‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 104 sur 119 · LIVRE xxvri · texte numérisé non relu

LIVRE xxvri

Arrestation de

majorité du Directoire se défendit en torturant un texte de loi datant de la Convention, et fit arrêter onze journalistes. Une explication entre les modérés, les politiques et les patriotes suivit ce petit coup d'État. Elle eut lieu chez Barras, et demeura sans résultat. Jourdan proposa, pour trancher les difficultés de la situation, de déclarer la patrie en danger. Bernadette soutenait cette proposition, appuyée des patriotes et combattue des chefs du parti modéré, parmi lesquels figuraient Lucien Bonaparte et Boulay ^nze joi^nausie^ (de la Meurthe). La majorité du Directoire essaya de renverser Bernadette, et, prenant texte de son désir de commander une armée, feignît de regarder ce désir comme l'offre de sa démission. Il lui en fut donné acte par lettre. Bernadette, indigné, demanda sa retraite. Gohier et Moulins protestèrent, déclarant qu'ils étaient absents quand la majorité du Directoire avait pris une si grave décision. La démission de Bernadette ne fut pas moins maintenue, et le conseil des Cinq-Cents écarta la proposition de Jourdan. On appela Dubois-Crancé au ministère de la guerre, à la place de Bernadette.

Pour sortir d'une telle confusion, Sieyès déclarait à qui voulait l'entendre qu'il ne fallait plus de bavards, qu'il fallait une tête et une épée. Le nom de Bonaparte était au fond de tous les esprits. On prétend, mais le fait est resté contestable, qu'une lettre de rappel lui fut adressée par le Directoire. Il est certain que l'anarchie au dedans et nos désastres à

Intrigues

et modifications

ministérielles.

La France

se souvient

de Bonaparte.

564 UrSTOIRE OE SOIXANTE AXS

1799. l'exlériour expliqueraient suffisamment cette démarche. Il n*est pas moins vrai que la France entière, excédée d*une si longue suite de mauvais gouvernements et des souffrances qu'ils engendraient, répétait d'une voix unanime : « Ouest Bonaparte? » Avant de partir pour l'Egypte, à ceux qui lui conseillaient de monter à cheval et de s'emparer du pouvoir; Bonaparte avait, dit-on, répondu : « La France n'est pas encore assez malheureuse, la poire n'est pas mûre. » Hélas! elle ne l'était que trop en 1799. Lo fruit pourrissait sur l'arbre, et l'invasion arrivait, prête à le dévorer. La fin de la campagne de 1 799 fut cependant moins désastreuse que le commencement. Tandis que l'archiduc Charles marchait sur le Rhin, Souvarow marchait sur la Suisse. Il y rencontra

'''" Masséna et cette pléiade de généraux illustres qui

ôo la campagne '■ " ^

«le r99. combattirent sous ses ordres : Mortier, Soult, Oudinot, Molitor, Lecourbe, Foy, Humbert, etc. L'ennemi espérait se concentrer en Suisse : Souvarow avec dixhuit mille hommes, Hotze avec vingt-cinq, Gortschakoff avec trente. Une attaque générale contre laFrance devait suivre ces opérations. Mais Gortschakoff, poussé dans Zurich, enfermé en quelque sorte par Masséna, fut écrasé par les Français et perdit la moitié de son armée. Hotze ne fut pas plus heureux. Il perdit la vie et trois mille hommes sur la Lint. Souvarow, en arrivant, comptait trouver soixante mille hommes; ils avaient rétrogradé bien au delà de la ligne du Rhin. En arrivant au Saint-Gothard, il fut reçu par la

Défuitc Je Suuwaroff

UYUi: XXYir 505

dÎNision Lccourbe, qui lui tua beaucoup tic monde, nao. batlit ensuite en retraite, rompit le pont du diable et décima jusqu'à Allorf celte armée inbabile à la guerre des montagnes. Après une suite de combats livrés dans les rochers et parmi des routes semées d'abîmes, Souvarow malgré, son orgueil sauvage, put à peine se sauver avec dix mille hommes qui lui «t dos restaient, maudissant les Autrichiens et rompant le pacte de la coaHtion. Masséna, que Napoléon nommait en Italie Venfant chéri de la victoire^ reçut le nom d'invincible. Il avait conquis une palme immortelle. Mas.cna La patrie, sauvée de l'invasion par cette campagne sauve la Fiance. éclatante el imprévue, conservera éternellement dans son cœur le nom de Masséna. La fortune sourit encore à nos drapeaux. Brune en Hollande avait forcé les Anglo-Russes à capituler. Ils évacuèrent la Hollande et nousrendirentsans échange huit mille prisonniers. Sans doute nous n'en étions plus au lendemain de Campo-Formio; mais les périls qui nous menaçaient au midi n'étaient rien en comparaison de ceux auxquels nous venions d'échapper.

