propre salut. Les hussards du fougueux Westermann, la division de
et détresse des Vendéens.
I7S3. Kléber, chargeaient sans relâche ce troupeau humain. Chaque maison devenait lé théâtre d'égorgéments nouveaux. Chassés de Laval à Craon , de Craon à Saint-Marc, de Saint-Marc au cours de la Loire, à Ancenis ils tentèrent vainement de traverser le fleuve. Le canon de l'armée républicaine submergea leurs radeaux, et Larochejacquelein ayant déjà atteint l'autre rive, l'armée vendéenne, séparée de son chef, erra misérablement. Les débris de ces bandes immenses, qui avaient tenu la République en échec, vinrent, le 3 nivôse, se faire écraser par Marceau, qui en mit six mille en terre. La guerre de Vendée était finie. Il ne restait plus que les hordes à demi barbares réunies par le breton Jean Chouan. La Vendée fut une grande guerre civile où luttèrent deux principes. Ce qu'on a nommé la Chouannerie ne fut qu'une espèce de banditisme semi-politique.
sitoatioo Pendant ces deux mois de combats acharnés,
aii*de*ui guerre Nautcs était en proie à toutes les horreurs qu'mde Vendée, gendre le voisinage des guerres civiles : la disette, l'excitation des esprits, les spéculations illicites. Le récit des horribles traitements infligés par les Vendéens aux prisonniers républicains, les actes de férocité épouvantables que l'on rapportait, et qui, en passant de bouche en bouche, prenaient des pro* portions inouïes, disposaient cette population à tous les crimes de la haine et de la peur. On envoya d'abord Héron, agent du Comité de Sûreté générale,
personnage redoutable. Il monta à la tribune de la Société populaire le chapeau sur la tête, et portant, au lieu de cocarde, une oreille de royaliste. Mais rien ne pouvait empêcher les royalistes d'espérer la victoire de leur parti, de cacher leurs trésors et de laisser éclater leur joie quand la nouvelle d'un succès des bandes vendéennes arrivait à Nantes. La crainte d'un débarquement de troupes anglaises, les lenteurs d'une guerre qui semblait interminable, et que des ofiGiciers sans mérite, sortis des dubs de Paris, avaient intérêt à prolonger, ajoutaient encore à tant de causes de désordre.
On crut mettre fin à cette intolérable situation en envoyant à Nantes un homme capable, en e£fet, de ne reculer devant aucun moyen. On prétend, mais rien ne prouve cette assertion, que cet homme était ' porteur d'instructions secrètes. 11 se nommait Carrier. Né à lolai , près Aurillac , d'un père procureur, il était devenu procureur lui-même. Les gens dn Cantal en avaient fait leur représentant à la Convention. C'était un homme de haute taille, au teint &uve, au long nez mélancolique, bouche tordue, front fuyant, quelque chose d'excentrique, de grotesque et de terrible dans le geste, le regard, la démarche. Quoiqu'Hébertiste, il ne se signala d'a- ^rd par aucun crime en Vendée. Mais en entrant ^ Kantes, la fureur le prit. Il y arriva le 8 octobre. ï-« ville était fort agitée. On attendait les Vendéens, STin passèrent la Loire le 1 6. L'aspect de ces bandes
Carrier à Nantes; son
portrait, sa conduite.
