LIVRE XXI
VOUS proscrit; » aux patriotes : c< Il veut sauver les un. nobles; » aux prêtres : « Il vous poursuit ; » aux fanatiques : « C'est lui qui détruit la religion; » devant Téchafaud : c< Voilà des malheureux condamnés ; qui est-ce qui en est la cause? Robespierre. » Il rappela ce qui s'était passé à la fête de TÊti'e suprême, les insultes dont lui, président de la Convention, avait été l'objet de la part de quelques représentants du peuple. Il caractérisa l'espèce de solennité donnée à l'affaire de Catherine Théot^ les pamphlets dégoûtantsqu'elleavait engendrés.En un mot, on avait fait de lui, Robespierre, l'ennemi de tous, de telle sorte que chacun, le voyant passer ^ pût dire : « Voilà l'auteur de tes maux; tu serais heureux et libre, s'il n'existait plus, n Son langage s'élevanl à mesure que le sentiment de l'ii^'usticc dont il se sentait victime le pénétrait plus profondément, il trouva des paroles d'une mélancolie profonde et capable d'émouvoir, parce que sa plainte, sur certains points, était fondée» Il put dire, sans que la postérité, qui se fait plus impartiale à masure que le temps s'écoule, songe à le démentir : « En voyant la multitude des vices que le torrent de la Révolution a roulés pêlemêle avec les vertus civiques, j'ai craint quelquefois, je l'avoue, d'être souillé aux yeux de la postérité par le voisinage impur des hommes pervers qui s'introduisaient parmi les sincères amis de l'humanité. » Confondant à la fois ses ennemis et ceux de la patrie : c< J'ai promis, il y a quelque temps, dit-il, de laisser
179^ un testament redoutable aux oppresseurs du peuple . . . Je leur lègue la vérité terrible et la mort. »
Robespierre plaidait sa cause devant un tribunal qui se souvenait de Danton, de Camille Desmoulins et de tant d'autres. Il rassurait peut-être la droite, mais la Montagne, morne et terrorisée, attendait qu'il désignât nominativement ceux que sa parole allait vouer au supplice. Il ne le fit pas, et cette réserve fut sa plus grande faute. Elle intéressa la Montagne entière à sa cliule. 11 commit encore une maladresse, qui était une injustice, en attaquant Carnot. Dans cet énorme discours, Robespierre tendait évidemment à s'appuyer surla plaine elsur la droite. Il mitbeaucoup <rûrt dans les accusations qu'il dirigea contre Cambon, qui venait de commencer la mise à exécution du grand-livre,otcontrelequel se déchaînaient les rentiers et les agioteurs. En disant que la contre-révolution était dans le ministère des flnances, Robespierre s'attirait la sympathie de cette masse considérable d'intéressés. 11 traita de fripon Cambon, homme rude, d'un caractère Apre et difGcile, mais d'une probité antique. Ce fut une tactique misérable; elle révèle un de ces aspects du caractère de Robespierre, qui éloignent de lui la pitié et altèrent l'estime que sa pureté de mœurs et sa pauvreté volontaire répandaient sur sa personne.
La pensée du discours, volumineux et difficile à résumer, consistait dans la révélation d'un vague complot : c( On se cache, disait Robespierre, on dissimule,