LIVRE XXVil
gleterre, et je veux arriver en France. » La nuit cou- i"9o. vrit bientôt la mer de ses ombrés, et le lendemain, 7 vendémiaire' an Vlfl (9 octobre 1799), aux pre* miers rayons de Taube, les quatre navires partis d'Alexandrie entraient d/ins le golfe Juan. Avant que Bonaparte Bonaparte eût franchi le port de Fréjus, ta mer s'était couverte de canots. La multitude envahit les navires, et les lois sanitaires furent violées; avec un enthousiasme impossibleà dépeindre, les populations se précipitaient au-devant de Bonaparte TÉgyptien. Deux mobiles irrésistibles entraînaient vers lui la multitude : le merveilleux et l'intérêt. Chez les populations expansives du Midi, alors menacées par l'Autriche, la joie tint du délire. En quelques heures la France connut par le télégraphe le retour de celui qu'on nommait le sauveur^ le vengeur. La France entière illumina; tous ses tambours battirent; toutes ses cloches sonnèrent. On cite un député qui mourut de joie. Dans les rues on s'embrassait. Dans les théâtres on jouait le Retour du héros. Dans les villes et les campagnes on improvisait des fêtes. Le Directoire, qui songeait à organiser une journée, et, qui à défaut de Joubert, mort à Novi, jetait les yeux sur Moreau, reçut de ce général la réponse suivante : «Vous n'avez plus besoin de moi, voilà l'homme qu'il vous faut pour un mouvement ; adressez-vous à lui. »
Avec sa rapidité ordinaire et avec le mystère Bonaparte qu'il aim<piit à mettre dans ses actes, Bonaparte tra- *'^"j®p"^^^"'^^ v^r$a Ai;x, Avignon, Valence, Lyon, et, trompant ses
Entrevue de Bonaparte
et dos Directeurs.
courriers, il évita la rencontre de madame Bonaparte, de ses frères et de ses amis, qui étaient allés au-devant de lui par la route de Bourgogne. Il arriva incognito le 16 octobre à sept heures du matin dans son petit hôtel de la rue de la Victoire. Les directeurs, pleins de trouble, d'inquiétude et de jalousie, Tattendaient. Ib le virent arriver le soir même au Lutem^' bourg, accompagné de Monge. La garde l'ayant reconnu, l'avait salué du cri de : « Vive Bonaparte! » Gohier, qui présidait le Directoire, le reçut. L'entrevtie fut caractéristique. « Les nouvelles qui nous sont parvenues en Egypte, dit Bonaparte, étaient, tellement alarmantes, que je n'ai pas balancé à quitter mon armée pour venir partager vos périls. — Général, ils étaient grands, répliqua Gohier, mais nous en sommes glorieusement sortis. Vous arrivez à propos pour célébrer avec nous les nombreux triomphes de vos compagnons d'armes et nous consoler de la perte du jeune guerrier qui, près de vous, apprit à combattre et à vaincre. » L'audience ofiGcielle eut lieu le lendemain. Bonaparte prêta le serment militaire de fidélité à la République. Malgré les excitations de son triomphe populaire, Bonaparte se retira dans une solitude relative, à laquelle il donna pour prétexte l'état de sa santé affaiblie, disait-il, par son séjour en Egypte. En réalité, il voulait éviter d'entrer dans aucune des intrigues du Directoire, sonder le terrain, reconnaître ses vrais partisans. Il ne fréquentait, en apparence, que des amis, des savants et des. gens.de