‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 31 sur 45 · LIVRE XVra · texte numérisé non relu

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Yeux juger; eh bien! juge! mais je vous ferai tous vm. guillotiner si dans deux heures l'entrepôt n'est pas Tide. > Il prêchait le pillage, mettait des filles en réquisition, se vantait du plaisir qu'il goûtait en Toyant la grimace que faisaient les prêtres en mourant, n disait qu'il fallait niveler la population et la réduire de trois dixièmes. Dans un repas où il «iposoit cette doctrine, il s'écria avec une sorte d'égarement sanguinaire : « Tue I tue I » Un des témoins qui figura dans son procès dit en parlant de Carrier : « Je puis comparer l'arrivée de ce représentant à Nantes à ces vents brûlants du midi qui à certaines époques parcourent les côtes de l'Afrique, et qui, par leur souffle aride, détruisent des caravanes entières de pèlerins. »

Quoique Carrier se plaignit des lenteurs de la Fanuades Commission militaire, elle avait, en moins d'un mois, condamné plusieurs milliers de prisonniers. On les fusillait, sans distinction de sexe, près de Nantes, et on précipitait leurs cadavres dans les Tastes carrières du Gigant. La guillotine fonctionnait aussi journellement. Carrier, en proie à un état fiévreux et à une exaltation croissante, trouvait ces mojfens insuffisants. 11 en imagina un troisième qui appelait un supplice en usage chez les anciens. Il F fit embarquer sur une gabare cinquante-huit prêtres condanmés à la déportation. Arrivés à la hauteor de Paimbœuf , la cale où ils étaient entassés s'ouvre et ils sont précipités dans le fleuve. Carrier

et noyades à Nantes.

Lettres

de Carrier à la

GoDTentioD.

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appelait cela exécuter verticalement un décret de déportation. Il écrivit à la Convention pour lui fidre part de cet événement, comme s'il se fût agi d'un accident, et ajouta en terminant son récit : « Quel torrent révolutionnaire que la Loire ! » La lettre écrite par Carrier à la Convention, et qui fut lue publiquement dans la séance du 28 novembre (8 fri* maire), parle d'un fait analogue. Après avoir rapporté l'abjuration de Tévèque Minée, Carrier ajoutait : « Un événement d'un autre genre semble avoir voulu diminuer le nombre des prêtres; quatre-vingtdix de ceux que nous désignons sous le nom de réfractaires étaient enfermés dans un bateau sur la Loire ; j'apprends à l'instant, et la nouvelle ra est très-sûre, qu'ils ont tous péri dans la rivièie. » \ Quatre d'entre ces malheureux s'étant sauvés i j bord d'une galiote, furent repris et noyés le lendemain. L'incertitude des documents relatifs à cei crimes ne permet pas d'en préciser le nombre. Dans la procédure du Comité révolutionnaire relative aux affaires de Nantes, le président cite quatre noyades. D'autres documents en constatât sept : la première , de cinquant&-huit personnes ; la seconde, de huit cents individus; la troisième, de quatre cents; la quatrième, de quatre cents. Un témoin qui figura plus tard dans le procès de Carrier, rapporta qu'un des agents de Carrier, Lambertye, disait un jour en montrant la Loire à plusieurs généraux : « II y en a déjà passé deux mille huit

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eents. » Carrier ajouta : « Eh bien oui^ deux mille itm. huit cents dans la baignoire nationale. > D'après la déposition d'un soldat employé aux fusillades^ le nombre des indiyidus qui périrent par les armes l'âeva à sept mille cinq cents.

Deux dépositions, celle du geôlier Lacaille et celle du voilier Tabouret, donneront une idée dos circonstances horribles qui accompagnèrent ces exécutions.

« Dans la nuit du 24 au 25 frimaire, dit Lacaille, ^*^ sur deux membres de la compagnie Marat, que je ne ^^I^. ^ connais pas, apportent au Bouffay deux paquets de cordes ; vers les neuf heures du soir, ils demandent i eideyer cent cinquante-cinq détenus pour les transférer à Belle-Isle , à l'effet d'y construire promptement un fort ; vers les dix heures du soir, leur succèdent vingt ou quarante soldats de cette ctmipagnie; ils renouvellent la demande de cent cin- (pante-cinq détenus. Je ne puis, leur répondis-je, ^ous les livrer sans ordre. Aussitôt deux de ces particuliers se rendent, je crois, au Comité ; ils m'apportent une liste de cent cinquante-cinq détenus, me un ordre signé de GouUin et Levêque. Je leur dbserve que plusieurs des individus portés sur la ibte des détenus sont en liberté, ou malades dans les hospices, ou morts. Les soldats de la compagnie Marat, après avoir bu et mangé, développent leurs paquets de cordes et s'amusent entre eux à se lier, pour connaître ceux qui, en ce genre, seraient les

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I7W. plus habiles, et c'est Taceusé Joly qui remporte le prix. Les portes des chambres des prisomiiers s'our yrent ; on les amène à la geôle ; Joly les attache deux à deux, les mains liées derrière le dos. Grandmaison entre dans la cour et fait faire diligence. Goullin fulmine de ce qu'on ne peut compléter Ut liste de cent cinquante-cinq prisonniers. — Je t'en ai envoyé quinze ce soir, me dit-il; qu'en a»-tu fait? Je lui réponds qu'ils ont été logés dans les chambres d'«[i haut. — Eh bien ! qu'on me les fasse descendre. J'obéis. Au lieu de cent cinquante-cinq, Goulin se contente de cent vingt-neuf; mais ce nombre n'étant pas encore complété, il ordonne de prendre indistinctement les premiers venus, parce que le tanps presse; il jure, il demande où ont été envoyés les autres. Je réponds que, pour cause de maladies, ils ont été transférés. — Dépêchons-nous, répète Goullin, la marée baisse; il faut aller prendre les autres à l'hôpital. Au milieu du désordre et de la confusion qu'ils mettent dans leur expédition, cet article est oublié ; enfin, à quatre heures du matin, ces malheureuses victimes dévouées à la mort partent sous le commandement de Goullin et de Grandmaison. Plusieurs d'entre eux n'avaient pas encore subi de jugement ; les autres avaient été condamnés à quelques années de détention, d'autres à quelques mois, et cependant je crois que tous, sans exception, ont été noyés. »

Ici la déposition du voilier Tabouret complète

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