‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800 (volume 3)Chapitre 41 sur 45 · III. t · texte numérisé non relu

III. t

et la démocratie.

47M. ses forces intellectuelles, comme un lutteur dans un combat suprême rassemble toutes ses forces physiques; il voulait avoir raison contre ses ennemis vivants et contre ses ennemis morts; à Tinstar (les législateurs anciens, il appelait Dieu lui-même à son aide.

Di«Q, lantorité La Convention l'écoutait en silence. Dieu pour elle était une idée suspecte. Il semblait que cette pensée apportât sur ses ailes le souvenir des vieux symboles, et le rameau vert, signal de la fin du déluge révolutionnaire. Un instinct secret leur disait que Dieu, représentant Tordre dans Tunivers, la justice suprême dans une autre vie et la sanction de l'autorité dans les sociétés humaines, apportait naturellement un frein à cette liberté par laquelle ils avaient vaincu le vieux monde, par laquelle ils s'étaient élevés et qui pour eux était devenue la divinité même. Dans sa subversion nécessaire et profonde, la Révolution avait déplacé Dieu, renversé Taxe du monde, confondu les pôles et perdu le VTai sens des lois de l'éthique. Ils écoutaient, ces Titans de la Montagne, ils écoutaient dans un silence farouche, la voix du rhéteur qui, avec des moyens médiocres, mais avec une conviction réelle, rétablissait Tordre naturel des idées, et qui, tout en faisant à la liberté sa juste et indispensable part, plaçait à la base de la société Dieu, l'autorité, la justice, et démontrait que la démocratie n'est pas incompatible avec ces principes fondamentaux.

Rien ne marque mieux cette pensée secrète des ^^^^ hommes de la Montagne que les applaudissements soudains dont ils couvrirent la voix de Robespierre lorsque, suivant la tradition des déistes du xvin* siècle et des purs révolutionnaires, il sépara Dieu des ministres du culte et lança une diatribe contre les prêtres. A chacune des phrases du genre de celles-ci : « Les prêtres sont à la morale ce que les charlatans sont à la médecine... Le véritable prêtre de TÊtre suprême, c^est la nature.. . » la Montagne satisfaite couvrait de ses acclamations la voix de l'orateur. Robespierre ne resta pas longtemps sur ce thème plus cher aux disciples de Voltaire qu'à ceux de Jean-Jacques Rousseau. )1 revint promptement à la divinité, à la morale, à la nécessité d'attacher la morale à des bases éternelles et sacrées, de former des citoyens, de créer des institutions, des fêtes générales propres à réveiller les nobks sentiments.

Des applaudissements interrompirent souvent la fin de ce discours et la France les répéta. Dieu et la morale étaient peut-être considérés sous un point de vue utilitaire, mais la politique, lorsqu'elle envisage ces grands objets, les ramène forcément à ses proportions et à ses besoins. Le discours fut suivi d'un décret ainsi conçu.

a Article 1 ''. Le peuple français reconnaît Texis- La convenuon tence de l'Être suprême et l'immortalité de 1 ame. ^^^^^ '*

. reconuaissance

» Art. 2. 11 reconnaît que le culte digne deTEtre de suprênie est la pratique des devoirs de l'homme. »'Ktre suprême.

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4794. » Art. 3. Il met au premier rang de ces devoirs,

de détester la mauvaise foi et la tyrannie, de punir les tyrans et les traîtres, de secourir les malheureux, de respecter les faibles, de défendre les opprimés, de faire aux autres tout le bien qu'on peut, et de n'être injuste envers personne.

» Art. 4. Il sera institué des fêtes pour rappeler l'homme à la pensée de la divinité et à la dignité de son être.

n Art. 5. Elles emprunteront leurs noms des événements glorieux de notre Révolution, des vertus les plus chères et les plus utiles à l'homme, des plus grands bienfaits de la nature. »

Pétas r«. Ces fêtes furent dédiées : A l'Être suprême et à

la Nature. — Au Genre humain. — Au Peuple français. — Aux Bienfaiteurs de l'Humanité. — Aux Martyrs de la Liberté. — A la Liberté et l'Egar lité. — A la République. — A la Liberté du monde.

— A l'Amour de la patrie. — A la Haine des tyrans et des traîtres. — A la Vérité. — A la Justice.

— A la Pudeur. — A la Gloire et à l'Immortalité.

— A l'Amitié. — A la Frugalité. — Au Courage.

— A la Bonne-Foi. — A l'Héroïsme. — Au Désintéressement. — Au Stoïcisme. — A l'Amour. — A la Foi conjugale. — A l'Amour paternel. — A la Tendresse maternelle. — A la Piété filiale. — A l'Enfance. — A la Jeunesse. — A l'Age viril. — A la Vieillesse. — Au Malheur. — A l'Agriculture.

▼olutionDaireft.

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— A rindustrie. — A nos Aïeux. — A la Postérité. «tw.

