‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 114 sur 119 · LIVRE XXYIJ · texte numérisé non relu

LIVRE XXYIJ

leva, et dit: « Jurons fidélité à la Consliiution.» Le cri de : «Vive la République ! » retentit une fois encore. On demanda Tappel nominal. Les Anciens, moins agités, votèrent néanmoins, malgré là présence de Sieyès, le remplacement des directeurs, dont on venait faussement d'annoncer la démission. Le danger fut tel pour Bonaparte qu'Augereau, le croyant perdu, Taborda en costume de ville et lui dit : a Te voilà dans une fâcheuse position. » Bonaparte lui répondit avec calm^ : « Souviens-toi d'Ârcole. » Et, traversant le salon de Mars suivi de son état-major, il entra résolument à la barre du Conseil des Anciens. Sa face était troublée, irritée. Il parla par phrases entrecoupées, souvent inachevées, tantôt avec amertume, tantôt d'un ton menaçant. Ses adversaires l'interrompaient. Mais les interruptions , lorsqu'elles n'étouffent pas la voix d'un orateur, ne font qu'exciter sa verve. Le général n'était point doué de l'éloquence publique ; mais ses répliques offraient presque toujours un inimitable caractère de grandeur.

« Représenlants du peuple, dit-il, vous n'êtes point dans des circonstances ordinaires ; vous êtes sur un volcan. Permettez-moi de vous parler avec la franchise du soldat, avec celle d'un citoyen zélé pour le bien de son pays... On parle d'un nouveau César, d'un nouveau Cromwell ; on répand que je veux établir un gouvernement militaire... Représentants du peuple, si j'avais voulu supprimer la liberté de mon pays, si j'avais voulu usurper l'autorité suprême, je

Bonaparle

se rend au Conseil

des Anciens.

Discours de Bonaparte.

enlèvent Bonaparte.

1799. et suivi de quelques généraux. L'assemblée entière

se leva. Indignée, furieuse, elle faisait entendre ces

cris : « Des baïonnettes I des sabres ici ! qu'est-ce que

de fii^naparie ccla? Hors la loi le dictateur} y> Les plus irrités s'é-

deî"cta^'^nu *®î®^* élancés vers Bonaparte : a Que feites-vous,

Menaces fnrieases téméraire ! s'écrfa Digonnet. — Est-ce pour cela que

desdépntés. . , ? ri

Les grenadiers tu as vaiucu? » lui dit Dostrem; Oti I'ei!iitouraiit, on le poussait; quelques-uns Tâvàient saisi an collet. On prétend même qu'un poignard fut dirigé contre son sein ; mais le fait est resté démenti. Cabanis, Boulay (de la Meurthe), Ghazal, Gandin, Luden et les principaux chefs du complot sont atterrés. « Sauvons le général! » s'écrient les grenadiers. Léfébvre vient à leur aide. Ils enlèvent Bonaparte et s'éloignent.

Hors de la salle, Bonaparte donna aussitôt Tordre aux grenadiers d'amener son frère. Lucien essayait de justifier Bonaparte ; mails comme les interruptions et les cris couvraient sa voix, il déposa sa loque, sa toge et son écharpe, et se replia vers les grenadiers, qui l'emmenèrent au nom du général. Le Conseil des Cinq-Cents n'avait plus de président. Cependant Bonaparte était fortement impressionné de l'espèce de lutte corps à corps qu'il venait de soutenir. Sieyès, qui possédait une vieille expérience des mouvements révolutionnaires, connaissait le prix du temps. Le temps avait perdu les Girondins^ le temps avait perdu Robespierre. Il engagea le général à employer la force. Bonaparte monta aussitôt à cheval, et Lucien vint le rejoindre dans la cour, où se tenaient Murât

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