‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 37 sur 45 · LIVRE XIX M · texte numérisé non relu

LIVRE XIX M

rendre Tusage du gouvernement impossible. C'est 47w. ce qui fut essayé au moyen de diverses motions, notamment celle de supprimer les ministres, mise en avant par Bourdon (de TOise) . Les pouvoirs du Comité n'en furent pas moins renouvelés et continués aux mêmes personnes. La sécurité parlait plus haut que l'intrigue.

Les indulgents ne se tinrent pas pour battus. Quereues Ib attaquèrent le Comité dans la personne de ses ** g" ^^f °' ^nts, se plaignirent de tel ou tel abus de pouvoir, Héberustes. grossirent dans la Convention le noyau d'une opposition contre le Comité, opposition qui devait plus tard susciter des crises formidables. Bourdon (de rOise) et Lecointre (de Versailles) multiplièrent les incidents, suscitèrent des plaintes sur les objets les plus futiles, aigrirent les esprits, en tirèrent des conclusions contre le pouvoir exécutif. Il y avait dans le Comité de Salut public , dans les diverses branches de l'administration, des exagérés, des Hébertistes, ennemis naturels des indulgents, et parmi ces sauvages partisans de la Terreur, il ne manquait pas non plus de voleurs , d'intrigants , de débauchés et de concussionnaires, ce qui semblait donner raison à la théorie de Robespierre sur la vertu et le juste milieu. Ces exagérés, qui cherchaient la fortune et le pouvoir dans le sang, prêtaient le flanc à de justes attaques. Philippeaux, représentant dantonuiste revenu de Nantes, avait eu beaucoup à souffrir de Choudieu, de Rossignol et de Ronsin. Il

boDne pensée, acceptée par la Convention, fut com- itw. promise par une imprudence de Camille Desmoulins qui dans le quatrième numéro de son Vieux Gordelier opposa au Comité de Justice Tidée d'un Comité de Clémence, et fit à la liberté absolue un appel qui fournissait une arme aux ennemis de la France et de la Révolution. Celui qui dans une ville en état de siège proposerait le mépris de l'autorité et des mesures de salut public serait ou un traître m un citoyen imprévoyant et léger. Or, la France «lors était une nation en état de siège. En un mot, Camille Desmoulins parla en homme de cœur, en homme sensible, et non en publiciste qui comprend les matières d'Etat et se fait une juste idée des nécrasités gouvernementales.

« La liberté, dit-il, n'a ni vieillesse ni enfance; invocation de elle n'a qu'un âge, celui de la force et de la vigueur, ^*°""®

DesmouUns à la

autrement, ceux qui se font tuer pour la Repu- uberté et blique seraient donc aussi stupides que ces fana- ^'»«*^™e°<î«tk[ue8 de la Vendée qui se font tuer pour les délioes de paradis dont ils ne jouiront point. Quand nous aurons péri dans le combat, ressusciterons- Hous aussi dans trois jours, comme le croient ces {Niysans stupides. Non , cette liberté que j'adore n'est point le Dieu inconnu. Nous combattons pour défendre des biens dont elle met sur-le-champ en possession ceux qui l'invoquent ; ces biens sont la Déclaration des Droits, la douceur des maximes républicaines, la fraternité, la sainte égalité, l'invio-

1783. avait écrit pendant cette mission un catéchisme politique qu'il offrit à son retour au Comité de Salut public comme une panacée propre à guérir tous les maux de la France. On le railla : piqué au vif, 3 publia un rapport sur la conduite de Rossignol et de Ronsin en Vendée, accusa Bouchotte et le Comité de Salut public tout entier d'avoir toléré ces vols, ces inepties, dans le but d'éterniser leur pouvoir en éternisant la guerre de Vendée. Le faux se mêlait à la vérité dans ce rapport dont Camille Desmoulins fit un pompeux éloge. Profitant deoe scandale, Fabre d'Eglantine accusa Ronsin et ses coupe-jarrets d'un placard qu'il avait fait afficher à l'aide de Vincent, secrétaire-général du ministre de la guerre; dénonça également Fex-huissier Maillard, l'homme des journées de Septembre. La Convention ordonna l'arrestation de ces trois individus, manda les ministres à sa barre. Quelques jours après cet incident, des femmes se présentèrent en suppliantes à la Convention pour implorer la liberté de leurs frères et maris. '