— Au Bonheur (1),

Avec le même enthousiasme qu'elles avaient acclamé le renversement du catholicisme et rétablissement du culte de la Raison, la Commune de Paris et les sociétés populaires vinrent à la Convention faire acte d'adhésion au culte de l'Être suprême. La justice et la vertu furent mises à l'ordre du jour. La première fête, celle de l'Être suprême et de la Nature, devait être célébrée le 20 prairial. Mais avant cette date qui marque le point culminant de la carrière de Robespierre, un incident devait encore augmenter sa popularité. Un ancien garçon de bureau de la loterie nationale. Admirai, s'était logé dans la maison qu'habitait CoUot-d'Herbois, rue Favart. Cet homme résolut de tuer Robespierre et CoUot-d'Herbois. N'ayant pu s'introduire chez Ro- Tentative bespierre. Admirai se rendit à la Convention, s'en- **»»88ii«t

d' Admirai sar

dormit à un discours ennuyeux, et rentré chez lui couoird'Herbois. s'arma de deux pistolets, d'un fusil, et attendit le retour de Collot-d'Herbois. Les pistolets de l'assassin firent long feu. La patrouille survint. Admirai se défendit, fracassa l'épaule d'un serrurier, Geflfroy , qui parvint nonobstant à l'arrêter.

Par une coïncidence singulière , le lendemain ArrestatioD de même de la tentative d'assassinat d' Admirai, une ,^g,^^|^„ jeune fille de vingt ans, Cécile Renault, fille d'un Robespierre.

(4) Décret du 7 mai 1794 (48 floréal an U).

I7M. papetier de la Cité, se présenta chez le menuisier Duplay et insista pour parler à Robespierre. Sa conduite parut suspecte ; on l'arrêta. Interrogée, elle répondit qu'elle avait voulu être introduite auprès de Robespierre pour voir s'il lui convenait. Elle ne s'expliqua pas sur ses paroles. Elle se déclara royaliste, préférant, disait-elle, un roi à cinquante mille tyrans. Elle avait déposé un paquet de linge chez un limonadier du voisinage, s'attendant à être conduite en prison et de la prison à la guillotine. On avait trouvé sur elle deux petits couteaux, mais questionnée sur l'usage qu'elle en voulait faire, elle répondit : < Aucun, n'ayant intention de faire mal à personne. »

Ce double événement fit beaucoup de bruit. On vota une pension à Geffroy, et ceux-là même qui eussent peut-être souhaité le plus ardemment l'assassinat de Robespierre, manifestèrent une joie singulière, et dans l'excès de leur faux enthousiasme, Piège tenda proposèrent de lui donner une garde. Legendre et k Robespierre Rousseliu, Qui firent ccttc motion le soir aux Jaeo-

par les '■

Danionnistes. bins, donnèrent l'éveil à Robespierre. Il comprit que les débris du parti dantonniste, parmi lesquels figuraient Barras, Fréron, Tallien, Rovère, Guffroy, l'auteur du Rougi ff. Courtois, Lecointre (de Versailles) et autres, lui tendaient un piège. Il répliqua vivement, en homme attaqué qui se défend. Mais s'il avait trouvé dans Legendre un adversaire maladroit, il rencontra bientôt dans Barrère un en-

nemi subtil qui devait lui porter le coup le plus re- mi. c3outable. Barrère devait prononcer un rapport dans lequel, selon l'usage de la politique de cette époque, les diverses tentatives d'assassinat qu'on était parvenu à grouper de plusieurs points de la France avec celles d'Âdmiral et de la fille Renault, eussent été attribuées aux machinations de M. Pitt. La Hotte française était alors sur le point de quitter Erest pour livrer combat à la flotte anglaise. L'efifet de ce discours semblait calculé pour exciter la haine de nos marins contre l'ennemi. Il avait même été décrété qu'en raison de ces assassinats il ne serait point fait de prisonniers anglais. Mais quelle ne dut ivmdfs pas être l'amertume et la colère de Robespierre en *"^7^"^°'^

r r Barrei^c cont

entendant Barrère mêler artistement aux éloges les Robespierre. plus enthousiastes de celui qu'il voulait perdre^ des citations de feuilles étrangères , notamment du Courrier de l'Europe^ où ces mots : les soldats de Robespierre, pour désigner les armées de la République; Robespierre a ordonné^ au lieu de : le Comité de Salut public, etc. ; reparaissaient à chaque instant; et tout en paraissant défendre Robespierre et accuser la perfidie de l'Angleterre, il enfonçait en quelque sorte plus profondément le glaive dans la poitrine de sa victime. « Comme si le Comité de Salut public n'existait pas! s'écriait-il hypocritement, et comme si. le gouvernement était dans un seul homme (1). »

[\) Séance de la Convention du 26 mai 1704 ^7 prairial).

remarquable de Robespierre.

