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conscience d*une sorte d*abdication. Les convives i^ restèrent froids et silencieux. Bonaparte, suivi de Berlhier, fit le tour des tables, et, comme s'il eût sondé la secrète pensée de cette assemblée, il adressa à chacun de ceux qu'il connaissait des paroles gracieuses et se retira.
Il se rendit ensuite chez Sieyès, avec lequel il arrêta les dernières dispositions du complot. Il fut décidé que le Directoire serait remplacé par le Consulat et exercé par trois consuls : Bonaparte, Sieyès et Roger- Ducos. Les conseils seraient suspendus pendant alIpTsu^^^ trois mois, nécessaires aux dictateurs pour élaborer ^^^ conjuré-. une Constitution. Toutes les fois qu'il est question d'un coup d'État, le parti avancé devient à la fois la victime et le prétexte des mesures administratives et militaires indispensables à la réussite de la conjuration. On fit courir le bruit que les Jacobins méditaient une insurrection. Sieyès, tout-puissant au Conseil des Anciens, devait s'appuyer sur ces considérations pour obtenir un décret, qui vu le péril de la patrie, transférât le Corps législatif à Saini-Cloud sous la garde du général Bonaparte, investi du commandement de la force armée. Le coup d'État fut fixé au 18 brumaire (9 novembre). En attendant, M. de Talleyrand, assisté de MM. Rœderer, Kéal, Regnault de Saint-Jean d'Angely et Ârnault, préparèrent les proclamations, discours, placards, pamphlets, chansons populaires et autres moyens à l'aide desquels on. excite la multitude et l'on parvient quelquefois à
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1799. lui faire croire qu'une révolution s'est accomplie par sa propre initiative. Fouché favorisa ces manœuvres avec la prudence cauteleuse qui le caractérisait. Sieyès ne négligea rien de son côté pour gagner le suffrage du Conseil des Anciens.
Bonaparte considérait ces préparatifs avec le dédain d'un chef d'armée sûr de ses généraux et de ses soldats. Le secret fut d'ailleurs assez bien gardé pour que Barras, Gohier et Moulins ne pussent se mettre du isTumaire. ^u tncsurc dc résistcr ou de devancer la conspiration.
Cependant Dubois-Crancé, ministre de la guerre, informé du mouvement d'opinion qui se préparait dans les casernes en faveur de Bonaparte, donna l'alarme à la majorité du Directoire. Il offrit d'arrêter le général le 18 brumaire. Fouché rassurait les directeurs; ils refusèrent l'offre de Dubôis-Crancé. Celui*ci consigna les troupes dans leurs casernes; mais les officiers de la garde nationale et de Tarmée, convoqués rue delà Victoire, à six heures du matin, le 1 8 brumaire, n'en furent pas moins exacts au rendezvous. La cour et les salons de l'hôtel du général Bonaparte étaient encombrés. Tous n'étaient pas venus dans les mêmes sentiments. Quelques-uns, étonnési^t irrités de voir les ordres du ministre de la guerre ouvertement enfreints, venaient demander des explications à Bonaparte. Le général Lefebvre arriva fort irrité. Mais Bonaparte le calma d'un mot, le traitant de rt colonne de la République» et l'invitant à l'aider à délivrer la France des avocats. <« Les a vocatif,
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répliqua Lefebvre^ oui, il faul les chasser. Vous pou* nsa vez compter sur moi. r> BeruadoUe vint on habit de ville, prédit à Bonaparte qu'il ne réussirait pas. a Je vais ailleurs, dit-il, où peut-être je suis destiné à vous sauver. » Cet homme d'un esprit si audacieux et si perspicace se trompait. Le nombre des généraux qui venaient se grouper autour de Bonaparte augmentait de moment en moment. Moreau, Macdonald, Beurnonville, Serrurier, Bessières, Lannes, Mural, Marmont, Berlhier, Tentouraient. On délibérait pendant ce temps au Conseil des Anciens, convoqué la veille par les soins de Sieyès, qui avait eu la précaution de ne pas faire adresser de lettres à ceux de ses ,.. . , ^
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collègues qu'il jugeait hostiles au coup d'Etat. La •'«* Anciens.
^ Dccret
séance fut ouverte a sept heures, et presque sur-le- qui transfère champ on vota un décret qui transférait le Corps lé- Vsll^t-ciiur . gislatif à Saint-Cloud et chargeait de Texécutionde ce • décret le général Bonaparte. Les troupes de la garde nationale et de la ligne étaient en conséquence placées sous ses ordres. Une proclamation suivait ce décret, engageait le peuple au calme et rendait hommage à sa souveraineté. Les députés Cornet et Baraillon vinrent à huit heures apporter ces précieuses pièces au général Bonaparte. Le général descendit alors dans la cour, et, annonçant aux officiers qui Tentouraient le décret qui l'investissait du commandement, il fit appel à leur dévouement. Tous tirèrent leurs épées et lui jurèrent obéissance. Bonaparte ordonna ensuite aux quarante-huit adjudants
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Di>coiir!i
de Bonaparlu
au Conseil
des Anciens.
de battre la générale et de publier le décret. Il monta immédiatement à cheval, et, suivi d'un état-major considérable et des dragons du colonel Sébastiani, il partit pour le palais des Tuileries, ^acclamé à son passage par le peuple et les soldats. À dix heures on l'introduisit dans la salle des séances, et lorsque, sur Tordre du président, il lui eut été donné lecture du décret, Bonaparte s'exprima ainsi : « Citoyens représentants, dit-il en paraissant dans l'assemblée, la République périssait ; vous l'avez vu, et votre décret vient de la sauver. Malheur à ceux qui voudraient le trouble et le désordre! je les arrêterai, aidé des généraux Berthier, Lefebvre, et de tous mes compagnons d'armes. Qu'on ne cherche pas dansle passé des exemples qui pourraient retarder votre marche ; rien dans l'histoire ne ressemble à la fin du dix-huitième siècle ; rien dans le dix-huitième siècle ne ressemble au moment actuel. Votre sagesse a rendu ce décret; nos bras sauront l'exécuter. Nous voulons une république fondée sur la vraie liberté civile, sur la représentation nationale. Nous l'aurons, je le jure, je le jure en mon nom et en celui de mes compagnons d'armes. »
Dans ce discours, Bonaparte eut soin d'éluder le serment légal de fidélité à la Constitution de l'an ÏÏI. Garât en fit l'observation. Mais déjà Bonaparte et s6n état-major étaient installés dans la salle des inspecteurs.
Bonaparte remonta bientôt à cheval et passa là re-