‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 107 sur 119 · LIVRE XXYll · texte numérisé non relu

LIVRE XXYll

des nouvelles d'Europe m'ont décidé à partir pour 1799. la France ; je laisse le commandement de Tarméé au général Kléber : Tarmée aura bientôt de mes nouvelles ; je ne puis en dire davantage. Il me coûte de quitter des soldats auxquels je suis le plus attaché, mais ce ne sera que momentanément, et ie généra) que je vous laisse a la confîance du gouvernement et la mienne. » Cette résolution subite de Bonaparte et • ce départ secret ont été sévèrement jugés. La postérité plus impartiale ne verra dans le départ de Bonaparte ni une désertion, ni un lâche abandon de son armée. Les périls qu'il allait affronter étaient plus grands q^ue ceux qu'il laissait derrière lui. Quant au reproche d'abandon, c'est faire bien peu de cas de la dignité humaine que de supposer qu'un homme aussi grand qu'il puisse être soit indispensable à vingt-cinq mille de ses semblables. Un père de famille est plus indispensable au foyer qu'un grand homme ne l'est à une nation. Et quand le père de famille lui-même est enlevé à sa maison, la force des choses pourvoit au classement des existences individuelles. Cependant le navire qui portait le plus grand capitaine des temps modernes et ses hautes destinées s'avançait, guidé par la fortune, sur cette mer couverte de vaisseaux anglais. Un moment le calme sembla l'enchaîner aux contrées de l'Orient. Une voile anglaise apparut dans la direction d'Alexan- connauee drie. Les officiers qui accompagnaient Bonaparte ,J,";i;tt^^^^ frémirent. c< Ne craignez rien, leur dit-il avec ce ^^ài^nnéxi.

iToo. calme et cette confiance qui lui donnait tant d*erti* pire sur les hommes, la forlunp ne nous trahii^ pas; Nous arriverons en dépit des Anglais. )!> Pendant trente-trois jours, en effet, il navigua malgré le^ vents contraires. De temps en lemps on apercèvaîl des voiles anglaises qu'il fallait éviter. Pendant cMè traversée, le regard de Bonaparte se portait tour à tour vers les contrées qu'il venait de quitter et vers" là France qu'il lui lardait de revoir. Il lisait, dîi-dit,la Bible et le Coran, comme s'il eût voulu cherbhèr dah§ ces deux livres, sources de deux civilisations, des priil^ cipes pour gouverner la patrie qu'il aspirait soumettre à ses lois.

Il eût voulu débarquer en Languedoc, le vent le jeta vers cette île de Corse où il avait reçu le jour. L'insulaire ainsi ramené vers son humble bèrcéao do loni aite P"^ ^" qucIquc sortc mesurer les gigantesques étapes encor^e. Je SOU héroïquc carrière, et, par le chemin qu'il avait fait, prendre confiance en lui-même pour celui qui loi restait à faire. Les vents contraires le retinrent pendant sept jours à Ajaccio. Il les employa â s'éclairer sur la situation de la France et de l'Europe. Il partit le 8 octobre, se dirigeant sur Toulon. A fa fib du jour, en approchant des côtefe de France, un spe'étacle inattendu, effrayant, frappa les regards de là flottîïlè, trente voiles anglaises apparurent distinctes êl blanches dans la pourpre du couchant. Gauthèaume épouvanté voulut retourner en Corse. «Noii, lui dit Bonaparte, cette manœuvre nous conduirait eu An-

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