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I7M Robespierre sentit qu'il y avait contre lui un

parti dans les Comités comme à la Convention ; mais comment parer un coup si perfide ? L'accusation de tyrannie ne partait-elle pas de tous les côtés à la fois ? de la bouche des assassins devant leurs juges, des feuilles étrangères, et des lèvres de ceux mêmes qui prétendaient lui donner une garde prétorienne?

Défense Sa répousc pourtant fut admirable. On voulait le perdre en faisant peser sur lui le soupçon d'une monstrueuse ambition; il se réfugia avec une hauteur remarquable et qui montre dans toute son étendue la puissance de ces acteurs extraordinaires du théâtre de la vie publique, dans la chaste idée de la mort. « Plus la vie des défenseurs de la liberté est incertaine et précaire, dit-il, plus ils sont indépendants de la méchanceté des hommes. Entouré de leurs assassins, je me suis déjà placé moi-même dans le nouvel ordre de choses où ils veulent m'envoyer. Je ne tiens plus à une vie passagère que par l'amour de la patrie et par la soif de la justice... Plus ils se dépêchent de terminer ma carrière icibas, plus je veux me hâter de la remplir d'actions utiles au bonheur dé mes semblables... J'ai assez vécu ; j'ai vu le peuple français s'élancer du sein de l'avilissement et de la servitude au faîte de la gloire et de la vertu républicaine; j'ai vu ses fers brisés et les trônes coupables qui pèsent sur la terre près d'être renversés par ses mains triomphantes ; j'ai vu un prodige plus étonnant encore,

un prodige qiie la corruption monarchique et Tin- . «tm. expérience des premiers temps de notre Révolution permettaient à peine de regarder comme possible: une assemblée investie de la puissance de la nation française marchant d'un pas rapide et ferme vers le bonheur public... Achevez, citoyens, achevez vos sublimes destinées. Vous nous avez placés à Tavant-garde pour soutenir le premier effort des ennemis de l'humanité ; nous mériterons cet honneur et nous vous tracerons de notre sang la route de l'immortalité. »

Des applaudissements unanimes et prolongés couvrirent ces paroles. Amis et ennemis laissèrent éclater leur admiration , ceux qui crurent à la foi de l'orateur, comme ceux qui ne virent dans ce discours que l'art profond du politique s'enveloppant d'un suaire et cachant son ambition jusque dans celui des sentiments humains qui se détache le plus des choses d'ici-bas : l'aspiration à la mort. On décréta que ce noble discours serait traduit dans toutes les langues. Saint-Just, appelé des armées par Robespierre et quelques-uns de ses collègues du Comité de Salut public, arriva le lendemain. On lui avait parlé de l'union imminente saint-just des restes des deux factions hébertiste et danton- p"*?^^^**^*^-

taluro

niste et de la probabilité d'un complot. 11 ne voyait d'un seul. d'autre remède à ces luttes interminables que* la dictature d'un seul homme, et il n'hésita pas à le . déclarer. Un tel avis, dans le moment même où tant

im. de sourdes accusations planaient sur Robespierre, n'était pas de nature à être écouté. Rapproché des faits qu'on vient d'exposer, il était même d'une franchise maladroite. Un dictateur militaire pouvait seul s'imposer aux factions. Robespierre, mêlé aux crises de la Révolution depuis son début, avait des ennemis trop acharnés pour que son avènement au pouvoir suprême ne fût pas le signal de leur mort et qu'ils ne fissent point tous leurs efforts pour se soustraire à sa domination. Saint- Just repartit pour les camps. Il avait besoin d'action, et d'ailleurs le caractère^de ses rêves politiques, modelés sur le type lacédémonien, lui créait une solitude même parmi ces hommes si fortement préocsaint Just cupés dcs républiqucs de l'antiquité. Quoique la fête de l'Etre suprême dût avoir lieu peu de jours après, il n'attendit point cette solennité.

Tout homme, illustre ou obscur, rencontre, diton, dans le cours de sa vie, un jour dans lequel s'unit à l'épanouissement de ses facultés la part de chances favorables que lui alloue la Providence. Là se résume l'effort de son existence, là brille un moment, comme un rapide éclair, le triomphe public ou privé, modeste ou retentissant, qui s^^mble marquer le but et le terme de son activité. Quel que soit plus tard le reste des heures que le ciel lui réserve , heureuses ou malheureuses , ces heures ne s'écouleront plus qu'en vue de la dissolution dernière à laquelle sont irrévocablement condamnés

retourne a.\i\ armées.

tout êtP€ et toute chose terrestre. Robespierre tou- im. chait à cette heure divine et fatale. La fête de l'Etre suprême allait marquer le signal de son apothéose et de sa chute prochaine. Une cérémonie symbolique dont il était le créateur, et dont il allait devenir le pontife, n'était-elle pas pour lui le seul triomphe possible? Son génie politique, entaché d'utopie, ne pouvait aspirer à un autre résultat. La parole, seule arme dont il eût fait usage, ne pouvait lui donner plus. 11 monta aussi haut dans la sphère de la puissance que peut porter le discours. L'action lui manqua, et le champ des réalisations positives lui devait rester fermé.

