‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 11 sur 119 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

un. chant dont les deux derniers vers étaient ainsj no4 conçus :

Ni culte, ni prêtre, ni roi.

Car la noa^elle Èie, c'est toi.

La nouvelle jÈve devait régénérer le genre humain en réduisant Thumanité à cent quarante mille élus de son choix. Une lettre, écrite sans doute par la Colombe et la Chanteuse j fut trouvée sur dom Gcrle. C'était une invitation à déjeuner qui peut donner une idée du ton qui régnait entre les affiliés., ce Gerle, cher fils Gerle, chéri de Dieu, digne amour du Seigneur. C*est sur ta tête, sur ce front paisible où doit être posé lediadème digne de ta candeur. Vis à jamais, cher frère, dans le cœur de tes deux petites sœurs; elles t'engagent à venir déjeuner avec elles demain, jour de décadi, sur les neuf heures et demie, ni plus tôt, ni plus tard; mille choses agréables au cher fils de la part de ses deux colombes. » L'espion qui dénonça et arrêta la mère de Dieu et ses affiliés, trouva dans le galetas des images symboliques, des livres de magie, des amulettes, des prières cabalistiques. Vadier, aidé de Barrère, avait rédigé le rapport du Comité de sûreté générale à la Convention; ils mentionnèrent aussi un portrait de Ma rie- Antoinette et des lettres contre-révolutionnaires, sans signatures, datées de Londres. Parmi ces lettres il s'en trouvait une de la mère de Dieu à Robespierre, qu'elle qualifiait de Verbe divin, de Rédempteur, de fds de l'Être

nî«i. suprême. Cette lettre fut sans doule fabriquée par les espions qui s'étaient fait affilier aux mystères de la mère de Dieu^ car Catherine Théot ne savait pas écrire. On impliqua dans Taffaire un certain Quesvremont, dit Lamotle, ex-médecin du duc d'Orléans, une marquise de Chastenois. Sans se soucier de Tinvraiscmblance d'un pareil tissu de mensonges et de sottises, Barrère et Vadier rattachèrent à l'affaire de Catherine Théot la découverte d'un portrait en pied du jeune Louis XVIl, que des commissaires du Comité de sûreté générale découvrirent derrière un lit, au palais de Saint-Cloud. Le génie malicieux et perfide qui présida à la rédaction du rapport éclate jusque dans un infime détail : Barrère avait falsifié l'orthographe du nom de Catherine Théot, qu'il nomma Catherine TheoSj ajoutant : « On sait que le mot grec theos signifie divinité. »

Vadier lut gravement à la Convention ce pamphlet destiné à ridiculiser Robespierre. Un rire violent l'interrompait fréquemment. La perfidie était comprise. On se vengeait par ce rire implacable, qui fut pour celui auquel il s'adressait le premier avertissement de la mort. Quand Vadier parla des sept baisers que la mèredeDieUj donnait aux nouveaux élus du verbe divin (Robespierre) qu'elle devait enfanter, les rires augmentèrent. Robespierre souffrait, ne pouvait rien dire. Mais, quand on eut voté l'impression du rapport de Vadier et l'envoi aux communes et aux armées de la République, il se rendit au Comité de sialut

du rapport de Vadicr.

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