Robespierre La pcutc devenait glissante. Le Comité de Salut propose public , c'cst à dirc le eouvemement, pouvait s'é-

un Comité secret ^ ^ c ' ^

dejusuce. croulcr. Robespierre chercha dans sa propre conception un moyen de conjurer le péril de la situation. Il proposa la création d'un Comité secret de Justice^ nommé par les Comités de Salut public et de Sûreté générale, qui eût au fond des prisons recherché l'innocent pour le rendre à la liberté. Cette

K)nne pensée, acceptée par la Convention, fut com- itw. )romi8e par une imprudence de Camille Desmoulins qui dans le quatrième numéro de son Vieux Cordelier opposa au Comité de Justice Tidée d'un Cmité de Clémence, et fit à la liberté absolue un appel qui fournissait une arme aux ennemis de la France et de la Révolution. Celui qui dans une ville en état de siège proposerait le mépris de Tautorité et des mesures de salut public serait ou un traître ou un citoyen imprévoyant et léger. Or, la France alors était une nation en état de siège. En un mot, Camille Desmoulins parla en homme de cœur , en komme sensible, et non en publiciste qui comprend les matières d'Etat et se fait une juste idée des nécessités gouvernementales.

« La liberté, dit-il, n'a ni vieillesse ni enfance; invocation de elle n'a qu'un âge, celui de la force et de la vigueur, ^"°*"®

DesmouliDS à la

autrement, ceux qui se font tuer pour la Repu- liberté et blique seraient donc aussi stupides que ces fana- ^ﻫ*^me°ce. tiques de la Vendée qui se font tuer pour les délices de paradis dont ils ne jouiront point. Quand Û0U8 aurons péri dans le combat, ressusciterons- Û0U8 aussi dans trois jours, comme le croient ces paysans stupides. Non , cette liberté que j'adore n'est point le Dieu inconnu. Nous combattons pour défendre des biens dont elle met sur-le-champ en possession ceux qui l'invoquent ; ces biens sont a Déclaration des Droits, la douceur des maximes épublicaines, la fraternité, la sainte égalité, l'invip-

1793. iabilité des principes. Voilà les traces des pas de la déesse ; voilà à quels traits je distingue les peuples au milieu de qui elle habite.

» Et à quel autre signe veut-on que je reconnaisse cette liberté divine ? Cette liberté, ne serait-ce qu'un vain nom ? N'est-ce qu'une actrice de TOpéra, la Gandeille ou la Maillard, promenée avec un bonnet rouge, ou bien cette statue de quarant^six pieds de haut que propose David ? Si par la liberté ifous n'entendez pas comme moi les principes, mais seulement un morceau de pierre, il n'y eut jamais d'idolâtrie plus stupide et si coûteuse que la nôtre.

)) mes chers concitoyens ! serions-nous donc avilis à ce point que de nous prosterner devant de telles divinités ? Non, la liberté, cette liberté descendue du ciel , ce n'est point une nymphe de l'Opéra, ce n'est point un bonnet rouge, une Remise sale ou des haillons ; la liberté, c'est le bonheur, c'est la raison, c'est l'égalité, c'est la justice, c'est la Déclaration des Droits, c'est votre sublime Constitution . Voulez- vous que je la reconnaisse, que je tombe à ses pieds, que je verse tout mon sang ! pour elle ? Ouvrez les prisons à ces deux cent mille citoyens que vous appelez suspects; car dans la Déclaration des Droits il n'y a point de maison de suspicion , il n'y a que des maisons d'arrêt. Le soupçon n'a point de prisons, mais l'accusateur public; il n'y a point de gens suspects, il n'y a que des prévenus de délits fixés par la loi ; et ne croyez pas