Dans certaines circonstances, à la suite de quel- FôtcdoiEire que rapport ou de quelque discours d'un éclat extraordinaire, la Convention décernait parfois à celui qui Tavait prononcé les honneurs de la présidence. Robespierre, que ses amis et ses ennemis semblaient par un accord fortuit précipiter à sa perte, fut nommé président. Les uns espéraient ainsi lui fournir des moyens de s'élever à la dictature, les autres le rendre suspect en lui décernant des honneurs attentatoires au principe de l'é^galité. La périlleuse prérogative de présider l'Assemblée nationale et de parler en son nom pendant les cérémonies de la fête de l'Etre suprême, lui échut donc. Soit par humaine faiblesse, soit par imprévoyance, il ne sut point s'y soustraire. Cette fête conçue par lui, décrétée sur sa proposition , si conforme à ses vues

suprèmp.

1794. politiques et à l'esthétique d'un disciple du philosophe de Genève, remplit son âme de joie. Il quitta sa maison dès le matin du 8 juin (20 prairial) sans prendre même la peine de déjeuner, et se rendit au palais des Tuileries. Il était vêtu, selon l'article 2 du décret qui réglait l'ordonnance de la fête, du costume de représentant du peuple en mission : le chapeau à plumes et l'écharpe tricolore. Comme l'avait indiqué David, auteur du plan de la cérémonie, il portait un gros bouquet d'épis et de joiude fleurs. Un juré, Yilate, le rencontra dans la salle Robespierre j^ jg^ Liberté. Il fut frappé de l'air de satisfaction

pendant la fête ^ ...

de qui régnait sur ses traits ordinairement assombris l'Etre fupréme. ^^ coutractés par les soucis et les passions de la vie publique. Vilate logeait dans le palais ; il invita Robespierre à monter chez lui et à partager son repas. Robespierre accepta; mais le bonheur lui ôtait la faim. De la fenêtre du palais ses r^rds plongeaient sur le jardin des Tuileries que remplissait une foule immense, joyeuse, parée, animée de sentiments d'espérance et de cordialité. Les femmes et les fleurs rivalisaient de grâce, d'éclat et de fraîcheur. Juin, le doux prairial, remplissait l'air de parfums et de rayons d'or. Le bruit des musiques militaires se mêlait à l'harmonie des foules et la complétait. « Voilà la plus intéressante portion de l'humanité, s'écria Robespierre dans son ravissement. L'univers est ici rassemblé. nature,

que ta puissance est sublime et délicieuse I Comme 1794. les tyrans doivent pâlir à Tidée de cette fête! »

La Convention, pendant ce temps, attendait Var- Robespierre fait

rivée de Robespierre qui oubliait les instants et ne , ^^^^

^ ^ la Convention.

se souvenait plus de l'heure de la cérémonie. Yilate lui avait annoncé que les membres du tribunal révolutionnaire viendraient jouira sa fenêtre du coupd'œil de la fête. Robespierre souhaitait de se rencontrer avec eux; ils tardèrent. U fut obligé de partir, mais lorsqu'il arriva à Tamphitlvéâtre dressé devant le pavillon de THorloge pour la Convention, il s'aperçut que tous les représentants du peuple étaient déjà assis. Comme les monarques, il s'était fait attendre. Les regards haineux des Dantonnistes et des Hébertistes le suivirent tandis qu'il gagnait sa place. Le peuple immense qui enveloppait la G)nvention, le saluait, pendant ce temps, de ses acclamations. C'est un besoin des multitudes de s'adorer dans un individu, a Entendez-vous conune on l'appelle ? » s'écriaient les envieux. Ro- AUocution bespierre prononça une harangue au peuple réuni de^^o^^espierre pour la fête de l'Etre suprême. La foule suspendue à ses lèvres espérait que le mot d'amnistie , de clémence, allait rassurer les cœurs disposés au pardon. Quoique sa voix ne pût retentir bien loin, on l'eût entendu, ce mot, et un million de voix l'eût répété à la France. Mais la pensée qui terminait ce solennel discours ne fit voir que trop clairement qu'il n'était pas encore temps d'espérer. » Peuple gêné-

iH HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

«m. reux, di^il, veux-tu triompher de tous tes ennemis? pratique la justice, et rends à la divinité le seul culte digne d'elle. Peuple, livrons-nous aujourd'hui 80US ses auspices aux transports d'une pure allégresse ! Demain nous combattrons encore les vices et les tyrans ; nous donnerons au monde l'exemple des vertus républicaines, et ce sera l'honorer encore ! » ,

