‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 110 sur 119 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

Bonaparte avait eu un moment la pensée d'entrer au itw. Directoire. Il fixa sur Barras son regard noir et profond et se retira sans prononcer un mot.. A dater de ce jour, sa résolution ftu prise de s*allier avecSieyès. Rœderer, Lucien et Cabanis se chargèrent des négociations. Elles furent longues et délicates, selon Texpression de Joséphine. Sieyès était la bête noire de Bonaparte, qui détestait en lui le philosophe, Tidéologue et surtout l'orgueilleux qui se croyait le premier homme de la République. « Si vous n'y prenez garde, avait dit Bonaparte à Gohier, ce prêtre artificieux vous livrera à l'étranger. » L'aversion était réciproque. Le prêtre détestait celui qu'il nommait

« un petit insolent qu'on aurait dû faire fusiller pour avoir quitté son armée. » Sieyès comprenait d'ail- de sieyès leurs que le coup d'État devenu indispensable était «^^ ^»« ï*«"«p»^'« impossible sans Bonaparte. Trop perspicace pour se dissimuler absolument le rôle subalterne que lui réservait l'avenir, caressant peut-être les dernières espérances que pouvaient lui suggérer les préoccupations militaires du héros de l'Italie et de l'Egypte, il se résigna à cette indispensable alliance. Fouché, désolé de la maladresse de Barras, essaya de réparer le mal, et celui-ci, comprenant trop tard sa légèreté, courut offrir ses services à Bonaparte. L'accueil qu'il en reçut lui montra qu'il était réellement usé, comme il l'avait dit lui-même. Fouché, précieux par sa position au ministère de la police, et trop lâche pour reculer devant aucune bassesse, sut rester en grâce.

1799. A mesure que le moment du coup d'État appro-

chait, Bonaparte redoublait d'apparente indifférence, de dégoût pour les hommes et les affaires, et se plaignait deTétat de sa santé, qui devait, disait-il, robliger de quitter Paris. Il tenait ainsi ses partisans* douteux en suspens. Comme Henri IV aspirant au trône, il enveloppait sa pensée d'un triple Toile. Cependant le coup d'État était mûr et le rôle de ses chefs militaires et civils commençait à se dessiner. Fouché pressait l'exécution. Le public pressentait les événements et s'étonnait que Bonaparte fût de retour' depuis quinzejours sans que le vengeur eût accompli la mission que la France attendait évidemment de

Banquet offert *

par les Comités lui . Lc 1 5 brumairc, les conseils offrirent un banquet

général Bonparto à Bonapartc dans l'église Saint-Sulpice, alors décorée st*int-stnp^. du titre de temple de la Victoire. Ce fut le dernier banquet de la République, et les conseils et le Directoire y assistèrent mornes comme à des funérailles, non par amour de la République et du Directoire, mais parce que la préoccupation Je l'avenir serrait les cœurs. Plus sombre que tous les convives, Bonaparte ne toucha à aucun mets. Un de ses aides de camp lui apporta un petit pain et une bouteille de vin. Il remplit son verre et porta un toast à Tunion de tous les Français. Ces hommes sentaient un maître, mais n'étaient pas encore devenus courtisans. Quelle que soit la lassitude des esprits, on ne passe pas de la République à la souveraineté individuelle sans qu'un sentiment ne tienne l'âme en suspens par la

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