nue cette mesure serait funeste à la République : ce itw. serait la mesure la plus révolutionnaire que vous eussiez jamais prise. Vous voulez exterminer vos ennemis par la guillotine. Mais y eut-il jamais plus grande folie ? Pouvez-vous en faire périr un seul à Téchafaud sans vous faire des ennemis de sa famille ou de ses amis? Croyez-vous que ce soient ces femmes, ces vieillards, ces cacochymes, ces égoïstes, ces traînards de la Révolution , que vous enfermez, qui sont dangereux ? De vos ennemis il n'est resté parmi vous que les lâches et les malades; les braves et les forts ont émigré ; ils ont péri à Lyon ou dans la Vendée; tout le reste ne mérite pas votre colère. »

En niant que la Révolution eût des ennemis sérieux, Camille Desmoulins tombait dans un non- • sens démenti par les faits et par la logique; il rendait odieuses toutes les mesures propres à affermir la défense nationale ; il désorganisait le gouvernement et faisait la joie de tous ceux qui avaient intérêt à le renverser. Cet excès d'indulgence rendait aux Hébertistes et à toute la faction sanguinaire une apparence de raison d'être. Hébert souleva les Cordeliers. Une députation de ce club vint demander à la Convention la mise en jugement des soixante -douze Girondins emprisonnés après le M mai. L'orateur parla insolemment, le chapeau 3ur la tête. Couthon le fit rappeler à l'ordre. Mais Robespierre n'en recevait pas moins les coups des

1793. deux partis. Le Comité de Clémence^ opposé au C(h mité de Justice ^ la demande de mise en jugement des soixante-douze Girondins qu'il avait jadis défendus, étaient autant d'attaques contre son système et d'obstacles à son triomphe.

Insolence Hébert et ses complices profitaient seuls des fau-

^^^' tes de Camille Desmoulins. Elles réveillèrent leur audace. A la nouvelle de la prise de Toulon, Touché avait écrit : « Nous n'avons qu'une manière de célébrer la victoire : nous envoyons ce soir deux cent treize rebelles sous le feu de la foudre. » A Paris, CoUot-d'Herbois, impatiemment attendu par les Hébertistes qui, pour effrayer leurs adversaires, disaient emphatiquement : « Le géant arrive I • Retour de était cufin arrivé. Un homme qui vient de mettre à wt^^l^Tre ^^^* ^^ grand nombre de ses semblables produit apologie, toujours uu Certain effet de terreur. CoUot y comptait, et pour ajouter encore à cette impression, il avait envoyé à la Convention la tête de Chalier. Ce funèbre envoi parut en même temps que lui devant l'Assemblée. On demanda pour les restes de Chalier les honneurs du Panthéon. Mais en même temps une députation de Lyonnais venait déposer à la barre de la Convention l'expression de sa douleur. Sans sortir de l'humilité convenable à des suppliants, ces pétitionnaires faisaient un tableau trop fidèle des supplices épouvantables infligés à la population lyonnaise par CoUot-d'Herbois et Fouché. Par erreur, ou pour exciter la pitié de la Conven-

tion, les pétitionnaires avaient exagéré le nombre itm des yictimes. CoUot-d'Herbois, dans sa défense, le diminua, fit sa propre apologie ; la Convention approuva sa conduite. Les Hébertistes promenèrent sur un char la tète de Ghalier dans Paris. Le soir, à la séance du club des Jacobins, GoUot-d'Herbois, sur l'invitation d'Hébert, continua de se justifier. « Aujourd'hui, dit-il, je ne reconnais plus l'opinion publique. Si j'étais arrivé trois jours plus tard à Paris, je serais peut-être décrété d'accusation. . . Les Jacobins ne sont-ils plus les mêmes? i^ Un grand nombre d'Hébertistes s'étaient rendus à la séance, ils n'osèrent cependant pas l'applaudir. Il n'y eut ni approbation, ni improbation. Son discours roula sur lui-même, et sur Ronsin dont il réclama l'élargissement. « On nous a accusés, dit-il, d'être des anthropophages, des hommes de sang. . . On examine de quelle manière sont morts les contre-révolutionnaires; on affecte de répandre qu'ils ne sont pas morts du premier coup... Eh! Jacobins, Ghalier est-il mort du premier coup? * Il articula une phrase qui à elle seule atteste ce qu'il y eut d'exclusif dans les factions à cette époque : u On parle de sensibilité 1 dit-il ; et nous aussi nous sommes sensibles; les Jacobins ont toutes les vertus; ils sont compatissants, humains, généreux; mais tous ces sentiments ils les réservent pour les patriotes qui sont leurs frères, et les aristocrates ne le seront jamais. » Hébert célébra dans sa feuille le triomphe in. îO

