LIVRE XXI
leau. Il ne fut prêt à le prononcer que le 8. La jour- 1794. née du 7 avait déjà permis à ses adversaires de se concerter.
L idée d'un 31 mai étant admise, les événements se plièrent avec une sorte de servilité fatale à ce programme du passé : des harangues, une pétition des Jacobins, un grand discours, un rapport. La Commune, la force armée, Tinsurrection ne devaient intervenir que dans le cas où la pression morale serait insuffisante. Robespierre apparaît sous deux aspects différents dans cette dernière période de son existence. Tantôt il parle en maître plein de confiance dans sa destinée et qui ji'entend point transiger; tantôt son âme semble s'affaisser sous le poids de pressentiments funestes, ce La Convention et la République gangrenées par la corruption périront, » dit-il , le 4 thermidor, à une députation du département de l'Aisne. « Pour moi, j'ai mis un pied dans la tombe; dans peu de jours, j'y mettrai l'autre. »
Le 7, le mouvement commença, selon le programme, par une pétition des Jacobins à la barre de la Convention. L'orateur de la députation lut une adresse où éclatait le vice de la situation. On y reconnaissait, dans certains passages relatifs à Magenthies et aux indulgents, des mal habiletés trop violentes pour qu'on pût les mettre sur le compte de l'impéritie des rédacteurs. L'esprit de Fouché et de ceux des Lyonnais ses amis qpi siégeaient encore aux Jacobins rampait, agile et souple, à travers ce discours. Il amoindrit
17944 Teffet des hommages rendus à Robespierre, désigné par ces paroles : « Celui qui honore TÊtre suprême^ la morale el le peuple, qui érige la vertu en culte national. » Éloge d'autant plus dangereux qu'il était injmédiatement suivi d'une allusion blessante contre Carnot. Après quelques mots de Dubois-Crancé, qui vint à la tribune défendre sa vie menacée par les rédeBrr^^iif ^^^^^^s attaqucs de Robespierre, Rarrère prononça, déménager au uom du Comité, Je rapport sur la situation gêné-
Itobesoierre
et raie de la République, qui, dans la pensée de Robes-
atiaque son parti, pj^^.^.^^ ^^^.^^ j^ ^^^^ pronoucé par Saiut-Just, écarté
la veille par les comités. Raçrère mêla à des lieux communs des insinuations .d'un machiavélisme profond. « Hier, dit-il, quelques citoyens disaient autour de la Convention, et répétaient dans les groupes: Il faut faire un 31 mai. On dirait, à la légèreté avec laquelle ces naots sont tour à tour prononcés et répétés, que la destinée d'un grand peuple ne tient à presque rien, ne dépend que de la volonté plus ou moins éclairée, plus, ou moins pure de quelques intrigants, des machinations de quelques contre-révolutionnaires, souvent cachés derrière les meilleurs citoyens. » C'était attaquer les robespierristes, tout en ayant l'air de ménager leur chef.
^J y a des circonstances où la puissance d'un mot est incalculable. Ce mot de 31 mai, que venait d'articuler Rarrère, vibrait dans tous les cœurs. Il équivalait à une dénonciation. Les deux factioifô passèrent une nuit plus anxieuse qu'une veille d'armes. Le len-