Mais ces paroles ne glacèrent pas l'enthousiasme de la multitude dont les premiers flots purent seuls saisir quelques mots, et quand Robespierre, descendant des gradins, vint se placer à la tète de la Convention, les applaudissements redoublèrent. Il marchait seul, en avant du groupe des Conventionnels, et chacun put remarquer l'ivresse qui régnait sur

Fnraur ses traits. Parmi ceux qui le suivaient de plus près se trouvaient ses ennemis les plus acharnés. Ils lançaient, presque à haute voix, des paroles empoisonnées par le venin de la haine : « Ne veut-il pas faire le Dieu ? N'est-ce pas le grand-prêtre de l'Être suprèjme? » Lorsqu'aux fêtes lupercales, sous le consulat d'Antoine, l'an de Rome 705, un homme mit une couronne d'or sur le front de César, ce grand politique se hâta de l'ôter; des murmures mêlés aux applaudissements de la foule étaient venus jusqu'à ses oreilles. Robespierre entendit la voix de ses ennemis et les acclamations du peuple ; mais, soit qu'il se crût trop puissant pour redouter ceux qui le poursuivaient de leurs injures, soit que

des ennemis de Robespierre.

les agréables impressions de cette belle journée i7m. l'emportassent sur les froids calculs de la raison, îl ne fit rien pour détourner les soupçons de ceux qui virent dans son attitude et son rôle, le jour de cette cérémonie, le prélude de la dictature. Il eût pu se soustraire à ce rôle qui concentrait sur lui tous les regards de la multitude, et laisser au membre le plus âgé de la Convention le soin de la conduire et de prononcer les discours publics.- Oublieux du péril d'un tel honneur, il continua donc de s'avancer vers le grand bassin du jardin des Tuileries, qui était recouvert de planches, et sur l'emplacement duquel s'élevait un monstre, l'Athéisme, soutenu par un groupe d'autres monstres, l'Ambition, l'Egoïsme, la Discorde et la fausse Simplicité. On lisait sur le front de ces figures ces mots : « Seul espoir de r étranger, n Robespierre s'approcha, un flambeau à la main, et mit le feu au groupe symbolique. Les monstres aussitôt consumés s'écroulèrent, et sur leurs débris apparut la Sagesse au front calme. Mais ceux qui des moindres in- Présages cidents se plaisent à tirer des présages , remarquèrent que la statue de la Sagesse était entièrement noircie par la flamme. Le cœur de ses ennemis se réjouit. Ils dirent que cette sagesse ternie était la sagesse de Robespierre.

Mais rien ne pouvait ce jour-là troubler la joie et la sérénité de ce triomphateur contre lequel allait avec tant de violence se déchaîner la fatalité. Il

funestes.

ii^L, prononça une seconde harangue au peuple, dans laquelle il rendait un solennel hommage au créateur de Tunivers. « Être des Êtres, dit-il en terminant, nous n'avons point à t'adresser d'injustes prières : tu connais les créatures sorties de tes mains; leurs besoins, n'échappent pas plus à tes regards que leurs plus secrètes pensées. La haine de la mauvaise foi et de la tyrannie brûle dans nos cœurs avec l'amour de la justice et de la patrie; notre sang coule pour la cause de l'humanité : voilà notre prière, voilà nos sacrifices , voilà le culte que nous t'offrons. » Les chants de Gossec, les vers de Desorgues, le bruit des tambours et des trompettes résonnèrent. Le peuple se mit en marche sur deux colonnes, les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. 4u milieu se tenaient les représentants du peuple, environnés par l'enfance parée de violettes, l'adolescence de myrte; la virilité de chêne, et la vieillesse de pampres et d'olivier. Un char attelé de taureaux vigoureux portait un trophée des arts et métiers et des produits du sol national. Le cortège prit la direction du Pont-Tournant et passa devant la guillotine qu'on avait dissimulée sous des draperies. C'est de cet horrible objet que Robespierre eût dû approcher sa torche, et non d'un groupe de vaines images. On fit le tour de la statue de la Liberté, et après avoir traversé le pont de la Révolution, on se dirigea vers le Champ-de-Mars, désigné dans le programme sous le nom de Champ-

Dantonnistes à Bobespierre.

de-la-Réunion. Une montagne s'élevait au centre im de ce vaste hippodrome. Le cortège y prit place; Robespierre au sommet, la Convention en quelque sorte à ses pieds. Les chœurs de vieillards et d'adolescents, d'hommes et de femmes, s'élevèrent mélodieux vers le firmament, mêlés aux parfums des fleurs que les jeunes filles jetaient en l'air.