4798. de CoUot-d'Herbois , et les Cordeliers réclamèrent impérieusement la mise en liberté de Ronsin et de Vincent. « La société des Ck)rdeliers, dit à la Convention Torateur de leur députation, semblable à Tantique Rome, est ferme dans ses principes; plus elle a d'ennemis à combattre, plus elle est forte (1), etc. » Le lendemain il y eut aux Jacobins une séance extraordinaire. Hébert dénonçait Philippeaux, Laveaux, Bourdon (de l'Oise) et Fabn d'Eglantine. Camille Desmoulins, accusé par Nicolas, imprimeur et garde du corps de Robespierre qu'il suivait toujours armé d'un gros bâton, devait aussi se justifier.

Violents débats CoUot-d'Hcrbois ouvrit la séance par le récit d'un suicide qui^ exploité par l'habile comédien, fut d'un effet terrible contre les modérés : Gaillard, le meilleur ami de Chalier, s'était tué de désespoir, croyant à l'abandon des Jacobins. CoUot fut acteur. Il remua la colère et la pitié dans l'âme de la Société, obtint que l'on écrivît à Lyon pour rassurer les Jacobins, provoqua un serment d'union et de solidarité , attaqua indirectement Camille Desmoulins. Levasseur, de son côté, dénonce Philippeaux. Celui-ci accuse Rossignol et Ronsin. Le tumulte est à son comble. Danton intervient. Robespierre avec ces formes de langage calculées dont il ne se départait jamais, défendit Philippeaux, et mit l'exa-

(1) Séance de la Convention du 23 décembre 4793 (3 nivôse).

aux Jacobins.

UVRB XIX 307

6ration de ses attaques contre les généraux de itw. Ouest sur le compte de l'amour de la patrie et de L liberté. Il défendit en même temps le Comité de ialut public et demanda que Philippeaux fût enendu. Celui-ci ne profita pas du moyen de salut que iai ofi&ait Robespierre. II persista dans ses alléga* tions, ajoutant seulement : « Pour ne point servir Varistocratie, je n'ai fait tirer de ma brochure que le nombre d'exemplaires suffisant pour mes collègues de la Convention. — Tu en as menti, s'écria Levasseur ; tu as envoyé des exemplaires à Saumur et à Angers. — J'ai fait rapporter un décret sur la résiliation des baux, qui a fait perdre à Levasseur cinq cents livres de rente, répliqua Phi- Kf^aux. Voilà le secret de son acharnement contre moi (1). ]» La Société, fatiguée , mit fin à ces personnalités. Sur la demande de Danton et de Couthon, il fut décidé qu'on nommerait une commission de cinq membres qui entendrait les accusés et les accusateurs. On remit à une autre séance le débat sur ^ille Desmoulins, Fabre d'Eglantine et Bourdon deTOise. Robespierre, désolé de ces querelles dans lesquelles la direction des esprits lui échappait, et dont les Hébertistes faisaient leur profit, se réfugia, comme il le faisait toujours en pareille conjoncture, d^ns la contemplation des principes. Sa tactique