Cependant Bonaparte, qu'appelaient si ardemment les vœux de la France, ne revenait pas. On ne savait ni ce qu'il faisait, ni l'époque de son retour. Sa femme, ses parents, ses amis, lui écrivaient et ne recevaient nulle réponse. La i^éalilé est qu'aucune Expédition

^ ^ de Uoiiaparlc

de ces lettres ne lui était parvenue. A son retour de ®" ^^"®l'expédition scientifique de Suez, il apprit que Djedzzar, pacha de Syrie, avait pousbé son avant-garde

Prise d'EI-Aiisth

366 IIISTomK l)E SOIXANTE ANî>

170». jusqu'au fort d'EI-Arisch, aux frontières d'Egypte. 11 décida aussitôt l'expédition de Syrie. Un régiment de dromadaires fut immédiatement formé. Régnier, qui commandait l'avant-garde, se trouva bientôt devant El -Ârisch, défit les mameluks et s'empara de la ville. Le lendemain, Bonaparte arrivait et en deux jours, forçait le château à capituler. Après soixante lieues de marche dans le désert, nos troupes arrivèrent en Syrie, chassèrent les Turcs et les Arabes de Gaza, et arrivèrent le 7 mars devant Jaffa. La ville, fortifiée de

et de juiTa. [Qurs ct d'épaisscs murailles, étaitdéfendue par quatre mille soldats, dont douze cents artilleurs turcs. Le commandant, sommé de se rendre, fit trancher la tête au parlementaire. La ville fut prise d'assaut et livrée à trente heures de pillage. Tout ce qui résistait fut tué; et Bonaparte, qui avait reçu des Arabes le nom de sultan de /fei/, montra, parune barbarie qui n'était pas dans son caractère, qu'il commençait à subir l'influence politique et militaire de l'Orient. Il fit passer

j.a pcbic. au fil de répée plusieurs milliers de prisonniers qu'il ne pouvait envoyer en Egypte. Mais sur ce terrain tout devait prendre un caractère biblique. La peste vengea les victimes de celte immolation. Djedzzar s'était réfugié à Saint-Jean d'Acre, autrefois Ptolémaïs, avec le gros de ses troupes. Il attendait l'arrivée de l'armée turque par Damas, et par mer les navires de Sidney-Smith. Bonaparte essaya d'enlever la place. Il manquait d'artillerie de siège. Les Anglais avaient pris les navires qui la transportaient.

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t'aule de boulels, on fut obligé de ramasser eeux de ^-gy rcnncmi. La tranchée, la mine, restèrent impuissantes à nous ouvrir la ville. L'armée turque approchait. Pendant qu'on poursuivait le siège, Kléber marcha à sa rencontre. Junot, avec cinq cents hommes formés en carré, inquiéta la marche de Tennemi. Djedzzar, instruit de l'arrivée des Turcs, voulut faire une sortie. Bonaparte Técrasa et, prenant aussitôt trois mille hommes, marcha au secours de Kléber, qui, avec trois mille soldats de ligne, venait de livrer bataille devant le mont Thabor à l'armée turque, forte de vingt-cinq mille hommes, dont douze mille cavaliei's. Kléber avait formé sa division en carré, et avec ce sang-froid des vieilles troupes de la République, il attendait Tennemi et le foudroyait à bout portant. Baïuiiie

couvrit pendant six heures la terre de morts et de blessés. Mais il eût à la fin succombé sous le nombre, quand Bonaparte, paraissant aux défilés du mont Thabor, forma silencieusement sa division en deux carrés, enveloppa l'armée ennemie dans un triangle, et commença le feu. L'armée turque fut broyée. Murât poursuivit le sabre aux reins les débris qui fuyaient aux rives du Jourdain. Quatre cents cha* meaux et un butin considérable restèrent aux mains, de nos soldats.

Au retour de Bonaparte devant Saint- Jean d'Acre, sié^e on signala, le 18 floréal (7 mai), l'arrivée d'une es- saimJn d'Acre. cadre, conduite par Sidney-Smith, qui amenait aux assiégés douze mille hommes de renfort. Le débar-

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LIVhE XXVII

Bey et les mameluks. Murât courut à sa rencontre \w. et le rejeta dans le désert. Marmont, qui occupait Alexandrie, ne se sentit pas de force à empêcher le débarquement. Mais Bonaparte arrivait à marche forcée, ordonnant à ses lieutenants de se concentrer entre Alexandrie et Aboukir. Cette bataille fut une des plus terribles dont Thistoire ait gardé la mémoire. Lannes, Murât, Destaing, exécutèrent avec tant d'intelligence et de valeur le plan de bataille de Bonaparte, que douze mille Turcs furent noyés dans Baunie dA -oukir les flots de la rade où avait péri notre flotte. Trois mille autres moururent sur le champ de bataille. L'armée fut entièrement détruite. Murât, blessé, peu grièvement d'ailleurs, par Mustapha-Pacha, le fit prisonnier. Kléber arriva vers la nuit, et, transporté d'admiration, il serra Bonaparte sur sa poitrine en s'écriant : « Général, vous êtes grand comme le monde! » Bonaparte rentra triomphalement dans Alexandrie. Ayant fait en Afrique et en Asie tout ce qu'il pouvait faire avec une armée réduite à vingtcinq mille hommes, sa pensée se reporta avec plus de persistance vers la France.

Une circonstance imprévue vint tout à coup lui apporter la nouvelle de la déplorable situation politique et militaire dans laquelle était tombée la patrie depuis l'époque de son départ. Ce fut Sidney-Smith qui, dans une intention perfide, joua dans cette circonstance le rôle de la Providence. Il remit à un parlementaire envoyé par Bonaparte à la flotte turque

Bonaparte

apprend

la situation de

la France.

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