LIVRE XXI
avait tant calomnié, qui devait périr par la calomnie i79i. et que la calomnie poursuivra comme un châtiment éternel de son impuissance, de son orgueil et de son inhumanité, reprenait toute Thistoire de la Révolution. Il évoquait les ombres de tous ceux qu'il av^il précipités dans la tombe, et comme si,. au moment d'y descendre lui-même, il eût éprouvé le besoin d'absoudre sa mémoire : « Non, nous n'avons pas été trop sévères, s'écriait-il, j'en atteste la République qui respire ! » Il s'attacha ensuite à démontrer que les excès de la Révolution ne lui étaient pas imputables ; il réfuta les accusations dont il était l'objet, se plaignit qu'on eût fait courir des listes de proscription qu'on lui attribuait perfidement, et où l'on désignait pour victimes un certain nombre des membres de la Convention. Il exposa par quelles manœuvres on avait fait de sa personne un objet de terreur. D'autres l'avaient accusé de modération parce qu'il s'étaîtopposé au décret d'accusation des soixante-deux députés sans un rapport préalable. « Ah ! certes, s'écria-t-il, lorsque, au risque de blesser l'opinion publique, ne consultant que les intérêts sacrés de la patrie, j'arrachais seul à une décision précipitée ceux dont les opinions m'auraient conduit à l'échafaud, si elles avaient triomphé ; quand, dans d'autres occasions, je m'exposais à toutes les fureurs d'une faction hypocrite pour réclamer les principes de la stricte équité envers ceux qui m'avaient jugé avec le plus de précipitation, j'étais loin sans doute de penser que
1794. Ton dût me tenir compte d'une pareille conduite; j'aurais trop mal présumé d'un pays où elle aurait été remarquée, et où Ton aurait . donné des noms pompeux aux devoirs les plus indispensables de la probité : j'étais encore plus loin de penser qu'un jour on m'accusei^ait d'êlre le bourreau de ceux envers qui je les ai remplis, et l'ennemi de la représentation nationale que j'avais servie avec dévouement; je m'attendais bien moins encore qu'on m'accuserait à la fois de vouloir la défendre et de vouloir l'égorger(l).»
Le cœur flétri par tant de trahisons, il invoquait la probité au secours de la République. Il se disculpait du reproche d'aspiration à la dictature, attribuant aux ennemis de la République, à l'étranger, le terrible usage qii^oti faisait du seul nom d'une magistrature romaine. c< Ils m'appellent tyran... s'écriait-il; Éi je l'étais, ils ramperaient à mes pieds, je les gorgerafis d'or, je leur assurerais le droit de commettre tous les crimes , et ilp seraient reconnaissants ! . . . On arrive à la tyrantiie par le secours des fripons : où courent ceux qui les combatterit? au tombeau et à l'immortalité. » Rieto ne liii avait échappé de l'intrigue ourdie contre lui. Il expliqua avec quel art perfide ses ennemis faisaient ren^onti^r toute responsabilité à sa .personne : « Robespierre lèvent, x) disaient-ils pour s'excuser. On disait aux nobles: «Il
[\) Séance de la Convention du 8 therinidor i7U4. '