(4) Séance du club des Jacobins du 23 décembre 4793 (3 ni-

308 HISTOraE DE SOIXANTE ANS

1798. était de frapper &es ennemis du plus haut qu'il pouvait se placer et aussi profondément d'ailleurs qu'il pouvait les atteindre. Nature incomplète et pauvre au point de vue de l'action, il mettait sa foi dans tel discours élaboré dans le silence du cabinet. Juge d'Eglise au début de sa carrière, avait-il empruntée la politique de l'Eglise la lenteur et l'élévation des moyens ? Comme elle, il visait à la possession des âmes. Ses dénonciations avaient l'air d'une excommunication ; sa ligne immuable et difficile entre les deux excès contraires ressemblait au chemin étroit du paradis. Il avait peu d'amis. La grande majorité des Comités de Salut public et de Su^ veillance générale lui était à peu près hostile. L'autorité morale dont il jouissait était son seul point d'appui ; aussi cherchait-il à l'accroître par des discours capables d'imposer le respect. .

Robespieire Lc rapport sur les principes du gouvernement ré- 168 pri^sdu volutionnaire qu'il rédigea à cette époque, rappelait gouvernement le mot dc César : « Ricu n'est fait tant qu'il reste

révolutionnaire. i j ^i** n i« i r «./i

quelque chose a faire. » Il exphqua la nécessite de ce gouvernement, aussi nouveau que la Révolution, et les causes qui l'avaient engendré. Il regardait la mobilité, l'activité, la rigueur de ce gouvernement comme une conséquence de l'état de guerre où il se trouvait et de la nécessité de créer des ressources proportionnelles à l'imminence du péril. La doctrine du salut public faisait le fond de ce raisonnement, sage au point de vue de la tactique, mais dé-

fectueux et faible dans sa définition des principes. im. Et il en devait être ainsi, la Révolution ne pouvant être qu'une phase transitoire, une crise, et non pas un régime et un gouvernement. I^ théorie du juste milieu reparaissait dans ce rapport comme dans tous les discours de Robespierre. Dans sa pensée, k fanatisme religieux ou anti-religieux , le fédéralisme et l'excessive unité, aboutissaient au même résultat. « Quelquefois, dit-il, les bonnets rouges sont plus voisins des talons rouges qu'on ne pourrait le penser. » Cette étroite ligne politique qu'il essayait de tracer, ne manquait ni d'audace ni de courage; mais on conçoit combien elle devenait difficile à suivre, et que d'ennemis secrets elle dut déchaîner contre l'homme qui ne craignait pas de l'imposer.

La partie critique du rapport de Robespierre et ses conclusions rentraient dans le vif de la lutte ecmtre les exagérés. Il les confondit à dessein avec les royalistes, les fédéralistes, les émissaires et les agents de l'étranger, insista sur la nécessité de frapper les chefs de ces factions et d'armer la loi de telle sorte qu'elle pût agir avec plus de promptitude encore. 11 proposa un décret où les mesures de répression se mêlaient habilement à une augmentation d'un tiers des secours et récompenses accordés aux soldats blessés ou à leurs veuves et à leurs enfants. Le Comité de Salut public annonçait, dans ce projet de décret qui fut vivement applaudi

Duméro.

340 mSTOmE DE SOIXANTE ANS

ins. et uDanimement adopté, qu'il ferait procbainemeiAi un rapport sur les moyens de perfectionner \i tribunal révolutionnaire; mais les doctrines de R.o bespierre devaient rencontrer dans la persistaïusi de l'antagonisme des modérés et des exagérés uiu foule d'obstacles imprévus.

