LIVRE XXI
la dictature et par des institutions, s'acheminait vers 1794. Paris, Robespierre reparaissait inopinément dans le sein du Comité de salut public. Depuis quarante jours, il s'était tenu éloigné du Comité; sa présence étonna, elle fit pressentir un événement. Il n'en était rien.
Robespierre n'avait d'autre but que d'agir par la persuasion. Mais comment persuader le suicide à un adversaire? Il se renferma d'pbord dans de vagues accusations. II se plaignit qu'on n'eût pas suivi la victoire de Fleurus, qu'on ménageât les Anglais. Il pdrlâ des conspirateurs, des indulgents, des contrerévolutionnaires, des corrompus, et finit par attaquer nominativement Carnot pour avoir pris la direction exclusive de la guerre, et Cambon, qu'il accusa de favoriser les riches aux dépens des pauvres. En parlant il versa des larmes véritables et sincères sur le sort de la patrie. Malgré l'injustice de ses reproches, les comités étaient émus. Billaud-Varennes dit : « Nous sommes très-amis; nous avons toujours marché ensemble. » Plus expansif ou plus oublieux de ses propres périls, CoUot-d'Herbois supplia Robespierre de songer aux périls que ces dissentiments accumulaientsur la patrie. Elie Lacoste, d'un ton ferme, déclara que l'absence de Robespierre avait pour résultat de laisser peser une responsabilité dangereuse sur les comités et de trahir, aux yeux de l'étranger, les discordes du gouvernement de la République.
Il fut décidé que, pour simuler un accord que chacun intérieurement sentait impossible. Saint- Just, au
Alarme
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ihermidoriens.
1794. nom des deux comités et après les avoir consultés,
rédigerait un rapport sur la situation, l^a Montagne
Apparente qj*^i ^ ung récouciliation. Les conjurés, Fouché, Tal-
récoocilialion
desmembres licu, Frérou, Léonard Bourdon, etc., se virent sacri-
du Comité de salut nf r 11 «./i \ r
public. lies. Les membres des comités les rassurèrent. Les chefs de la Montagne sentaient la mort planer sur leur tête, et dans cette siluition , pire que la mort ellemême, ils voulaient en finir, dussent-ils assassiner Robespierre.
Saint-Just avait consenti à se charger du rapport, mais les idées qu'il exposa relativement à la morale publique déplurent à Billaud-Varennes et à CoUotd'Herbois. Ils insinuèrent qu'il ne fallait point parler de rÊtre suprême et de l'immortalité de Tâme. Dans la pensée do Saint-Just, le Comité de salut public devait toujours être au complet. Or les missions, en éloignant la plupart des membres du Comité, altéraient le gouvernement et concentraient l'autorité suprême entre quelques personnes. Billaud-Varennes et Collot-d'Herbois se sentaient désignés, car ils ne s'étaient même pas, comme CarnotetCambon, absorbés dans une spécialité. Ils s'opposèrent aux idées exprimées par Saint-Just. Le rapport fut confié à Barrère, qui l'improvisa pour le lendemain. La lutte était ouverte. On pressa Robespierre de terminer le discours qu'il préparait et de hâler la crise. Ce singulier chef de parti se promenait à Montmorency, travaillant à son discours, le corrigeant avec la patience d'un poëte docile aux préceptes de Quintilien et de Boi-