Un roulement de tambours termina la cérémonie injuroides et donna le signal du retour. La haine du groupe des Dantonnistes et des Hébertistes éclata alors avec violence. Robespierre marchait ordinairement d'un pas rapide ; mais dans cette circonstance, il avait hâte sans doute d'échapper aux propos injurieux des représentants qui marchaient derrière lui : fatigué, assombri, il pressait le pas et semblait fuir. Lecointre (de Versailles), Bourdon (de l'Oise), Merlin (de Thionville), le suivaient de près, l'œil en feu, pâles de fureur, et semblaient le poursuivre. Aux acclamations du peuple, ils répondaient par des insultes grossières, des sarcasmes pleins de violence et de brutalité. « 11 n'y a qu'un pas, disait l'un, duCapitoleà la Roche Tarpéienne. » Un représentant dit assez haut pour être entendu : « Je le méprise et je le hais. » Un autre ajouta : c 11 y a encore des Brutus. » Le mot de grand-prêtre lui était lancé comme une injure. « J'aime ta fête, mais toi, je te déteste I » dit Lecointre (de Versailles). Quelquefois leur colère éclatait en cris furieux. Le flot rapide de la Convention et de son chef passa III. fi

us HISTOmB DE SOIXANTE ANS

I7M. comme une vision terrible au milieu du peuple en fête. Robespierre se hâta de rentrer dans Tobscure et paisible demeure des Duplay, mais arrivé au milieu de cette famille d'artisans, qui l'aimait plus qu'un père , son cœur mollit, et il dit avec une tristesse ineffable : « Bientôt vous ne me verrez plus. » Ainsi finit pour lui cette journée, à la fois la plus belle et la plus amère de sa vie.

Vaincre ou périr devint pour Robespierre une nécessité. Son caractère temporisateur, au moins dans Faction, n'était pas fait pour de telles extrémités; mais cette fois le ressentiment l'emportait dans son âme ulcérée sur son indécision. 11 oublia .en ce moment les espérances qu'il avait données à la France épuisée; l'idée de mettre fin à l'effusion du sang s'éloigna de lui ; il abandonna même complétement cette ligne étroite du juste milieu, dont il avait tracé le sillon. Toute pensée de modération fut bannie de son cœur desséché par la haine et Robespierre par l'oi^ucil blcssé. La Terreur était une arme ;

e réfugie dans « . i, ma i

la Terreur, l^iû dy rcnonccr, il eut Youlu en ce moment s'en assurer le monopole. Cet homme, si attaché aux principes et qui s'imaginait alors même ne vivre et ne penser que pour eux, s'aveuglait sur son propre compte. Dans cette période dernière de son existence, Robespierre se laissa emporter par les passions que provoquent la résistance, les rivalités, les blessures d'amour-propre. U manqua de

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flegme et montra les côtés faibles de son ambition. i7m. Ces dernières luttes diminuent singulièrement sa physionomie. Au lieu de renfermer en son cœur le ressentiment des injures qu'il venait de subir, et de poursuivre ses desseins, il se rendit, le lendemain de la fête de TEtre suprême, à la séance du Comité de Salut public, et y laissa éclater sa colère. Ses collègues l'écoutèrent froidement. Billaud-Varennes et CoUot-d'Herbois ne craignirent même pas d'exprimer leur sentiment sur la fête de l'Être suprême, qui, selon eux, avait l'air d'un retour aux coutumes religieuses du passé.

La réplique de Robespierre fut concluante et ter* rible. Pendant son insomnie de la nuit qui venait de s'écouler, il avait mis la dernière main à un projet de décret qu'on peut considérer comme l'acte le plus monstrueux de sa carrière, et c'est là un grave argument contre les historiens qui, transportant jusque dans ces temps déjà reculés l'esprit exclusif des partis, ont voulu laver Robespierre de toute ombre de crime. Nul ne conteste sans doute la pureté de mœurs, l'incorruptibilité de Robespierre, et ses aspirations à la modération; mais dès qu'il eut fait mourir ses amis d'enfance et ses compagnons dans la Révolution, Camille Desmoulins^ Danton, etc., son cœur sembla se fermer aux sentiments humains. La loi sanglante qui est restée dans préparation ah la mémoire des hommes sous le nom maudit de loi JT^'^^^".

iS prainal

du 22 prairial, ne sortit point du cerveau irrité de ptrRobe&pierre.

1^94 Robespierre dans la nuit fiévreuse qu'il passa à se répéter les injures de la journée. Quelques heures ne suffisent pas pour dresser et arrêter le plan d'une loi. Elle était conçue, élaborée depuis plusieurs jours. Il Tavait montrée au seul Couthon. C'est donc à l'époque de sa plus haute puissance et de ses plus grands triomphes que Robespierre avait solitairement forgé cet instrument de mort. Etait-ce par férocité? Non. Rien de plus contraire i la nature des choses, en général, que de chercher dans de pareils mobiles l'explication des faits. L'esprit de réaction peut seul descendre à ces expédients sans profondeur et dénués de philosophie. Le plaisir de chaîner d'une plus grande noirceur de crime le front des chefs de la Révolution, égare les historiens de factions ; ils créent des monstres imaginaires et s'en font des moyens de dialectique.