cuniue Camille Desmoulins le lui prouva en publiant,

apaisé du club prcsquc immédiatement après ce rapport, le ciodescordeiitn quièmc uuméro de son Vieux Cordelier. Quoique MD cinquième cc uuméro uc fût qu'uuc justification de sa conduite et de ses écrits, Camille y mêlait, pour soutenir l'attention, des traits de satire qui ne faisaient qu'effleurer le patriote et perçaient de part en part, ajoutait-il, « le contre -révolutionnaire déguisé sous le rouge bonnet que ma main jette à bas. • Un arrêté du club des Cordeliers venait d'expulier de cette société, dont il était un des fondateurs, le hardi pamphlétaire. Irrité de ce procédé qu'il regardait comme une « insolence inouïe » de la part de « petits -fils se révoltant contre leur grand père , » Camille Desmoulins jeta dans son cin* quième numéro un de ces rires mortels à ceux qui le provoquaient. « Bientôt, dit-il, j'aurai mis le dénoncé et les dénonciateurs chacun à leur véritable place, malgré les grandes colères du Père Duchesne, qui prétend, dit Danton, que sa pipe ressemble à la trompette de Jéricho, et que, lorsqu'il a fumé trois fois autour d'une réputation, elle doit tomber d elle*même. » Sa plume étincelante

LIVTŒ XIX 3M

et rapide comme le fer d'un maître d* escrime, por- 1793. tait un coup profond à celui-ci, fouettait celui-là au visage. Nicolas ayant dit avec une brutalité farouche : « Camille Desmoulins frise depuis longtemps la guillotine. » « En janvier dernier, répliqua Desmoulins, j'ai encore vu M. Nicolas dîner &vec une pomme cuite, et ceci n'est pas un reproche. (Plût à Dieu que dans une cabane ignorée, au fond de quelque département, je fisse avec ma femme de semblables repas!) Voici ce qu'était alors le citoyen Nicolas. » Il ajoutait, ce qu'on sait ^jà, qu'il escortait Robespierre. « Grand et fort» armé d'un simple bâton , il valait à lui seul une compagnie de muscadins... Nous l'avons nommé juré du tribunal révolutionnaire, dont il est en même temps imprimeur. » Or, à ce même Nicolas, qui dînait d'une pomme cuite en janvier, il était dû plus de cent cinquante mille francs pour impressions, par le tribunal révolutionnaire, un an après. « C'est ainsi, disait Camille Desmoulins, que moi je suis un aristocrate qui frise la guillotine, et que Nicolas est un sans-culotte qui frise la fortune. » Il conseillait à Nicolas de se méfier de l'intérêt personnel : — « Parce que vous êtes l'imprimeur de Boudiotte, est-ce une raison pour que je ne puisse l'appeler Georges? J'ai bien appelé Louis XVI mon gros benêt de roi, en 1 787, sans être embastillé pour cela. >

Récapitulant ensuite les principaux actes de sa

34S mSTOmE DE SOIXANTE ÂMS

4798. propre existence, Camille Desmoulins, airec une chaleur et une éloquence qui attestaient sa hotsm foi, rappelait que, depuis cinq ans, il n'ayait cessé de conspirer pour rendre la France républicaine, heureuse et florissante. Il avait, le premier, appelé la nation aux armes et à la liberté dans ce jardin du Palais-Royal où il avait harangué le peuple le jour ^ du renvoi de Necker. Toujours en avance de six mois sur Topinion, et plus fidèle à la patrie qu'à l'amitié, il se vantait d'avoir dressé avant la justice les actes d'accusation. « Il est bien facile aux patriotes du 10 août, ajoutait-il, aux patriotes de la troisième ou quatrième, je ne dis pas réquisition, mais perquisition , aujourd'hui que l'argent et les places éminentes sont presque une calamité, de se parer de leur incorruptibilité d'un jour. » Il lenr demandait si Necker avait cherché à les séduire, si Lafayette les avait fait applaudir par ses aides-decamp. « A-t-on tenté leurs yeux, disait-il, par les charmes les plus séduisants; leurs mains, par l'appât d'une riche dot ; leur ambition, par la pe^ spective du ministère ; leur paresse, par celle d'une maison délicieuse dans les Pyrénées? Les a-t-on mis à une épreuve plus difiKcile, celle de renpncer à l'amitié de Barnave et des Lameth, et de s'arracher à celle de Mirabeau, que j'aimais comme une maîtresse? Ont-ils été obligés de condamner tant de leurs amis avec qui ils avaient commencé la Révolution. peuple! Apprends à connaître tes vieux

Page 1