179S. immenses qui afTamaient la contrée, le souYenir de leurs atrocités , irritaient les républicains et avivaient les haines politiques. Carrier eut-il peur de la fweur du peuple, ou subit-il l'influence vertigi* neuse de ces passions déchaînées? La peur et la cniauté peuvent se combiner. Il est présumable que Tune et Tautre inspirèrent Carrier. Un calcul simple et sinistre dicta la conduite de ce misérable. Il voulut résoudre la question des subsistances par la suppression des bouches royalistes, et en terrorisant le commerce pour l'obliger à vendre ses marchandises à vil prix. Il fit arrêter et emprisonner im grand nombre de négociants. Mais ce qui prouve que l'ex-procureur ne se dissimulait pas les conséquences des crimes qu'il allait commettre, et que, dans cette mission exterminatrice, le soin de sa propre conservation fut le principal mobile peutêtre de sa conduite, c'est qu'il évita de donner des ordres par écrit. A la Société populaire de Nantes, il s'écria, en entrecoupant son discours de jurons obscènes, à la manière du Pire Ducheme : « Comment le Comité révolutionnaire travaille-t-il donc? Il fallait faire tomber cinq cents têtes, et je n'en vois pas une. » Il maltraitait les autorités, fermait sa porte aux députations populaires ou souffletât leurs délégués, sabrait les officiers municipaux qui venaient lui parler des subsistances, interceptait les lettres, donnait l'ordre au général Haxo de tout tuer et tout brûler autour de Nantes, d'enlever les den-
rées alimentaires et de les lui envoyer . Par un arrêté itm il défendit qu'on obéît au représentant Trehouart, qu'il traita de fédéraliste. Carrier n'était accessible qu'aux états- majors, se disait malade à la campagne, et vivait bien portant à Nantes, « entouré, dit JuUien de Paris dans une lettre à Robespierre, d'insolentes sultanes M d'épauletiers lui servant d'eunuques. • Et tandis qu'un peuple de généraux couverts d'or passaient le temps dans les plaisirs, Charette, avec ses bandits, dansait à quatre lieues de Nantes, dans l'île de Noirmoutiers, égorgeant les faibles détachements qu'on lui envoyait, imprimant ses proclamations à Nantes et correspondant avec les Vendéens, qui encombraient les prisons et menaçaient insolemment leurs gardiens.
La misère de la ville était extrême. La peste me* Férocité naçait de se déclarer dans les prisons encombrées. On avait, avant l'arrivée de Carrier, mis des prisonniers en liberté, mais ils allaient rejoindre Charette. Faible d'intelligence et de caractère. Carrier ne vit de remède à ces maux que dans des mesures extrêmes, et quand il eut signé ce pacte avec la mort, sa puissance funèbre l'exalta. Il ne parla plus qu'en jurant, mit à tout propos le sabre à la main. A la Société populaire, il sabra les chandelles. Il ne dormait plus, vivait dans une orgie perpétuelle. Quelques furieux, le créole GouUin, Lambertye, <^aro8sier, le tonnelier Fouquet, Grandmaison, Picard; trois jeunes hommes de vingt ans, Robin,
et excentricités de Carrier.
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I7W. Lallouet et Lavaux ; un certain Batteux qu'il a\ait fait chef d'une année révolutionnaire, exécutaient ses ordres, quelquefois les dépassaient ou s'abandonnaient à leurs propres inspirations. A l'instar d'Hébert, Carrier, dans les cent jours qu'il passa a Nantes, voulut aussi rendre hommage au culte de la Raison, a L'apostolat de la Raison, écririt-il à la Convention (1), électrisant tous les esprits, les élève au niveau de la Révolution; préjugés, superstition, fanatisme, tout se dissipe devant le flambeau de la philosophie. » Comme Chaumette, il voulut perseu compagnie cutor Ics fiUcs publiqucs et les prêtres. Il avait ordeMant. g^nig^ yn^ baudc sous le nom de Compagnie de Marat. Ces satellistes juraient la mort des royalistes, les dénonçaient, les arrêtaient. Les prisons ne pouvaient plus contenir ces masses, et chaque jour arrivaient de nouveaux convois de prisonniers vendéens, des bandes de femmes, de vieillards, d'enfants. Le malheur rendait les fuyards respecta* blés, et souvent les prisonniers s'étant rendus avec armes et bagages avaient droit à la clémence da vainqueur. Quoiqu'un décret ordonnât que les Vendéens pris en flagrant délit de révolte seraient fusillés, il fallait encore qu'ils fussent individuellement jugés. La commission militaire l'exigeait. Carrier s'emporta et dit en jurant au président : « C'est donc toi, vieux coquin, vieux jean f qui
(4] Séance de la Convention du 28 novembre (8 frimaire) 4793.