En voyant avec quelle puissance l'opinion publique avait vibré au mot de clémence lancé par Camille Desmoulins, à celui de modération qu'il avait articulé lui-même, Robespierre efifrayé fit un mouvement en sens contraire. Un homme pur de toute complicité avec le passé, armé d'une grande force matérielle et d'une immense popularité, eût pu seul alors briser le système de la Terreur et gouverner sans cet odieux moyen. Robespierre n'était pas dans cette condition, et nul autour de lui. Aussi disait-il souvent, aux derniers temps de sa vie, avec une conviction profonde : « Tout est perdu ;

il n'y a plus de ressources; je ne vois personne pour sauver la patrie. » Enfermé dans un cercle ^^e^Ro^^"^"' fatal, il se voua donc sans retour aux dieux infernaux. Le jour où il conçut l'idée de la loi du 22 prairial, ce ne fut donc pas seulement dans le but de perdre ses ennemis ; ce fut aussi dans le dessein de créer à son profit un tel moyen de terreur que nul ne pût lui disputer le pouvoir, et que lui pût à son gré poursuivre ses ennemis et les vices, qu'il confondait ensemble, et par la Terreur écraser les terroristes eux-mêmes ; — double sophisme d'un esprit égaré.

Sa conscience trouva sans doute dans le spectacle néacuon dans de ce qui se passait au nord^ à l'ouest et au midi départements. de la France des motifs spécieux pour se donner raison à elle-même. Dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais un représentant du peuple en mission, Joseph Lebon, était devenu l'objet des attaques des modérés. Joseph Lebon avait donné des marques d'aliénation mentale. Des habitants d'Arras, réfugiés à Paris, sollicitèrent son rappel. Guffroy, le rédacteur du Rougi ff, artésien, s'était fait leur avocat. La conduite de Lebon fut examinée; mais le Comité eût craint de paraître faiblir en cédant aux obsessions des plaignants. Ces plaintes, trop légitimes, furent considérées comme un symptôme de réaction. Dans l'Ouest, le mouvement de l'opinion fut plus marqué encore. Â Nantes , Bô et Bourbotte qui avaient remplacé

m HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

I7W. Carrier, trouvèrent la ville en train de mettre à mort les scélérats qui sous leurs prédécesseurs avaient dirigé les fusillades et les noyades. Quoi* qu'Hébertistes tous deux, ces représentants ne purent arrêter le mouvement. Bientôt les Vendéens et les Chouans mirent à profit lés circonstances. Le désordre augmenta. L'assassinat se joignit à la guillotine. Il fallut que B6 et Bourbotte revinssent aux affreux moyens de la Terreur.

Origine Dans le Midi, la réaction alla plus loin encore.

**^ noiT ^ ^^'® ^ ^^ terroriste elle-même et joignit la spéculaetdeiaTeirear tiou au mcurtrc. Une série d'assassinats furent

blanche. . • j> a •

commis aux environs d Avignon , notamment au village de Bédouin , point de réunion de fanatiques, de prêtres réfractaires et de royalistes. Des gens masqués entraient chez les patriotes et les fusillaient : tels furent les débuts de ce qu'on nomma la Terreur blanche. D'un autre côté des hommes cupides se faisaient nommer membres des Comités révolutionnaires, et à Taide de la crainte qu'ils inspiraient, monopolisaient à vil prix l'achat des biens nationaux. Une compagnie occulte où figuraient à la fois des terroristes, les anciens chefs des massacres d'Avignon, Jourdan, dit Coupe<-tête, Rovère, etc., et des hommes d'affaires de personnes nobles, des bourgeois et des paysans, fut constituée et devint le type de ces associations connues sous le nom de bandes noires. Ces bandes firent passer une vaste partie du sol national en des

mains infâmes, et lorsqu'on songe que dans cette 1794. période de soixante années nous verrons, sous deux gouvernements qui n'embrassent pas moins de trente-trois ans, le sol devenir une mesure de capacité politique, on ne devra pas s'étonner de constater l'excessive âpreté de la classe des censitaires pour les intérêts matériels. Une partie de ce corps politique remontant à de telles origines, apportera dans les assemblées électorales et le parlement le signe inférieur de sa naissance.

