‹ Histoire de soixante ans: la Révolution, 1789-1800Chapitre 23 sur 119 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

Convention nationale, cet homme est celui qui vient de faire le discours, c'est Robespierre. » Des applaudissements accueillirent ces paroles hardies. La sortie de Cambon donnait de Taudace aux conjurés. Robes- ^^^T'^' ^"""^"^

" Robespierre.

pierre répliqua avec ménagement à Thomme qu'il venait de traiter de fripon. Billaud-Varennes parla contre l'impression du discours. « Il faut arracher le masque sur quelque visage qu'il se trouve, dit-il avec une farouche énergie^ et s'il est vrai que nous ne jouissions pas de la liberté des opinions, j'aitne mieux que mon cadavre serve de trône à un ambitieux que de devenir par mon silence complice de ses forfaits. Je demande le renvoi aux deux Comités. » C'était renvoyer l'accusation à l'accusé. Panis s'élança ensuite à la tribune, et, avec l'énergique naïveté d'un homme qui défend sa vie, il reprocha à Robespierre de chasser des Jacobins qui bon lui semblait : aie veux qu'il dise s'il a proscrit nos têtes! s'écriait-il, qu'il dise si la mienne est sur la liste qu'il a dressée. Je veux que Couthon s'explique sur les six membres qu'il poursuit. » Il insista en outre pour que Robesbierre s'expliquât sur le compte de Fouché. Robespierre refusa de s'expliquer. c< J'ai fait mon devoir, dit-il, c'est aux autres à faire le leur. » Plusieurs maratistes, Bentabolle, Charlier, revinrent à la charge. c< Nommez ceux que vous accusez ! » s'écria Charlier. Des applaudissements éclatèrent et plusieurs voix de la Montagne crièrent impérieusement : c< Oui ! oui ! nommez-les! — Je persiste dans ce que j'ai dit, ré-

L'Assemblée rapporte

son décret sur rimpression du discours

de Robespierre.

Fureur

de la (Commune

et

des Jacobins.

pliqua Robespierre, et je déclare que je ne prends aucune part à ce qu'on pourra décider pour en) pêcher l'envoi de mon discours (1). » Amar et Thirion parlèrent contre le discours et obtinrent des applaudissements. Barrère, voyant que la majorité se déplaçait, se rétracta, reprocha à Robespierre d'avoir fui les comités. Bréard parla le dernier, demandant que la Convention rapportât le décret d'envoi du discours. Le décret fut rapporté. La séance s'acheva en tumulte.

La puissance d'opinion qui soutenait Robespierre venait de recevoir une redoutable atteinte. On avait affronté l'idole. Robespierre voyait s'évanouir le prestige de terreur et de respect qu'il inspirait. L'effet de son discours était détruit. Il avait manqué d'audace en n'osant pas nommer les représentants en mission qui avaient ensanglanté Bordeaux, Nantes et Lyon. Il rentra chez lui, abattu, fatigué, et dit à ses hôtes qu'il ne comptait plus sur la Montagne, qu'il n'avait d'espoir que dans la masse de la Convention, c'est-à-dire le contre et la droite. La lutte était engagée, il n'y avait plus d'ailleurs de temporisation possible.

Une fureur facile à comprendre animait les partisans de Robespierre. La Commune était en feu. La société des Jacobins, informée du résultat de la séance, attendait impatiemment l'arrivée de son chef outragé. Il entra bientôt, suivi de Couthon, et fut

(1) Séance de le Convention du 8 Ihermidor 1794.

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