Un représentant robespierriste, Maignet, fut envoyé dans ces contrées désolées par le crime : les municipalités entravèrent sa recherche des coupables. La situation devint assez grave pour que le commandant du quatrième bataillon de l'Ârdèche, Suchet, depuis maréchal de France, réclamât de la part de Maignet une répression énergique. Les habitants de Bédouin furent sommés d'évacuer leur village qui devait être incendié. Suchet ne brûla que six maisons. Mais l'audace des conspirateurs ne fit que s'accroître et on dut nommer une commission populaire jugeant sur place. Les Co- commission mités de Salut public et de Sûreté générale saisis de la question , sur la proposition de ' l'agent national Payan, nommèrent une Commission de cinq membres, lui tracèrent un règlement, dont la rédaction fut confiée à Robespierre. Les Comités n'avaient pas le droit de créer des tribunaux et de leur donner une forme spéciale. Le règlement de

populaire d'Orange.

iU HISTOIRE DE SOIXANTE ANS

1794. ce tribunal supprimait l'instruction, les jurés^ lei^ plaidoiries. Tout se résumait dans la conscience du juge. Camot et Billaud-Yarennes signèrent avec Couthon ce programme qui fut mis à exécution immédiatement, et ratifié huit jours après seulement par la Convention (1). Trois cents coupables sur douze mille suspects furents frappés. On mit le reste en liberté.

Robespierre, dans les méditations ef&ayantes de ces derniers temps de sa vie, conçut une idée folle, horrible, l'idée d'appliquer à un grand pays comme la France ce qui venait d'être mis en pratique, presque militairement, sur un coin du territoire en révolte ouverte contre la loi. Dans l'imagination de cet homme, qui n'avait ni instinct militaire, ni sentiment de l'action, la dictature ne pouvait être que judiciaire, et l'arma du dictateur que la guillotine. Grâce à cette forme il put même se déguiser à luimême son attentat contre la liberté, et se persuader qu'il continuait l'application de ses théories sur la justice et non pas qu'il marchait à la tyrannie. Il reprit en sousKBuvre sa première rédaction des instructions données à la Commission populaire d'Orange, les revit, les augmenta, et en fit un pro-

Loidu jet de loi complet, la loi du 22 prairial. D'après ce projet de loi, le tribunal révolutionnaire devait se composer d'un président, de trois vice-présidents,

(4) Séance du 40 juin 4794.

SS prairial.

d'un accusateur public, de quatre substituts, de im. douze juges, de cinquante jurés. Le tribunal se divisait par sections de douze membres. Il était institué pour punir les ennemis du peuple. Etaient réputés tels les individus qui cherchaient à anéantir la liberté publique par la force ou par la ruse ; ceux qui provoquaient le rétablissement de la royauté, l'avilissement de la Convention ; les fonctionnaires civils et militaires traîtres à la République; ceux qui faisaient manquer les approvisionnements, ceux qui favorisaient les conspirateurs, calomniaient le patriotisme, appliquaient faussement les principes de la Révolution, inspiraient le découragement, répandaient de fausses nouvelles, égaraient Topinion, dépravaient les mœurs, etc., etc. La peine portée contre tous ces délits était la mort. Toute preuve était bonne ; tout citoyen pouvait saisir et traduire qui bon lui semblait devant les magistrats ; son devoir était de dénoncer les contrerévolutionnaires. L'interrogatoire préalable était supprimé. Une preuve morale suffisait pour qu'on éliminât les témoins. Les dépositions écrites n'étaient plus reçues qu'exceptionnellement. Le droit imprescriptible de se faire défendre était même enlevé aux accusés.

Tel était ce projet de loi, vague comme l'infini et pareil à un incommensurable abîme dans lequel on eût au besoin précipité la France entière. Quand Robespierre, aux reproches de modéran-

dois prairial ftit PceuTre

it6 mSTOIRE DE SOIXANTE ANS

1794. tisme que loi adressaient Billaud-Varannes et Collot-d'Herbois à propos de la fête de TÉtre suprême, répondit par la proposition de ce chefd'œuvre de la Terreur, ils se sentirent menacés, mais n'osèrent pas le rejeter. On convint même de

La loi le présenter le lendemain à la Convention. Les Comités n'avaient pas été consultés. On les avait iapenonneiie fonués dc la préparation de la loi, rien de plus; et

de RobespieiTe. . . . . ^ , . . i ,

les cmquante jures nommes, amsi que les membres du tribunal, dans le projet de loi, le furent tous par Robespierre , qui repoussa même vingt candidats des Comités. La loi fut donc absolument son œuvre et le tribunal son instrument. Fouquier-Tinville parut pourtant effrayé de la suppression des interrogatoires préalables et des défenseurs. La réduction des jurés à neuf et sept par séance le troublait. Il fit des démarches près des Comités. On l'éccmduisit. Le Comité de Surveillance, ou du moins ceux de ses membres qui étaient les ennemis les plus ardents de Robespierre, manifestèrent un sentiment d'opposition contre la loi, la déclarèrent impraticable.

Couthon n'^i parut pas moins le lendemain, 1 juin (23 prairial), à la tribune de la Convention, le projet de décret à la main. L'Assemblée frémit à la lecture des dispositions dont on a donné plus haut le résumé. Les représentants du peuple ne voyant aucune garantie stipulée en leur faveur, comprirent qu'ils seraient les premiers frappés. Ceux qui se sentaient menacés par l'animad version

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